Stratfor Files: le directeur de Google Ideas fricote avec le « changement de régime »

Le 27 février 2012, Wikileaks a lancé la publication des « Global Intelligence Files » (petits papiers du renseignement mondial), plus de 5 millions d’emails de la société de renseignement privée Stratfor, basée au Texas. Les emails couvrent une période allant de juillet 2004 à fin décembre 2011. Ils révèlent le fonctionnement interne d’une entreprise qui annonce être un service de renseignement privé, mais qui fournit des services de renseignement confidentiels à de grandes entreprises, comme Dow Chemical Corporation à Bhopal (Inde), Lokheed Martin, Northrop Grumman, Raytheon, ainsi qu’à des agences gouvernementales, telles que le Département de la Sécurité intérieure des États-Unis (DHS), les « Marines » et l’Agence du renseignement pour la défense (DIA).

Eric Schmidt, président du conseil d’administration de Google – Photo Reuters/Fabian Bimmer

Par Yazan al-Saadi, le 14 mars 2012

Certains des cadres les plus haut placés de Google, dont le président du conseil d’administration et l’un des donateurs majeurs de la campagne présidentielle de Barack Obama Eric Schmidt, ont informé la firme de renseignements Stratfor sur les activités et les communications internes de Google sur le sujet du « changement de régime » au Moyen-Orient, selon des emails de Stratfor publiés par WikiLeaks et obtenus par al-Akhbar. L’autre source citée était le directeur de Google pour la sécurité Marty Lev.

Les échanges se sont surtout focalisés sur les actions de Jared Cohen, actuellement directeur de Google Ideas, un « think/do tank » étiqueté comme véhicule de la diffusion de la démocratie libérale à l’états-unienne. Cohen a aussi fait partie de l’équipe de prospective politique du Secrétaire d’État US (ministre des affaires étrangères, ndt) et été conseiller pour Condoleeza Rice et Hillary Clinton.

Les échanges d’emails, commençant en février 2011, suggèrent que les cadres de Google redoutaient que Cohen ait été en train de coordonner ses actes avec la Maison Blanche et avaient parfois raccourci sa mission, de peur qu’il ne prenne trop de risques. Le vice-président de Stratfor pour le contre-terrorisme Fred Burton, qui semblait opposé au rôle dissimulé et allégué à Google dans l’excitation des soulèvements, décrit Cohen comme un « électron libre » dont le meurtre ou l’enlèvement « pourraient être la meilleure chose qui puisse arriver » à Google.

(suite…)

Un diplomate mexicain déclare qu’Obama a invité le cartel de Sinaloa à inonder Chicago de tonnes de drogue

Des fuites d’emails de la firme privée de renseignements Stratfor citent un diplomate mexicain qui affirme que le gouvernement US travaille avec les cartels mexicains pour le trafic de drogues vers l’intérieur des USA, et a pris fait et cause pour le cartel de Sinaloa dans une tentative pour limiter la violence au Mexique.

Beaucoup de personnes ont douté de la qualité des renseignements de Stratfor, mais l’information de MX1 – un officiel des services des affaires étrangères doublé d’une source confidentielle pour Stratfor – semble corroborer des allégations récentes d’implication états-unienne au Mexique.

Plus précisément, les rapports de MX1 s’alignent avec les supputations d’un infiltré du cartel de Sinaloa pour qui le chef de ce cartel Joaquin Guzman est un informateur US, le cartel de Sinaloa fut donné « carte blanche pour continuer de faire de la contrebande de tonnes de drogues illégales vers Chicago« , et l’opération Fast and Furious faisait partie d’un accord pour financer et armer le cartel de Sinaloa en échange d’informations utilisées pour descendre des cartels rivaux.

Un email avec le sujet: « Re: From MX1 — 2 » envoyé lundi 19 avril 2010, envoyé au vice-président de Stratfor Fred Burton lit:

Je pense que les USA ont envoyé un message qui peut être perçu comme ceci:

« Aux cartels de [Juarez] et Sinaloa: Merci de fournir notre marché avec de la drogue depuis des années. Nous sommes désormais inquiets de tous vos actes de violence, et souhaitons que vous arrêtiez. À cet égard, veuillez noter que le cartel de Sinaloa est plus gros et meilleur que [le cartel de Ciudad Juarez]. Notez aussi que [Ciudad Juarez] nous est très important, comme l’est toute la frontière. Sachant cela, veuillez vous parler entre vous et retournons à nos affaires. Encore une fois, nous reconnaissons que Sinaloa est plus gros et meilleur, donc soit [le cartel de Juarez] s’aligne soit nous allons vous tomber dessus.« 

En somme, je le sens dans mes tripes que les agences US ont essayé d’envoyer un signal disant aux cartels de négocier entre eux-mêmes. Ils ont unilatéralement déclaré un vainqueur, et ceci est sans précédent, et mérite une analyse.

Email-ID 1747720
Date 2010-06-04 18:45:25
From marko.papic@stratfor.com
To burton@stratfor.com, alex.posey@stratfor.com

Bill Conroy de Narco News rapporte que la description de MX1 correspond avec les informations publiquement disponibles sur Fernando de la Mora Salcedo – un officiel des affaires étrangères mexicaines qui a étudié le droit à l’Université du Nouveau Mexique et servi aux consulats mexicains d’El Paso, Texas, et de Phoenix, Arizona.

Dans un email du 13 juin 2010 avec le sujet « Re: Get follow from mx1? Thx« , MX1 déclare que les forces de l’ordre mexicaines et états-uniennes ont envoyé leur « signal » en concluant discrètement un accord avec les cartels à Tijuana, juste au sud de San Diego, Californie, ce qui a considérablement réduit la violence dans la région.

Ce n’est pas tant un message pour le gouvernement mexicain que pour les cartels eux-mêmes. Sommairement, le message qu’ils veulent envoyer est que Sinaloa est en train de gagner et que la violence est inacceptable. Ils veulent que les CARTELS négocient ENTRE EUX. L’idée est que s’ils y parviennent, la violence chutera et les gouvernements permettront des trafics de drogues sous contrôle.

Email-ID 1747409
Date 2010-06-03 18:12:00
From marko.papic@stratfor.com
To burton@stratfor.com

L’email continuait par dire que « les principales routes et méthodes pour la contrebande en grosse quantité vers les USA » depuis Ciudad Juarez, juste de l’autre côté de la frontière d’El Paso, au Texas, « ont déjà été négociées avec les autorités US » et que des grosses livraisons de la part du cartel de Sinaloa étaient « OK avec les États-Uniens ».

En juillet un prote-parole de l’état mexicain de Chihuahua [près de la frontière, au nord du Mexique, ndt] a dit à al Jazeera que la CIA et d’autre forces internationales de sécurité « ne combattent pas les trafiquants de drogues » mais plutôt « essayent de gérer le commerce des drogues ». Un officiel mexicain de rang moyen a dit à al Jazeera que sur les bases de discussions qu’il avaient eues avec des officiels US travaillant à Ciudad Juarez, les allégations étaient fondées.

WikiLeaks a publié 2878 de ce qu’ils disent être une cache de 5 millions d’emails internes de Stratfor (datés de juillet 2004 à décembre 2011) obtenus par le collectif hacktiviste Anonymous autour de Noël.

Source: http://www.businessinsider.com/stratfor-the-us-works-with-cartels-2012-9?utm_source=twbutton&utm_medium=social&utm_campaign=law

traduit depuis le web par willsummer

Stratfor Files: Les analystes de Stratfor ne croyaient pas que Ben Laden ait été immergé dans la mer

Les Directeurs de la société américaine de renseignement privé Stratfor ne croyaient pas que Ben Laden ait été immergé dans la mer, selon les emails Stratfor publiés par WikiLeaks.

Le 2 mai, à 5h26, le matin après lequel Barack Obama a annoncé le raid réussi sur l’enceinte de Ben Laden à Abbottabad, le Directeur Général de Stratfor, George Friedman, a envoyé un email avec pour sujet « [alpha] OBL » qui disait:

A priori, nous aurions pris le corps avec nous. Dieu, merci.

Fred Burton, le vice-président du renseignement de Stratfor, a fait suivre cela à 5h51, dans un email ayant pour titre « [alpha] Le corps se rend à Dover, DE (Etat du Delaware) dans un avion de la CIA » qui disait:

Puis, [sic] se poursuit à l’Institut de Pathologie des Forces Armées à Bethesda.

A 13h36, Burton répondait à un fil de discussion titré « Re: Le corps d’OBL » avec le message:

Le corps se rend à Dover, devrait être là d’un moment à l’autre.

Cela contredit la thèse officielle selon laquelle le corps de Ben Laden aurait été traité en respect de la tradition islamique et relâché en mer depuis un vaisseau de la U.S. Navy.

Stratfor fournit des services de renseignement secret à de larges corporations et à des agences du gouvernement, incluant le Département de la Sécurité Intérieure des Etats-Unis (U.S. Department of Homeland Security), les Marines (U.S. Marines) et l’Agence du Renseignement de la Défense américaine (U.S. Defense Intelligence Agency).

Friedman — auteur de nombreux articles et de livres sur la sécurité nationale, la guerre et le renseignement — a fondé Austin, une compagnie basée au Texas, en 1996.

Burton est un ancien chef de la division du Département d’Etat de lutte contre le terrorisme pour le Service de Sécurité Diplomatique, le DSS (Diplomatic Security Service). Le DSS assiste le Département de la Défense en suivant des instructions et en faisant des analyses légales de disques durs saisis par le gouvernement des Etats-Unis dans des investigations criminelles en cours.

WikiLeaks a publié 671 mails de ce qui est considéré comme une réserve de 5 millions d’emails internes de Stratfor (datés de juillet 2004 à décembre 2011), obtenus par le collectif de hackers Anonymous aux alentours de Noël.

Traduit par kimono

Source: http://www.businessinsider.com/leaked-emails-stratfor-analysts-didnt-believe-laden-was-buried-at-sea-2012-3#ixzz27yukdOlt

Pologne: Un document WikiLeaks relaie les rumeurs sur la mort du président Lech Kaczyński

Le Monde.fr | 09.03.2012 à 17h44 • Mis à jour le 16.03.2012 à 21h27

La rumeur sur une possible implication russe, dans les circonstances de la mort du président polonais Lech Kaczyński, est relancée par l’existence d’un mail dévoilé par WikiLeaks. C’est la radio polonaise « Polskie Radio » qui relaie l’information. D’après cet e-mail, les autorités russes aurait refusé de donner à l’avion l’autorisation d’atterrir pour l’empêcher de participer aux cérémonie du massacre de Katyn le 10 avril 2010 dans l’ouest de la Russie. Une commémoration qui devait débuter une heure seulement après l’atterrissage.

Dans ce message, un ancien officier du KGB recruté par les Américains explique qu’il pense que les Russes ont délibérément essayer d’empêcher l’atterrissage du président polonais à Smolensk. Les autorités du trafic aérien auraient indiqué que c’était trop dangereux à cause du brouillard épais.

Le mail dévoilé par WikiLeaks a été envoyé le 22 avril 2010, soit douze jours après la mort de Lech Kaczyński par Fred Burton, le directeur adjoint du contre-espionnage de la compagnie mondiale de renseignements Stratfor Forecasting Inc. à Reva Bhalla, le directeur des analyses de la société. Fred Burton reprend dans son mail les propos de l’ancien agent du KGB, appelé « Camarade J ».

« L’INTENTION N’ÉTAIT PAS DE LE TUER »

« Les russes ont résolument refusé que l’avion atterrisse, sachant que le président polonais aurait soit forcé le pilote à se poser (…) soit que l’avion serait reparti et n’aurait pas atterri à destination », écrit l’agent. Un autre responsable de la compagnie de renseignement, Marko Papic, répond par courriel, que « c’est aussi la théorie que l’un de ces contacts lui a donnée. Mais l’intention n’était pas de tuer Kaczynski, juste de le forcer à se poser à Minsk, et louper ainsi la cérémonie du massacre de Katyn, qui commençaient une heure après l’atterrissage. Mais les pilotes ont essayé d’atterrir malgré tout et le vol s’est crashé. »

Après trois tentatives d’approche infructueuses, l’avion présidentiel polonais, un Tupolev 154, heurte la cime d’arbres, manque son atterrissage et s’écrase à quelques centaines de mètres de la piste. Aucun des 96 passagers n’en réchappera.

L’e-mail publié par WikiLeaks va continuer d’alimenter les théories du complot, qui prétendent que la catastrophe de Smolensk n’était pas un simple accident mais une « vengeance » à l’encontre du président Kaczyński. Les relations entre la Pologne et le Kremlin étaient en effet tendues, depuis que Varsovie avait affiché son soutien à la Géorgie lors du conflit l’opposant à la Russie en 2008.

WikiLeaks a commencé à publier des fichiers sur le renseignement international, à la suite d’un piratage de plus de 5 millions d’e-mails au siège texan de la compagnie de renseignements privée Stratfor en février 2011.

Source: http://www.wikileaks-forum.com/index.php/topic,9692.0.html
http://www.lemonde.fr/international/article/2012/03/09/wikileaks-relaie-les-rumeurs-sur-mort-du-president-kaczynski_1655712_3210.html

WikiLeaks et les mails de Stratfor: Un acte d’accusation secret contre Assange

Article paru le 28 Février 2012 dans Rolling Stone, écrit par Michael Hastings.

Le 26 janvier 2011, Fred Burton, vice-président de Stratfor, une société privée de renseignement de premier plan qui se présente elle-même comme une sorte de CIA de l’ombre, a envoyé un mail tout excité à ses collègues. « Texte non destiné à être publié », écrit-il. «Nous» – c’est à dire le gouvernement des États-Unis – «avons un acte d’accusation secret contre Assange. SVP confidentiel.».

La nouvelle, si elle est vraie,fait l’effet d’une bombe. À l’époque, le Ministère de la Justice amplifiait son enquête sur Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks, l’organisation pour la transparence de la vie publique, qui au cours des dernières années a publié des centaines de milliers de documents confidentiels du gouvernement. Un acte d’accusation en vertu de l’ Espionage Act de 1917 (Note 1) serait l’action la plus grave engagée à ce jour contre Assange, et pourrait ouvrir la voie à son extradition vers les Etats-Unis (Assange est actuellement en résidence surveillée en Grande-Bretagne où il lutte contre son extradition vers la Suède sur des accusations d’agression sexuelle.)

Burton, un ancien agent fédéral des Services de Sécurité Diplomatiques américains, (Note 2) avait des raisons de faire confiance à son information. Il se vantait souvent de ses brillantes sources gouvernementales («mes copains de la CIA», les appelle-t-il, dans un autre e-mail), et dans son rôle en tant qu’agent anti-terroriste du gouvernement, il avait travaillé sur quelques-uns des cas majeurs de terrorisme de grande envergure ces dernières années, y compris l’arrestation du terroriste principal de l’affaire du World Trade Center, Ramzi Yousef. Comme vice-président de Stratfor, cela faisait partie de son travail de garder ces contacts actifs et de partager ces informations privilégiées avec les analystes de sa société. (Les e-mails cités dans cet article – inclus dans une fuite de 5 millions de messages internes de Stratfor – ont été examinés par le magazine Rolling Stone dans le cadre de son partenariat avec WikiLeaks pour leur exploitation.)

L’information de Burton avait un accent de vérité… Comme Glenn Greenwald l’a signalé en mai dernier sur son site Salon ( Note 3), un grand jury composé en secret avait commencé à recueillir des témoignages de partisans de WikiLeaks lors d’une audience à Alexandria, Virginie. En Décembre, lors des audiences préparatoires au procès de Bradley Manning, le militaire qui aurait transmis à WikiLeaks une énorme mine d’informations classées confidentielles en 2009, les procureurs ont à plusieurs reprises essayé de convaincre le juge qu’Assange avait conspiré avec Manning pour dévoiler ces données. Les avocats d’Assange eux-mêmes avaient averti de la possibilité d’une  mise en accusation un mois avant que Burton ait dit qu’elle existe.

Un porte-parole du Ministère de la Justice a refusé de commenter s’il y avait ou non un acte d’accusation contre Assange; un porte-parole de Stratfor a également refusé tout commentaire, me renvoyant à  la déclaration et à la vidéo YouTube que la société avait publiées suite à la décision de WikiLeaks de divulguer 5 millions de mails internes de la compagnie. « C’est une déplorable, regrettable – et illégale – violation de la vie privée», a déclaré le PDG de Stratfor George Friedman dans un communiqué, avertissant en outre que quelques-uns des e-mails pouvaient avoir été «fabriqués»… Quant à en être sûrs, nous sommes en terrain inconnu. Cette dernière divulgation a donné lieu à des débats sur le caractère éthique de la publication d’une information prétendument volée : des membres du collectif de hackers Anonymous soutiennent avoir donné les e-mails à WikiLeaks ; WikiLeaks affirme ne pas connaître l’identité du responsable de la fuite et s’en tient à sa politique de ne pas dévoiler ses sources.

Assange, qui a réagi à ces révélations dans un communiqué  ici (voir le lien à la fin de l’article) , est devenu une obsession pour  les responsables du gouvernement et du renseignement des Etats-Unis, et le personnel de Stratfor ne fait pas exception. Le nom du fondateur de WikiLeaks apparaît 2102 fois dans leurs mails au cours des deux dernières années. Le ton réservé à Assange (et Bradley Manning, aussi) dans l’échange de mails interne est venimeux: «Connerie époustouflante», dit un analyste au sujet d’ Assange. Un autre, se référant aux allégations d’inconduite sexuelle à l’encontre d’Assange, ainsi qu’à ses antécédents familiaux, écrit: «retirer un violeur de la circulation, c’est retirer un violeur de la circulation. En plus, sa mère possède un théâtre de marionnettes.». Le même analyste continue dans un autre e-mail: « Je suis impatient de voir Manning et Assange affronter des milliers de chefs d’accusation pour espionnage. » Une note finale d’encore un autre analyste Stratfor, envoyé après l’arrestation de 16 hacktivistes Anonymous en juillet dernier: «Ces enfoirés devraient encourir la peine de mort, ainsi que leur héros Julian Assange ».

Comme on pouvait s’y attendre, ce ne sont pas seulement des responsables des renseignements et du gouvernement (à la fois actuels et anciens) qui ont affiché leur aversion pour Assange. Après que WikiLeaks ait annoncé dimanche qu’ils commenceraient à publier les mails Stratfor, les moqueries ont commencé à pleuvoir en provenance des cercles médiatiques officiels. Une réaction typique: un rédacteur en chef de The Atlantic a qualifié WikiLeaks de « blague », écartant les mails Stratfor d’un revers de  main.

Cela me laisse perplexe : Revendiquer une absence totale d’intérêt pour les rouages d’une entreprise  privée de renseignement de premier plan, dont les clients (qui paient jusqu’à 40.000 $ pour les services de Stratfor) comprennent des sociétés comme Lockheed Martin, Goldman Sachs, et Bank of America semble ,tout au moins, assez non-journalistique. Si Stratfor est une blague, qu’est-ce que cela nous dit à propos des agences gouvernementales comme la CIA et d’autres officines de renseignement qui fournissent Stratfor en employés ? Et si WikiLeaks – une organisation qui a fait quelques-uns des plus grands coups médiatiques de l’histoire du journalisme – est une blague, de qui doit-on rire, au juste?

Déjà, par l’intermédiaire de ces mails, nous avons vu une société, Stratfor, se faire payer par de grandes entreprises pour espionner des militants partout dans le monde, avoir des projets avec Goldman Sachs, et pontifier sur le blanchiment d’argent dans les équipes de football. Quel que soit l’angle sous lequel vous regardez, c’est de l’information. Bien qu’il soit peu probable que les mails Stratfor aient l’impact du Cablegate, des Irak Diaries ou des Afghan War Logs (Note 4), ils présentent  un fascinant exposé d’un type d’organisations qui devient de plus en plus rentable et puissant: les entreprises privées de renseignement, qui brouillent les frontières entre la sphère privée et l’action du gouvernement. N’oubliez pas, lorsque Burton a dit « Nous avons un acte d’accusation contre Assange », par « nous », il ne veut pas dire Stratfor – il parlait du gouvernement des États-Unis…notre gouvernement.

Michael Hastings est l’auteur de « Les opérateurs : La sauvage et terrifiante petite histoire de la guerre américaine en Afghanistan

Lire l’article de Rolling Stone: http://www.rollingstone.com/politics/blogs/national-affairs/wikileaks-stratfor-emails-a-secret-indictment-against-assange-20120228#ixzz1ni41YWfz

Lire l’article sur ce forum: http://www.wikileaks-forum.com/index.php/topic,10479.0.html

Communiqué de J. Assange: http://wikileaks.org/Stratfor-Emails-US-Has-Issued.html

NdT:

Note 1 : L’Espionage Act est une loi des Etats-Unis passée en juin 1917 au moment de l’entrée des US dans la première Guerre mondiale. Cette loi interdit tout comportement de nature à gêner les opérations militaires, tout soutien des ennemis des US en temps de guerre, ou la promotion de l’insubordination. La constitutionnalité de cette loi, et ses relations en particulier avec le principe de liberté d’expression sont contestés depuis toujours, y compris par la voie judiciaire.

Note 2 : Le Diplomatic Security Service (DSS) est le service de sécurité du département d’État des États-Unis. Il est chargé de la protection des sites du département d’État à l’étranger (ambassades, consulats, etc.) et sur le sol américain. Il s’occupe également de la protection des diplomates américains à l’étranger et de celle des dignitaires étrangers en visite aux États-Unis. Ses agents peuvent participer à des arrestations à l’étranger tel celle de Ramzi Yousef, dont l’article parle, et des extraditions d’individus résidant aux États-Unis et recherchés à l’étranger.

Note 3: Lien vers le site de Glenn Greenwald: http://www.salon.com/writer/glenn_greenwald/

Note 4 :
Cablegate : Révélations de télégrammes de la diplomatie américaine par WikiLeaks
Irak diaries : Révélation de documents secrets sur la guerre en Irak
Afghan War Logs : Révélation de documents militaires américains secrets sur la guerre en Afghanistan.

Source: http://www.wikileaks-forum.com/index.php/topic,10479.0.html

Traduit sur WikiLeaks par Green

WikiLeaks déshabille Stratfor

Le 27 février 2012

En partenariat avec WikiLeaks, OWNI met en évidence le fonctionnement de l’un des leaders du renseignement privé, la société Stratfor, basée au Texas. Sorte de mercenaire du renseignement, particulièrement soucieux de ses secrets de fabrication. Cinq millions de courriers de cette société seront progressivement mis en ligne par WikiLeaks.

WikiLeaks met à jour la correspondance d’une des plus importantes entreprises de renseignement privé au monde, Stratfor, en partenariat, notamment, avec Rolling Stones aux États-Unis, la chaîne ARD en Allemagne, la Republica et l’Espresso en Italie, Publico en Espagne et OWNI en France.

À travers cette opération, WikiLeaks met en place une base de données de cinq millions d’emails, rédigés entre juillet 2004 et décembre 2011, et décrivant les petits secrets de cette société très particulière, basée à Austin au Texas, et fondée en 1996. Autour d’elle gravitent d’anciens agents secrets, d’ex-diplomates, des militaires en retraite, ou des fonctionnaires en poste soucieux de préparer leurs vieux jours.

Au mois de décembre dernier, des Anonymous avaient expliqué qu’ils avaient pénétré sur les serveurs de cette entreprise chef de file du secteur aux États-Unis, et qu’ils avaient pu copier quantité de fichiers permettant de mieux connaître ses activités.

Fabrication du renseignement privé

À terme, l’exploitation de la base de données constituée par WikiLeaks devrait mettre à jour les procédés de fabrication du renseignement privé, facturé par Stratfor aux plus offrants dans des proportions industrielles (à des entreprises comme à des administrations, dans le monde entier), entretenant des liens pour le moins ambigus avec les services étatiques.

Dans un premier temps, nous avons voulu comprendre les supports et la matière première des notes et des rapports vendus par l’entreprise. Car elle apporte un soin tout particulier à son marketing, volontairement construit dans un registre proche de celui de l’espionnage.

Ainsi, dans cet échange d’emails du 1er octobre 2009 entre plusieurs hauts responsables de l’entreprise, il est question de diffuser des informations brutes en direction des clients. Après quelques réflexions, la réponse des dirigeants résume le décalage entre l’image d’une telle société – teintée de mystère – et la réalité de son fonctionnement :

« Du point de vue de la marque, fondée sur la Qualité, le Statut et l’Aura mystique, je pense que montrer trop de notre travail interne dévaluerait notre aura mystique. Personne ne sait comment nous collectons nos informations. C’est l’un des aspects les plus cools et mystérieux de Stratfor. Rendre public de l’information brute serait cool pour quelques semaines, mais cela rendrait notre travail plus attendu et nous perdrions un peu de notre aura mystique sur la collecte d’informations. »

Officiellement, Stratfor se targue de diffuser des informations confidentielles, mais les messages internes montrent qu’une gradation existe. La note A sanctionne une information qu’on “ne peut trouver nulle part ailleurs” et la note B une information disponible uniquement “dans des cercles limités”. Les autres notes renvoient à des informations accessibles dans des sources ouvertes avec une analyse pertinente qui fait leur valeur ajoutée (note C), dont le contenu est resté néanmoins peu connu (note D), ou qui est accessible à de nombreux endroits différents (note F).

Dans les correspondances internes, les analystes ajoutent plusieurs champs quand ils rapportent leurs échanges avec des sources: son code, l’attribution (comment citer le source), une description de la source pour un usage interne, la possibilité de publier l’information ou non, des précautions particulières et le nom de la personne chargée du suivi.

Ministres et sources ouvertes

Dans la réalité de ses échanges au quotidien cependant, peu de sources de Stratfor justifient un tel mystère. D’abord, dans la majorité des cas, il s’agit simplement d’articles lus sur des sites. Quand ce n’est pas le cas, les fonctions et qualités des sources apparaissent au fil de la lecture. Il s’agit de journalistes, d’hommes d’affaires, parfois de membres de la communauté du renseignement ou de l’armée, plus rarement de diplomates ou d’hommes politiques.

Ainsi, le 2 septembre 2011, un analyste raconte son entretien avec le Premier conseiller et l’attaché de défense de l’ambassade tchèque à Washington. Le Premier conseiller devait devenir secrétaire d’Etat aux affaires étrangères. Un entretien en off sur le rôle de l’Otan qui sera attribué à des sources de Stratfor à Prague et à Washington.

Le directeur de Stratfor, Georges Friedman, a accès à des sources plus haut placées, mais qui partagent davantage des analyses que des informations précises. Dans un email daté du 20 février 2010, il raconte une réunion avec Henry Kissinger, l’ancien secrétaire d’État de Reagan, Paul Volcker, ancien directeur de la réserve fédérale américaine et ancien conseiller d’Obama, ainsi que Nicholas Brady, secrétaire d’Etat au trésor sous Reagan et Bush. En juillet 2011, il mentionne un entretien avec le ministre des affaires étrangères du Kazakhstan à propos de la situation régionale.

Néanmoins, la plupart des échanges se fonde sur des informations obtenues en sources ouvertes. Les discussions tentent ensuite de faire émerger une analyse pertinente et inédite de la situation, en mêlant des informations difficiles à étayer.

Dans un email du 13 septembre 2010, un analyste, Sean Noonan, envoie un article de The New York Observer sur la construction d’un centre islamique à proximité de Ground Zero. Un autre, Fred Burton, lui répond que l’imam responsable du projet est un informateur du FBI, une affirmation difficilement vérifiable, mais qui modifie le sens de l’article.

Sources ouvertes

De manière bien plus ordinaire donc, ce sont des sources ouvertes qui servent à rédiger des fiches synthétiques pour des clients prêts à dépenser beaucoup d’argent pour se sentir informés. En septembre 2009 par exemple, Stratfor rédige deux rapports sur les offres formulées au Brésil par trois fabricants d’avions de chasse.

Mais ces documents de 7 et 17 pages reprennent en réalité des articles de presse récents consacrés aux propositions commerciales du Suédois Saab et du Français Dassault, ainsi que des extraits de leur site Internet.

En février 2008, des recherches sur le secteur de l’industrie chimique sont commandées. Le client, dont le nom n’est pas précisé, veut des informations sur “les risques actuels ou futurs” que pourraient courir des entreprises du secteur. En particulier, l’attention est portée sur le prix du pétrole, le risque de nationalisation dans certains pays et la législation en vigueur sur les produits chimiques. Des informations disponibles en source ouverte.

Stratfor se nourrit aussi de documents obtenus avant publication. Un analyste de la section Eurasie envoie ainsi un rapport de l’agence de notation Moody’s sur la crise de la dette irlandaise avant sa sortie officielle.

Meilleure note

Le classement des quelques sources fermées, laissant supposer des liens ambigus avec des personnes en poste dans des services de renseignement étatique, obéit à d’autres règles. Sont pris en compte la vitesse de réaction à une demande (“Source Timeliness”), le degré de proximité avec le sujet traité (“Source accessibility”), et la disponibilité (“Source availability”). De même pour la qualité des informations transmises.

La crédibilité et l’exclusivité (“Uniqueness”) sont aussi mesurés. Chaque catégorie est ensuite notée sur une échelle de A (la meilleure note) à F (la plus mauvaise), sans utiliser le E. Une source répondant dans les 24 heures sera créditée d’un A, tandis qu’une source dont on a de “la chance de recevoir une réponse tout court” hérite de la plus mauvaise note.

Le degré de proximité commence à “la connaissance intime” d’un sujet (note A). Vient ensuite la connaissance proche (“demander à quelqu’un de l’industrie pétrolière son avis sur le gaz naturel”). Le classement le plus bas renvoie à “quelqu’un qui n’a aucune connaissance du tout d’une industrie en particulier”.  L’information que l’on peut “déposer à la banque” a la meilleure note de crédibilité. La plus mauvaise sanctionne celle qui “s’apparente à de la désinformation”.

Rumeurs

Le champ d’expertise de Stratfor se veut large. Il va de l’intelligence économique à la géopolitique. Mais l’agence de renseignement privé traite aussi de politique intérieure, en diffusant des messages dans lesquels les interlocuteurs ne semblent pas discerner entre la rumeur et l’information vérifiée. Ainsi, au lendemain de l’élection présidentielle américaine de 2008, un responsable rapporte que John McCain, candidat républicain malheureux, a décidé de ne pas entamer de poursuites pour des cas de fraudes en Ohio et en Pennsylvanie car ce “serait au détriment [du] pays”.

Deux jours plus tard, un autre message revient sur les conditions du scrutin. Fred Burton, un haut responsable de Stratfor, affirme que des “Démocrates noirs ont été surpris en train de bourrer les urnes à Philly [Philadelphie, NDLR] et dans l’Ohio” mais il assure que McCain aurait choisi de ne pas se battre, ce qui ne ferait pas consensus au sein de son parti.

Une hypothèse qui, ainsi formulée, tient quasiment de la conspiration. Au-delà de l’aura de mystère, de tels messages laissent planer sur la production de ce marchand d’études des risques et d’analyses géopolitiques comme une aura d’esbroufe.

Sources: http://www.wikileaks-forum.com/index.php/topic,8958.0.html et http://owni.fr/2012/02/27/stratfor-wikileaks-gi-files/

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