FuturePerfect Ö Festival, Suède: Contribution de 
Julian Assange au forum des Droits et de l’Activisme

Vaxholm, Suède, 26 août 2012: Contribution de 
Julian Assange, l’éditeur en chef de WikiLeaks, au forum des Droits et de l’Activisme au FuturePerfect Ö Festival. N’ayant pas pu assister au festival en Suède, ni participer à un vidéo-chat en direct, Assange a participé via un enregistrement audio, aux côtés de John Manoochehri, Jennifer Robinson, Richard Reynolds, Tom Strömberg, Samuel Jarrick, et Blaine O’Neill.

Hey, Ö Festival, mon nom est Julian Assange et je vous parle depuis l’ambassade d’Equateur à Londres. Cette ambassade qui est devenue mon lieu de résidence temporaire est aussi un lieu de travail bien occupé. Il est donc possible que vous entendiez des bruits de bureau, et je vous demande pardon si l’audio n’est pas de bonne qualité. Je suis ravi que ce festival existe toujours en Suède, alors que ce n’est une surprise pour personne que je sois malheureusement au regret de certains des changements politiques survenus en Suède au cours des 20 dernières années. Je suis content que des festivals comme celui-ci, qui représentent le meilleur aspect des traditions suédoises, soient encore possibles. Aujourd’hui, je ne veux pas parler des difficultés auxquelles je fais face. Si nous devons changer notre société, pour en faire une société meilleure, une société plus civilisée, alors nous devons tout d’abord comprendre quels sont les ingrédients principaux de la civilisation. Avec civilisation, je ne veux pas parler d’ »industrialisation », je veux parler de la partie « civile » qui repose dans la civilisation.

Donc je dis que si nous nous intéressons de près à ce terme de « média », et à ce que cela devrait vraiment être, et ce que c’est dans son essence, nous arrivons à la conclusion qu’il n’y a pas de civilisation, qu’il n’y a pas de société sans média. Ce qui veut dire : enlevons tous les médias, enlevons tous les « médiums », enlevons toute aptitude pour les êtres humains de communiquer entre eux dans le présent, et cela aussi nous apprendra à partir des expériences passées à comprendre le futur. S’il n’y a pas de communication entre les gens, si toute personne est isolée comme un arbre au milieu de la forêt, clairement il n’y a alors aucune civilisation et il n’y a pas de société. En ce moment, nous utilisons l’air pour communiquer avec nos amis, quand nous les rencontrons en personne, c’est le medium d’une communication humaine ordinaire ; nous utilisons internet pour communiquer dans la distance, les lignes de téléphones, le courrier, la presse écrite, les chaînes de télé, etc, et par dessus tout, les bibliothèques, pour la communication à long terme. Nous comprenons clairement que si toutes ces communications sont supprimées, la société s’effondre complètement et nous sommes réduits à une errance individuelle, d’animaux isolés sur la planète. Nous n’avons pas la capacité d’apprendre l’un de l’autre comment nous en sortir dans notre monde, et aucune capacité à apprendre du passé comment s’en sortir avec le monde dans lequel nous vivons, et le monde dans lequel nous vivons est le seul que nous ayons, et c’est avec ce monde que nous devons nous en sortir.

La qualité de nos médias, la qualité de notre communication, la qualité de notre habileté à apprendre chacun l’un de l’autre, et à apprendre de nos expériences passées, afin de mieux nous adapter au monde dans lequel nous vivons, c’est donc cette qualité des médias qui doit être optimisée. Avec la meilleure communication possible, avec la meilleure capacité à apprendre de nos expériences, nous avons une chance – de ne pas simplement faire un truc idiot -, nous avons la chance d’être plus civilisés les uns par rapport aux autres, nous avons la chance d’éviter les embûches qui ont été révélées dans le passé. Le média est donc extrêmement important. Maintenant, bien sûr, la description classique du média, fréquemment utilisée, se réfère à une industrie, à un corps industriel et à un lobby industriel. Tous ces gens qui vivent et qui profitent de leur propre interposition dans les communications entre un groupe et un autre. Maintenant un média, aussi loin qu’il ait du succès et qu’il soit profitable et largement distribué, il est, en tant que corps industriel, par nature corrompu. Et pour comprendre d’où vient la corruption, en tout premier lieu, voyons qu’un corps industriel, une organisation qui devient puissante pour en influencer d’autres, se trouve capable de produire le consentement et de supprimer la dissidence. Comme résultat, les gens qui travaillent à l’intérieur, et ces propriétaires qui la détiennent, sont invités à s’asseoir à la table du pouvoir et ils obtiennent certaines concessions sur leurs modes de vie et sur leur façon de faire du business. Ils deviennent de cette manière une partie du gouvernement qu’ils sont censés surveiller. Ceci est inévitable, c’est un fait inévitable pour toutes les organisations de médias qui deviennent importantes et puissantes, et qui le font ainsi pendant plusieurs années. Elles deviennent inévitablement une partie du gouvernement qu’elles sont censées surveiller.

A présent, grâce à internet, nous pouvons tous publier un instant de vérité. Bien sûr, cela peut retomber avec le temps, cela peut être difficile de faire une chose que WikiLeaks a fait, qui a publié des centaines de milliers de documents sensibles, mais nous pouvons tous en publier un. La réponse à cette menace est de brûler la vérité dans des proportions sans cesse croissante de propagande, de telle sorte que les organisations de médias soient influencées de telle manière qu’elles s’autocensurent en termes de volume. Par exemple, il est clair que la plupart des sources des médias dominants en Suède sont capables de publier un article plein de vérité sur même la plupart des sujets les plus controversés. Mais ce qu’ils ne peuvent pas faire, c’est de montrer aucun signe d’un agenda institutionnel qui y est destiné. Ils ne peuvent pas publier en volumes sur ces sujets. Bien évidemment, quand nous avons affaire au politique, nous avons affaire à des perceptions en masse. Et les perceptions en masse sont affectées par des communications en masse. Ce n’est pas suffisant de simplement révéler la vérité dans un seul article isolé ou dans un tweet isolé. Ce qui est important, c’est de voir la vérité révélée en masse, où les gens peuvent la voir en masse et où les opinions peuvent être affectées en masse.

C’est donc le mur auquel nous sommes confrontés. C’est comme lutter avec une pompe à incendie ; c’est la taille du tuyau qui importe, ce n’est pas le fait que tu aies une pompe ou pas. Ce dont nous avons besoin, c’est de nous tenir ensemble et de créer une pompe aussi grande que possible, pour pomper et faire sortir la vérité dans un volume suffisamment important pour étancher le feu. Nous devons comprendre la gravité de la situation à laquelle fait face la civilisation. Nous approchons rapidement d’une société de surveillance globale ; en fait, pour la plupart des Etats nous y sommes déjà. Nous approchons rapidement d’un état de guerre permanent ; en fait, la plupart des pays Occidentaux ont été engagés maintenant dans des guerres au cours des 10 dernières années, et ils le sont de plus en plus. Nous constatons une énorme croissance du nombre des agences de renseignement. La frontière entre la police et l’armée commence à s’écrouler, avec l’armement de la police, l’augmentation croissante de l’arsenal corporel que la police possède. A travers le monde, nous voyons un effondrement de la règle de la loi, une justice politisée et arbitraire, avec les listes d’assassinat des Etats-Unis approuvées par le Président en secret, sans processus exigé, la détention continuelle d’enfants sans accusation dans la baie de Guantanamo depuis 10 ans, sans espoir de libération. La surveillance de masse ayant été introduite dans tous les pays sans supervision effective de la part de la population.

La jonction entre les compagnies internationales et les réseaux de gens influents parmi les professionnels des banques, tous ces gens prenant le contrôle démocratique et électoral des bases de leurs populations respectives. Quand la loi devient arbitraire, il n’y a rien à faire, aucun endroit où tu puisses aller pour que ta famille soit protégée, où les choses qui te tiennent à cœur puissent être protégées, car à cause de sa nature arbitraire, cela peut affecter chacun de nous. Nous entrons dans une période de guerre permanente, nous avons vu la plupart des pays de l’OTAN à présent engagés dans une guerre au cours des 10 dernières années, et cette guerre est sur une pente ascendante, et d’autres guerres commencent, par exemple la poussée au conflit avec la Syrie, la participation aux conflits en Somalie, etc. En Suède, l’industrie de la guerre a atteint un tel niveau que la Suède est désormais l’exportateur de bombes numéro 1 par habitant dans le monde, c’est presque le double d’Israël qui était jusqu’à présent le fabricant numéro 1 par habitant.

Nous faisons face à une crise globale sérieuse, nous devons donc comprendre que ce n’est pas un choix concernant la bonne chose à faire, ce n’est pas un choix concernant le fait d’être moral ou pas, ce n’est pas une question de savoir si on se fait des amis, ou si nous sommes reconnus en tant que membres de la société. Nous sommes confrontés à la question de savoir si nous aurons une civilisation qui sera civile ou pas. Nous faisons face à un choix pour savoir si nous avons quelque chose à proposer, non seulement pour nos petits-enfants, mais aussi pour nous-mêmes. La proximité de la civilisation globale a un caractère dystopien et se rapproche rapidement. Il suffit pour cela de seulement regarder les avancées technologiques déployées par les armées et les services de renseignement, et l’appui législatif. Pour chaque morceau de législation que nous menons à terme, cinq autres sont en train de lever et de se mettre en place.

Alors pour la question de savoir ce que l’on peut faire, en tout premier lieu, nous devons comprendre le problème, nous devons comprendre la sévérité du problème, nous devons avertir les autres de la sévérité du problème, nous devons expliquer que ce n’est pas un choix, que ce n’est pas quelque chose dont nous pouvons sortir, qu’il y a un vrai risque de voir apparaître une dystopie globale technologique et politique, que les éléments-clé de cette dystopie sont déjà apparus et qu’ils nous affectent déjà dans un sens négatif. Alors nous devons ensemble avec les gens nous unir dans une même compréhension, nous devons inventer de nouveaux sens technologiques pour lutter contre le feu avec notre propre forme de feu, nous devons avoir une unité et une détermination absolues dans la réponse. Si nous regardons en arrière vers les luttes de résistances antérieures, des phénomènes similaires qui se sont produits dans le passé, c’est ce qui a  été décisif pour le dernier jour. L’unité, la détermination, la compréhension et la créativité, cherchant tout lieu possible où les forces de l’obscurité puissent être tenues à distance, c’est le seul moyen par lequel nous pourrons tous survivre cette menace qui avance et qui est contre tous.

TRANSCRIPTION originale de l’anglais par Selçuk Balamir
Traduction française par kimono

Source: http://soundcloud.com/futureperfectfestival/julian-assange-on-activism-at
Plus d’infos sur le blog relatif à l’article: http://2012.futureperfect.se/activism-assange

Rassemblement du 10 août 2012 à Paris

Char de guerre
Nous soutenons Julian Assange et Bradley Manning, dans leur dimension de militants des Droits de l’homme et de défenseurs de la vérité. Nous pensons que les vies de Julian Assange et Bradley Manning sont menacées, pour avoir dénoncé les crimes de guerre de l’armée américaine et les crimes contre l’humanité perpétrés en Irak et en Afghanistan. En France, il n’y a eu à l’heure actuelle aucune mobilisation pour soutenir la demande d’asile politique de Julian Assange en Equateur. Aujourd’hui, l’Equateur est un des seuls pays, avec la Tunisie, qui propose l’asile politique à Julian Assange. Aucun autre pays n’a soutenu Julian Assange. Aucun pays n’ose dénoncer les atteintes aux Droits de l’homme que subissent Julian Assange et Bradley Manning. Aucun pays européen n’a pris position pour dénoncer cette situation illégale.

En France, il n’y a eu également aucun soutien de notre pays, alors que la France est la patrie des Droits de l’homme. Nous appelons les citoyens français à réagir, mais aussi les journalistes, les députés, les militants des associations des Droits de l’homme, pour qu’ensemble nous dénoncions cette situation et les menaces qui pèsent sur ces deux hommes, qui risquent la peine de mort pour avoir dénoncé la guerre, alors que l’un d’entre eux est déjà emprisonné aux Etats-Unis et torturé sans pouvoir se défendre. Si nos pays européens sont de vraies démocraties, qu’ils nous le prouvent en soutenant officiellement Julian Assange et Bradley Manning. Nous en appelons à un discours honnête sur la question des Droits de l’homme, que l’Europe se prononce sur cette question et qu’elle vienne enfin en aide à ceux qui en ont besoin.

Cette manifestation soutient la demande d’asile politique de Julian Assange en Equateur. Nous adressons nos remerciements à l’Equateur pour avoir accueilli dans leur ambassade de Londres Julian Assange. Si Rafael Correa n’avait pas offert ce refuge à Julian Assange, il serait aujourd’hui en Suède, dans une prison, sans jugement, et probablement en cours de transfert vers une prison américaine, où il serait resté à perpétuité, voire condamné à mort pour l’Espionage Act. Nous, citoyens français, nous avons grandi dans le respect des Droits de l’homme et nous croyons à ces valeurs que l’on nous a appris. Nous ne voulons pas voir mourir Julian Assange et Bradley Manning, ni aucun autre militant dans le monde. Nous voulons qu’ils vivent et qu’ils soient libérés. Nous appelons le gouvernement français à prendre position pour défendre Julian Assange. Nous appelons l’Europe à défendre activement ces personnes et à ne pas les abandonner, alors qu’elles en ont tellement besoin, et qu’il suffirait de si peu pour les sauver. Si des pays comme la France se mobilisent, alors nous avons une chance de sauver ces militants et ces hommes, pour qu’ils puissent continuer leur mission de paix.

Les médias aujourd’hui ne parlent plus de Julian Assange, ni de Bradley Manning. Pourtant les soutiens dans le monde se font entendre sur les réseaux sociaux et sur internet. Facebook, Twitter, le forum de WikiLeaks, sont devenus le seul endroit où nous pouvons avoir des informations sur Julian Assange et Bradley Manning, car la télévision a choisi d’étouffer leur histoire. Pourtant, leur histoire est la plus belle et la plus exemplaire. J’aurais aimé que Julian Assange et Bradley Manning soient français, j’aurais été fière s’ils avaient été des citoyens français. En Australie et aux USA, ils sont pourtant devenus les « ennemis à abattre » et des politiciens ont même appelé publiquement à les tuer. Ceci est inconcevable. Au lieu d’être fiers de leurs citoyens, l’Australie et les USA choisissent de réprimer des héros, des militants de la paix et de la justice. L’Australie a dit qu’elle ne porterait pas assistance à Julian Assange. Sans doute, un jour, les livres d’histoire se rappelleront de son rôle. Mais pour le moment, l’Australie est aveugle et ne veut rien entendre des appels à l’aide de Julian Assange. Voilà où nous en sommes aujourd’hui.

Ecrit par kimono

Gail Malone: « Pourquoi WikiLeaks est un don à l’histoire »

Lundi 16 juillet 2012

Gail Malone

Gail Malone, militante de « Support Assange and WikiLeaks Coalition », a donné ce discours au rassemblement du 16 juillet à Sydney, en Australie.

WikiLeaks est un don à l’histoire. Nous avons maintenant, et pour la première fois, la possibilité d’écrire l’histoire, avec un autre regard, différent de celui des vainqueurs. WikiLeaks est devenu un pont mettant à égalité le peuple et le gouvernement. Ils ont marqué le début d’une ère, où nous, le peuple, nous avons désormais accès à l’information qui était connue de leurs yeux seulement.

Pendant des années, l’Australie a participé, sans donner de justification, à des guerres brutales, non-nécessaires, en invoquant la démocratie et la liberté, comme si les gouvernements successifs étaient incapables de dire non aux Etats-Unis. Grâce au travail courageux de WikiLeaks, nous avons une ressource intarissable qui nous permet de mettre en perspective ces guerres et de nous informer des décisions, une ressource qui nous permet de décider si, nous, le peuple australien, nous estimons que cet engagement est intelligent et s’il est dans notre intérêt national. Les fuites sur les guerres d’Afghanistan et d’Irak ont toutes deux témoigné d’une histoire bien différente de celle que notre gouvernement et les médias dominants avaient bien voulu nous faire croire. Il devient évident que l’idée de l’intérêt national vue par le gouvernement est en conflit avec notre propre vision des choses. Nous avons appris ainsi que la terrible situation que traversent des personnes cherchant l’asile convient à certains membres du parlement. Les câbles des ambassades des Etats-Unis révélés par WikiLeaks ont découvert l’agenda véritable qui se cache derrière la rhétorique du « arrêtez les bateaux ».

Nous savons qu’un cartel de 5 pays, l’Australie, les Etats-Unis, le Canada, l’Afrique du Sud et la Suisse, ont joint leurs forces pour promouvoir des intérêts miniers au détriment des populations indigènes et de leurs terres.

Rassemblement à Sydney en faveur de WikiLeaksNous avons appris de la fuite des emails de Stratfor que notre gouvernement est juste un peu trop copain avec les Etats-Unis et nous savons quels ministres correspondaient avec les Etats-Unis d’une manière que certains verraient comme de la trahison et/ou de l’espionnage. Nous avons appris que les « hommes – jadis – sans visage » du Labor Party ont senti que Julia Gillard serait plus pragmatique comme 1er Ministre que Rudd. Nous avons appris que notre gouvernement a été heureux de livrer Julian Assange aux Etats-Unis, sans prendre en compte son innocence ou sa citoyenneté australienne. Nous avons appris, et cela ne peut être contesté, que notre gouvernement est admiratif à l’extrême à l’égard des Etats-Unis et que nous sommes bien plus qu’un Etat-client, avec un gouvernement manquant à ce point de maturité qu’il est incapable de penser pour lui-même, en dépit de ce que veulent les Australiens.

Nous n’avons que récemment à prendre connaissance des « Syria Files », les dernières fuites de Wikileaks. Ces révélations nous permettent non seulement de voir les machinations du big business et des gouvernements à l’égard de la Syrie, mais il s’agit, comme pour les fuites précédentes, d’une ressource remarquable qui permet d’apprendre et de se former. Ces choses, c’est le don que WikiLeaks fait à l’histoire.

Nous nous trouvons, ici aujourd’hui, dans l’œil du cyclone de l’histoire. L’Australie devrait être fière de WikiLeaks et de son rédacteur en chef, Julian Assange, qui est en lutte non seulement pour la liberté d’expression, mais pour la liberté en général. Nous avons besoin d’apporter notre soutien à WikiLeaks et à Julian Assange.

Notre gouvernement a essayé de nous ignorer. Nous avons écrit, appelé, envoyé des emails à nos députés et à nos sénateurs, en devant souvent les informer des irrégularités de l’affaire. Nous avons utilisé des moyens tels que la plateforme justice4assange.com pour faire connaître les faits. Notre nombre augmente, il nous dicte combien de temps vont-ils encore nous ignorer ; nous devons continuer à parler aux autres et à les informer, occuper les rues comme nous le faisons aujourd’hui, ad nauseam.

Rassemblement à Sydney en faveur de WikiLeaksVous pouvez vous inscrire à la liste de diffusion « Support Assange and WikiLeaks Coalition » pour être tenu au courant des actions, tout ce que vous devez savoir se trouve sur les flyers qui sont en train de circuler. Notre gouvernement doit savoir que nous ne voulons pas perdre un citoyen aussi important pour le simple caprice de leur carrière. Vous pouvez aider en achetant le CD WikiLeaks ou faire un don sur le site « wikileaksbeattheblockade ». Il y a aussi une sélection de produits de qualité sur wikileaks.org, vous pouvez aussi jeter quelques pièces dans les pots aujourd’hui, ou acheter un badge.

C’est une activité qui revient très cher, de lutter contre de fausses accusations et contre un embargo financier injuste, et de s’occuper en même temps de la source du média le plus prolifique que le monde ait jamais connu. Même s’il y a eu une victoire en Islande vis-à-vis de Visa, ils ont déposé un appel. Gardez Julian Assange et WikiLeaks dans vos cœurs ; aidez-les, aidez-nous à laisser le monde libre pour les générations futures.

Le mois dernier, le sénateur Ludlam a plaidé pour le retrait des affirmations nuisibles faites par les membres seniors du gouvernement, avec le soutien de la Coalition. J’ai demandé au Senateur Ludlam sur twitter « est-ce qu’il y a un laps de temps possible pour Gillard et consorts, afin qu’ils se rétractent des affirmations nuisibles à l’égard de Julian Assange et de WikiLeaks ? » Il a répondu : « Bien, je pense que leur limite de temps est jamais ». Ainsi, votre devoir est de commencer à écrire, de dire au Premier ministre, au ministre de la Justice, comme Robert McClelland et Nicola Roxon ont été impliqués, et au ministre des Affaires Etrangères, d’honorer cette motion et de demander qu’ils protègent Julian Assange.

L’histoire s’écrit de la main des vainqueurs, c’est pourquoi nous ne pouvons pas nous permettre de perdre cette bataille. Que la liberté soit victorieuse.

* WikiLeaks Australian Citizens Alliance : http://wikileaksaustraliancitizensalliance.net/

Espions des sables

Le 6 mars 2012

Fin 2011, des unités d’élite occidentales, comptant des Français, auraient été déployées en Syrie. En partenariat avec OWNI, l’organisation WikiLeaks poursuit la publication des cinq millions d’emails de Stratfor, la société de renseignement privé proche des états-majors américains. Avec aujourd’hui des centaines de messages sur le Moyen-Orient.

WikiLeaks avait entamé, le 27 février, la publication progressive de cinq millions de messages internes de l’entreprise de renseignement privée américaine Stratfor. Aujourd’hui, le site dévoile des emails indiquant la présence de forces spéciales occidentales en Syrie, notamment françaises, ainsi que des emails détaillant des aspects opérationnels, jusque-là ignorés, de la guerre en Libye. Créée en 1996 à Austin, au Texas, l’agence passait jusqu’ici pour une “CIA privée”, une réputation quelque peu exagérée.

En réalité, Stratfor développe ses analyses depuis des bureaux aux États-Unis, qu’elle vend aux entreprises, en entretenant des contacts avec quantité d’officiers supérieurs et d’agents de renseignement, en particulier américains.

Forces spéciales en Syrie

En Syrie, sujet abondamment traité par Stratfor, le compte-rendu d’une réunion, daté du 6 décembre 2011 laisse entendre que des forces spéciales occidentales auraient été présentes sur le terrain dès la fin de l’année 2011. Le message évoque quatre “gars, niveau lieutenant colonel dont un représentant français et un britannique” :

Après deux heures de discussion environ, ils ont dit sans le dire que des équipes de SOF [Special Operation Forces ou forces spéciales, NDLR] (sans doute des Etats-Unis, de Grande-Bretagne, de France, de Jordanie et de Turquie) étaient déjà sur le terrain, travaillant principalement à des missions de reconnaissance et à l’entraînement des forces de l’opposition.

Les participants rejettent l’hypothèse d’une opération aérienne sur le modèle libyen, affirmant que “l’idée ‘hypothétiquement’ serait de commettre des attaques de guérilla, des campagnes d’assassinats, d’essayer de venir à bout des forces des Alaouites [le groupe confessionnel, minoritaire en Syrie, auquel appartient le président syrien Bachar al-Assad, NDLR], de provoquer un effondrement de l’intérieur.”

La situation syrienne est jugée beaucoup plus complexe que la Libye. “Les informations connues sur l’OrBat syrien [l’ordre de bataille, soit la composition des armées, NDLR] sont les meilleures qu’elles ne l’ont jamais été depuis 2001″ détaille un membre des services de renseignement de l’US Air Force, selon l’analyste de Stratfor. Les membres présents à cette réunion insistent sur les difficultés militaires d’une intervention directe :

Les défense aériennes syriennes sont bien plus robustes et denses, particulièrement autour de Damas et le long des frontières israélienne et turque. [Les participants] s’inquiètent des systèmes de défense aériens mobiles, en particulier les SA-17 [missiles sol-air, NDLR] qu’ils ont obtenus récemment. L’opération serait faisable, mais ne serait pas facile.

À ce moment de la réflexion stratégique, l’opération serait conduite depuis les bases de l’Otan à Chypre. Mais une telle campagne n’était alors pas encore entièrement d’actualité. “[Les représentants des services de renseignement] ne pensent pas qu’une intervention aérienne aurait lieu tant qu’aucun massacre, comme celui par Kadhafi à Benghazi [en Libye, NDLR], ne retiendra l’attention des médias. Ils pensent que les États-Unis auront une forte tolérance aux meurtres tant qu’ils n’atteindront pas l’opinion publique.”

Des troupes égyptiennes au sol en Libye

Parmi les centaines de milliers d’emails consacrés au Moyen-Orient, un grand nombre porte sur la guerre en Libye, sur la base de correspondance avec des militaires de haut rang. Ainsi, dans un message daté du 18 mars 2011, soit la veille du début des bombardements de la Libye par les forces de l’Otan, l’analyste Reva Bhalla partage avec force détails un “rendez-vous privé” avec “quelques colonels américains de l’US Air Force, un homologue français et un Britannique”. Le ton est donné d’entrée :

Ils sautent pratiquement de joie à l’idée de faire cette opération [le bombardement de la Libye, NDLR] — une opération de rêve comme ils l’appellent – terrain plat, proche des côtes, cibles faciles. Aucun prob.

Les militaires gradés réunis affirment alors que “les Égyptiens sont déjà positionnés au sol, qu’ils arment et entraînent les rebelles.” Un sujet pour le moins tabou. A cette date, le 18 mars, deux résolutions ont été votées par le Conseil de sécurité des Nations Unies. La première à l’unanimité le 26 février, prévoit la mise en place de sanctions économiques et financières contre le régime libyen, doublées d’un embargo sur les armes.

Le 17 mars, un jour avant le “rendez-vous privé” relaté, le Conseil de sécurité adopte la résolution 1973 qui met en place une zone d’exclusion aérienne. Le texte est adopté à l’arraché : l’Allemagne, la Chine, la Russie, le Brésil et l’Inde s’abstiennent. Selon les participants, la résolution a été “presque entièrement rédigée par les Brits [les Britanniques, NDLR]“. A ce stade, il n’est nullement question de troupes présentes au sol, ni d’en envoyer dans le futur. Des enquêtes ultérieures démontrent que des forces spéciales occidentales ont bien participé aux opérations, sur le sol libyen.

Le pétrole de la gloire

Au lendemain du blanc-seing du Conseil de sécurité, les militaires analysent les motivations de chaque participant. “De leur point de vue, l’opération entière est menée par le tandem franco-britannique. Par bien des aspects, les États-Unis ont été forcés de les suivre” écrit l’analyste de Stratfor. Côté britannique, les motifs de l’entrée en guerre sont assez prosaïques et plutôt éloignés des raisons humanitaires officiellement invoquées :

Le gars britannique dit que la Grande-Bretagne est guidée par des intérêts énergétiques dans cette campagne. Depuis la marée noire [dans le Golfe du Mexique, NDLR], BP souffre aux États-Unis . Les autres options sont d’aller vers la Sibérie (problèmes avec la Russie), le Vietnam et… la Libye. Selon eux, le renversement de Kadhafi est le meilleur moyen de remplir ces objectifs énergétiques.

Côté français, la situation est moins claire pour les intervenants de l’armée et pour les analystes de Stratfor. Le gradé français affirme que “la France a entendu parler de menaces d’AQMI [Al-Qaïda au Maghreb islamique, NDLR], soutenues par Kadhafi, contre des cibles françaises. Ça les a soûlés. Sarkozy s’est mis dans une impasse” conclut-il. Surtout, la France voulait prouver qu’elle “pouvait très bien” conduire ce genre d’opérations, “prouver sa pertinence.”

Entre Français et Britanniques, la coordination est d’abord passée par le Pentagone, rapporte la même analyste de Stratfor dans un message daté du 19 mai 2011. La veille, elle a assisté à un“briefing avec le groupe stratégique de l’US Air Force [pour] aider à préparer le séjour du chef d’État major de l’USAF en Turquie la première semaine de juin”. À cette réunion assistent deux colonels des services de renseignement américain et français, un capitaine britannique et un représentant du Département d’État. Reva Bhalla écrit:

Au début de la campagne en Libye, la France se coordonnait encore avec la Grande-Bretagne par l’intermédiaire du colonel des services de renseignement de liaison au sein du Pentagone, et non pas directement avec la Grande-Bretagne. Maintenant, les Britanniques ont enfin installé un bureau de commandement à Paris pour la coordination.

Lors de la même réunion, les participants estiment le coût de la guerre à 1,3 million “par mois”, ce qu’un expert de Stratfor corrige dans un mail en réponse : “1,3 million par jour”. “Un coût, mais pas une opération coûteuse” estiment-ils de concert.


Illustrations et couverture par Loguy pour OWNI.

Source: http://owni.fr/2012/03/06/guerre-libye-syrie-gi-files-wikileaks/
http://www.wikileaks-forum.com/index.php/topic,11554.0.html

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