Vraie ou fausse guerre de l’information entre la Russie et l’Occident?

On a pu lire récemment sur les réseaux sociaux que la Russie allait augmenter le budget de financement de la chaîne RT [Russia Today] et développer sa diffusion en français. RT étant une chaîne à financement étatique et considérant les relations actuelles entre la Russie et l’Occident, certains ont déjà qualifié cela de « propagande en langue française »:

Pour autant, cela est étonnant de voir l’acharnement et les critiques que les médias russes subissent de toutes parts, alors même qu’il n’y a quasiment aucune chaîne de télévision qui donne justement un point de vue non-occidental sur les événements qui ont lieu en Europe, en Russie, ou ailleurs dans le monde.

Dans les médias occidentaux, on remarque souvent que les reportages sur des mouvements critiques du monde occidental sont peu représentés et il faut souvent regarder RT pour voir des vidéos montrant des protestations contre la mondialisation, des rassemblements ou interviews d’Anonymous aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, ainsi qu’ailleurs en Europe, ou même des rassemblements contre la prison de Guantanamo. Il y a clairement un manque de diversité sur certains sujets dans les médias occidentaux qui tendent à ne pas mettre en valeur tout ce qui entre dans la contestation du modèle occidental. Et même si ces sujets sont traités, ils le sont de manière souvent superficielle.

On peut être anti-russe, anti-américain, ou ce qu’on veut. Cela ne veut pas dire pour autant que le développement des médias doit être vu de manière négative et être constamment assimilé à de la propagande. Loin de là, un point de vue différent apportera plus d’informations au public et une meilleure compréhension des problèmes existants, des reportages de nature différente et des analyses portant un autre regard sur le monde actuel. De la même manière, les lanceurs d’alerte ont reçu globalement plus d’attention dans les médias comme RT que dans nos médias occidentaux. Encore récemment, il y a à peine quelques jours, RT consacrait des sujets sur l’affaire Julian Assange ou aux révélations d’Edward Snowden, ce qui n’est quasiment plus le cas dans les télévisions occidentales. On peut se demander pourquoi une telle différence.

Le développement d’une nouvelle chaîne RT en français est un réel avantage pour le public francophone, notamment lorsqu’on voit la pauvreté des reportages présentés dans des chaînes occidentales d’informations en continu qui diffusent en boucle les mêmes vidéos, parfois sans aucune analyse et sans débat. De plus, la pensée anti-russe s’est tellement développée dans nos pays occidentaux qu’il est presque impossible de débattre sur le sujet, et si l’on dit par exemple que la Russie peut avoir raison sur tel sujet, on peut être considéré comme un espion russe pour avoir simplement exprimé un point de vue qui n’est pas dans la ligne de l’Occident et des Etats-Unis. Il ne faut pas que le sentiment anti-russe (s’il existe pour certains) nous force aveuglément à oublier notre sens critique et il ne faut pas non plus que cela nous pousse à critiquer tout ce que fait la Russie, sans considérer ce qui peut être positif ou négatif dans la politique menée par ce pays.

La guerre de l’information a bien lieu, mais chaque pays est libre de développer une chaîne de télévision, et c’est ce que fait RT, « ce qui fait entrer la chaîne dans la bataille de l’information, au même titre que BBC World, CNN, Al Jazeera et France 24 », comme le souligne d’ailleurs Wikipedia. Et la bataille de l’information, c’est aussi le signe de la liberté d’expression. Mais, en toute objectivité, la « propagande » ne relève pas de l’Etat russe, elle peut être pratiquée par n’importe quel état, et quand les Etats-Unis ont voulu justifier des guerres au Moyen-Orient, n’ont-ils pas aussi eu recours à des formes de propagande?… Ne soyons pas naïfs.

Plus de chaînes de télévision signifient plus d’informations, donc plus de points de vue exprimés, donc plus de possibilités pour le public de se faire une opinion juste des actualités et des événements politiques. Car c’est dans la diversité que se forge l’opinion. Le fait que la chaîne RT soit financée par l’Etat russe n’est un secret pour personne, mais pour autant peut-on oublier que par exemple une chaîne comme TV5 (qui n’est pas financée par l’Etat français, mais « opérateur direct des Sommets de la Francophonie qui regroupent 77 États et gouvernements ») a néanmoins été créée « sous l’impulsion du ministère des Affaires étrangères français » en 1984, d’après Wikipedia, ou que la BBC développe en ce moment tout un réseau de chaînes en langues étrangères, dont des bulletins d’informations en langue russe.

Ceux qui parlent de « propagande » russe, parlent-ils aussi de propagande occidentale quand la BBC développe des actualités dans des langues africaines, asiatiques ou en russe? Non, tout simplement parce que diffuser l’information est un droit relevant de la liberté d’expression et de la liberté d’information. Il n’y a donc aucune raison de s’attaquer aux médias russes, leurs journalistes méritent autant de respect que dans n’importe quel pays du monde, et nous devrions plutôt nous concentrer sur les défauts de nos propres médias plutôt que de chercher à décrédibiliser ceux qui ne pensent pas comme nous.

RT augmente le budget de 1,22 milliards de roubles (18 836 800 euros). Plus que toutes les chaînes prises ensemble

La Douma a adopté en deuxième lecture des amendements au budget pour 2017, ce qui implique comme attribution à la chaîne RT (ANO « TV Novosti ») 1,22 milliards de roubles supplémentaires, pour « la création, le développement, la maintenance et la distribution d’une chaîne de télévision en français ». Le financement total de RT a atteint 18,74 milliards de roubles (290 470 000 euros).

Les changements dans le projet de budget fédéral ont proposé d’introduire un financement gouvernemental supplémentaire de la diffusion étrangère fin Novembre, a rapporté le vice-ministre des Communications et des Médias Alexei Volin. […]

Pour la première fois dans les plans de lancement de la diffusion RT en français, [l’information] a été connue en 2014. Il est prévu que la révision soit située en France et se concentre principalement sur les publics français, belges, suisses et canadiens.

Meduza, 08/12/2016 (traduit depuis la version anglaise)

Sources:

RT augmente le budget de 1,22 milliards de roubles https://meduza.io/news/2016/12/08/rt-uvelichat-byudzhet-na-1-22-milliarda-rubley-bolshe-chem-vsem-kanalam-vmeste-vzyatym (voir la version anglaise)

Le service international de la BBC annonce son expansion la plus importante depuis 1940 http://www.bbc.com/news/entertainment-arts-37990220

Gouvernance de TV5 Monde: http://www.tv5monde.com/cms/gouvernance-de-tv5monde

Débuts et extension de TV5 (Wikipedia) https://fr.wikipedia.org/wiki/TV5_Monde#1984_-_2001_:_D.C3.A9buts_et_extension_de_TV5

Qui croire? La crise de crédibilité des médias européens

en.ejo.ch, Michael Haller, 27 octobre 2015

Capture-newspaper-hat-300x214Permettez-moi de vous ramener au 3 Décembre 2013: Alan Rusbridger, rédacteur en chef du Guardian, témoigne devant le Comité des affaires intérieures de la Chambre des communes. Cela allait devenir un interrogatoire tendu de 78 minutes sur la décision de son journal de publier les documents top-secrets de la NSA fuités par le lanceur d’alerte Edward Snowden.

Rusbridger parlait d’une voix faible. Bien que confus à certains moments, son message était très clair: les journalistes du Guardian avaient scrupuleusement vérifié les documents confidentiels qu’ils avaient reçus de Snowden. Ils avaient noirci tous les noms dans les documents, et avaient demandé l’avis d’experts. Seulement après ces précautions, le journal a publié les histoires – pas contre la démocratie, mais pour la promouvoir. Dans un pays démocratique, avec la liberté de la presse, les journalistes ont l’obligation de révéler de telles pratiques sinistres pour le bien de l’intérêt public, avait-il déclaré. Les interrogateurs du Comité n’ont présenté aucun contre-argument convaincant.

À cette époque, il y a deux ans, le Guardian a publié de nombreux rapports d’enquête. Cela a grandement bénéficié à la réputation du journal. Dans l’année des révélations d’Edward Snowden, la population britannique a considéré le Guardian comme « le journal le plus digne de confiance, le plus exact et le plus fiable au Royaume-Uni ».

Voilà pour les bonnes nouvelles. Les nouvelles pas-si-bonnes que ça sont que: même le Guardian est en train de perdre des lecteurs. Le journal ainsi que son site web fonctionnent à perte, et de plus en plus. Les réalisations des journalistes du Guardian ne sont possibles que parce que le propriétaire du journal – la Fondation Scott Trust – fait intervenir environ 50 millions £ pour soutenir ses faibles finances. Où est-ce que cela se produit ailleurs dans le monde?

Le journalisme en Europe de l’Ouest: une crise de crédibilité

En effet, l’image plus large du journalisme en Europe est plutôt sombre: le journalisme en Europe occidentale souffre d’une «crise de crédibilité». Dans cet article, je présente cinq thèses sur ce phénomène.

Thèse 1: Une baisse de la capacité de recherche

Thèse 2: Un manque de professionnalisme

Thèse 3: La course pour les revenus sur la publicité

Thèse 4: Trop d’opinion; Trop peu de faits

Thèse 5: Le contenu des informations est devenu «conventionnel»

Lire l’intégralité de l’article: http://en.ejo.ch/ethics-quality/who-to-believe-european-medias-credibility-crisis

Iran: Le message de Khamenei à l’Occident appelle à la tolérance religieuse

Iran's Supreme Leader Ayatollah Ali Khamenei speaks live on television after casting his ballot in the Iranian presidential election in TehranPhoto: Ali Khamenei

Posté le 27 janvier 2015, par Ali Hashem

Une lettre ouverte du guide suprême de l’Iran à la jeunesse occidentale est un autre signe des changements en cours en Iran et d’une décision du leadership du pays de lutter contre l’islamophobie.

Le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, a publié le 21 janvier une lettre ouverte à la jeunesse occidentale [cf. traduite en français] sur son site Internet, en leur demandant de « gagner une connaissance directe et de première main » sur l’islam à la place de l’information basée sur « des ressentiments et des préjugés. » Ce serait la première fois qu’un haut dignitaire religieux musulman s’adresse directement à la jeunesse occidentale sur sa religion. Le moment semble avoir été un facteur important dans la délivrance de la lettre, deux semaines seulement après l’attaque du 7 janvier par des extrémistes islamistes sur les bureaux du journal satirique Charlie Hebdo à Paris, attaque qui a déclenché une nouvelle vague d’islamophobie en Occident, avec des mouvements anti-islamisation qui gagnent déjà du terrain, en particulier en Allemagne et en France.

Lire la suite: http://www.al-monitor.com/pulse/originals/2015/01/iran-foreign-policy.html

Traduction française de la lettre: http://s15.khamenei.ir/ndata/news/28731/pdf/fr.pdf

 

Julian Assange : “La vraie guerre, c’est la guerre de l’information”

Julian Assange lors d’une téléconférence entre Londres et Washington, le 8 avril 2013 – AFP

Julian Assange lors d’une téléconférence entre Londres et Washington, le 8 avril 2013 – AFP

Le codage des messages, ou cryptographie, doit permettre aux petits Etats de se défendre contre les plus grands, assure le fondateur de WikiLeaks dans une tribune exceptionnelle. Car, de Pékin à Washington, le contrôle des communications est aujourd’hui une arme de guerre.

La plupart des premiers “cypherpunks” [groupes de personnes intéressées par la cryptographie, l’ensemble des techniques de codage et de décodage de messages] étaient des militants libertariens de Californie. Je n’étais pas issu de la même tradition, mais nous étions tous unis par notre volonté de protéger les libertés individuelles contre la tyrannie de l’Etat. La cryptographie était notre arme secrète.

Les gens ont oublié à quel point cet outil était subversif. A l’époque, la cryptographie était la propriété exclusive des Etats, qui s’en servaient pour conduire leurs guerres. En concevant notre propre logiciel et en le diffusant au maximum, nous avons libéré la cryptographie. Nous l’avons démocratisée et disséminée à travers les frontières du nouvel Internet.

(suite…)

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