Les services de renseignement fournissent des informations aux lanceurs d’alerte pour garder un œil sur les visiteurs des sites internet (John Young)

Interview de John Young en janvier 2011

Cryptome.org publiait des documents classifiés et secrets bien avant que WikiLeaks fasse les titres de l’actualité. Le co-fondateur de Cryptome, John Young, a dit à RT que ces sites sont autorisés à rester en ligne, afin que les services de renseignement puissent garder un oeil sur leurs visiteurs. Il n’y a pas de secret sur Internet, a averti John Young.

Selon le fondateur de Cryptome, les services de renseignement organisent des opérations de fuites d’informations pour tester la sécurité de leurs systèmes.

Vers une révolution pacifique dans le monde, grâce aux lanceurs d’alerte

640px-Protest_against_ACTA_-_2012-01-28_-_Toulouse_-_04Avec les affaires Wikileaks, Manning et Snowden, les citoyens du monde entier ont découvert une nouvelle forme de liberté d’expression: le pouvoir de publier des documents secrets, mais pas n’importe quels types de document, car il s’agit toujours de documents utiles au bien-être et à l’évolution démocratique de la société. Si l’espionnage a existé de tout temps — et malgré le fait que les gouvernements actuels veulent juger les lanceurs d’alerte selon les lois classiques de l’espionnage —, les événements qui se produisent aujourd’hui dans le monde à travers les fuites de documents secrets n’ont rien à voir avec ce qui se produisait dans le passé. Ces événements sont déjà le signe d’une révolution pacifique qui s’amorce dans le monde. En effet, plutôt que de prendre les armes ou de choisir la violence, les lanceurs d’alerte sont des citoyens qui ont décidé de lutter contre l’injustice avec le poids de la parole et celle des documents secrets. En publiant des documents secrets, ils renoncent d’une certaine manière à la violence, sans pour autant renoncer à leur engagement vis-à-vis de la société. Publier ces documents, c’est montrer que les problèmes politiques dans le monde peuvent se résoudre par le dialogue, en amenant les gouvernements à se confronter à leur propre vérité.

On peut véritablement parler de révolution pacifique avec les lanceurs d’alerte, car c’est une révolution de la parole. Le monde a compris qu’il n’y a plus besoin de guerres pour s’opposer à l’injustice, et que là où il est possible d’informer la population, il vaut mieux informer plutôt que de laisser les gens dans l’ignorance. Publier des documents secrets est une nouvelle forme de guerre pacifique. C’est une guerre démesurée, certes, car les lanceurs d’alerte sont opposés à des géants qui sont les gouvernements et qui, s’ils le pouvaient, les auraient déjà broyés depuis longtemps pour les faire taire. Mais la force de leur parole, c’est que justement les gouvernements ne sont pas habitués aux discours pacifiques: c’est pourquoi les gouvernements sont totalement déboussolés face aux fuites de documents secrets et qu’ils ne savent pas comment réagir. Face à des criminels qui tuent ou des manifestants qui pillent un magasin, un gouvernement sait toujours utiliser la violence comme réponse. Mais face à des lanceurs d’alerte qui ont un discours pacifique et en adéquation totale avec les valeurs de la démocratie, que peut faire un gouvernement pour justifier l’utilisation de la violence contre des citoyens? La réponse est que, dans ce genre de cas, le gouvernement ne peut rien faire, et surtout pas d’utiliser la violence contre des citoyens qui défendent la vérité.

La révolution des lanceurs d’alerte est doublement pacifique, car leur parole libre et respectueuse de la démocratie est en opposition totale avec la violence que certains gouvernements utilisent pour faire taire les citoyens révoltés, mais on voit bien que cette guerre des lanceurs d’alerte est aussi une guerre qui ne donne plus pour vainqueur uniquement celui qui a le plus d’argent ou le plus d’armement pour faire taire l’ennemi qui est en face. C’est au contraire une guerre qui donne pour vainqueur ceux qui informent et donnent la vérité à leur population. La révolution des lanceurs d’alerte, c’est une guerre psychologique qui donne pour vainqueur un gouvernement qui est en mesure de dire la vérité à sa propre population. Pour le moment, on ne peut pas dire que ce soit le point fort des gouvernements qui existent dans le monde, mais l’effort entamé dans plusieurs pays pour aller vers la transparence politique montre bien que certains gouvernements veulent trouver des moyens de gouverner par des moyens pacifiques et de renoncer en partie à un contrôle basé sur la force des armées et de la police. Au lieu de fonder un pouvoir sur la peur des citoyens face aux gouvernements, on entrerait donc progressivement dans une période où les gouvernements choisissent de justifier leur pouvoir sur une nature véritablement démocratique, ouverte au dialogue, ne cachant pas les erreurs commises par ceux qui gouvernent. C’est un peu ce qui s’est passé aux Etats-Unis, quand le gouvernement a dû rendre des comptes et expliquer les méthodes d’espionnage à la population.

Il y a très peu de périodes historiques qui ont donné autant d’espoirs pour la liberté d’expression, la démocratie et l’évolution globale des sociétés modernes. Quand on constate et analyse les révolutions passées, la plupart ont toujours été sanglantes. Avec les lanceurs d’alerte, les démocraties occidentales semblent se situer au début d’un nouveau cycle de révolutions pacifiques et de changements profonds. La révolution pacifique est aujourd’hui celle de l’information, elle s’accomplit à travers une nouvelle forme de liberté d’expression et des outils qui sont à la portée de tout le monde: Internet, les réseaux sociaux, etc. Tout le monde est finalement concerné par cette révolution de l’information et tout le monde peut en devenir acteur, même si ce n’est que temporaire.

Nous entrons dans une ère de révolution pacifique, car c’est une ère où le pouvoir est jugé directement et sans intermédiaires par les yeux du peuple, sans avoir recours à aucune forme de violence. Les documents publiés par les lanceurs d’alerte sont accessibles le plus souvent par n’importe quelle personne et toute personne devient implicitement un outil de la libération sociale et un outil de lutte contre l’injustice. En étant conscients des problèmes de grande envergure et en étant mieux informés grâce aux lanceurs d’alerte, comme par exemple dans le cas de l’espionnage de la NSA, chaque citoyen sait d’autant mieux comment réagir face à l’injustice, où trouver l’origine du problème et comment mieux protéger sa vie privée. Il y a un rôle de prévention dans ces révélations de documents secrets. Les lanceurs d’alerte sont des citoyens qui préfèrent « prévenir que guérir » les problèmes de la société. Ils se situent donc dans une démarche totalement pacifique face à la société et face aux gouvernements dont ils dénoncent les injustices. Tout ceci est nouveau dans nos sociétés modernes, car nous avons pour la première fois un accès direct et continu à une information qui n’était accessible dans le passé qu’à un nombre très restreint de personnes qui travaillaient dans les services secrets ou dans les gouvernements. Les lanceurs d’alerte permettent de passer la barrière de la censure et d’aller là où sont les vrais problèmes de la société, de poser les vraies questions. Si grâce à eux les problèmes de nos sociétés modernes sont identifiés plus vite, il faut aussi espérer que les solutions à ces problèmes seront aussi plus faciles et plus rapides à trouver, s’il y a une prise de conscience massive au niveau de la société.

Enfin, on peut aussi estimer qu’un scandale comme les révélations de la NSA a servi à pacifier et à clarifier les relations politiques dans le monde, car les pays savent mieux désormais qui travaille ou collabore avec les Etats-Unis, qui espionne ou partage des informations stratégiques. Cela va rééquilibrer les rapports de force entre des petits pays, qui étaient sous pression et sous surveillance américaines, et de grands pays qui utilisaient l’espionnage comme une arme pour contrôler d’autres nations. Les révélations sur la NSA ont aussi pacifié le monde, car cela a mis fin à la croyance en Occident que les Etats-Unis seraient une démocratie exemplaire face à une Russie en perte de droits. Il ne s’agit plus d’un monde dominé par le conflit idéologique qui opposait les Etats-Unis et l’Occident face à la Russie. Aujourd’hui, il ne s’agit plus vraiment de guerre froide. Et le scandale de la NSA a accéléré les choses, car il a fait éclater la vision bipolaire du monde et cette logique de la guerre froide n’a plus de raison d’être. Aujourd’hui, on voit bien que les problèmes de liberté d’expression, de fichage et de répression des individus ont lieu dans toutes sortes de pays: c’est un problème qui se pose dans un monde multipolaire. La surveillance est un problème global de notre monde moderne. Donc ce n’est plus un problème de guerre froide. Les services secrets abusent de leur pouvoir où que ce soit dans le monde, et le conflit idéologique qui opposait dans le passé le libéralisme occidental face au bloc communiste, ce conflit qui opposait les Etats-Unis, l’Occident et la Russie se situe et oppose davantage aujourd’hui des citoyens épris de liberté face à des gouvernements avides de pouvoir.

Les révélations des lanceurs d’alerte ont donc permis de révéler aux populations ce qui menaçait leur liberté et d’entrer dans une ère nouvelle où les citoyens n’ont plus peur de dévoiler les injustices, que ce soit par des méthodes légales ou illégales, comme la fuite de documents secrets. Dans tous les cas, le choix de publier une information secrète reste un moyen pacifique pour dénoncer les injustices et on peut comparer l’action des lanceurs d’alerte aux méthodes prônant la non-violence dans le combat politique. Les lanceurs d’alerte ont ouvert une voie de dialogue entre les pays, car ceux-ci envisagent de lutter désormais de manière plus efficace contre l’espionnage et les atteintes à la vie privée des citoyens. Le monde a changé, car les Etats-Unis ne sont plus aujourd’hui les seuls à accaparer le discours démocratique et à se placer en défenseurs de la démocratie dans le monde. On voit bien aujourd’hui qu’un pays comme les Etats-Unis, aussi puissant soit-il politiquement ou économiquement, peut aussi être jugé par les autres pays et voir remis en cause son système de fonctionnement et ses pratiques d’espionnage.

Julian Assange, en 2010: « Nous avons affaire aux agences de renseignement »

Câbles secrets américains-WikileaksQuels sont les liens de l’organisation WikiLeaks avec les services secrets, et plus largement avec les gouvernements? Ceci est une des questions que toute personne pourrait se poser, sans être forcément un analyste politique ou un journaliste confirmé. Dans le passé, Julian Assange avait lui-même déclaré « avoir affaire aux agences de renseignement ». C’était dans une interview du 15 août 2010, publiée sur le site d’informations suédois The Local. La phrase complète de Julian Assange disait:

Nous avons affaire à des organisations qui n’obéissent pas à la loi. Nous avons affaire à des agences de renseignement. (Source: The Local)

Depuis, il est assez étrange de contaster que le fondateur de WikiLeaks n’a jamais vraiment éclairci ces propos, car jusqu’à présent on ne sait pas exactement ce qu’il voulait dire par « avoir affaire » à des services secrets. S’agissait-il de simples négociations en vue de la publication d’un certain type de documents secrets, publiés en accord avec des personnes travaillant au sein des services secrets? Est-ce que des agences de renseignement ont donné des documents à WikiLeaks (comme cela a d’ailleurs été le cas avec le FBI pour les Syria Files, via l’intermédiaire du hacker Sabu)? Ou s’agissait-il, au contraire, de négociations par rapport à l’installation de WikiLeaks en Suède, qui pouvait poser problème aux services de renseignement face à une possible pression politique venant des Etats-Unis? L’article n’est pas suffisamment précis à ce sujet, et c’est dommage de voir qu’aucun journaliste n’a pensé depuis toutes ces années à poser directement ces questions à Julian Assange:

Quels sont vos liens avec les services secrets? Est-ce que WikiLeaks travaille depuis le début avec les services secrets? Quel est le but réel des publications? Y a-t-il un agenda gouvernemental derrière les révélations de WikiLeaks, comme on a pu le voir avec les événements du Printemps Arabe qui ont coïncidé avec la publication des câbles diplomatiques américains?

La question de certains supporters – sur l’un des forums principaux qui publient des informations sur WikiLeaks – est totalement justifiée, quant aux Syria Files:

Pourquoi WikiLeaks, sachant que les emails des Syria Files avaient été recueillis par un groupe de hackers des Etats-Unis/FBI, a tout de même publié les documents avec le risque que ceux-ci auraient pu être une fuite sous contrôle du gouvernement US? (Source: Wikileaks Forum)

Ceci nous ramène à l’interview du 15 août 2010 en Suède, avec ces propos de Julian Assange: « Nous avons affaire à des agences de renseignement. » Il est tout à fait possible que Julian Assange ait voulu dans ces propos faire allusion à des hackers qui, comme dans le cas des Syria Files, ont transmis des documents à WikiLeaks, tout en le faisant pour le compte d’un gouvernement. On ne saura sans doute jamais à quel niveau l’organisation WikiLeaks a établi des liens avec des services secrets ou avec des gouvernements. Ce qui est sûr, c’est que les représentants politiques font très peu de déclarations au sujet de WikiLeaks – et c’est donc d’autant plus difficile de savoir si les gouvernements se sentent réellemment menacés par cette organisation, ou bien s’ils l’utilisent plutôt comme un outil pouvant mener à des réformes et à des changements politiques.

Articles consultés:

« WikiLeaks va demander une licence suédoise » (TheLocal, 15 août 2010)

« Le chat entre Siggi et Sabu, et comment WikiLeaks a obtenu les Syria Files, et son implication avec Sabu » (Wikileaks Forum)

La philosophie deleuzienne de Julian Assange

Publié par pilkingtonphil, sur fixingtheeconomists.wordpress.com

Bien, je ne sais pas quel est votre avis – mais, je deviens vraiment malade de voir tout ce cirque qui a lieu autour d’Assange. Même les publications les plus sérieuses ont un intérêt pour ce qui est clairement une farce. Qui plus est, je vois maintenant des citations typiquement affectées de Hitchens, ce vieil importun et pseudo-intellectuel épuisé, qui apparaissent dans les différents articles que je lis (« Il appartient à Assange de considérer qu’en tant que membre de notre humble espèce et de notre auguste culture, il devrait faire preuve d’on ne peut plus de respect devant l’autel de notre royale et magnifique Civilisation qui continue de s’affirmer » – bon, ce n’est pas la citation exacte, en fait c’est probablement dans un style moins prétentieux et moins lourd de thésaurus que l’original… mais vous comprenez l’idée).

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Julian Assange: Géométrie de la politique

Donc, j’en ai marre – réveillez-moi quand ce sera bientôt la fin.

Pendant ce temps, penchons-nous sur une chose bien plus intéressante : la philosophie générale d’Assange, comme il l’a lui-même écrite. Et dont on peut trouver une ébauche dans ces pages – écrites en 2006.

La première chose qui surprend le lecteur est le chevauchement entre une vaste spéculation théorique et des observations extrêmement terre-à-terre. Voilà le gros morceau baroque de la haute théorie « Assangienne » :

« Nous utiliserons des graphes connexes comme moyen de maîtriser la capacité de raisonnement spatial du cerveau dans la compréhension d’une nouvelle approche des relations politiques. »

La complexité du raisonnement repose clairement dans le fait de voir pour tous – que le langage vient, en effet, des neurosciences cognitives – mais comparez-le maintenant à l’un des passages les plus terre-à-terre de la réflexion :

« Plus une organisation cultive le secret ou l’injustice, plus les fuites induisent la peur et la paranoïa dans son leadership et dans son cercle décisionnaire. »

Nous partons des pensées très élevées d’un homme qui est clairement très intelligent et cultivé (qui a reçu une formation en sciences-physiques — une sorte d’expert en neuroscience cognitive et en science de l’ordinateur, semble-t-il), pour en arriver à une observation extrêmement intéressante. Ce cocktail d’habileté analytique, précise et incisive, et d’appels à l’action pragmatiques et bien planifiés, sont la caractéristique de l’approche entière d’Assange.

Sa construction globale est également intéressante. Il prend comme point de départ le modèle de la conspiration. Non, je ne veux pas dire qu’Assange commence sur une quête paranoïaque pour trouver une cabale d’acteurs malveillants de la société qui manipulent les choses depuis le sommet. Au lieu de cela, il essaie plutôt de conceptualiser le monde contemporain – qu’il voit comme étant principalement contrôlé par des structures de gouvernement corporate (à savoir l’alliance de compagnies transnationales et de gouvernements nationaux) – comme étant une sorte de conspiration informelle. Assange le formule lui-même dans son style inimitable :

« Là où sont connus les détails sur les activités internes des régimes autoritaires, nous voyons des interactions conspiratrices au sein de l’élite politique, pas seulement pour une promotion ou une faveur à l’intérieur du régime, mais comme la méthodologie d’un planning primaire derrière lequel se maintient ou se renforce le pouvoir autoritaire. »

Ce que veut dire Assange, c’est que les pouvoirs modernes – qu’il considère fondamentalement comme des pouvoirs autoritaires, dans leur tendance à prendre des décisions derrière des portes closes – s’engagent de manière systématique dans un comportement conspirateur. Pour Assange, les pouvoirs modernes ne peuvent pas agir ouvertement, ils estiment donc nécessaire d’agir en secret. Est-ce que ce sont là les vociférations dérangées d’un lunatique obsédé d’ordinateur ? Si les câbles diplomatiques ont bien prouvé une chose, c’est qu’il y a certainement une forte tendance au secret du côté des pouvoirs modernes.

Je dois faire ici une digression – qui, j’espère, éclairera le point de vue d’Assange. Quand les fuites ont été publiées, beaucoup ont dit qu’elles ne révélaient rien de nouveau. L’argument avancé était que n’importe quelle personne intelligente et éduquée connaissait déjà leur contenu avant leur publication. Tout d’abord, ceci était évidemment faux dans certains cas (comme les fuites concernant la Chine et la Corée du Nord, ou les fuites sur Poutine et Berlusconi). Mais dans les cas où cela s’est avéré vrai, nous pouvons dire que cela a mis en lumière une caractéristique très importante du pouvoir des gouvernements et des corporations dans le monde d’aujourd’hui : à savoir que nous connaissons l’extrême opacité de ces pouvoirs ; et nous savons que ce qu’ils disent faire ne sont que des mensonges et que nous devons utiliser nos forces analytiques pour en arriver à comprendre ce qui se passe autour de nous. Je vous demande : est-ce que cela ne confirme pas le point de vue central d’Assange ?

Assange affirme que pour arriver à sortir de ce réseau de conspiration du pouvoir, les gens doivent interrompre la capacité des cerveaux gris à communiquer entre eux :

« Nous pouvons faire éclater une conspiration, réduire ou éliminer une communication considérable entre quelques liens de poids ou entre plusieurs liens de moindre envergure. »

Ou encore :

« Nous pouvons tromper ou aveugler une conspiration, en déformant ou en limitant l’information qui lui est disponible.

Nous pouvons affaiblir le pouvoir de conspiration dans sa totalité via des attaques non-structurées sur ses liens, en les étouffant ou en les divisant.

Une conspiration suffisamment engagée dans cette voie n’est plus capable de comprendre son environnement ni de planifier des actions solides. »

Assange voit le pouvoir de l’entreprise et du gouvernement comme quelqu’un qui analyse un réseau d’ordinateurs. Si ce réseau est incapable de communiquer efficacement avec lui-même, des erreurs apparaissent et il commence à tomber en panne. Une analogie similaire peut être esquissée avec le cerveau humain. Si différents centres du cerveau humain sont incapables de communiquer entre eux – par exemple, à cause de la destruction de certains centres nerveux dus à une lésion ou à un coup – alors, des défauts cognitifs vont apparaître et la personne constatera qu’ils sont, en quelque sorte, hors service.

Assange voit les fuites d’information comme des lésions ou des coups portés sur le cerveau géant de la gouvernance unifiée. Chaque fois qu’une fuite est révélée, il en résulte une panne de communication entre les différents acteurs sur la scène nationale ou internationale. Si on prend en compte la détérioration des relations diplomatiques après les fuites, est-ce que cela ne peut être considéré, dans le schéma d’Assange, comme une rupture de la communication entre plusieurs « conspirateurs » ?

Il faut noter que ceci semble être le but d’Assange. La liberté de l’information – la raison pour laquelle beaucoup de gens, dont moi-même, donnent leur soutien à Assange – ne serait que secondaire.

Assange voit les « conspirations » – encore une fois, je vous rappelle qu’il s’agit d’une métaphore – comme étant des « systèmes-clos ». Les systèmes-clos sont des systèmes qui n’ont aucune porte d’entrée depuis le monde extérieur – ce serait donc un groupe de gens qui font des plans entre eux (ce groupe est le « système ») et ils ne prennent pas la peine de recueillir aucune information en dehors de leurs sources, par exemple, en observant ce qui se passe de manière générale dans le monde (cette information serait la donnée « entrante »).

Assange prétend qu’en détruisant la communication entre les conspirations – à savoir, les systèmes-clos – des systèmes plus ouverts vont se constituer. Ces systèmes ouverts étant, bien sûr, des systèmes qui font entrer des données depuis l’extérieur – ou, pour continuer dans notre exemple, des groupes de gens qui regardent le monde autour d’eux quand il s’agit de décider d’une action à entreprendre.

C’est donc la teneur essentielle de la philosophie d’Assange – à présent, intéressons-nous à la forme.

Comme nous l’avons déjà démontré, Assange emprunte largement aux sciences de l’information – et plus spécifiquement, à la neuroscience cognitive et à la science informatique. Ceci est extrêmement intéressant car cela conduit sa philosophie à ressembler à certaines philosophies contemporaines post-structurelles – plus spécifiquement celle de Gilles Deleuze, philosophe français du 20ème siècle.

Deleuze emprunte aussi largement aux sciences de l’information pour appuyer ses théories – et il parvient, sans surprise, à des conclusions politiques très semblables à celles d’Assange. Deleuze voyait les organisations politiques – et les organisations en général – en des termes où il faisait référence à des « structures » et à des « multiplicités ».

Pour Deleuze, les « structures » étaient des systèmes-clos – clos sur eux-mêmes et résistant à tout élément étranger venant de l’extérieur – alors que les « multiplicités » étaient des systèmes ouverts, qui communiquaient librement avec le monde qui les entoure. A travers les deux ouvrages de Deleuze sur la théorie politique, L’Anti-Œdipe et Mille Plateaux – tous deux écrits en collaboration avec le psychanalyste français Félix Guattari – il traite beaucoup d’idées semblables à celles qu’évoque Assange.

Deleuze, comme Assange, utilise des métaphores complexes dérivées des mathématiques et des sciences pour expliquer le monde qui l’entoure. Et comme Assange, il voit la solution au problème des « systèmes-clos » comme une tentative de percer les structures figées et de promouvoir la communication et la diffusion libre de l’information.

Je ne me laisserai aller à aucun jugement sur la politique d’Assange ou sur sa philosophie, autre que celui que j’apprécie sa délivrance de certaines informations et que je reconnais qu’il est un individu extrêmement intelligent. Mais je dirai que la philosophie d’Assange – et celle de WikiLeaks en tant qu’organisation – est peut-être l’une des plus pures manifestations d’un mouvement politique déleuzien qui ait jamais existé (Deleuze a fait référence à un tel mouvement politique comme étant une « Machine de Guerre »).

En dehors de cela, WikiLeaks est un chapitre fascinant de l’histoire des idées.

Source: http://fixingtheeconomists.wordpress.com/2010/12/19/the-deleuzian-philosophy-of-julian-assange/

WikiLeaks: Le Protocole militaire du Royaume-Uni pour le personnel de la sécurité et du contre-espionnage (PDF)

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Grâce à un forum public de GoogleGroups, nous avons retrouvé les traces d’un document inédit de WikiLeaks qui nous rappelle au scandale récent d’espionnage de la NSA et de la manière dont les services de renseignement surveillent ou ont consigne d’agir dans des opérations secrètes. Le 4 octobre 2009, le site WikiLeaks publie en effet un document intitulé « Manuel de sécurité du MoD [Ministère de la Défense] du Royaume-Uni, volumes 1, 2 et 3, Issue 2, JSP 440, Accès Restreint, 2389 pages, 2001 ».

Résumé

Ce document important, auparavant inédit (classé « RESTREINT », 2389 pages), est le protocole militaire du Royaume-Uni pour toutes les opérations de sécurité et de contre-espionnage.

Le document comprend des instructions sur le traitement des fuites, des journalistes d’investigation, des parlementaires, des agents étrangers, des terroristes et des criminels, des pièges sexuels en Russie et en Chine, des valises diplomatiques, des alliés, des documents et des codes classifiés, la compromission des émissions radio et audio, les pirates informatiques -et de nombreuses autres questions connexes.

Le document, connu dans les services comme le « JSP 440 » (« Publication des Services Joints 440 »), a été référencé par l’équipe d’enquête de la RAF Digby [Royal Air Force] comme la justification de protocole pour la surveillance de Wikileaks, tel que mentionné dans « Le ministère britannique de la Défense surveille continuellement WikiLeaks: huit rapports sur les fuites classifiées au Royaume-Uni, 29 Sept. 2009 ».

Source: https://wikileaks.org/wiki/UK_MoD_Manual_of_Security_Volumes_1,_2_and_3_Issue_2,_JSP-440,_RESTRICTED,_2389_pages,_2001

Télécharger le document entier (PDF): http://wlstorage.net/file/uk-mod-jsp-440-2001.pdf

[Après la publication de notre article, le lien du document original a bizarrement disparu du site Wikileaks. Voici un nouveau lien où le PDF est accessible: http://file.wikileaks.info/leak/uk-mod-jsp-440-2001.pdf]

Pentagone, Watergate, WikiLeaks, NSA: d’impossibles secrets?

Emission France Culture du 14.12.2013, à écouter en ligne (58 min.): http://www.franceculture.fr/emission-concordance-des-temps-pentagone-watergate-wikileaks-nsa-d-impossibles-secrets-2013-12-14

Lien direct pour écouter l’émission: http://www.franceculture.fr/player/reecouter?play=4758974

Pentagon Papers-the secret warArthur Schlesinger Jr., historien américain notoire et ancien collaborateur du président Kennedy, a écrit un jour non sans justesse: « Vous ne pouvez pas diriger un gouvernement si tout ce que vous faites est transmis à la presse. Mais vous ne pouvez pas diriger une presse libre, si publier tout ce que le gouvernement classe secret constitue un crime. » Deux affaires récentes, dont le retentissement a été mondial, viennent de relancer à partir des Etats-Unis la question, en vérité capitale, de la transparence de l’Etat en démocratie et des secrets indispensables dans l’intérêt de la nation. Entre l’une et les autres, l’équilibre légitime est toujours incertain, il l’est forcément. Edward Snowden, employé d’une entreprise de sous-traitance de la NSA – la National Security Agency – a révélé récemment les pratiques d’espionnage de celle-ci, interceptant les communications de citoyens américains et de nombreux pays alliés, provoquant du coup par cette initiative un tremblement de terre international. Trois ans plus tôt, le site WikiLeaks, animé par l’australien Julian Assange, avait publié des centaines de milliers de documents confidentiels en provenance du réseau diplomatique américain, ce qui avait suscité un autre séisme. Un rapprochement s’est imposé aussitôt avec deux autres affaires retentissantes, qui avaient posé semblablement cette même question du secret démocratique et d’ailleurs n’étaient pas sans lien entre elles. L’affaire dite des documents du Pentagone concerne la guerre du Vietnam, documents portés soudainement à la connaissance du public en 1971, et l’affaire du Watergate, encore plus célèbre, jetant en pâture à l’opinion les multiples mensonges du président Richard Nixon et entraînant la chute de celui-ci, en août 1974. Avec Pierre Melandri, professeur émérite d’histoire des Etats-Unis à Science-Po, nous allons ce matin réfléchir à ce parallèle instructif, tant pour l’histoire que pour le civisme. Jean-Noël Jeanneney

Programmation sonore:

– Interview d’Eva JOLY, députée européenne d’Europe Ecologie – Les Verts, France Inter, le 11 juin 2013.

– Interview de Pierre SALINGER, ancien porte-parole de la Maison Blanche, par Yves MOUROUSI, Inter-Actualités, le 16 juin 1971.

– Extrait du film « les hommes du Président » de Alan Jay PAKULA, sorti en 1976, film adapté du livre des journalistes Bob WOODWARD et Carl BERNSTEIN, avec Robert REDFORD et Dustin HOFFMAN.

– Interview de Ted STANGER, journaliste américain, ancien chef de bureau du Newsweek à Paris, France Inter, le 1er juin 2005.

– Déclaration du président américain Richard NIXON annonçant sa démission, France Inter, le 9 août 1974.

Bibliographie:

– Pierre MELANDRI, Histoire des Etats-Unis, Perrin, coll. Tempus, 2013.

– Antoine COPPOLANI, Richard Nixon, Fayard, 2013.

– Claude MOISY, Nixon et le Watergate. La chute d’un président, Hachette, 1994.

– Pierre MELANDRI, « Les secrets du Pentagone », dans L’Histoire, 12 juillet 2012.

– André KASPI, Le Watergate (1972-1974), Complexe Eds, 1983.

– Susan RUEL et Daniel ROYOT, Les médias et l’information aux Etats-Unis de 1945 à aujourd’hui, Didier Erudition, 1997.

Invité(s):
Pierre Melandri, historien, professeur à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et chercheur associé à l’Observatoire de la politique étrangère américaine à l’université Paris-III Sorbonne

« Le Confident Privé de Manning », par Bill Keller (New York Times)

Bill Keller, Le Confident privé de Manning

Par Bill Keller, 10 mars 2013

Au début de 2010, le PFC. Bradley Manning a méthodiquement envoyé un filon numérique principal de documents classifiés, militaires et diplomatiques américains aux insurgés Internet de WikiLeaks. Comme chacun le sait, WikiLeaks a rendu ces archives secrètes disponibles à quelques publications majeures de l’actualité, dont celle-ci. Beaucoup d’histoires troubles et éclairantes ont été publiées, et Washington a depuis grincé des dents.

Le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, d’aussi loin que nous pouvons le savoir, est toujours réfugié à l’ambassade d’Equateur à Londres, effrayé qu’il puisse être extradé pour son rôle dans cette hémorragie de secrets, bien que les seules allégations en suspens contre lui n’impliquent que des allégations de crimes sexuels en Suède. Pendant ce temps, Manning, un geek de faible intelligence, âgé de 25 ans, est en audiences préliminaires à Fort Meade, dans le Maryland. Il a plaidé coupable pour des crimes pouvant conduire jusqu’à 20 ans d’emprisonnement, et le gouvernement mise sur des accusations supplémentaires, incluant l’Article 104 du code militaire, « l’aide à l’ennemi », ce qui pourrait le mener à perpétuité sans libération conditionnelle.

Dans sa déclaration devant le tribunal militaire, Manning a dit qu’avant de tomber dans les guérillas anti-secrets chez WikiLeaks, il a essayé de livrer son trésor de documents dérobés au Washington Post et au New York Times. Au Post [Washington Post], il a été découragé par une journaliste qui lui a dit qu’avant de pouvoir s’engager dans quoi que ce soit, elle devait d’abord obtenir la décision d’un rédacteur en chef senior. Au Times [New York Times], Manning dit avoir laissé un message sur la boîte vocale, mais il n’a jamais été rappelé. C’est surprenant pour moi de voir qu’un expert doué en technologie, capable de gérer l’une des fuites les plus monumentales qui aient existé, n’ait pas réussi à résoudre comment envoyer un e-mail ou un message téléphonique au Times, un exploit réussi par des dizaines de lecteurs chaque jour.

Mais qu’en serait-il s’il l’avait fait? Qu’en serait-il s’il avait réussi à livrer ses documents dérobés au Times? Qu’est-ce qui aurait changé pour Manning et pour le reste d’entre nous?

Tout d’abord, je peux dire avec une certaine assurance que le Times aurait fait exactement ce qu’il a fait avec l’archive, quand celle-ci a été fournie par l’intermédiaire de WikiLeaks: affecter des journalistes à la recherche de matériel d’intérêt public véritable, prendre soin d’omettre les informations qui auraient pu faire tuer les troupes sur le terrain ou des informateurs innocents, et publier nos rapports avec grand geste. Les documents auraient fait l’actualité — la une de l’actualité.

Mais un peu moins que ça, en quelque sorte. Alors qu’en réalité le Times et le public ont bénéficié d’un partenariat collégial avec le Guardian de Londres et d’autres journaux qui ont pris part à la fête de WikiLeaks, je suis quasiment sûr que si nous avions été le seul destinataire, nous n’aurions pas partagé le cadeau de Manning avec d’autres organismes d’actualités. C’est en partie pour des raisons de concurrence, mais aussi parce que le partage d’un trésor de renseignement brut, en particulier avec des médias étrangers, aurait augmenté le risque juridique pour le New York Times et pour notre source. Ainsi, notre exclusivité aurait été un joli coup pour le Times, mais quelque chose aurait été perdu. En partageant les données de manière très large — y compris avec toute une gamme de médias locaux qui ont exploité le matériau sur des histoires qui avaient peu d’intérêt pour une opération globale d’informations — WikiLeaks a obtenu une répercussion kilométrique beaucoup plus grande de ses câbles secrets que nous ne l’aurions fait.

Si Manning était entré en contact avec le Times, nous nous serions retrouvés dans une relation, face à un jeune soldat de l’armée, inquiet, nerveux et en colère, qui n’offrait pas tellement de documentation sur les délits d’un gouvernement particulier, comme étant une chance de pouvoir pêcher dans une mer de secrets. N’ayant jamais rencontré Manning (il était en détention au moment où nous avons reçu les documents de WikiLeaks), je peux seulement deviner à quoi aurait pu ressembler cette relation. Compliquée. Probablement tendue. Nous aurions, bien sûr, respecté tout accord pour protéger son identité, même si Manning n’était pas si bon pour couvrir ses propres pistes. (Il a déversé l’histoire de sa fuite dans de longues conversations de messagerie instantanée, avec un ex-hacker qui l’a dénoncé.) Après qu’il ait été arrêté, nous aurions sûrement écrit un éditorial contre la brutalité de sa détention à l’isolement — comme le Times l’a déjà fait — et peut-être aurions-nous protesté contre l’excès inquiétant de l’accusation d’« aide à l’ennemi ». (Si la fuite de Manning a apporté un point de réconfort à l’ennemi, alors il en est de même pour toute histoire d’actualité sur les coupes dans les budgets de la défense, l’opposition aux attaques de drones, ou les revers en Afghanistan.) Au-delà de ça, nous nous serions assurés que Manning savait dès le départ qu’il était seul, comme nous l’avons fait pour le dernier lanceur de fuites de cette ampleur, Daniel Ellsberg, rendu célèbre avec les Pentagon Papers.

« Quand le gouvernement a décidé de poursuivre Ellsberg, nous ne nous sommes pas sentis obligés de l’assister », a rappelé l’autre jour Max Frankel, qui était à l’époque chef de bureau au Times à Washington. « Il était en train de commettre un acte de désobéissance civile et il savait sans doute que cela demandait d’accepter la punition. Nous étions heureux intérieurement de voir que les poursuites ont échoué en voulant aller trop loin, mais nous ne nous considérions en aucune manière comme son partenaire. »

La chose la plus importante qui n’aurait pas été trop différente si le Times avait été son journal, aurait été la responsabilité civile de Manning. La loi prévoit la protection du Premier Amendement pour une presse libre, mais pas pour ceux qui ont prêté serment à protéger les secrets des gouvernements. Cette administration a une intolérance particulière qui donne le frisson à l’égard des lanceurs de fuites — et les empreintes digitales les rendent plus faciles à attraper de nos jours — mais je ne peux pas imaginer qu’une autre administration aurait hésité à poursuivre Manning.

Mais si Manning avait été notre source directe, les conséquences auraient pu être légèrement atténuées. Bien que, du point de vue du droit, je sois certain que WikiLeaks et le New York Times sont protégés de manière égale par le Premier Amendement, il est possible que le jugement du tribunal envers le lanceur de fuites ait une couleur qui prenne compte du fait qu’il a livré les données à un groupe d’anciens hackers avec une sensibilité de hors-la-loi et une antipathie à l’égard des intérêts américains. Est-ce que cela va coûter à Manning au moment de la sentence? Je me le demande. Et cela pourrait expliquer l’accumulation de charges maximum. Pendant le pré-procès, la juge, Col. Denise Lind, a demandé si les poursuites se seraient appuyées sur les mêmes accusations, si Manning avait transmis les documents au Times. « Oui, M’dame », fut la réponse. Peut-être en aurait-il été ainsi. Mais je soupçonne le fait de Manning d’avoir choisi l’anti-système WikiLeaks en tant que collaborateur, comme ce qui a rendu le gouvernement encore plus avide à vouloir ajouter cette accusation douteuse d’« aide à l’ennemi ».

Si Manning avait livré son matériel au Times, WikiLeaks n’aurait pas été en mesure de publier les câbles inédits, comme il l’a fait au final, sans se soucier du risque pour les défenseurs des droits de l’homme, les dissidents et les informateurs qui y sont nommés. En fait, vous n’auriez peut-être pas entendu parler de WikiLeaks. Le groupe avait eu d’autres scoops médiocres, mais Manning les a rendus célèbres.

Et, en fin de compte, s’il avait traité avec le Times, nous aurions peut-être mieux compris Bradley Manning. Adulé par WikiLeaks et sa base de fans comme un lanceur d’alerte et un martyr, considéré comme un traître infâme par ses procureurs, il est devenu un duel de caricatures. Jusqu’aux procédures de la cour, la seule fenêtre donnant à voir la psyché de Manning était la transcription volumineuse de ses discussions en ligne avec l’ex-hacker Adrian Lamo, publiées par le magazine Wired. Cela dresse le portrait d’un jeune homme, selon ses propres mots, « émotionnellement fracturé » — un homme gay dans une institution où les gays ne sont pas les bienvenus, un homme fragile, solitaire, un peu satisfait de sa propre intelligence, un peu vague au sujet de ses motivations. Ses opinions politiques apparaissent comme inachevées. Quand on lui a posé la question, il avait des difficultés à se rappeler aucun des délits spécifiques qui devaient être exposés. Son motif était la « diplomatie ouverte », ou bien — peut-être, juste pour plaisanter — « l’anarchie mondiale ».

A Fort Meade, Manning a livré une explication plus cohérente de ce qui l’a motivé. Consterné par les dommages humains collatéraux du contreterrorisme et de la contre-insurrection, dit-il, il avait l’intention de « documenter le vrai coût des guerres en Irak et en Afghanistan. » Intrigué en lisant les câbles du Département d’Etat, il a senti le besoin de laisser entrer les contribuables dans « les négociations d’arrière-porte et de toute évidence l’activité criminelle » qui sont la face sombre de la diplomatie. Est-ce que ce sens de la mission était là depuis le début, ou est-ce que cela a été déterminé par la suite par les attentes des partisans de Free Bradley Manning? La réponse ne ferait probablement pas de différence pour la cour. Mais il se peut que cela aide à définir le verdict de l’histoire.

Source: http://www.nytimes.com/2013/03/11/opinion/keller-private-mannings-confidant.html?smid=tw-share

Voir le Tweet de Bill Keller

WikiLeaks n’accepte plus temporairement de documents : quels sont les autres moyens de publier des fuites?

WikiLeaks Submissions

Comme on peut le lire sur un miroir de Médiapart, le site WikiLeaks ne permet plus actuellement de transmettre des documents.

« Remarque: Pour le moment, WikiLeaks n’accepte pas de nouvelles soumissions de documents, dû à des améliorations de la maintenance du site pour le rendre à la fois plus sûr et plus convivial. Depuis que nous n’acceptons plus de documents durant la période de maintenance, nous avons aussi temporairement fermé notre page de support en ligne via chat pour savoir comment faire une soumission de documents. Nous prévoyons la réouverture de la boîte de dépôt électronique et du chat de support en ligne dans un avenir proche. »

Ceci dit, il est toujours possible de contacter les administrateurs du forum WikiLeaks pour en savoir plus sur les autres possibilités de communiquer ou de transmettre des informations de manière sécurisée, comme avec le projet TOR.

We Fight CensorshipNéanmoins, pour tous ceux qui voudraient publier des documents secrets en leur possession, existe le site « We Fight Censorship », créé à l’initiative de Reporters Sans Frontières, et qui permet aussi de contourner la censure des gouvernements, de manière sécurisée, avec ce message d’accueil:

« Mettons à l’abri l’information – Si vous avez un article, une photo ou une vidéo qui a été censuré, ou qui a causé l’emprisonnement de la personne qui a créé le contenu, envoyez-le nous via notre formulaire sécurisé en ligne. »

« We Fight Censorship » permet également à tous les citoyens de devenir traducteur bénévole pour les documents et contenus publiés qui proviennent du monde entier: Chine, Japon, Maroc, peut-on lire, entre autres pays.

OpenLeaksQuand au site Openleaks, qui avait été créé par Daniel Domscheit-Berg, l’un des anciens collaborateurs de WikiLeaks, il semble aussi que ce site ait mis un frein à son intention de publier des documents secrets. Actuellement, le site a changé d’apparence et est devenu un blog, avec un message qui se veut rassurant: « le projet est encore en vie ».

L’endroit de la première soumission de documents de Bradley Manning à WikiLeaks

Barnes & Noble, Maryland

Par Kevin Gosztola, vendredi 1er mars 2013, 15h10

Ce qui constitue probablement les séries de fuites les plus importantes sur la sécurité nationale dans l’histoire des Etats-Unis a commencé ici-même, à cet endroit qui est photographié ci-dessus.

La première soumission de documents du PFC. Bradley Manning consistait en ce qui est communément appelé les Journaux de la Guerre en Irak et Journaux de la Guerre en Afghanistan. Dans les dernières semaines de janvier 2010, pendant une permission de mi-retour, Manning a essayé de contacter le Washington Post et le New York Times. Quand il s’est vu incapable d’entrer en contact avec quelqu’un d’intéressé par les informations qu’il avait, ou quand il a réalisé qu’il était trop nerveux pour rencontrer quelqu’un au bureau du Post [Washington Post], il a décidé de soumettre les Journaux de guerre à WikiLeaks, via le système de soumission de documents de l’organisation.

Il vivait avec sa tante, Debra Van Alstyne, à Potomac, dans le Maryland, et il a voulu soumettre les documents avant de perdre l’accès à « une bonne et rapide connexion Internet à haut-débit ». Une tempête de neige avait mis fin à la connexion, et Manning a dû aller à proximité de Barnes & Noble, à environ 5 miles et demi [environ 8km], à Rockville, dans le Maryland. Là, il a utilisé Internet pour télécharger les journaux de guerre qui ont finalement été publiés le 25 juillet (Journaux de la Guerre en Irak) et le 22 octobre (Journaux de la Guerre en Afghanistan) de la même année.

Source: http://dissenter.firedoglake.com/2013/03/01/the-site-of-bradley-mannings-first-submission-to-wikileaks/

La Juge réduit de 112 jours la peine que Bradley Manning peut encourir

 

par David Dishneau, le 8 janvier

Fort Meade, Maryland. Une Juge militaire a réduit ce mardi la condamnation potentielle d’un soldat du rang de l’armée US, accusé d’avoir transmis de grandes quantités de documents confidentiels au site web WikiLeaks.

Le colonel Denise Lind a rendu cette décision pendant une audience préliminaire à Fort Meade, pour Bradley Manning.

Lind a estimé que Manning avait subi des punitions illégales avant procès durant neuf mois dans une prison militaire du corps des Marines à Quantico, Virginie. Elle lui a accordé une relaxe de 112 jours sur toute peine de prison à laquelle Manning puisse être condamné.

Manning fut contraint à l’isolement dans une cellule sans fenêtres 23 heures par jour, parfois sans ses vêtements. Les responsables de la prison disent que c’était pour l’empêcher de se faire du mal ou d’en faire à autrui.

La Juge a dit que les conditions de détention de Manning étaient « plus rigoureuses que nécessaire ». Elle a ajouté que ces conditions « sont devenues excessives en rapport aux intérêts légitimes du gouvernement. »

Manning fait face à 22 plaintes, dont celle de « secours à l’ennemi », qui peut amener à la perpétuité derrière les barreaux. Son procès commence le 6 mars.

L’analyste du renseignement de 25 ans avait espéré faire tomber les charges contre lui, plaidant que l’amrée le détenait dans des conditions indues avant son procès suite à son arrestation en 2010.

Les geôliers de la prison militaire de Quantico, Virginie, ont témoigné qu’ils avaient estimé Manning à risque de se suicider et qu’ils avaient juste essayé de l’empêcher de se faire du mal ou d’en faire aux autres en l’enfermant dans une cellule sans fenêtres de 2m par 2,50m 23h/24.

L’accusation avait concédé en décembre que Manning avait été détenu dans des conditions indues, en « vigilance anti-suicide » pendant sept jours et ont demandé qu’il reçoive une grâce de sept jours à l’énoncé de la condamnation.

Manning est de retour à Fort Meade pour une audience préliminaire qui comprend un débat sur la pertinence de ses motivations.

L’accusation veut que la défense soit interdite de produire des éléments au procès de Manning concernant ses motivations pour avoir peut-être communiqué des centaines de milliers de messages de guerre secrets et de câbles diplomatiques. Ils affirment que la motivation n’importe pas sur la question, sachant que l’information devenait disponible pour al-Qaïda.

Manning aurait dit à un confident-devenu-informateur qu’il avait communiqué ce matériel parce que « je veux que les gens voient la vérité » et « l’information devrait être libre ».

L’avocat de la défense David Coombs a dit mardi que l’interdiction de tels éléments entraveraient la capacité de la défense à argumenter que Manning n’avait communiqué que des informations qu’il pensait ne pas pouvoir nuire aux USA ou aider une nation étrangère.

Manning a offert de prendre la responsabilité pour les fuites dans une plaidoirie à venir mais il pourrait encore faire face à des accusations qui incluent le secours à l’ennemi.

L’audience de quatre jours a débuté ce mardi.

Source: http://bigstory.ap.org/article/gis-hearing-wikileaks-case-focuses-motive

Traduit depuis le web par Will Summer