Les services de renseignement fournissent des informations aux lanceurs d’alerte pour garder un œil sur les visiteurs des sites internet (John Young)

Interview de John Young en janvier 2011

Cryptome.org publiait des documents classifiés et secrets bien avant que WikiLeaks fasse les titres de l’actualité. Le co-fondateur de Cryptome, John Young, a dit à RT que ces sites sont autorisés à rester en ligne, afin que les services de renseignement puissent garder un oeil sur leurs visiteurs. Il n’y a pas de secret sur Internet, a averti John Young.

Selon le fondateur de Cryptome, les services de renseignement organisent des opérations de fuites d’informations pour tester la sécurité de leurs systèmes.

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Vers une révolution pacifique dans le monde, grâce aux lanceurs d’alerte

640px-Protest_against_ACTA_-_2012-01-28_-_Toulouse_-_04Avec les affaires Wikileaks, Manning et Snowden, les citoyens du monde entier ont découvert une nouvelle forme de liberté d’expression: le pouvoir de publier des documents secrets, mais pas n’importe quels types de document, car il s’agit toujours de documents utiles au bien-être et à l’évolution démocratique de la société. Si l’espionnage a existé de tout temps — et malgré le fait que les gouvernements actuels veulent juger les lanceurs d’alerte selon les lois classiques de l’espionnage —, les événements qui se produisent aujourd’hui dans le monde à travers les fuites de documents secrets n’ont rien à voir avec ce qui se produisait dans le passé. Ces événements sont déjà le signe d’une révolution pacifique qui s’amorce dans le monde. En effet, plutôt que de prendre les armes ou de choisir la violence, les lanceurs d’alerte sont des citoyens qui ont décidé de lutter contre l’injustice avec le poids de la parole et celle des documents secrets. En publiant des documents secrets, ils renoncent d’une certaine manière à la violence, sans pour autant renoncer à leur engagement vis-à-vis de la société. Publier ces documents, c’est montrer que les problèmes politiques dans le monde peuvent se résoudre par le dialogue, en amenant les gouvernements à se confronter à leur propre vérité.

On peut véritablement parler de révolution pacifique avec les lanceurs d’alerte, car c’est une révolution de la parole. Le monde a compris qu’il n’y a plus besoin de guerres pour s’opposer à l’injustice, et que là où il est possible d’informer la population, il vaut mieux informer plutôt que de laisser les gens dans l’ignorance. Publier des documents secrets est une nouvelle forme de guerre pacifique. C’est une guerre démesurée, certes, car les lanceurs d’alerte sont opposés à des géants qui sont les gouvernements et qui, s’ils le pouvaient, les auraient déjà broyés depuis longtemps pour les faire taire. Mais la force de leur parole, c’est que justement les gouvernements ne sont pas habitués aux discours pacifiques: c’est pourquoi les gouvernements sont totalement déboussolés face aux fuites de documents secrets et qu’ils ne savent pas comment réagir. Face à des criminels qui tuent ou des manifestants qui pillent un magasin, un gouvernement sait toujours utiliser la violence comme réponse. Mais face à des lanceurs d’alerte qui ont un discours pacifique et en adéquation totale avec les valeurs de la démocratie, que peut faire un gouvernement pour justifier l’utilisation de la violence contre des citoyens? La réponse est que, dans ce genre de cas, le gouvernement ne peut rien faire, et surtout pas d’utiliser la violence contre des citoyens qui défendent la vérité.

La révolution des lanceurs d’alerte est doublement pacifique, car leur parole libre et respectueuse de la démocratie est en opposition totale avec la violence que certains gouvernements utilisent pour faire taire les citoyens révoltés, mais on voit bien que cette guerre des lanceurs d’alerte est aussi une guerre qui ne donne plus pour vainqueur uniquement celui qui a le plus d’argent ou le plus d’armement pour faire taire l’ennemi qui est en face. C’est au contraire une guerre qui donne pour vainqueur ceux qui informent et donnent la vérité à leur population. La révolution des lanceurs d’alerte, c’est une guerre psychologique qui donne pour vainqueur un gouvernement qui est en mesure de dire la vérité à sa propre population. Pour le moment, on ne peut pas dire que ce soit le point fort des gouvernements qui existent dans le monde, mais l’effort entamé dans plusieurs pays pour aller vers la transparence politique montre bien que certains gouvernements veulent trouver des moyens de gouverner par des moyens pacifiques et de renoncer en partie à un contrôle basé sur la force des armées et de la police. Au lieu de fonder un pouvoir sur la peur des citoyens face aux gouvernements, on entrerait donc progressivement dans une période où les gouvernements choisissent de justifier leur pouvoir sur une nature véritablement démocratique, ouverte au dialogue, ne cachant pas les erreurs commises par ceux qui gouvernent. C’est un peu ce qui s’est passé aux Etats-Unis, quand le gouvernement a dû rendre des comptes et expliquer les méthodes d’espionnage à la population.

Il y a très peu de périodes historiques qui ont donné autant d’espoirs pour la liberté d’expression, la démocratie et l’évolution globale des sociétés modernes. Quand on constate et analyse les révolutions passées, la plupart ont toujours été sanglantes. Avec les lanceurs d’alerte, les démocraties occidentales semblent se situer au début d’un nouveau cycle de révolutions pacifiques et de changements profonds. La révolution pacifique est aujourd’hui celle de l’information, elle s’accomplit à travers une nouvelle forme de liberté d’expression et des outils qui sont à la portée de tout le monde: Internet, les réseaux sociaux, etc. Tout le monde est finalement concerné par cette révolution de l’information et tout le monde peut en devenir acteur, même si ce n’est que temporaire.

Nous entrons dans une ère de révolution pacifique, car c’est une ère où le pouvoir est jugé directement et sans intermédiaires par les yeux du peuple, sans avoir recours à aucune forme de violence. Les documents publiés par les lanceurs d’alerte sont accessibles le plus souvent par n’importe quelle personne et toute personne devient implicitement un outil de la libération sociale et un outil de lutte contre l’injustice. En étant conscients des problèmes de grande envergure et en étant mieux informés grâce aux lanceurs d’alerte, comme par exemple dans le cas de l’espionnage de la NSA, chaque citoyen sait d’autant mieux comment réagir face à l’injustice, où trouver l’origine du problème et comment mieux protéger sa vie privée. Il y a un rôle de prévention dans ces révélations de documents secrets. Les lanceurs d’alerte sont des citoyens qui préfèrent « prévenir que guérir » les problèmes de la société. Ils se situent donc dans une démarche totalement pacifique face à la société et face aux gouvernements dont ils dénoncent les injustices. Tout ceci est nouveau dans nos sociétés modernes, car nous avons pour la première fois un accès direct et continu à une information qui n’était accessible dans le passé qu’à un nombre très restreint de personnes qui travaillaient dans les services secrets ou dans les gouvernements. Les lanceurs d’alerte permettent de passer la barrière de la censure et d’aller là où sont les vrais problèmes de la société, de poser les vraies questions. Si grâce à eux les problèmes de nos sociétés modernes sont identifiés plus vite, il faut aussi espérer que les solutions à ces problèmes seront aussi plus faciles et plus rapides à trouver, s’il y a une prise de conscience massive au niveau de la société.

Enfin, on peut aussi estimer qu’un scandale comme les révélations de la NSA a servi à pacifier et à clarifier les relations politiques dans le monde, car les pays savent mieux désormais qui travaille ou collabore avec les Etats-Unis, qui espionne ou partage des informations stratégiques. Cela va rééquilibrer les rapports de force entre des petits pays, qui étaient sous pression et sous surveillance américaines, et de grands pays qui utilisaient l’espionnage comme une arme pour contrôler d’autres nations. Les révélations sur la NSA ont aussi pacifié le monde, car cela a mis fin à la croyance en Occident que les Etats-Unis seraient une démocratie exemplaire face à une Russie en perte de droits. Il ne s’agit plus d’un monde dominé par le conflit idéologique qui opposait les Etats-Unis et l’Occident face à la Russie. Aujourd’hui, il ne s’agit plus vraiment de guerre froide. Et le scandale de la NSA a accéléré les choses, car il a fait éclater la vision bipolaire du monde et cette logique de la guerre froide n’a plus de raison d’être. Aujourd’hui, on voit bien que les problèmes de liberté d’expression, de fichage et de répression des individus ont lieu dans toutes sortes de pays: c’est un problème qui se pose dans un monde multipolaire. La surveillance est un problème global de notre monde moderne. Donc ce n’est plus un problème de guerre froide. Les services secrets abusent de leur pouvoir où que ce soit dans le monde, et le conflit idéologique qui opposait dans le passé le libéralisme occidental face au bloc communiste, ce conflit qui opposait les Etats-Unis, l’Occident et la Russie se situe et oppose davantage aujourd’hui des citoyens épris de liberté face à des gouvernements avides de pouvoir.

Les révélations des lanceurs d’alerte ont donc permis de révéler aux populations ce qui menaçait leur liberté et d’entrer dans une ère nouvelle où les citoyens n’ont plus peur de dévoiler les injustices, que ce soit par des méthodes légales ou illégales, comme la fuite de documents secrets. Dans tous les cas, le choix de publier une information secrète reste un moyen pacifique pour dénoncer les injustices et on peut comparer l’action des lanceurs d’alerte aux méthodes prônant la non-violence dans le combat politique. Les lanceurs d’alerte ont ouvert une voie de dialogue entre les pays, car ceux-ci envisagent de lutter désormais de manière plus efficace contre l’espionnage et les atteintes à la vie privée des citoyens. Le monde a changé, car les Etats-Unis ne sont plus aujourd’hui les seuls à accaparer le discours démocratique et à se placer en défenseurs de la démocratie dans le monde. On voit bien aujourd’hui qu’un pays comme les Etats-Unis, aussi puissant soit-il politiquement ou économiquement, peut aussi être jugé par les autres pays et voir remis en cause son système de fonctionnement et ses pratiques d’espionnage.

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CC BY-SA

Julian Assange, en 2010: « Nous avons affaire aux agences de renseignement »

Câbles secrets américains-WikileaksQuels sont les liens de l’organisation WikiLeaks avec les services secrets, et plus largement avec les gouvernements? Ceci est une des questions que toute personne pourrait se poser, sans être forcément un analyste politique ou un journaliste confirmé. Dans le passé, Julian Assange avait lui-même déclaré « avoir affaire aux agences de renseignement ». C’était dans une interview du 15 août 2010, publiée sur le site d’informations suédois The Local. La phrase complète de Julian Assange disait:

Nous avons affaire à des organisations qui n’obéissent pas à la loi. Nous avons affaire à des agences de renseignement. (Source: The Local)

Depuis, il est assez étrange de contaster que le fondateur de WikiLeaks n’a jamais vraiment éclairci ces propos, car jusqu’à présent on ne sait pas exactement ce qu’il voulait dire par « avoir affaire » à des services secrets. S’agissait-il de simples négociations en vue de la publication d’un certain type de documents secrets, publiés en accord avec des personnes travaillant au sein des services secrets? Est-ce que des agences de renseignement ont donné des documents à WikiLeaks (comme cela a d’ailleurs été le cas avec le FBI pour les Syria Files, via l’intermédiaire du hacker Sabu)? Ou s’agissait-il, au contraire, de négociations par rapport à l’installation de WikiLeaks en Suède, qui pouvait poser problème aux services de renseignement face à une possible pression politique venant des Etats-Unis? L’article n’est pas suffisamment précis à ce sujet, et c’est dommage de voir qu’aucun journaliste n’a pensé depuis toutes ces années à poser directement ces questions à Julian Assange:

Quels sont vos liens avec les services secrets? Est-ce que WikiLeaks travaille depuis le début avec les services secrets? Quel est le but réel des publications? Y a-t-il un agenda gouvernemental derrière les révélations de WikiLeaks, comme on a pu le voir avec les événements du Printemps Arabe qui ont coïncidé avec la publication des câbles diplomatiques américains?

La question de certains supporters – sur l’un des forums principaux qui publient des informations sur WikiLeaks – est totalement justifiée, quant aux Syria Files:

Pourquoi WikiLeaks, sachant que les emails des Syria Files avaient été recueillis par un groupe de hackers des Etats-Unis/FBI, a tout de même publié les documents avec le risque que ceux-ci auraient pu être une fuite sous contrôle du gouvernement US? (Source: Wikileaks Forum)

Ceci nous ramène à l’interview du 15 août 2010 en Suède, avec ces propos de Julian Assange: « Nous avons affaire à des agences de renseignement. » Il est tout à fait possible que Julian Assange ait voulu dans ces propos faire allusion à des hackers qui, comme dans le cas des Syria Files, ont transmis des documents à WikiLeaks, tout en le faisant pour le compte d’un gouvernement. On ne saura sans doute jamais à quel niveau l’organisation WikiLeaks a établi des liens avec des services secrets ou avec des gouvernements. Ce qui est sûr, c’est que les représentants politiques font très peu de déclarations au sujet de WikiLeaks – et c’est donc d’autant plus difficile de savoir si les gouvernements se sentent réellemment menacés par cette organisation, ou bien s’ils l’utilisent plutôt comme un outil pouvant mener à des réformes et à des changements politiques.

Articles consultés:

« WikiLeaks va demander une licence suédoise » (TheLocal, 15 août 2010)

« Le chat entre Siggi et Sabu, et comment WikiLeaks a obtenu les Syria Files, et son implication avec Sabu » (Wikileaks Forum)

La philosophie deleuzienne de Julian Assange

Publié par pilkingtonphil, sur fixingtheeconomists.wordpress.com

Bien, je ne sais pas quel est votre avis – mais, je deviens vraiment malade de voir tout ce cirque qui a lieu autour d’Assange. Même les publications les plus sérieuses ont un intérêt pour ce qui est clairement une farce. Qui plus est, je vois maintenant des citations typiquement affectées de Hitchens, ce vieil importun et pseudo-intellectuel épuisé, qui apparaissent dans les différents articles que je lis (« Il appartient à Assange de considérer qu’en tant que membre de notre humble espèce et de notre auguste culture, il devrait faire preuve d’on ne peut plus de respect devant l’autel de notre royale et magnifique Civilisation qui continue de s’affirmer » – bon, ce n’est pas la citation exacte, en fait c’est probablement dans un style moins prétentieux et moins lourd de thésaurus que l’original… mais vous comprenez l’idée).

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Julian Assange: Géométrie de la politique

Donc, j’en ai marre – réveillez-moi quand ce sera bientôt la fin.

Pendant ce temps, penchons-nous sur une chose bien plus intéressante : la philosophie générale d’Assange, comme il l’a lui-même écrite. Et dont on peut trouver une ébauche dans ces pages – écrites en 2006.

La première chose qui surprend le lecteur est le chevauchement entre une vaste spéculation théorique et des observations extrêmement terre-à-terre. Voilà le gros morceau baroque de la haute théorie « Assangienne » :

« Nous utiliserons des graphes connexes comme moyen de maîtriser la capacité de raisonnement spatial du cerveau dans la compréhension d’une nouvelle approche des relations politiques. »

La complexité du raisonnement repose clairement dans le fait de voir pour tous – que le langage vient, en effet, des neurosciences cognitives – mais comparez-le maintenant à l’un des passages les plus terre-à-terre de la réflexion :

« Plus une organisation cultive le secret ou l’injustice, plus les fuites induisent la peur et la paranoïa dans son leadership et dans son cercle décisionnaire. »

Nous partons des pensées très élevées d’un homme qui est clairement très intelligent et cultivé (qui a reçu une formation en sciences-physiques — une sorte d’expert en neuroscience cognitive et en science de l’ordinateur, semble-t-il), pour en arriver à une observation extrêmement intéressante. Ce cocktail d’habileté analytique, précise et incisive, et d’appels à l’action pragmatiques et bien planifiés, sont la caractéristique de l’approche entière d’Assange.

Sa construction globale est également intéressante. Il prend comme point de départ le modèle de la conspiration. Non, je ne veux pas dire qu’Assange commence sur une quête paranoïaque pour trouver une cabale d’acteurs malveillants de la société qui manipulent les choses depuis le sommet. Au lieu de cela, il essaie plutôt de conceptualiser le monde contemporain – qu’il voit comme étant principalement contrôlé par des structures de gouvernement corporate (à savoir l’alliance de compagnies transnationales et de gouvernements nationaux) – comme étant une sorte de conspiration informelle. Assange le formule lui-même dans son style inimitable :

« Là où sont connus les détails sur les activités internes des régimes autoritaires, nous voyons des interactions conspiratrices au sein de l’élite politique, pas seulement pour une promotion ou une faveur à l’intérieur du régime, mais comme la méthodologie d’un planning primaire derrière lequel se maintient ou se renforce le pouvoir autoritaire. »

Ce que veut dire Assange, c’est que les pouvoirs modernes – qu’il considère fondamentalement comme des pouvoirs autoritaires, dans leur tendance à prendre des décisions derrière des portes closes – s’engagent de manière systématique dans un comportement conspirateur. Pour Assange, les pouvoirs modernes ne peuvent pas agir ouvertement, ils estiment donc nécessaire d’agir en secret. Est-ce que ce sont là les vociférations dérangées d’un lunatique obsédé d’ordinateur ? Si les câbles diplomatiques ont bien prouvé une chose, c’est qu’il y a certainement une forte tendance au secret du côté des pouvoirs modernes.

Je dois faire ici une digression – qui, j’espère, éclairera le point de vue d’Assange. Quand les fuites ont été publiées, beaucoup ont dit qu’elles ne révélaient rien de nouveau. L’argument avancé était que n’importe quelle personne intelligente et éduquée connaissait déjà leur contenu avant leur publication. Tout d’abord, ceci était évidemment faux dans certains cas (comme les fuites concernant la Chine et la Corée du Nord, ou les fuites sur Poutine et Berlusconi). Mais dans les cas où cela s’est avéré vrai, nous pouvons dire que cela a mis en lumière une caractéristique très importante du pouvoir des gouvernements et des corporations dans le monde d’aujourd’hui : à savoir que nous connaissons l’extrême opacité de ces pouvoirs ; et nous savons que ce qu’ils disent faire ne sont que des mensonges et que nous devons utiliser nos forces analytiques pour en arriver à comprendre ce qui se passe autour de nous. Je vous demande : est-ce que cela ne confirme pas le point de vue central d’Assange ?

Assange affirme que pour arriver à sortir de ce réseau de conspiration du pouvoir, les gens doivent interrompre la capacité des cerveaux gris à communiquer entre eux :

« Nous pouvons faire éclater une conspiration, réduire ou éliminer une communication considérable entre quelques liens de poids ou entre plusieurs liens de moindre envergure. »

Ou encore :

« Nous pouvons tromper ou aveugler une conspiration, en déformant ou en limitant l’information qui lui est disponible.

Nous pouvons affaiblir le pouvoir de conspiration dans sa totalité via des attaques non-structurées sur ses liens, en les étouffant ou en les divisant.

Une conspiration suffisamment engagée dans cette voie n’est plus capable de comprendre son environnement ni de planifier des actions solides. »

Assange voit le pouvoir de l’entreprise et du gouvernement comme quelqu’un qui analyse un réseau d’ordinateurs. Si ce réseau est incapable de communiquer efficacement avec lui-même, des erreurs apparaissent et il commence à tomber en panne. Une analogie similaire peut être esquissée avec le cerveau humain. Si différents centres du cerveau humain sont incapables de communiquer entre eux – par exemple, à cause de la destruction de certains centres nerveux dus à une lésion ou à un coup – alors, des défauts cognitifs vont apparaître et la personne constatera qu’ils sont, en quelque sorte, hors service.

Assange voit les fuites d’information comme des lésions ou des coups portés sur le cerveau géant de la gouvernance unifiée. Chaque fois qu’une fuite est révélée, il en résulte une panne de communication entre les différents acteurs sur la scène nationale ou internationale. Si on prend en compte la détérioration des relations diplomatiques après les fuites, est-ce que cela ne peut être considéré, dans le schéma d’Assange, comme une rupture de la communication entre plusieurs « conspirateurs » ?

Il faut noter que ceci semble être le but d’Assange. La liberté de l’information – la raison pour laquelle beaucoup de gens, dont moi-même, donnent leur soutien à Assange – ne serait que secondaire.

Assange voit les « conspirations » – encore une fois, je vous rappelle qu’il s’agit d’une métaphore – comme étant des « systèmes-clos ». Les systèmes-clos sont des systèmes qui n’ont aucune porte d’entrée depuis le monde extérieur – ce serait donc un groupe de gens qui font des plans entre eux (ce groupe est le « système ») et ils ne prennent pas la peine de recueillir aucune information en dehors de leurs sources, par exemple, en observant ce qui se passe de manière générale dans le monde (cette information serait la donnée « entrante »).

Assange prétend qu’en détruisant la communication entre les conspirations – à savoir, les systèmes-clos – des systèmes plus ouverts vont se constituer. Ces systèmes ouverts étant, bien sûr, des systèmes qui font entrer des données depuis l’extérieur – ou, pour continuer dans notre exemple, des groupes de gens qui regardent le monde autour d’eux quand il s’agit de décider d’une action à entreprendre.

C’est donc la teneur essentielle de la philosophie d’Assange – à présent, intéressons-nous à la forme.

Comme nous l’avons déjà démontré, Assange emprunte largement aux sciences de l’information – et plus spécifiquement, à la neuroscience cognitive et à la science informatique. Ceci est extrêmement intéressant car cela conduit sa philosophie à ressembler à certaines philosophies contemporaines post-structurelles – plus spécifiquement celle de Gilles Deleuze, philosophe français du 20ème siècle.

Deleuze emprunte aussi largement aux sciences de l’information pour appuyer ses théories – et il parvient, sans surprise, à des conclusions politiques très semblables à celles d’Assange. Deleuze voyait les organisations politiques – et les organisations en général – en des termes où il faisait référence à des « structures » et à des « multiplicités ».

Pour Deleuze, les « structures » étaient des systèmes-clos – clos sur eux-mêmes et résistant à tout élément étranger venant de l’extérieur – alors que les « multiplicités » étaient des systèmes ouverts, qui communiquaient librement avec le monde qui les entoure. A travers les deux ouvrages de Deleuze sur la théorie politique, L’Anti-Œdipe et Mille Plateaux – tous deux écrits en collaboration avec le psychanalyste français Félix Guattari – il traite beaucoup d’idées semblables à celles qu’évoque Assange.

Deleuze, comme Assange, utilise des métaphores complexes dérivées des mathématiques et des sciences pour expliquer le monde qui l’entoure. Et comme Assange, il voit la solution au problème des « systèmes-clos » comme une tentative de percer les structures figées et de promouvoir la communication et la diffusion libre de l’information.

Je ne me laisserai aller à aucun jugement sur la politique d’Assange ou sur sa philosophie, autre que celui que j’apprécie sa délivrance de certaines informations et que je reconnais qu’il est un individu extrêmement intelligent. Mais je dirai que la philosophie d’Assange – et celle de WikiLeaks en tant qu’organisation – est peut-être l’une des plus pures manifestations d’un mouvement politique déleuzien qui ait jamais existé (Deleuze a fait référence à un tel mouvement politique comme étant une « Machine de Guerre »).

En dehors de cela, WikiLeaks est un chapitre fascinant de l’histoire des idées.

Source: http://fixingtheeconomists.wordpress.com/2010/12/19/the-deleuzian-philosophy-of-julian-assange/

WikiLeaks: Le Protocole militaire du Royaume-Uni pour le personnel de la sécurité et du contre-espionnage (PDF)

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Grâce à un forum public de GoogleGroups, nous avons retrouvé les traces d’un document inédit de WikiLeaks qui nous rappelle au scandale récent d’espionnage de la NSA et de la manière dont les services de renseignement surveillent ou ont consigne d’agir dans des opérations secrètes. Le 4 octobre 2009, le site WikiLeaks publie en effet un document intitulé « Manuel de sécurité du MoD [Ministère de la Défense] du Royaume-Uni, volumes 1, 2 et 3, Issue 2, JSP 440, Accès Restreint, 2389 pages, 2001 ».

Résumé

Ce document important, auparavant inédit (classé « RESTREINT », 2389 pages), est le protocole militaire du Royaume-Uni pour toutes les opérations de sécurité et de contre-espionnage.

Le document comprend des instructions sur le traitement des fuites, des journalistes d’investigation, des parlementaires, des agents étrangers, des terroristes et des criminels, des pièges sexuels en Russie et en Chine, des valises diplomatiques, des alliés, des documents et des codes classifiés, la compromission des émissions radio et audio, les pirates informatiques -et de nombreuses autres questions connexes.

Le document, connu dans les services comme le « JSP 440 » (« Publication des Services Joints 440 »), a été référencé par l’équipe d’enquête de la RAF Digby [Royal Air Force] comme la justification de protocole pour la surveillance de Wikileaks, tel que mentionné dans « Le ministère britannique de la Défense surveille continuellement WikiLeaks: huit rapports sur les fuites classifiées au Royaume-Uni, 29 Sept. 2009 ».

Source: https://wikileaks.org/wiki/UK_MoD_Manual_of_Security_Volumes_1,_2_and_3_Issue_2,_JSP-440,_RESTRICTED,_2389_pages,_2001

Télécharger le document entier (PDF): http://wlstorage.net/file/uk-mod-jsp-440-2001.pdf

[Après la publication de notre article, le lien du document original a bizarrement disparu du site Wikileaks. Voici un nouveau lien où le PDF est accessible: http://file.wikileaks.info/leak/uk-mod-jsp-440-2001.pdf]

Pentagone, Watergate, WikiLeaks, NSA: d’impossibles secrets?

Emission France Culture du 14.12.2013, à écouter en ligne (58 min.): http://www.franceculture.fr/emission-concordance-des-temps-pentagone-watergate-wikileaks-nsa-d-impossibles-secrets-2013-12-14

Lien direct pour écouter l’émission: http://www.franceculture.fr/player/reecouter?play=4758974

Pentagon Papers-the secret warArthur Schlesinger Jr., historien américain notoire et ancien collaborateur du président Kennedy, a écrit un jour non sans justesse: « Vous ne pouvez pas diriger un gouvernement si tout ce que vous faites est transmis à la presse. Mais vous ne pouvez pas diriger une presse libre, si publier tout ce que le gouvernement classe secret constitue un crime. » Deux affaires récentes, dont le retentissement a été mondial, viennent de relancer à partir des Etats-Unis la question, en vérité capitale, de la transparence de l’Etat en démocratie et des secrets indispensables dans l’intérêt de la nation. Entre l’une et les autres, l’équilibre légitime est toujours incertain, il l’est forcément. Edward Snowden, employé d’une entreprise de sous-traitance de la NSA – la National Security Agency – a révélé récemment les pratiques d’espionnage de celle-ci, interceptant les communications de citoyens américains et de nombreux pays alliés, provoquant du coup par cette initiative un tremblement de terre international. Trois ans plus tôt, le site WikiLeaks, animé par l’australien Julian Assange, avait publié des centaines de milliers de documents confidentiels en provenance du réseau diplomatique américain, ce qui avait suscité un autre séisme. Un rapprochement s’est imposé aussitôt avec deux autres affaires retentissantes, qui avaient posé semblablement cette même question du secret démocratique et d’ailleurs n’étaient pas sans lien entre elles. L’affaire dite des documents du Pentagone concerne la guerre du Vietnam, documents portés soudainement à la connaissance du public en 1971, et l’affaire du Watergate, encore plus célèbre, jetant en pâture à l’opinion les multiples mensonges du président Richard Nixon et entraînant la chute de celui-ci, en août 1974. Avec Pierre Melandri, professeur émérite d’histoire des Etats-Unis à Science-Po, nous allons ce matin réfléchir à ce parallèle instructif, tant pour l’histoire que pour le civisme. Jean-Noël Jeanneney

Programmation sonore:

– Interview d’Eva JOLY, députée européenne d’Europe Ecologie – Les Verts, France Inter, le 11 juin 2013.

– Interview de Pierre SALINGER, ancien porte-parole de la Maison Blanche, par Yves MOUROUSI, Inter-Actualités, le 16 juin 1971.

– Extrait du film « les hommes du Président » de Alan Jay PAKULA, sorti en 1976, film adapté du livre des journalistes Bob WOODWARD et Carl BERNSTEIN, avec Robert REDFORD et Dustin HOFFMAN.

– Interview de Ted STANGER, journaliste américain, ancien chef de bureau du Newsweek à Paris, France Inter, le 1er juin 2005.

– Déclaration du président américain Richard NIXON annonçant sa démission, France Inter, le 9 août 1974.

Bibliographie:

– Pierre MELANDRI, Histoire des Etats-Unis, Perrin, coll. Tempus, 2013.

– Antoine COPPOLANI, Richard Nixon, Fayard, 2013.

– Claude MOISY, Nixon et le Watergate. La chute d’un président, Hachette, 1994.

– Pierre MELANDRI, « Les secrets du Pentagone », dans L’Histoire, 12 juillet 2012.

– André KASPI, Le Watergate (1972-1974), Complexe Eds, 1983.

– Susan RUEL et Daniel ROYOT, Les médias et l’information aux Etats-Unis de 1945 à aujourd’hui, Didier Erudition, 1997.

Invité(s):
Pierre Melandri, historien, professeur à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et chercheur associé à l’Observatoire de la politique étrangère américaine à l’université Paris-III Sorbonne

WikiLeaks n’accepte plus temporairement de documents : quels sont les autres moyens de publier des fuites?

WikiLeaks Submissions

Comme on peut le lire sur un miroir de Médiapart, le site WikiLeaks ne permet plus actuellement de transmettre des documents.

« Remarque: Pour le moment, WikiLeaks n’accepte pas de nouvelles soumissions de documents, dû à des améliorations de la maintenance du site pour le rendre à la fois plus sûr et plus convivial. Depuis que nous n’acceptons plus de documents durant la période de maintenance, nous avons aussi temporairement fermé notre page de support en ligne via chat pour savoir comment faire une soumission de documents. Nous prévoyons la réouverture de la boîte de dépôt électronique et du chat de support en ligne dans un avenir proche. »

Ceci dit, il est toujours possible de contacter les administrateurs du forum WikiLeaks pour en savoir plus sur les autres possibilités de communiquer ou de transmettre des informations de manière sécurisée, comme avec le projet TOR.

We Fight CensorshipNéanmoins, pour tous ceux qui voudraient publier des documents secrets en leur possession, existe le site « We Fight Censorship », créé à l’initiative de Reporters Sans Frontières, et qui permet aussi de contourner la censure des gouvernements, de manière sécurisée, avec ce message d’accueil:

« Mettons à l’abri l’information – Si vous avez un article, une photo ou une vidéo qui a été censuré, ou qui a causé l’emprisonnement de la personne qui a créé le contenu, envoyez-le nous via notre formulaire sécurisé en ligne. »

« We Fight Censorship » permet également à tous les citoyens de devenir traducteur bénévole pour les documents et contenus publiés qui proviennent du monde entier: Chine, Japon, Maroc, peut-on lire, entre autres pays.

OpenLeaksQuand au site Openleaks, qui avait été créé par Daniel Domscheit-Berg, l’un des anciens collaborateurs de WikiLeaks, il semble aussi que ce site ait mis un frein à son intention de publier des documents secrets. Actuellement, le site a changé d’apparence et est devenu un blog, avec un message qui se veut rassurant: « le projet est encore en vie ».

Les 12 thèses de WikiLeaks, par Geert Lovink et Patrice Riemens

Thèse 0

« Ce que je pense de WikiLeaks ? Je pense que ce serait une bonne idée » (après la fameuse raillerie du Mahatma Gandhi sur la civilisation occidentale).

Thèse 1

Les révélations et les fuites sont une caractéristique commune à toutes les époques, cependant jamais avant une organisation non gouvernementale — ou non — n’a fait quoique ce soit à l’échelle où WikiLeaks s’est débrouillé pour le faire, d’abord avec la vidéo du « meurtre collatéral », puis les journaux de guerre afghans, et maintenant « Cablegate » [ la porte du câble ]. Il semble que nous ayons maintenant atteint le moment où le saut quantitatif se transforme en saut qualitatif. Quand WikiLeaks a frappé le grand public plus tôt en 2010, ce n’était pas encore le cas. En un sens, la « colossale » divulgation de WikiLeaks peut être expliquée comme la conséquence de la propagation spectaculaire de l’utilisation des technologies de la télécommunication de l’information [ IT — Information Technology ] associées à la chute vertigineuse de leurs coûts, y compris pour le stockage de millions de documents. Un autre facteur qui contribue est le fait que la garde des secrets d’État et des entreprises — sans parler de ceux privés — est devenue difficile à l’ère de la reproductibilité et de la diffusion instantanées. WikiLeaks est symbolique d’une transformation de la « société de l’information » au sens large, dressant un miroir des choses à venir. Ainsi, alors que l’on peut considérer WikiLeaks comme un projet (politique) et le critiquer pour son modus operandi, il peut aussi être considéré comme la phase « pilote » dans une évolution vers une culture beaucoup plus généralisée de l’exposition anarchique, au-delà de la politique traditionnelle de l’ouverture et de la transparence.

Thèse 2

Pour le meilleur ou pour le pire, WikiLeaks est monté en flèche par lui-même dans le domaine de la politique internationale de haut niveau. Sorti du bleu, WikiLeaks est devenu un acteur à part entière à la fois sur la scène mondiale et dans les sphères nationales de certains pays. Petit joueur comme il est, en vertu de ses communications, WikiLeaks semble être sur un pied d’égalité avec les gouvernements ou les grandes entreprises (sa prochaine cible) — au moins dans le domaine de la collecte et la publication de l’information. En même temps, on ne sait pas s’il s’agit d’une caractéristique permanente ou d’un phénomène temporaire branché-hype ; WikiLeaks semble crédibiliser l’ancien monde — ce qui a l’air d’être le cas, de plus en plus. Bien qu’il soit un acteur chétif de l’entreprise non sociétaire et non étatique, WikiLeaks dans sa lutte contre le gouvernement américain ne croit pas qu’il donne un coup au-dessus de sa force — et il commence à se comporter en conséquence. On pourrait qualifier cela comme la scène de la « talibanisation » de la théorie post-moderne du « monde plat », où les échelles, heures et lieux, sont déclarés largement hors de propos. Ce qui compte est l’élan de la célébrité et l’intense accumulation de l’attention des médias. WikiLeaks parvient à capturer l’attention par la voie de hacks spectaculaires de l’information, où les autres parties, en particulier les groupes de la société civile et les organisations de défense des droits humains, se battent désespérément pour faire passer leur message. Alors que ces derniers ont tendance à jouer les règles et cherchent la légitimité des institutions dominantes, la stratégie de WikiLeaks est populiste, dans la mesure où elle éclaire dans le désaveu public des grands courants politiques. Pour WikiLeaks, la légitimité politique n’est plus quelque chose de gracieusement accordé par les autorités constituées, ce qu’elle était. WikiLeaks contourne cette structure de l’ancien monde du pouvoir et va plutôt à la source de la légitimité politique dans la société de l’information du jour : la banalité du ravissement du spectacle. WikiLeaks se met à utiliser brillamment la « vitesse de fuite » de la télécommunication informatique, en utilisant la télécommunication informatique mais pour la laisser loin derrière l’irruption brutale dans le domaine de la politique du monde réel.

Thèse 3

Dans la saga en cours dite « Le déclin de l’empire des USA« , WikiLeaks entre en scène comme le tueur de la cible faible. Il serait difficile de l’imaginer capable d’infliger quasiment les mêmes dégâts aux gouvernements russe ou chinois, ou même au Singapourien — pour ne pas mentionner leurs « filiales ». En Russie ou en Chine, des barrières culturelles et linguistiques énormes sont au travail, pour ne pas simplement parler du pouvoir lié qui devrait être surmonté. Là, les circonstances plus largement différentes sont aussi les facteurs qui comptent, même à parler plus étroitement (et prétendument plus globalement) des cultures et des ordres du jour des hackers, des activistes du renseignement, et des journalistes d’investigation. De ce point de vue, WikiLeaks, dans sa manifestation présente reste un produit typiquement « occidental » et ne peut pas revendiquer d’être un engagement vraiment mondial et universel.

Thèse 4

Une des difficultés principales en matière d’explication de WikiLeaks résulte du fait qu’il soit peu clair (autant pour les gens de WikiLeaks, eux-mêmes) de savoir s’ils se conçoivent et opèrent comme un fournisseur de contenus ou un simple conducteur des fuites de données (l’impression est qu’ils se considèrent comme l’un ou l’autre, selon le contexte et les circonstances). Dit en passant, cela a été un problème courant depuis que les médias sont allés massivement en ligne et leur publications et communications sont devenues un service plutôt qu’un produit. Julian Assange recule chaque fois qu’il est dépeint comme le rédacteur en chef de WikiLeaks ; maintenant WikiLeaks disent qu’ils éditent le matériel avant la publication et vérifient les documents concernant leur authenticité avec l’aide de centaines d’analystes volontaires. Des débats de contenus de cette sorte contre l’apporteur ont eu lieu pendant des décennies parmi les activistes médiatiques, sans résultat clair. Au lieu d’essayer de résoudre l’incohérence, il vaudrait probablement mieux chercher des approches fraîches et développer de nouveaux concepts critiques, pour ce qui est devenu une pratique hybride de la publication impliquant des acteurs bien au-delà du domaine traditionnel des mass-media professionnels. Cela pourrait être la raison pour laquelle Assange et ses collaborateurs refusent d’être étiquetés en termes « de vieilles catégories » (journalistes, hackers, etc) et revendiquent de représenter une nouvelle figure sur la scène de l’information mondiale.

Thèse 5

Le déclin régulier du journalisme d’investigation à cause de la diminution des financements est un fait indéniable. Le journalisme ces jours-ci atteint à peine plus que le remix des CP (communiqués de Presse) externes. L’accélération continuelle et la surcharge de la soi-disant économie de l’attention assurent qu’il n’y ait plus assez de place pour les histoires compliquées. Les propriétaires d’entreprise de médias à grand tirage sont de plus en plus enclins à voir le fonctionnement et la politique de l’économie mondiale néolibérale, en la discutant en détail. Le passage de l’information au divertissement instructif (infotainment) a été adopté par les journalistes eux-mêmes, ce qui rend difficile de publier des affaires complexes. WikiLeaks arrive en outsider dans cet état de choses enveloppé par l’ambiance torride « du journalisme citoyen« , nouvelles rapportées dans la blogosphère du « Do It Yourself », et encore plus rapides dans des médias sociaux comme Twitter. Ce que WikiLeaks anticipe, mais n’a pas été capable d’organiser jusqu’ici, c’est l’approvisionnement de foule pour interpréter les documents des fuites. Ce travail, bizarrement, est laissé à un staff de quelques journalistes de maintenance des mass-media choisis « de qualité ». Plus tard, des universitaires ramasseront les déchets et fileront des histoires derrière les portes closes des écuries de l’édition. Mais où est mis en réseau un commentariat critique ? Certes, nous sommes tous préoccupés par nos critiques mineures ; mais il reste que WikiLeaks génère au bout du compte sa capacité d’inspirer une irritation précisément en raison de la relation transversale et symbiotique qu’elle entretient avec les institutions médiatiques de l’establishment. Il y a ici une leçon pour les multitudes — sortir du ghetto et se connecter avec l’autre d’Oedipe. C’est là que réside le terrain conflictuel du politique.

Le journalisme d’investigation traditionnel a pris l’habitude de consister en trois phases : déterrer les faits, les recouper et les contextualiser dans un discours compréhensible. WikiLeaks fait la première, prétend faire la seconde, mais omet complètement la troisième. Cette situation est symptomatique d’une marque particulière de l’idéologie du libre accès, où la production même du contenu est externalisée à des entités inconnues « là-bas ». La crise dans le journalisme d’investigation n’est ni comprise, ni reconnue. Supposer comment les entités productives se supportent matériellement est laissé dans le noir : il est simplement présumé que l’analyse et l’interprétation soient repris par les nouveaux médias traditionnels. Mais cela n’arrive pas automatiquement. La saga des Journaux de guerre Afghans et de Cablegate démontre que WikiLeaks pour garantir une crédibilité suffisante doit s’approcher et pourparler avec des médias traditionnels bien établis ; en même temps, ces débouchés médiatiques prouvent qu’ils sont incapables de traiter entièrement les sources, inévitablement selon leur politique éditoriale propre ils filtrent les documents.

Thèse 6

WikiLeaks est une entreprise individuelle typique (SPO -Single Person Organisation, ou « UPO » : Unique Personality Organisation) ou une EURL : entreprise unipersonnelle (à responsabilité limitée). Cela signifie que la prise d’initiative, de décision et de l’exécution, sont en grande partie concentrées dans les mains d’un seul individu. Comme les petites et moyennes entreprises, le fondateur ne peut pas ne pas être réélu, et, contrairement à de nombreux collectifs, le leadership ne tourne pas. Ce n’est pas une caractéristique rare au sein des organisations, indépendamment du fait qu’elles opèrent dans le domaine de la politique, la culture ou la « société civile » de leur secteur. Les entreprises individuelles sont identifiables, excitantes, inspirantes, et sont facilement configurables dans les médias. Toutefois leur durabilité dépend en grande partie des actions de leur leader charismatique, et leur fonctionnement est difficile à concilier avec les valeurs démocratiques. C’est aussi pourquoi elles sont difficiles à reproduire et ne peuvent s’accroître facilement. Le hacker souverain Julian Assange est la figure de proue d’identification de WikiLeaks, la notoriété de l’organisation et la réputation se mêlant avec le propre Assange. Ce que WikiLeaks fait et signifie devient difficile à distinguer de la vie privée plutôt agitée d’Assange et de ses avis politiques quelque peu grossiers.

Thèse 7

WikiLeaks soulève la question de savoir ce que les hackers ont en commun avec les services secrets, puisqu’une affinité élective entre les deux est indubitable. Au commencement, la relation de haine et d’amour renvoie au même calcul. Il n’est pas nécessaire d’être un fan de l’allemand Friedrich Kittler théoricien des médias, ni d’ailleurs, des théories du complot, pour reconnaître que l’ordinateur est né du complexe militaro-industriel. Du déchiffrement du code Nazi « Enigma » par d’Alan Turing jusqu’au rôle joué par les premiers ordinateurs dans l’invention de la bombe atomique, du mouvement de la cybernétique jusqu’à la participation du Pentagone à la création d’Internet — l’articulation entre le calcul informationnel et le complexe militaro-industriel est bien établie. Les informaticiens et des programmeurs ont donné forme à la révolution de l’information et à la culture de l’ouverture ; mais en même temps, ils ont également développé le cryptage (« crypto ») et la fermeture de l’accès aux données pour les non-initiés. Ce que certains voient comme « le journalisme citoyen », d’autres l’appellent « la guerre de l’information ».

WikiLeaks est également une organisation profondément marquée par la culture hacker des années 1980, combinée avec les valeurs politiques techno-libertaires qui ont émergé dans ces années. Le fait que WikiLeaks ait été fondé — et dans une large mesure soit toujours géré — par des geeks purs et durs, est essentiel pour comprendre ses valeurs et ses mouvements. Malheureusement, cela vient ensemble avec une bonne dose des aspects les moins savoureux de la culture hacker. Non que l’idéalisme, le désir de contribuer à faire du monde une meilleure place, puisse être dénié à WikiLeaks : au contraire. Mais cette marque d’idéalisme (ou, si vous préférez, l’anarchisme) est apparentée avec une préférence pour les conspirations, une attitude élitiste et un culte du secret (laissez tomber la condescendance). Ce n’est pas propice à la collaboration avec des personnes partageant les mêmes idées ni avec les groupes, quand ils sont relégués à être de simples consommateurs de la production WikiLeaks. Le zèle missionnaire pour éclairer les masses imbéciles et « exposer » les mensonges du gouvernement, des militaires et des sociétés, est une rémanence du paradigme bien (ou tristement) connu de la culture des médias dans les années 1950.

Thèse 8

Le manque de points communs avec les sympathiques mouvements d’ »un autre monde est possible » conduit WikiLeaks à chercher l’attention du public par la voie de divulgations de plus en plus spectaculaires et risquées, ce qui rassemble un public de partisans souvent enthousiastes d’une manière extravagante, quoiqu’étant généralement des partisans passifs. Assange lui-même a déclaré que WikiLeaks s’était délibérément écarté de la blogosphère « égocentrique » et rangé par rapport aux médias sociaux, et qu’aujourd’hui il collaborait seulement avec des journalistes professionnels et les militants des droits de l’homme. Pourtant, à suivre la nature et la quantité des présentations de WikiLeaks depuis sa création jusqu’à nos jours, cela évoque étrangement d’assister à un feu d’artifice, qui comprendrait une « grande finale » sous la forme d’un lancer de machine de fin du monde, mais-à-être-déclenché comme une « assurance » (le document « insurance.aes256 »). Cela soulève de sérieux doutes sur la viabilité à long terme de WikiLeaks lui-même, et peut-être aussi sur le modèle de WikiLeaks. WikiLeaks fonctionne avec une équipe ridiculement petite — sans doute pas plus d’une douzaine de personnes forment le cœur de son fonctionnement. Bien que la mesure et le bon sens de l’assistance technique de WikiLeaks soit prouvée par son existence même, l’allégation de plusieurs centaines d’analystes et d’experts bénévoles de WikiLeaks est invérifiable et, pour être franc, à peine croyable. Ceci est clairement le talon d’Achille de WikiLeaks, non seulement depuis un risque et/ou au point de vue du développement durable, mais aussi bien politiquement — ce qui nous importe ici.

Thèse 9

WikiLeaks affiche un manque stupéfiant de transparence dans son organisation interne. Son excuse que « WikiLeaks doit être complètement opaque pour forcer les autres à être totalement transparents » monte, à notre avis, à peine plus que la bande dessinée d’espionnage célèbre de Mad magazine, Spy vs. Spy. Vous tapez à l’opposé mais dans une voie qui le rend indiscernable de celle-là. La revendication des hauteurs morales ensuite n’est pas utile — Tony Blair aussi a excellé dans cet exercice. Comme WikiLeaks n’est ni un collectif politique, ni dans le sens légal une ONG (organisation non gouvernementale) ni, à cet égard, une société ou une partie du mouvement social, nous devons discuter de quel type d’organisation il s’agit — avec laquelle nous traitons. Est-ce que WikiLeaks est un projet virtuel ? Après tout, il existe vraiment comme un site Web (hébergé) avec un nom de domaine, qui est le résultat final. Mais a-t-il un but au-delà de l’ambition personnelle de son (ses) fondateur(s) ? Est-ce que WikiLeaks est reproductible ? Verrons-nous la hausse des branches nationales ou locales qui en porteront le nom ? Quelles règles du jeu observeront-elles ? Devrions-nous plutôt le voir comme un concept qui voyage du contexte au contexte et qui, comme un « mème », se transforme dans le temps et dans l’espace?

Thèse 10

Peut-être WikiLeaks s’organisera-t-il autour de sa propre version du slogan d’IETF (The Internet Engineering Task Force) « consensus grossier et code exécutif »? Deux projets comme Wikipedia et Indymedia ont résolu ce problème par leurs propres moyens, mais non sans crises, conflits et scissions. Une critique comme celle exprimée ici n’est pas destinée à plier WikiLeaks dans un format traditionnel, au contraire, elle a vocation d’explorer si WikiLeaks (et ses clones futurs, associés, avatars, et autres membres de la famille sympathique) pourrait se présenter comme un modèle des nouvelles formes d’organisation et de collaboration. Le terme « réseau organisé » a été arrêté comme une formulation possible pour ces formats. Une autre formulation a été « médias tactiques ». D’autres encore ont utilisé le terme générique d’ »activisme sur Internet ». Peut-être que WikiLeaks a d’autres idées sur la direction qu’il veut prendre. Mais où ? C’est à WikiLeaks de décider pour lui. Cependant, jusqu’ici nous avons très peu vu la voie d’une réponse, ce qui laisse les autres soulever des questions, par exemple celle de la légalité des dispositions financières de WikiLeaks (le Wall Street Journal). Nous ne pouvons pas fuir le défi expérimental des réseaux post-représentatifs. Comme le blogeur Dave Winer, à l’origine des blogs, a écrit sur les développeurs d’Apple, « ce n’est pas qu’ils soient mal intentionnés, ils sont simplement mal préparés. Plus que leurs utilisateurs, ils vivent dans un Champ de Distorsion de la Réalité (RDF), et les gens qui font l’Ordinateur pour le Reste d’entre Nous n’ont aucune idée de qui est le reste d’entre nous ni ce que nous faisons. Mais ça va, il y a une solution. Faites quelques recherches, posez quelques questions et écoutez. »

Thèse 11

La critique largement partagée du culte de la célébrité volontaire de Julian Assange invite à formuler des alternatives. Ne serait-il pas mieux prendre WikiLeaks comme un anonyme collectif ou un « réseau organisé » ? Certains ont exprimé le désir de voir beaucoup de sites Web faire le même travail. On connaît déjà un groupe autour de Daniel Domscheit-Berg (qui n’a pas plus été d’accord avec Assange à partir de septembre), à l’ouvrage de travailler sur un clone de WikiLeaks. Ce qui est oublié dans cet appel à une prolifération de WikiLeaks c’est l’exigence de la somme de connaissances expertes pour exécuter un site de fuite avec succès. Où est la boîte à outils de l’ABC de WikiLeaks ? Paradoxalement, il y a peut-être un plus grand secret impliqué par cette façon de faire-des choses-publques. Simplement télécharger un kit du logiciel WikiLeaks et y aller, ce n’est pas une option réaliste. WikiLeaks n’est pas l’application d’un blog du Plug ’n’ and Play [ brancher-la-prise-et jouer ] comme WordPress, et le mot « Wiki » dans le nom induit vraiment en erreur, comme Jimmy Wales de Wikipédia a été en peine de le souligner. Contrairement à la philosophie de collaboration de Wikipedia, WikiLeaks est un magasin fermé qui fonctionne avec l’aide d’un nombre inconnu de volontaires impersonnels. On est forcé de reconnaître que le savoir-faire nécessaire pour réaliser une installation comme WikiLeaks est assez obscur. Les documents doivent non seulement être reçus anonymement, mais encore être rendus anonymes davantage avant leur mise en ligne. Ils doivent aussi être « édités » avant l’envoi aux serveurs des agences de presse internationales et éprouvés (recoupés) comme documents d’archive influents.

WikiLeaks a édifié beaucoup de confiance et de crédibilité au fil des années. Les nouveaux arrivants devront passer par ce même processus de longue haleine. Le principe de WikiLeaks n’est pas le hack (dans des réseaux d’État ou d’entreprises), mais de faciliter la copie des données sensibles et confidentielles par des initiés basés dans ces grandes organisations et de les transmettre au domaine public — en restant anonyme. Si vous aspirez à devenir une articulation des fuites, vous feriez mieux de commencer par faire connaissance avec la sécurité des opérations tel le processus OPSEC, un plan étape par étape qui « identifie des informations critiques pour déterminer si des actions amicales peuvent être observées par des systèmes d’intelligence adversaire, détermine si les informations obtenues par des adversaires pourraient être interprétées pour leur être utiles, et exécutent ensuite les mesures choisies qui éliminent ou réduisent l’exploitation d’informations critiques amicales par les adversaires » (en.Wikipedia). Le slogan de WikiLeaks dit :  » Le courage est contagieux « . Selon les experts, les gens qui ont l’intention de lancer une opération de type WikiLeaks ont besoin de nerfs d’acier. Donc, avant que nous appelions un, dix, de nombreux WikiLeaks, être clairs que ceux impliqués courent des risques. La protection de l’informateur est primordiale ; une autre question est la protection des gens mentionnés dans les fuites. Les journaux de guerre afghans ont montré que les fuites pouvaient aussi causer « des dommages collatéraux ». Rédiger (et élider) est crucial. Non seulement l’OPSEC (Opération de la Sécurité Opérationnelle), mais encore « l’OPETHICS » (l’opération équivalente en termes de sécurité éthique — jeu de mot). Si la publication n’est pas effectuée d’une manière complètement sécurisée pour tous les intéressés, il y a un risque certain que la « révolution dans le journalisme » — et la politique — déclenchée par WikiLeaks sera stoppée dans son élan.

Thèse 12

Nous ne pensons pas que ce qui importe le plus soit de prendre position pour ou contre WikiLeaks. WikiLeaks est là pour rester jusqu’à ce qu’il se saborde lui-même ou soit détruit par les forces opposées. Notre but est plutôt d’évaluer (essayer) et de vérifier ce que WikiLeaks peut, pourrait — et peut-être même devrait — faire, et d’aider à formuler comment « nous » pourrions porter d’interagir avec WikiLeaks. Malgré tous ses inconvénients et contre toute attente, WikiLeaks a rendu un sacré service à la cause de transparence, de la démocratie et de l’ouverture. Comme diraient les Français, si quelque chose comme ça n’existait pas, il faudrait l’inventer. Le tour quantitatif — et ce qui paraît bien parti pour devenir qualitatif — de la surcharge de l’information est un fait de vie contemporaine. La surabondance de l’information divulguée ne peut être prévue à continuer de croître exponentiellement, qu’ainsi. Organiser et interpréter cet Himalaya de données est un défi collectif qui est clairement par là-bas, que nous lui donnions le nom de « WikiLeaks » ou pas.

Geert Lovink, Patrice Riemens,
Amsterdam, le 7 décembre 2010

Traduction de premier jet, notes et commentaires, Louise Desrenards
Paris, le 22 décembre 2010

Source: http://www.larevuedesressources.org/12-theses-sur-wikileaks,1832.html

WikiLeaks lance une campagne de dons dans le sillage des élections présidentielles aux Etats-Unis

Communiqué de presse : Dans cette élection, votez avec votre porte-monnaie, Votez WikiLeaks

Mercredi 3 octobre, 8h00

“Aidez WikiLeaks à passer aux Etats-Unis pour les quatre prochaines années.”

WikiLeaks entre dans la campagne d’élections des Etats-Unis.

Vendredi dernier, le 28 septembre, le Pentagone a de nouveau menacé WikiLeaks. Le porte-parole du Pentagone, George Little, a demandé à ce que WikiLeaks détruise ses publications, incluant les Iraq War logs, qui ont révélé les meurtres de plus de 100 000 civils. Little a affirmé : « la possession continue par WikiLeaks d’informations classifiées appartenant au gouvernement des Etats-Unis représente une violation continuelle de la loi. » Le Pentagone a également de nouveau « lancé un avertissement à M. Assange et WikiLeaks » contre la « sollicitation » de documents des lanceurs d’alerte de l’armée américaine.

En réponse, WikiLeaks a décidé d’intervenir dans la campagne d’élections des Etats-Unis.

Le gouvernement des Etats-Unis prétend que M. Assange et l’organisation WikiLeaks sont soumis à son autorité judiciaire. En réponse, nous plaçons l’administration Obama sous notre juridiction. Tous les enfants des écoles américaines apprennent qu’être soumis aux lois sans représentation est une injustice. Ceci est le pilier de la Révolution Américaine. Nous demandons à avoir notre représentation et nous initions une campagne pour transformer les votes Démocrates et Républicains en un soutien politique à WikiLeaks et aux valeurs de son Premier Amendement. En ce jour d’élection, ne votez pas pour les partis Démocrate ou Républicain. Au lieu de cela, exprimez le seul vote qui importe. Votez avec votre porte-monnaie – votez pour WikiLeaks.

Le Parti Démocrate avait promis d’ouvrir le gouvernement. Mais au lieu de cela, il construit un Etat à l’intérieur de l’Etat, soumettant près de 5 millions d’Américains au système de liquidation de la sécurité nationale. Ils ont classé plus de documents qu’aucune autre administration, y compris les procès utilisés pour décider de qui doit vivre et de qui doit être tué. L’administration des Etats-Unis se précipite dans la dystopie : lois secrètes, procès secrets, budgets secrets, plans de sauvetage secrets, meurtres secrets, espionnage de masse secret, drones secrets et détention secrète sans inculpation. La chute de l’Union soviétique aurait pu conduire au désistement de l’Etat sécuritaire des Etats-Unis, mais sans compétition morale venant d’un autre système, il a grandi de manière effrénée pour influencer quasiment toute la politique américaine. Quatre années supplémentaires dans cette même direction ne peuvent être tolérées.

L’administration Obama continue à mener une investigation « d’une mesure et d’une nature sans précédents » de la « totalité du gouvernement » à l’égard de WikiLeaks et de ses personnes. Ils ont alimenté le blocage bancaire extrajudiciaire contre l’organisation et ont retenu une source présumée de WikiLeaks, Bradley Manning, dans des conditions que le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture, Juan Mendez, a considérées comme équivalentes à de la torture. M. Assange a été formellement reconnu comme étant un réfugié politique, mais les ambassadeurs des Etats-Unis ont mis en garde des pays comme la Suisse de ne pas lui offrir l’asile politique. Le président Obama a qualifié Bradley Manning de coupable, avant procès, et le vice-président Biden a collé l’étiquette de « terroriste high-tech » à Julian Assange. La campagne Obama-Biden se vante d’avoir poursuivi deux fois plus de lanceurs d’alerte de la sécurité nationale que « toutes les autres administrations rassemblées ». http://www.guardian.co.uk/commentis…. Ceci n’est pas acceptable.

Les hommes politiques disent toujours, en période d’élection, que votre décision détermine le futur. Mais, comme cela a été vu avec l’administration Obama, se prononcer sur qui entre dans  une fonction officielle n’est pas un choix sans importance, car lorsque vous votez pour que votre parti soit au gouvernement, vous votez aussi pour le gouvernement, y compris pour toutes leurs agences et pour leurs amis, dans votre parti. De cette façon, les partis prenant leurs fonctions sont éliminés en tant que voix entravée de l’opposition.

Mais un autre choix est possible.

Les agences du gouvernement et les corporations savent que le savoir est un pouvoir. C’est pourquoi ils dépensent littéralement des milliards pour que leurs plans et leurs actions restent secrets de chacun de nous.

Ils savent qu’ensemble nous pouvons les forcer à agir autrement.

Ce sont les révélations de WikiLeaks – et non les actions du président Obama – qui ont forcé l’administration des Etats-Unis à sortir de la Guerre d’Irak. En dévoilant les meurtres d’enfants irakiens, WikiLeaks a directement motivé le gouvernement de l’Irak à défaire l’armée des Etats-Unis de toute immunité légale, ce qui en retour a contraint les Etats-Unis au retrait. http://salon.com/2011/10/23/wikilea…

Ce sont les révélations de WikiLeaks et des militants panarabes, et non l’administration Obama, qui ont aidé au déclenchement du Printemps Arabe. Pendant que WikiLeaks mettait à jour les dictateurs du Yémen jusqu’au Caire, le vice-président Biden appelait Hosni Moubarak de « démocrate », Hillary Clinton qualifiait son gouvernement de « stable » et l’administration des Etats-Unis conspirait avec le dictateur du Yémen, Saleh, pour qu’il bombarde son propre peuple.  http://www.guardian.co.uk/world/201… http://www.worldaffairsjournal.org/…

Et ce sont les révélations de WikiLeaks, et non la Maison Blanche, qui ont conduit à la réforme du plus grand réseau d’hôpitaux pour enfants aux Etats-Unis.
http://wikileaks.org/wiki/Report_on…

L’année dernière, le Pentagone a obtenu 662 milliards de dollars pour son trésor de guerre 2012. Pour que WikiLeaks continue son travail, pour amener la transparence sur les institutions du pouvoir à travers la publication en masse de fuites, avec le meilleur potentiel pour conduire à des formes plus justes de gouvernance, nous avons également besoin d’édifier un plus grand « trésor de guerre ».

Début décembre 2010, WikiLeaks recevait 120 000 dollars de dons par jour du grand public. En réponse aux pressions de Washington, et dans un cadre totalement extérieur à la loi, les institutions financières incluant Visa, Mastercard, PayPal, Bank of America et Western Union, ont érigé un blocage bancaire contre WikiLeaks, privant l’organisation de 95% de son financement. Bien que WikiLeaks ait remporté toutes les affaires juridiques contre le blocage, ces institutions liées à Washington continuent de faire appel.

Ainsi, pour les 34 prochains jours, à compter du 3 octobre 2012, nous lançons une nouvelle campagne de collecte de fonds, qui s’étendra jusqu’au jour de l’élection, le 6 novembre.

Vous pouvez continuer à faire des dons à WikiLeaks en utilisant une variété de méthodes simples, incluant l’ensemble des moyens Visa, MasterCard et PayPal. Ces dons sont destinés à financer les coûts de publication et d’infrastructure de WikiLeaks, et nos dépenses légales pour lutter contre le blocage financier. Nous attendons d’ici peu une réponse concernant l’appel de Visa contre la décision du tribunal islandais qui a déclaré leur blocage illégal, et la rencontre des preneurs de décision est attendue pour bientôt concernant notre affaire bancaire européenne anti-trust.

Si vous souhaitez contribuer aux coûts de la défense légale de Julian Assange, vous pouvez continuer à utiliser votre carte bancaire, mais vous devrez pour cela faire un don séparément au « Julian Assange and WikiLeaks Staff Defence Fund » (Fonds de Défense de Julian Assange et du Personnel de WikiLeaks), administré et vérifié par Derek Rothera & Co. De plus amples détails sont donnés sur notre page de dons. Vous pouvez aussi faire un don au « Bradley Manning Defense Fund » (Fonds de Défense de Bradley Manning) depuis notre site.

« La lutte de l’homme contre le pouvoir, c’est la lutte de la mémoire contre l’oubli », Milan Kundera.

Julian Assange

L’URL de la campagne est : http://wikileaks.org/donate2012

Source: http://wikileaks.org/Press-Statement-In-this-election.html

« WikiLeaks et Cantona servent-ils à quelque chose ? » Interview avec Michel Collon, Investig’Action (2010)


Pourquoi ces fuites ? Un complot contre les USA? 

Moi aussi je me pose beaucoup de questions. Mais le plus important, c’est de  comprendre. A mon avis, c’est mon interprétation, qu’en fait, la classe dirigeante des Etats-Unis est totalement divisée. Economiquement, c’est un pays, une économie complètement affaiblie. Ils sont incapables de gagner la guerre en Irak, en Afghanistan, ou en Palestine, au Liban, avec Israël. Et ce qui arrive maintenant, c’est que cette classe dirigeante est complètement divisée. « Faut-il continuer la guerre, faut-il chercher une porte de sortie ? » Et comme ils se divisent entre eux, il y a des fuites qui sortent. On sait que ça vient des Etats-Unis, ces fuites. On sait aussi que les infos sont basées sur des mémos des diplomates US. Donc, pas étonnant, c’est pas des révolutionnaires. On sait d’où viennent les fuites. Et moi je ferais un parallèle avec ce qui s’est passé durant la guerre du Vietnam. Pour les plus jeunes, les Etats-Unis qui étaient alors au sommet de leur puissance ont attaqué le Vietnam avec une guerre vraiment féroce, cruelle. Les vietnamiens ont résisté de façon héroïque. Il y a eu un mouvement de solidarité dans le monde entier. Il y avait des manifs partout, quand j’étais jeune. Et à un moment donné, une grande partie de la bourgeoisie des Etats-Unis  s’est dit « Cette guerre, on peut pas la gagner ». Ils ont pas dit « c’est immoral de faire la guerre et d’attaquer un pays ». Ils ont juste dit « On va perdre ». Et à partir de ce moment-là, ils se divisent et comme ils veulent mettre fin à la guerre, il y a des fuites qui sortent. Ca prouve juste une chose : les Etats-Unis sont affaiblis et ça doit encourager les gens à aller plus loin et à se battre contre cette guerre. 

Les informations de WikiLeaks sont-elles des scoops ? 

Je pense que… Il faut bien voir de toutes façons qu’il y a aux Etats-Unis, dans leurs documents, plusieurs niveaux de secret. Et là, on n’a que le premier niveau, le plus bas. Il semble que énormément de gens aux Etats-Unis étaient au courant de ces informations, de ces mémos diplomatiques, et que des gens honnêtes et dégoûtés les ont divulgués. Donc effectivement, le plus important, je pense, pour les progressistes, c’est d’aller plus loin, et à partir de là, à partir du fait qu’énormément de gens dans le monde se posent des questions sur les mensonges des Etats-Unis, il faut aller plus loin et dire « mais c’est quoi les stratégies des Etats-Unis, leurs vrais mobiles, leurs vrais objectifs, dans toutes ces guerres qu’ils déclenchent » Et là, on a publié ces interviews de Mohamed Hassan qui explique effectivement quels sont les vrais objectifs des Etats-Unis, des Européens, quand ils attaquent un pays au Moyen-Orient ou ailleurs dans le monde. 

Quels sont les objectifs de guerre des USA ? 

Si on prend l’exemple de l’Iran, il y a une énorme hypocrisie des Etats-Unis, bien sûr, les politiciens mentent, mais tout le monde le sait, mais aussi des médias qui recopient ce que les politiciens nous disent sur les Etats-Unis, à savoir que : « oui, il faut attaquer l’Iran parce que c’est une menace ». En réalité, les Etats-Unis et l’Europe ont toujours attaqué tout pays arabo-musulman, tout pays du Moyen-Orient, pour contrôler le pétrole, pour empêcher qu’ils soient indépendants et autonomes. Il faut qu’ils restent dépendants, il faut que le pétrole continue à profiter aux Etats-Unis et aux Européens. Et Israël, comme on l’a expliqué dans le bouquin «Israël, parlons-en», est le flic du Moyen-Orient, le flic du pétrole. Ca, c’est les vraies questions que les médias devraient poser à partir de cette soi-disant nécessité d’attaquer l’Iran. Evidemment que les dirigeants arabes sont d’accord avec les Etats-Unis pour attaquer l’Iran. La plupart d’entre eux sont des marionnettes des Etats-Unis, et ce qui est important, c’est que la rue arabe, elle, elle dit le contraire. Si vous interrogez dans le monde musulman, la majorité des gens disent : « Les Etats-Unis, c’est la menace. Israël, c’est la menace.  D’ailleurs, il agresse tous ses voisins, il agresse Gaza, il agresse même les humanitaires. L’Iran, c’est normal qu’il essaie de se défendre préventivement contre Israël. » Si les médias posaient les bonnes questions, le débat serait déjà beaucoup plus avancé. 

Que pensez-vous des informations diffusées par WikiLeaks? 

Le problème, c’est pas les infos qui sont données, je rappelle, ce sont des diplomates US qui parlent, ils défendent un point de vue évidemment, et ce sont des choses que nous disions depuis des années. Mais le problème, c’est la manière dont les médias traitent ces infos, et en fait, les filtrent. On nous parle que des choses archi-secondaires. Or dans les révélations WikiLeaks, il y a des choses intéressantes. Par exemple, les Etats-Unis disaient toujours que le coup d’Etat militaire au Honduras, c’était pas un coup d’Etat, que c’était une bataille entre deux camps, et voilà. Et l’ambassadeur lui-même dit « c’est un coup d’Etat ». Donc on prouve qu’ils ont menti. Ou bien, il y a ce caméraman espagnol qui a été assassiné en Irak, parce qu’il montrait des choses que les Etats-Unis ne voulaient pas, et là, on apprend officiellement que les Etats-Unis ont tout fait pour saboter l’enquête. Et des bonnes révélations, il y en a plein. Donc la question que les gens doivent se poser, c’est « Pourquoi les médias ne nous ont pas dit ça avant ? Est-ce que les médias ne font pas d’investigation ? » Ben non, il ne font pas d’investigation. Les grands médias, les médias dominants à la télé, ne nous disent que les choses qui arrangent leurs gouvernements. Et donc, la 2ème question, c’est : Où alors, on doit aller chercher l’info ? 

Et l’affaire Cantona, alors ? 

Ce qui m’a frappé, c’est que tous les grands économistes, ministres, banquiers, ont dit : « Cantona est stupide, c’est un footballeur, il ne comprend rien à l’économie et aux banques ». Ca veut dire « les simples gens ne doivent pas essayer de comprendre ce qu’il y a là en dessous ». Je pense qu’en fait, c’est parce qu’il y a beaucoup à cacher. Et à mon avis, Cantona a très bien compris où était le problème, la plupart des gens dans la rue aussi. Et le problème, il est simple : les banques nous escroquent. J’ai lu ces dernières semaines deux informations très intéressantes. La première : cette année-ci, aux Etats-Unis, donc en 2010, 1,2 millions de familles américaines en plus vont perdre leur maison à cause de la crise bancaire sur la spéculation américaine immobilière faite par les banques. 1,2 millions de gens à la rue à cause des banques. Et l’info suivante, la semaine passée : « Les banques américaines, en cette fin d’année, vont distribuer 144 milliards de dollars en bonus et autres primes à leurs dirigeants, à leurs traders », donc à toutes les crapules qui ont fait cette spéculation sur les pauvres gens qui perdent leurs maisons. Et eux, les banques, qui ont été sauvées grâce à l’argent de l’Etat, c’est-à-dire à l’argent des contribuables, ils vont distribuer 144 milliards de dollars en primes pour que leurs dirigeants et leurs traders continuent les mêmes spéculations et les mêmes escroqueries. Donc, Cantona et les gens dans la rue peuvent très très bien comprendre que c’est pourri, ce système, qu’il faut faire quelque chose, et je pense que c’est très positif. Les gens doivent absolument se mêler de cette chose-là, de ce problème-là. 

Mais ça a fait un flop ? 

L’important, c’est pas là. Oui, c’est pas la solution, c’est pas le remède miracle. L’important, c’est qu’énormément de gens se sont posés des questions sur les banques, et il faut faire quelque chose. A partir de là, il faut aller plus loin. Je pense qu’il faut analyser en profondeur, étudier, et c’est pas si compliqué. Nous, on fait des articles, on fait des livres, on explique ce genre de choses. Simplement, pour monsieur et madame tout le monde, il faut comprendre comment c’est possible que dans ce système capitaliste et bancaire, il y a une poignée de gens qui s’enrichissent énormément, et les autres, ça va toujours de plus en plus mal, et à partir de là aussi, réfléchir qu’il y a des alternatives, qu’évidemment on nous les cache, et que, en fait, il faut qu’un débat citoyen s’engage sur ces questions-là.

Source: http://www.michelcollon.info/Wikileaks-et-Cantona-servent-ils-a.html

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