Le Yémen, au centre de la guerre pour le pétrole, selon WikiLeaks

Communiqué WikiLeaks, 25 novembre 2016

Aujourd’hui, vendredi 25 novembre, WikiLeaks publie les Yemen Files.

Les Yemen Files sont une collection de plus de 500 documents de l’ambassade des États-Unis à Sanaa, au Yémen. Comprenant plus de 200 emails et 300 fichiers PDF, la collection détaille la correspondance et les documents officiels relatifs à l’Office of Military Cooperation (OMC) situé dans l’ambassade américaine. Cette collection d’étend sur une période allant de 2009 à la veille de la guerre au Yémen qui éclate sérieusement en mars 2015. Cette période couvre à la fois le mandat d’Hillary Clinton en tant que secrétaire d’État (2009-2013) et les deux premières années du mandat du secrétaire John Kerry.

Julian Assange a déclaré: « La guerre au Yémen a produit 3,15 millions de personnes déplacées en interne. Bien que le gouvernement des États-Unis ait fourni la plupart des bombes et soit profondément impliqué dans la conduite de la guerre elle-même, le reportage sur la guerre en anglais est manifestement rare.

Le Yémen est d’un intérêt stratégique significatif, car le Yémen contrôle un point d’étranglement étroit vers la mer Rouge et le canal de Suez par lesquels 11% du pétrole mondial passe chaque jour. En outre, le Yémen est à la frontière de l’Arabie saoudite (au nord) et de l’Oman (à l’est), et il a accès à la mer d’Arabie, à travers laquelle 20% du pétrole mondial passe depuis le détroit d’Ormuz (incluant le pétole saoudien et de l’Iran). L’Arabie Saoudite cherche à contrôler un port du Yémen afin d’éviter la contraction potentielle de ses expéditions de pétrole par l’Iran le long du détroit d’Ormuz ou par des pays qui peuvent contrôler son autre chemin d’expédition de pétrole le long de la mer Rouge.

Les Yemen Files offrent des preuves documentaires de l’armement, de la formation et du financement des forces yéménites par les États-Unis pendant les années qui ont précédé la guerre. Les documents révèlent, entre autres, l’acquisition de nombreux types d’armes: aéronefs, navires, véhicules, propositions pour le contrôle de la sécurité des frontières maritimes et l’achat par le Yémen de systèmes biométriques américains.

Une présence américaine est restée dans le pays jusqu’en février 2015, lorsque les États-Unis ont fermé leur ambassade en raison de l’agitation continue entre les différentes factions du pays. La guerre a éclaté un mois plus tard.

Source: https://wikileaks.org/yemen-files/

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Géopolitique de la 3ème Guerre mondiale: Etats-Unis, Russie, Arabie Saoudite, pétrole et cours du dollar

Veterans Today, 19 septembre 2014

Traduction intégrale:

[Charles Krauthammer, chroniqueur affilié] Nous avons, comme vous le dites, Isis, l’Etat islamique, au cœur du Moyen-Orient, l’Iran qui fait le nucléaire, la Russie en mouvement, la Chine réclamant un territoire qu’elle n’a pas vraiment le droit de réclamer.

[Journaliste] Les rapports au jour le jour montrent les troupes russes qui vont plus loin dans le sud-est de l’Ukraine et aident à inverser la tendance.

[Gen. Martin Dempsey] Peuvent-ils être vaincus, sans aborder cette partie de l’organisation qui réside en Syrie? La réponse est non.

[Ben Rhodes, conseiller national adjoint de sécurité] Nous envisageons activement ce qui va être nécessaire pour faire face à cette menace et on ne va pas être limité par des frontières.
http://www.reuters.com/article/2014/08/23/us-iraq-security-usa-idUSKBN0GM1T920140823

[Juge Jeanine Pirro, vidéo] Des frappes aériennes, bombardez-les, bombardez-les, continuez de les bombarder, encore et encore…

[Howard Zinn, vidéo] Si vous êtes né hier, vous croyez à tout ce que quelqu’un vous dit là-haut, et vous n’avez aucun moyen de le vérifier. Avec un peu d’histoire, cela ne prouve pas que le gouvernement vous ment aujourd’hui, cela vous demande juste de vérifier si c’est le cas, et ensuite de décider pour vous-même.

[Narrateur] Contrairement à la croyance générale, la conduite des nations sur les scènes internationales n’est presque jamais guidée par plus de considérations. Mais plutôt par un sombre cocktail d’argent et de géopolitique, comme quand vous voyez les porte-paroles de la classe dirigeante qui commencent à diaboliser un pays étranger, la première question dans votre esprit doit toujours être: « qu’est-ce qui est réellement en jeu ici? »

Depuis quelques temps, la Russie, la Chine, l’Iran et la Syrie ont été dans le collimateur. Une fois que vous comprenez pourquoi, les événements qui se déroulent en ce moment même dans le monde prennent beaucoup plus de sens. Le dollar américain est une monnaie vraiment unique. En fait, sa conception actuelle et sa relation à la géopolitique ne ressemblent à aucune autre dans l’histoire.

Avant 1971, le dollar américain était lié au standard de l’or, du moins officiellement. Selon le FMI, en 1966, les banques centrales étrangères détenaient 14 milliards en dollars américains, mais les Etats-Unis avaient seulement 3,2 milliards $ en or alloués pour couvrir les avoirs étrangers.

Traduction: la Réserve fédérale imprimait plus d’argent que ce qu’elle pouvait rembourser.

Le résultat a été une inflation galopante et une fuite générale du dollar.

En 1971, dans ce qui est allait être appelé plus tard appelé le « Choc Nixon« , le président Nixon a supprimé le dollar du standard de l’or, intégralement.

[Richard Nixon] J’ai ordonné au Secrétaire du Trésor de prendre les mesures nécessaires pour défendre le dollar contre les spéculateurs. J’ai ordonné au secrétaire, calmement, de suspendre temporairement la convertibilité du dollar en or ou en d’autres avoirs de réserve, à l’exception du montant et des conditions déterminées à être dans l’intérêt de la stabilité monétaire et dans le meilleur intérêt des États-Unis.

[Narrateur] À ce stade, le dollar est devenu une monnaie purement fondée sur la dette. Avec des monnaies basées sur la dette, l’argent est littéralement prêté à l’existence.

Environ 70% de la monnaie en circulation est créé par les banques ordinaires qui sont autorisés à prêter plus d’argent que ce qu’elles possèdent sur leurs comptes. Le reste est créé par la Réserve fédérale, qui prête de l’argent qu’ils ne possèdent pas, la plupart du temps au gouvernement.

C’est un peu comme faire des chèques sans provision, sauf que c’est légal, pour les banques.

Cette pratique qui est désignée comme un « système de réserves fractionnaires » est prétendument réglementée par la Réserve Fédérale, une institution qui se trouve être  détenue et contrôlée par un conglomérat de banques, et aucune agence ou branche du gouvernement ne réglemente la Réserve Fédérale.

[Journaliste] Quelle est la relation appropriée, quelle devrait être la relation appropriée entre le président de la Fed et le président des États-Unis?

[Allen Greenspan, président du FMI – vidéo] Eh bien, tout d’abord, la Réserve Fédérale est une agence indépendante, ce qui signifie essentiellement qu’il n’y a pas d’autre agence gouvernementale qui peut passer outre les actions que nous prenons. Cela est en place depuis si longtemps et il n’y a aucune preuve que l’administration, ou le Congrès ou qui que ce soit d’autre demande que nous faisons des choses autres que ce que nous pensons être la chose appropriée. Alors, de savoir quelle relation, cela n’a franchement pas d’importance.

Maintenant, pour rendre les choses encore plus intéressantes, ces prêts de réserve fractionnaire ont un intérêt attaché, mais l’argent pour payer ces intérêts n’existe pas dans le système. En conséquence, il y a toujours plus de dette totale que d’argent en circulation, et afin de rester à flot, l’économie doit croître sans cesse.

Ceci n’est évidemment pas durable.

Maintenant, vous commencez peut-être à vous demander comment le dollar a maintenu une position si dominante sur la scène mondiale depuis plus de quarante ans, si c’est réellement un peu plus qu’un système de Ponzi élaboré.

Eh bien, c’est là où le dollar rejoint la géopolitique.

En 1973, sous l’ombre de la crise pétrolière artificielle de l’OPEP, l’administration Nixon entame des négociations secrètes avec le gouvernement de l’Arabie Saoudite pour établir ce qui plus tard va être appelé le système de recyclage des pétrodollars. Selon l’accord, les Saoudiens ne vendaient leur pétrole qu’en dollars américains, et investiraient la majorité de leurs profits pétroliers excédentaires dans les banques américaines et les marchés de capitaux.

Le FMI utiliserait alors cet argent pour faciliter les prêts aux pays importateurs de pétrole qui avaient des difficultés pour couvrir l’augmentation des prix du pétrole. L’intérêt et les paiements sur ces prêts seraient évidemment libellés en dollars américains.

Cet accord a été formalisé dans la « Commission mixte américano-saoudienne sur la coopération économique » mise en place par le secrétaire d’État de Nixon, Henry Kissinger, en 1974.

[Un autre document publié par le Congressional Research Service révèle que ces négociations avaient un avantage pour eux, alors les responsables américains discutaient ouvertement de la possibilité de saisir des champs de pétrole en Arabie Saoudite militairement.]

Le système a été élargi pour inclure le reste de l’OPEP, en 1975.

Bien que présenté comme un tampon pour les effets récessifs de la hausse des prix du pétrole, cet arrangement a eu un effet caché. Il a supprimé les contraintes traditionnelles sur la politique monétaire américaine.

La Réserve Fédérale était maintenant libre d’augmenter l’offre de l’argent à volonté. La demande toujours croissante de pétrole permettrait d’éviter une fuite du dollar, tout en distribuant les conséquences inflationnistes sur l’ensemble de la planète.

Le dollar est passé d’une monnaie basée sur l’or à une monnaie basée sur le pétrole. Il est également devenu le premier produit d’exportation de l’Amérique.

Vous êtes-vous déjà demandé comment l’économie américaine a été en mesure de rester à flot, tout en gardant plusieurs milliards de déficits commerciaux en dollars pendant des décennies? Vous êtes-vous jamais demandé comment il se fait que les États-Unis détiennent une telle quantité disproportionnée de la richesse mondiale, quand 70% de l’économie américaine est fondée sur le consommateur?

Dans l’ère moderne, les combustibles fossiles font tourner le monde. Ils se sont intégrés dans tous les aspects de la civilisation: l’agriculture, le transport, les matières plastiques, le chauffage, la défense et la médecine, et la demande ne cesse de croître.

Aussi longtemps que le monde aura besoin de pétrole, et aussi longtemps que le pétrole sera vendu uniquement en dollars américains, il y aura une demande pour le dollar américain, et cette demande est ce qui donne sa valeur au dollar.

Pour les États-Unis, c’est une très bonne affaire. Les dollars sortent, soit en papier ou en chiffres dans un système informatique, et des produits et services réels et tangibles arrivent. Toutefois, pour le reste du monde, c’est une forme très sournoise d’exploitation.

En ayant un commerce mondial principalement en dollars, cela confère également à Washington une puissante arme financière à travers les sanctions. Cela est dû au fait que la plupart des transactions en dollars à grande échelle sont forcées de passer par les Etats-Unis.

Ce système de pétrodollars restera incontesté jusqu’en septembre 2000, lorsque Saddam Hussein a annoncé sa décision de faire passer les ventes de pétrole de l’Irak du dollar vers l’euro. Ce fut une attaque directe sur le dollar, et facilement, l’événement géopolitique le plus important de l’année, mais seulement un article dans les médias occidentaux l’a mentionné.

Dans le même mois où Saddam a annoncé qu’il s’éloignait du dollar, une organisation appelée « Le Projet pour un Nouveau Siècle Américain » [PNAC], dont Dick Cheney s’est juste avéré être un membre, a publié un document intitulé « Reconstruire les défenses de l’Amérique. Stratégie, Forces et Ressources pour un Nouveau Siècle« . Ce document a appelé à l’augmentation massive des dépenses militaires américaines et à une politique étrangère beaucoup plus agressive afin d’étendre la domination américaine dans le monde. Cependant le document a déploré que la réalisation de ces objectifs prendrait de nombreuses années dans « l’absence d’un événement catastrophique et catalyseur – comme un nouveau Pearl Harbor ».

Un an plus tard, ils l’avaient.

Surfant sur la réaction émotionnelle du 11 septembre, l’administration Bush a réussi à envahir l’Afghanistan et l’Irak, et à passer le Patriot Act, sans aucune résistance significative.

Wesley Clark: Le plan US post 11/9: envahir 7 pays dont l’Irak, la Lybie, la Syrie et l’Iran

Il n’y avait pas d’armes de destruction massive en Irak, et ce ne fut pas une question de mauvaises informations. Ce fut un mensonge froid et calculé, et la décision d’envahir a été faite en pleine connaissance de la catastrophe qui allait suivre.

[Dick Cheney en 1994, vidéo]

[Journaliste]: Pensez-vous que les Etats-Unis, ou les forces de l’ONU, auraient dû venir à Bagdad?

[Dick Cheney]: Non

[Journaliste]: Pourquoi non?

[Dick Cheney]: Parce que si nous étions allés à Bagdad, nous aurions été tout seuls. Il n’y aurait eu personne d’autre avec nous. Il y aurait eu une occupation américaine en Irak. Aucune des forces arabes prêtes à se battre avec nous au Koweït n’étaient prêtes à envahir l’Irak.

Une fois que vous êtes en Irak et que vous en avez pris le contrôle, que vous faites tomber le gouvernement de Saddam Hussein, alors qu’est-ce que vous allez mettre à sa place? Voilà une partie très instable du monde, et si vous faites tomber le gouvernement central de l’Irak, vous pourriez très facilement finir par voir des morceaux de l’Irak s’envoler: une partie, les Syriens aimeraient en avoir à l’ouest, une partie de celui-ci – l’est de l’Irak – les Iraniens aimeraient le récupérer, ils se sont battus pour ça pendant huit ans. Dans le nord, vous avez les Kurdes, et si les Kurdes se rassemblent et rejoingnent les Kurdes en Turquie, alors vous menacez l’intégrité territoriale de la Turquie.

C’est un bourbier si vous allez aussi loin et essayez de prendre le contrôle de l’Irak.

L’autre chose, c’était les victimes. Tout le monde a été impressionné par le fait que nous avons pu faire notre travail avec aussi peu de victimes que nous avons eues. Mais pour les 146 Américains tués en action, et pour leurs familles – cela n’a pas été une guerre sans prix. Et la question pour le président, pour savoir si oui ou non nous poursuivons notre présence à Bagdad, si nous prenons des pertes supplémentaires dans un effort pour obtenir Saddam Hussein, était de savoir combien de morts supplémentaires Américains vaut Saddam?

Notre jugement a été qu’il n’en vaut pas beaucoup, et je pense que nous avons eu raison.

Ils savaient exactement ce qui allait se passer, mais en 2003, ils l’ont quand même fait. Une fois que les champs de pétrole irakiens ont été sous contrôle américain, les ventes de pétrole ont été immédiatement rétablies en dollars. Mission accomplie.

Peu de temps après l’invasion de l’Irak, l’administration Bush a tenté d’étendre ces guerres à l’Iran. Soi-disant le gouvernement iranien travaillait à la construction d’une arme nucléaire. Après le fiasco en Irak, la crédibilité de Washington a été gravement endommagée, et par conséquent, ils ont été incapables de rassembler un soutien national ou international pour une intervention. Leurs efforts ont en outre été sabotés par des éléments au sein de la CIA et du Mossad qui sont venus à l’avant pour déclarer que l’Iran n’avait même pas pris la décision de développer des armes nucléaires, et encore moins d’en commencer une tentative. Cependant, la campagne de diabolisation contre l’Iran a continué même au sein de l’administration Obama.

Pourquoi?

Eh bien, cela pourrait-il avoir quelque chose en rapport avec le fait que, depuis 2004, l’Iran a été dans un processus d’organisation d’une bourse pétrolière indépendante? Les Iraniens construisaient leur propre marché du pétrole, et il n’allait pas être lié au dollar. Les premières livraisons de pétrole ont été vendues par ce marché en juillet 2011. Incapables d’obtenir la guerre qu’ils voulaient, les États-Unis ont utilisé l’ONU pour imposer des sanctions contre l’Iran. L’objectif des sanctions était de renverser le régime iranien. Bien que cela ait porté préjudice à l’économie iranienne, les mesures ont échoué à déstabiliser le pays. Cela était dû en grande partie à l’aide de la Russie dans le contournement des restrictions bancaires américaines.

En février 2009, Mouammar Kadhafi a été nommé président de l’Union Africaine. Il a immédiatement proposé la formation d’un Etat unifié avec une monnaie unique. C’est la nature de cette monnaie proposée qui l’a tué.

En mars 2009, l’Union Africaine a publié un document intitulé « Vers une monnaie unique africaine ». Les pages 106 et 107 de ce document discutent spécifiquement les avantages et les aspects techniques de l’exécution de la Banque Centrale Africaine sous un standard en or. À la page 94, il est dit explicitement que la clé de la réussite de l’Union monétaire de l’Afrique serait la « liaison éventuelle d’une monnaie unique africaine à la plus monétaire de toutes les marchandises – l’or. »[Remarque: La numérotation des pages est différente sur d’autres versions du document qu’ils ont publié]

En 2011, la CIA est venue en Libye et a commencé à soutenir des groupes militants dans leur campagne pour renverser Kadhafi, et les Etats-Unis et l’OTAN ont soutenu et appliqué une résolution de zone d’exclusion aérienne à l’ONU pour faire pencher la balance avec des frappes aériennes. La présence d’extrémistes d’Al-Qaïda parmi ces combattants rebelles a été mise sous le tapis. La Libye, comme l’Iran et l’Irak, avait commis le crime impardonnable de contester le dollar américain.

L’intervention de l’OTAN en Libye s’est transformée en une guerre secrète contre la Syrie. Le gouvernement libyen a été torpillé et les armes ont été expédiées via la Turquie aux rebelles syriens travaillant à renverser Assad. Il était déjà clair à ce stade qu’un grand pourcentage de ces combattants avaient des liens avec des organisations terroristes. Cependant l’appareil de sécurité nationale des États-Unis a considéré cela comme un mal nécessaire. En fait, le Conseil des relations étrangères a publié un article en 2012 déclarant que « L’afflux des djihadistes apporte de la discipline, de la ferveur religieuse, de l’expérience de la bataille d’Irak, du financement de sympathisants sunnites dans le Golfe, et surtout, des résultats mortels. En bref, la FSA [Armée Syrienne Libre] a maintenant besoin d’al-Qaïda ».

[Voir theantimedia.org pour lire ça]

[Soyons clairs, les Etats-Unis ont mis l’Etat Islamique (ISIS) au pouvoir]

En 2013, ces mêmes rebelles syriens liés à Al-Qaïda ont lancé deux attaques au gaz sarin. Ce fut une tentative d’encadrer Assad et de mobiliser le soutien international pour une intervention militaire. Heureusement, ils ont été exposés par les Nations Unies et les enquêteurs russes, et la poussée en faveur des frappes aériennes s’est complètement effondrée lorsque la Russie est intervenue pour négocier une solution diplomatique.

La campagne pour un changement de régime en Syrie, tout comme en Libye, a été présentée en termes de droits de l’homme. Évidemment, ce ne sont pas les véritables motifs.

En 2009, le Qatar a mis en avant une proposition visant à lancer un pipeline de gaz naturel à travers la Syrie et la Turquie vers l’Europe. Assad l’a toutefois rejeté, et en 2011, il a forgé un pacte avec l’Irak et l’Iran pour construire un pipeline en coupant complètement le Qatar et l’Arabie saoudite de la boucle. Sans surprise, le Qatar, l’Arabie saoudite et la Turquie ont été les joueurs régionaux les plus agressifs dans la poussée pour renverser le gouvernement syrien.

Mais pourquoi ce pipeline aurait mis la Syrie dans la ligne de mire de Washington?

Trois raisons:
1. Cet arrangement du pipeline permettait de renforcer de manière significative la position de l’Iran, leur permettant d’exporter vers les marchés européens sans avoir à passer par l’un des alliés de Washington. Cela réduisait évidemment le levier du gouvernement américain.
2. La Syrie est le plus proche allié de l’Iran. Son effondrement aurait intrinsèquement affaibli l’Iran.
3. La Syrie et l’Iran ont signé un accord de défense mutuelle, et une intervention américaine en Syrie pourrait ouvrir la porte à un conflit ouvert avec l’Iran.

En février 2014, ce jeu d’échecs mondial a chauffé dans un nouveau lieu: l’Ukraine. La véritable cible était cependant la Russie.

Vous voyez, la Russie se trouve être juste le deuxième plus grand exportateur de pétrole au monde, et non seulement ils ont été une épine dans le pied de Washington au niveau diplomatique, mais ils ont aussi ouvert une bourse de l’énergie en 2008, avec des ventes libellées en roubles et en or. [Ce projet était en cours depuis 2006. Ils ont également travaillé avec la Chine pour se retirer du dollar dans l’ensemble de leur commerce bilatéral.]

La Russie a également été dans un processus d’organisation d’une Union Economique Eurasienne, qui comprend des plans pour adopter une unité monétaire commune, et qui est prévue pour avoir son propre marché indépendant de l’énergie.

Avant la crise, l’Ukraine a été face à un choix: soit rejoindre l’UE en vertu d’un accord d’association ou rejoindre l’Union eurasienne. L’UE a insisté que ce n’était pas une proposition optionnelle. L’Ukraine ne pouvait pas rejoindre les deux. La Russie, d’autre part, a affirmé que l’adhésion aux deux ne posait pas de problème. Le Président Ianoukovitch a décidé d’aller avec la Russie.

[Cet article du Guardian vaut aussi la peine d’être lu.]

En réponse, l’appareil de sécurité nationale des États-Unis a fait ce qu’il fait le mieux: ils ont renversé Ianoukovitch et installé un gouvernement fantoche. Pour voir la preuve complète de l’implication de Washington dans le coup d’Etat, regardez « La crise en Ukraine: ce qu’on ne vous dit pas ».

Bien que tout cela semblait aller bien au début, les États-Unis ont rapidement perdu le contrôle de la situation. La Crimée a organisé un référendum et le peuple a voté massivement pour faire sécession de l’Ukraine et pour une réunification avec la Russie. La transition a été ordonnée et pacifique. Personne n’a été tué, mais l’Occident a immédiatement encadré tout l’événement comme un acte d’agression russe, et cela est devenu le point de mantra à partir de là.

La Crimée est importante sur le plan géostratégique en raison de sa position sur la mer Noire, qui permet la projection de la puissance navale en Méditerranée. [Elle a aussi été un territoire russe dans une grande partie de l’histoire récente.]

Les Etats-Unis ont fait pression pour l’inclusion de l’Ukraine dans l’OTAN depuis des années maintenant. Une telle démarche aurait placé les forces américaines juste sur la frontière de la Russie et aurait potentiellement pu aboutir à la perte pour la Russie de leur base navale en Crimée. C’est la raison pour laquelle la Russie a immédiatement accepté les résultats du référendum de Crimée et a rapidement consolidé le territoire.

Pendant ce temps, dans l’Est de l’Ukraine, deux régions ont déclaré l’indépendance face à Kiev et ont tenu des référendums de leur propre côté. Des résultats qui ont plébiscité l’autonomie.

Kiev a répondu à cela avec ce qu’ils appelaient des opérations anti-terroristes. Dans la pratique, ce fut une campagne massive et aveugle de bombardements qui ont tué des milliers de civils. Apparemment, tuer des civils n’était pas considéré comme une agression pour l’Occident. En fait, le FMI a explicitement mis en garde le gouvernement provisoire que leur enveloppe de prêts de 17 milliards de dollars pourrait être en danger, s’ils ne sont pas en mesure de mettre un terme au soulèvement en Ukraine orientale.

Alors que la guerre contre l’Ukraine orientale faisait rage, les élections ont eu lieu et Petro Porochenko a été élu président. Il se trouve que Porochenko a été exposé par un câble diplomatique publié par Wikileaks en 2008, pour avoir travaillé comme taupe pour le Département d’État des États-Unis depuis 2006. Ils se sont référés à lui comme « Notre homme en Ukraine » et la plupart du câble fait référence à l’information qu’il fournissait. [Un autre câble montre que les Etats-Unis savaient que Poroshenko était corrompu même à ce moment.]

Avoir une marionnette en place n’a cependant pas été suffisant pour donner à Washington la haute main dans cette crise. Qu’est-ce que Washington fait quand ils n’ont pas d’autre effet de levier? Ils imposent des sanctions, ils diabolisent et ils font des tentatives d’intimidation.

Cela n’est pas une très bonne stratégie lorsqu’ils traitent avec la Russie. En fait, cela s’est déjà retourné contre eux. Les sanctions ont simplement poussé la Russie et la Chine à une coopération plus étroite et a accéléré l’agenda dé-dollarisation de la Russie. Et en dépit de la rhétorique, cela n’a pas conduit la Russie à être isolée. Les États-Unis et l’OTAN ont creusé un fossé entre eux et la Russie, mais pas entre la Russie et le reste du monde.

Ce nouvel axe anti-dollar va plus loin que l’économie. Ces pays comprennent ce qui est en jeu ici. Voilà pourquoi, dans le sillage de la crise ukrainienne, la Chine a proposé un nouveau pacte de sécurité eurasienne qui inclurait la Russie et l’Iran.

Considérez les implications ici, alors que l’administration Obama commence les bombardements en Syrie, un pays qui a également un accord de défense mutuelle avec l’Iran.

Cela n’est pas la guerre froide 2.0. C’est la guerre mondiale 3.0. Les masses n’ont peut-être pas encore compris, mais l’histoire s’en souviendra de cette manière.

Les alliances se consolident et une guerre chaude prend son cours sur de multiples fronts. Si les provocations et les guerres par procuration continuent, c’est seulement une question de temps avant que les grands joueurs s’affrontent directement, et ceci est une recette pour un désastre.

Est-ce que tout cela résonne de manière folle pour vous? Eh bien, vous avez raison. Les gens qui dirigent le monde en ce moment sont fous, et le public est comme un somnambule dans une tragédie. Si vous voulez modifier le cours où nous sommes, il n’y a qu’une seule façon de le faire. Nous devons réveiller ce public. Même les armes les plus puissantes de la guerre sont neutralisées, si vous atteignez l’esprit de l’homme derrière la détente.

Comment pouvons-nous réveiller les masses, demandez-vous? N’attendez pas que quelqu’un d’autre réponde pour vous. Faites preuve de créativité. Agissez comme si l’avenir de vos enfants et de vos petits-enfants était en jeu, parce que c’est le cas.

Transcription originale en anglais: http://www.veteranstoday.com/2014/09/19/the-geopolitics-of-world-war-iii/

Les Etats-Unis et l’Arabie Saoudite avaient-ils préparé une guerre au Yémen?

Carte: Les sunnites et les chiites au Moyen-Orient

Après l’Irak et la Syrie, une nouvelle guerre se dessine au Moyen-Orient avec le Yémen. Dans toutes ces guerres, on constate que l’Arabie Saoudite et les Américains ont eu des intérêts communs à renverser des régimes qui ne leur étaient pas favorables ou à bombarder des pays qui possédaient certaines richesses, comme le pétrole.

Quand les Etats-Unis ont envahi l’Irak en 2003, on sait bien qu’il y a eu une volonté de changement de régime, au nom de la démocratie. Cependant, on constate aussi que l’Irak est un pays riche en pétrole et à majorité chiite, à l’opposé de l’Arabie Saoudite qui est sunnite.

De même, le régime syrien est dirigé par une minorité religieuse alaouite qui n’est pas un allié habituel des Etats-Unis ou de l’Arabie Saoudite.

Dans ces guerres au Moyen-Orient, on pourrait donc voir une volonté américano-saoudienne de renverser tous les régimes politiques qui seraient chiites, alliés de l’Iran ou de la Russie, dans le but d’imposer une nouvelle majorité politique dans ces pays, une majorité qui serait désormais favorable à la fois aux intérêts saoudiens et aux intérêts américains.

L’invasion du Yémen semble poursuivre la logique américaine qui avait commencé avec l’invasion de l’Irak en 2003. Et si on reprend les propos du général Wesley Clark, qui évoquait la guerre planifiée au Moyen-Orient:

« Nous allons prendre sept pays en 5 ans, en commençant par l’Irak, puis la Syrie, le Liban, la Libye, la Somalie, le Soudan, et en finissant par l’Iran. » (Global Research)

Si c’était bien l’intention des Etats-Unis, peut-être que le Yémen se trouvait aussi sur cette liste secrète et qu’il y avait un plan pour prendre le contrôle de tout le Moyen-Orient.

Une idée semblable a été exprimée dans un article sur « Les projets secrets pour le Yémen », publié le 27 mars 2011 — soit 4 ans avant les bombardements qui sont en cours —, et qui parle de « l’agenda secret du Pentagone et des services secrets états-uniens ». Mais l’article en question justifie ces projets américains au Yémen par rapport au pétrole, car « les États-Unis visent à militariser l’une des voies d’acheminement de pétrole les plus vitales ». L’invasion saoudienne actuelle n’aurait peut-être que ce seul but: le contrôle de l’exportation du pétrole.

En prenant en compte les arguments sur les différences religieuses (chiites/sunnites), on constate une autre coïncidence, c’est que l’Etat Islamique est sunnite, tout comme l’Arabie Saoudite, et qu’ils avaient le même but: renverser le régime syrien de Bachar al-Assad. De nombreux articles américains se sont penchés sur cette question du financement saoudien de l’Etat Islamique. Cela donnait aussi la possibilité à l’Arabie Saoudite d’étendre son influence sur toute la région.

Ce qui arrive au Moyen-Orient, ce serait donc toujours la continuité de cette guerre entre, d’un côté, les Etats-Unis et leurs alliés, l’Arabie Saoudite et les régimes sunnites arabes, et de l’autre, la Russie et les pays qui lui sont proches, comme l’Iran et la Syrie — mais tout cela sur fond d’une guerre pour le contrôle des ressources stratégiques comme le pétrole. Sur BFM Business, on apprend aussi que « l’Arabie Saoudite cherche à affaiblir la Russie, qui est un concurrent géopolitique redoutable dans la région » — la Russie étant l’ennemi géopolitique de l’Arabie Saoudite, mais aussi l’ennemi diplomatique des Etats-Unis.

L’Arabie Saoudite a-t-elle volontairement déclenché la guerre au Yémen? Il y avait une possibilité de régler le conflit politiquement, pourtant l’Arabie Saoudite a choisi l’option du bombardement. Les civils se font tuer, comme cela a été le cas en Irak et en Syrie. Le Yémen présente un intérêt stratégique et géopolitique pour l’Arabie Saoudite, « premier exportateur mondial d’or noir » (BFM Business).

Prendre le contrôle du Yémen ou y installer un régime qui lui serait entièrement favorable permettrait à l’Arabie Saoudite de maîtriser une zone géographiquement très importante pour l’exportation du pétrole, « l’un des goulots d’étranglement stratégiques du trafic mondial de pétrole, Bab el-Mandab ». « Plus encore, les réserves de pétrole non-exploitées au Yémen et en Arabie Saoudite seraient les plus importantes au monde » (« Les projets secrets pour le Yémen« , Voltaire.net).

Au mépris de toute diplomatie et de toute solution pacifique, l’Arabie Saoudite semble être en train d’imposer un chaos total au Moyen-Orient, dans tous les pays qui ne sont pas des alliés traditionnels ou qui ne sont pas de la même majorité sunnite. Et les Etats-Unis semblent être un soutien stratégique dans cette guerre au Yémen: selon un diplomate français, les « militaires américains supervisent cette guerre en tant qu’associés ». (Marianne.net).

Au final, on trouve beaucoup de points communs entre l’Arabie Saoudite et les Etats-Unis dans ces guerres au Moyen-Orient, et si on remonte aux attentats du 11 septembre 2001, beaucoup de gens ont aussi dénoncé l’implication saoudienne dans ces attentats et le fait que le gouvernement américain ait refusé de publier le rapport confidentiel de 28 pages qui mettait en cause l’Arabie Saoudite, comme le révèle le New York Times.

Alors, on devrait se demander pourquoi la France apporte aussi ce soutien à l’Arabie Saoudite, auprès des Etats-Unis, dans cette « nouvelle guerre américaine ». S’il y a aussi un intérêt commercial pour le gouvernement français dans le soutien de la guerre au Yémen, est-ce que nous devons continuer à accepter ces guerres, et que pouvons-nous faire en tant que citoyens pour nous opposer à ces conflits qui semblent avoir uniquement pour but le contrôle des ressources pétrolières?

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CC BY-SA

Image: wikimedia

« Gazoduc, Pipelines et Pipocratie », le conflit syrien analysé par René Dzagoyan

Oléoducs et gazoducs au Moyen-Orient

24.01.2013.pacainfoeco.com – Du renversement de Mossadegh par la CIA et les Britanniques en 1953 à la chute de Saddam Hussein en 2003 par les mêmes, l’histoire nous a appris que les enjeux énergétiques n’étaient jamais étrangers aux changements de régime du Moyen-Orient. Pourtant, la presse internationale, particulièrement française, soustrait le conflit syrien à cette règle d’or. Par une heureuse exception, sous l’effet d’une pulsion humanitaire irrépressible, la Turquie et le Qatar, dûment soutenus par les pays occidentaux, au premier chef la France, y œuvreraient pour l’établissement de la démocratie sans aucune autre arrière-pensée que le bonheur des peuples. Que la Turquie soit aujourd’hui une prison à ciel ouvert pour les juristes et journalistes, que le Qatar ne soit rien d’autre qu’une autocratie féodale où la simple expression d’une pensée politique est un blasphème contre Dieu lui-même, n’induit aucun doute quant à l’humanisme de leur idéologie non plus qu’à la pureté de leurs intentions. Pourtant, le simple examen des données régionales suffit à resituer le conflit syrien dans le cadre dont il n’aurait jamais dû sortir : celui de la guerre pour l’énergie.

Revenons aux fondamentaux : face au tarissement progressif du pétrole, le seul carburant de substitution disponible en abondance est le gaz. Cette ressource est essentiellement située dans trois pays : La Russie, avec 45 000 trillions de m3 de réserves prouvées, soit environ 25% des réserves mondiales, l’Iran, 27 000 trillions , soit 15%, et le Qatar, 26 000 trillions, soit 15% aussi. A eux trois, ces géants du gaz contrôlent plus de la moitié de la production mondiale. Pour écouler ses stocks colossaux, la Russie ne manque pas de clients: ses systèmes de gazoducs courent du Tatarstan à la Bretagne et de la Chine à la Turquie, laquelle y puise 70% des 38 milliards de m3  nécessaires à son fonctionnement, le reste provenant en grande partie de l’Iran.

Or, vu la croissance de son industrie, Ankara prévoit pour 2025 une consommation de 80 à 90 milliards de m3, soit plus du double de ses besoins actuels. Où les trouver ? Les puiser dans le stock russe accroitrait sa dépendance vis-à-vis de l’empire des tsars, et grèverait illico son expansion régionale ; les soutirer de l’Iran aurait les mêmes effets, sans compter le mécontentement des Américains. Reste le Qatar. Mais voilà, entre Doha et Ankara, il n’y a pas l’ombre d’un gazoduc. Qu’à cela ne tienne !

En août 2009, le Sheikh qatari Al-Thani et Abdullah Gül s’accordaient sur la nécessité de tirer un gros tuyau entre Doha à Ankara. Deux passages possibles : par l’Irak, surtout le nord aux mains des Kurdes, option fortement déconseillé ; ou par la Syrie, dirigé par Bachar El-Assad. Ce dernier leur aurait sans doute volontiers cédé le passage, n’étaient les froncements de sourcils de son principal soutien militaire, économique et financier, Moscou, qui n’aurait guère apprécié que son protégé ouvre les vannes gazières à un de ses concurrents, le Qatar, pour alimenter un de ses principaux clients, la Turquie, et au-delà l’Europe par connexion au gazoduc européen Nabucco encore à naître. Oser solliciter Assad était donc sans conteste défier Moscou qui comptait bien tuer dans l’œuf le Nabucco en question, en terminant dare-dare le sien propre au nord de la Turquie, le South Stream. C’était aussi ignorer l’Iran, ce diable d’Etat qui, depuis Mossadegh, tient mordicus à contrôler son pétrole. Lui aussi est sur le point de serrer le dernier boulon de son gazoduc Iran-Irak-Syrie de 25 millions de m3/jour pour les mêmes destinations.

Coincé entre Poutine et Ahmadinéjad, tous deux bien décidés à garder le monopole des approvisionnements européens, le pauvre Bachar n’avait guère le choix que de refuser le passage au pipe-line rêvé par le couple turco-qatari. Le vilain petit canard ! Par son entêtement, voilà la Turquie et l’Europe contraintes malgré elles de rester dépendantes de la seule Russie, ou pire encore, de l’Iran. Un dirigeant, tout syrien soit-il, qui contraint l’Europe à mendier son énergie à ces deux Etats si réticents à nos valeurs éternelles, ne peut être qu’un mauvais démocrate. Et s’il persiste dans ses funestes alliances, il ne peut être qu’un horrible tyran. Et quand on a ne serait-ce qu’un zeste de moralité, un horrible tyran ne mérite que d’être flétri et renversé. CQFD.

Que les autorités françaises, en dépit du contrôle patent de l’armée d’opposition par les fanatiques islamistes, en dépit de la présence désormais avéré de militaires turcs dans l’encadrement de la rébellion, en dépit des exactions assumées des minorités religieuses, accréditent auprès de l’opinion la fable d’une lutte du peuple syrien pour sa liberté, ne peut se comprendre que par les intérêts liés de longue date de la France et du Qatar. Le pétrolier Total, présent au Qatar depuis 1936, est un des principaux opérateurs dans l’exploitation des ressources qataris, tandis que le Qatar, troisième actionnaire de Total, détient près de 17% de Vivendi, près de 13% du Groupe Lagardère, 5% de Véolia, sans parler d’autres petites sucreries telles que le PSG. Défendre les intérêts du Qatar, c’est défendre les intérêts de la France et inversement. La chanson est connue, serinée à loisir par Mme Vallaud-Belkacem, porte-parole du gouvernement.

Mais le danger n’est plus dans cette politique où l’on est prêt à vendre la France à l’encan au nom des intérêts croisés, car cela est désormais un fait. Il est dans cette idée que la France et l’Europe ont d’elles-mêmes et de leur rôle auprès des peuples qui n’attendent d’elles qu’une étincelle de vertu. A vouloir remplacer la force des valeurs par celle des pipe-lines, nos démocraties risquent tout simplement de devenir de tristes pipocraties.

(1 trillion= 1 millier de millions)

René Dzagoyan

Source: www.pacainfoeco.com/actune/2013/janv_2013/130124.rene_dzagoyan.php

Image: http://commons.wikimedia.org/wiki/File%3AOil_and_Gas_Infrastructure_Persian_Gulf_(large).gif Par Energy Information Administration [Public domain ou Public domain], via Wikimedia Commons

« WikiLeaks et Cantona servent-ils à quelque chose ? » Interview avec Michel Collon, Investig’Action (2010)


Pourquoi ces fuites ? Un complot contre les USA? 

Moi aussi je me pose beaucoup de questions. Mais le plus important, c’est de  comprendre. A mon avis, c’est mon interprétation, qu’en fait, la classe dirigeante des Etats-Unis est totalement divisée. Economiquement, c’est un pays, une économie complètement affaiblie. Ils sont incapables de gagner la guerre en Irak, en Afghanistan, ou en Palestine, au Liban, avec Israël. Et ce qui arrive maintenant, c’est que cette classe dirigeante est complètement divisée. « Faut-il continuer la guerre, faut-il chercher une porte de sortie ? » Et comme ils se divisent entre eux, il y a des fuites qui sortent. On sait que ça vient des Etats-Unis, ces fuites. On sait aussi que les infos sont basées sur des mémos des diplomates US. Donc, pas étonnant, c’est pas des révolutionnaires. On sait d’où viennent les fuites. Et moi je ferais un parallèle avec ce qui s’est passé durant la guerre du Vietnam. Pour les plus jeunes, les Etats-Unis qui étaient alors au sommet de leur puissance ont attaqué le Vietnam avec une guerre vraiment féroce, cruelle. Les vietnamiens ont résisté de façon héroïque. Il y a eu un mouvement de solidarité dans le monde entier. Il y avait des manifs partout, quand j’étais jeune. Et à un moment donné, une grande partie de la bourgeoisie des Etats-Unis  s’est dit « Cette guerre, on peut pas la gagner ». Ils ont pas dit « c’est immoral de faire la guerre et d’attaquer un pays ». Ils ont juste dit « On va perdre ». Et à partir de ce moment-là, ils se divisent et comme ils veulent mettre fin à la guerre, il y a des fuites qui sortent. Ca prouve juste une chose : les Etats-Unis sont affaiblis et ça doit encourager les gens à aller plus loin et à se battre contre cette guerre. 

Les informations de WikiLeaks sont-elles des scoops ? 

Je pense que… Il faut bien voir de toutes façons qu’il y a aux Etats-Unis, dans leurs documents, plusieurs niveaux de secret. Et là, on n’a que le premier niveau, le plus bas. Il semble que énormément de gens aux Etats-Unis étaient au courant de ces informations, de ces mémos diplomatiques, et que des gens honnêtes et dégoûtés les ont divulgués. Donc effectivement, le plus important, je pense, pour les progressistes, c’est d’aller plus loin, et à partir de là, à partir du fait qu’énormément de gens dans le monde se posent des questions sur les mensonges des Etats-Unis, il faut aller plus loin et dire « mais c’est quoi les stratégies des Etats-Unis, leurs vrais mobiles, leurs vrais objectifs, dans toutes ces guerres qu’ils déclenchent » Et là, on a publié ces interviews de Mohamed Hassan qui explique effectivement quels sont les vrais objectifs des Etats-Unis, des Européens, quand ils attaquent un pays au Moyen-Orient ou ailleurs dans le monde. 

Quels sont les objectifs de guerre des USA ? 

Si on prend l’exemple de l’Iran, il y a une énorme hypocrisie des Etats-Unis, bien sûr, les politiciens mentent, mais tout le monde le sait, mais aussi des médias qui recopient ce que les politiciens nous disent sur les Etats-Unis, à savoir que : « oui, il faut attaquer l’Iran parce que c’est une menace ». En réalité, les Etats-Unis et l’Europe ont toujours attaqué tout pays arabo-musulman, tout pays du Moyen-Orient, pour contrôler le pétrole, pour empêcher qu’ils soient indépendants et autonomes. Il faut qu’ils restent dépendants, il faut que le pétrole continue à profiter aux Etats-Unis et aux Européens. Et Israël, comme on l’a expliqué dans le bouquin «Israël, parlons-en», est le flic du Moyen-Orient, le flic du pétrole. Ca, c’est les vraies questions que les médias devraient poser à partir de cette soi-disant nécessité d’attaquer l’Iran. Evidemment que les dirigeants arabes sont d’accord avec les Etats-Unis pour attaquer l’Iran. La plupart d’entre eux sont des marionnettes des Etats-Unis, et ce qui est important, c’est que la rue arabe, elle, elle dit le contraire. Si vous interrogez dans le monde musulman, la majorité des gens disent : « Les Etats-Unis, c’est la menace. Israël, c’est la menace.  D’ailleurs, il agresse tous ses voisins, il agresse Gaza, il agresse même les humanitaires. L’Iran, c’est normal qu’il essaie de se défendre préventivement contre Israël. » Si les médias posaient les bonnes questions, le débat serait déjà beaucoup plus avancé. 

Que pensez-vous des informations diffusées par WikiLeaks? 

Le problème, c’est pas les infos qui sont données, je rappelle, ce sont des diplomates US qui parlent, ils défendent un point de vue évidemment, et ce sont des choses que nous disions depuis des années. Mais le problème, c’est la manière dont les médias traitent ces infos, et en fait, les filtrent. On nous parle que des choses archi-secondaires. Or dans les révélations WikiLeaks, il y a des choses intéressantes. Par exemple, les Etats-Unis disaient toujours que le coup d’Etat militaire au Honduras, c’était pas un coup d’Etat, que c’était une bataille entre deux camps, et voilà. Et l’ambassadeur lui-même dit « c’est un coup d’Etat ». Donc on prouve qu’ils ont menti. Ou bien, il y a ce caméraman espagnol qui a été assassiné en Irak, parce qu’il montrait des choses que les Etats-Unis ne voulaient pas, et là, on apprend officiellement que les Etats-Unis ont tout fait pour saboter l’enquête. Et des bonnes révélations, il y en a plein. Donc la question que les gens doivent se poser, c’est « Pourquoi les médias ne nous ont pas dit ça avant ? Est-ce que les médias ne font pas d’investigation ? » Ben non, il ne font pas d’investigation. Les grands médias, les médias dominants à la télé, ne nous disent que les choses qui arrangent leurs gouvernements. Et donc, la 2ème question, c’est : Où alors, on doit aller chercher l’info ? 

Et l’affaire Cantona, alors ? 

Ce qui m’a frappé, c’est que tous les grands économistes, ministres, banquiers, ont dit : « Cantona est stupide, c’est un footballeur, il ne comprend rien à l’économie et aux banques ». Ca veut dire « les simples gens ne doivent pas essayer de comprendre ce qu’il y a là en dessous ». Je pense qu’en fait, c’est parce qu’il y a beaucoup à cacher. Et à mon avis, Cantona a très bien compris où était le problème, la plupart des gens dans la rue aussi. Et le problème, il est simple : les banques nous escroquent. J’ai lu ces dernières semaines deux informations très intéressantes. La première : cette année-ci, aux Etats-Unis, donc en 2010, 1,2 millions de familles américaines en plus vont perdre leur maison à cause de la crise bancaire sur la spéculation américaine immobilière faite par les banques. 1,2 millions de gens à la rue à cause des banques. Et l’info suivante, la semaine passée : « Les banques américaines, en cette fin d’année, vont distribuer 144 milliards de dollars en bonus et autres primes à leurs dirigeants, à leurs traders », donc à toutes les crapules qui ont fait cette spéculation sur les pauvres gens qui perdent leurs maisons. Et eux, les banques, qui ont été sauvées grâce à l’argent de l’Etat, c’est-à-dire à l’argent des contribuables, ils vont distribuer 144 milliards de dollars en primes pour que leurs dirigeants et leurs traders continuent les mêmes spéculations et les mêmes escroqueries. Donc, Cantona et les gens dans la rue peuvent très très bien comprendre que c’est pourri, ce système, qu’il faut faire quelque chose, et je pense que c’est très positif. Les gens doivent absolument se mêler de cette chose-là, de ce problème-là. 

Mais ça a fait un flop ? 

L’important, c’est pas là. Oui, c’est pas la solution, c’est pas le remède miracle. L’important, c’est qu’énormément de gens se sont posés des questions sur les banques, et il faut faire quelque chose. A partir de là, il faut aller plus loin. Je pense qu’il faut analyser en profondeur, étudier, et c’est pas si compliqué. Nous, on fait des articles, on fait des livres, on explique ce genre de choses. Simplement, pour monsieur et madame tout le monde, il faut comprendre comment c’est possible que dans ce système capitaliste et bancaire, il y a une poignée de gens qui s’enrichissent énormément, et les autres, ça va toujours de plus en plus mal, et à partir de là aussi, réfléchir qu’il y a des alternatives, qu’évidemment on nous les cache, et que, en fait, il faut qu’un débat citoyen s’engage sur ces questions-là.

Source: http://www.michelcollon.info/Wikileaks-et-Cantona-servent-ils-a.html

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