Est-ce que les Anonymous travaillent pour le gouvernement américain?

Les Anonymous sont un collectif décentralisé de hacktivistes
Formé sur 4chan en 2003, ils sont maintenant un mouvement politique…
Qui lance des cyber-attaques contre des sociétés et des gouvernements
Officiellement ils travaillent pour la démocratie, contre le pouvoir en place
Toutefois, en 2012, le FBI a annoncé que le hacker « Sabu » des Anonymous…
… avait travaillé pour leur bureau pendant une année
Le vrai nom de Sabu est Hector Xavier Monsegur
La coopération de Monsegur a conduit à l’arrestation de 8 autres hackers Anonymous…
Privant le groupe de certains de ses meilleurs talents
Lors de son procès, le FBI a déclaré que Monsegur les a alertés sur les cibles des hackers…
Et a permis au gouvernement d’informer les victimes « autant que possible »
Toutefois, en 2014, les dossiers top secrets des historiques de conversation de Monsegur ont été divulgués
Ils révèlent que le rôle de Monsegur était de faire des listes de cibles potentielles…
Et de les transmettre à d’autres hackers, qui les attaqueraient
Il a fait tout cela en travaillant pour le FBI
Les milliers de cibles étaient pour la plupart des sites Web de gouvernements étrangers…
Dans des endroits comme le Brésil, la Syrie, l’Iran, le Nigeria, le Pakistan et la Turquie
Le FBI ne confirmera pas avoir eu connaissance des attaques orchestrées par Monsegur…
Mais les autres hackers prétendent qu’ils ont été emprisonnés à tort…
Parce que les crimes qu’ils ont commis ont été organisés par le FBI
Monsegur a été remis en liberté en échange d’avoir agi comme informateur du FBI
Il est juste l’un des dizaines de hackers Anonymous que le FBI a arrêtés
Mais par sa nature même, personne ne sait pour qui travaillent les Anonymous.

(youtube)

Un informateur du FBI, lié à des cyberattaques à l’étranger

Hector Xavier Monsegur a aide le FBI apres son arrestationPhoto: Hector Xavier Montsegur (Sabu) a aidé le FBI après son arrestation

New York Times, par Mark Mazzetti, 23 avril 2014

WASHINGTON – Un informateur travaillant pour le FBI a coordonné une campagne 2012 de centaines de cyberattaques sur des sites internet étrangers, dont certains exploités par les gouvernements de l’Iran, la Syrie, le Brésil et le Pakistan, selon des documents et des interviews avec des personnes impliquées dans les attaques.

Exploitant une vulnérabilité dans un logiciel d’hébergement web populaire, l’informateur a ordonné à au moins un pirate d’extraire de grandes quantités de données – de relevés bancaires jusqu’aux informations de connexion – des serveurs gouvernementaux d’un certain nombre de pays et de le transférer à un serveur contrôlé par le FBI, selon les déclarations de la cour.

Lire la suite: http://mobile.nytimes.com/2014/04/24/world/fbi-informant-is-tied-to-cyberattacks-abroad.html

Déclaration de Jeremy Hammond, hacker anarchiste et anti-guerre, condamné à 10 ans de prison dans l’affaire des Stratfor Files

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L’Atelier-médias libres, mardi 19 novembre 2013

Jeremy Hammond est connu pour ses révélations sur l’entreprise de sécurité Stratfor. Ce camarade anarchiste, soutenu par l’Anarchist Black Cross de New York, a été condamné vendredi 15 novembre 2013, aux Etats-Unis, à 10 ans de prison.

Il était inculpé pour plusieurs actes de piratage informatique. Connu sous le pseudonyme d’Anarchaos, il était accusé de s’être introduit illégalement en décembre 2011, avec d’autres, au sein des systèmes d’information de Stratfor, une entreprise américaine spécialisée dans le renseignement. Des informations confidentielles concernant environ 860 000 personnes et 60 000 cartes de crédit furent alors dérobées et 700 000 dollars versés à différentes ONG. Mais une taupe du FBI, Sabu, provoqua son arrestation.

Vendredi 15 novembre, il a pu, avant sa condamnation, lire une déclaration au tribunal. En voici une traduction adaptée de celle publiée sur le blog resistra.espivblogs.net. Les noms de société ont été retirés par son comité de soutien sur ordre du juge.

Bonjour à tous.

Je vous remercie de me laisser de m’exprimer. Mon nom est Jeremy Hammond et je suis ici pour être jugé pour des activités de piratage menées au cours de ma participation à Anonymous. Enfermé ces vingt derniers mois au MCC j’ai eu beaucoup de temps pour réfléchir à mes actes et à apporter une explication.

Avant de commencer, je voudrais prendre un moment afin d’exprimer ma reconnaissance pour le travail accompli par les personnes qui m’ont soutenu. Je tiens à remercier les avocats et toutes les autres personnes qui ont travaillé sur mon procès: Elizabeth Fink, Susan Kellman, Sarah Kunstler, Emily Kunstler, Margaret Kunstler, et Grainne O’Neill. Je tiens également à remercier la National Lawyers Guild, le Comité de Défense Hammond Jeremy et le réseau de soutien, les Anons, le Réseau de solidarité Anonymous, le Black Cross anarchiste, et tous ceux qui m’ont aidé en m’écrivant une lettre de soutien, en m’envoyant des lettres, en assistant aux différentes séances du procès et en parlant de l’affaire autour d’eux. Je voudrais aussi hurler pour tous mes frères et sœurs qui sont derrière les barreaux et pour celles et ceux encore dehors qui combattent toutes les formes de pouvoir.

Les actes de désobéissance civile et d’action directe pour lesquels je suis condamné aujourd’hui sont en accord avec les principes de communauté et d’égalité qui guident ma vie. J’ai piraté des dizaines de sociétés de haut niveau et des institutions gouvernementales, comprenant très clairement que ce que je faisais était contraire à la loi, et que mes actions pourraient m’envoyer dans une prison fédérale. Mais je sentais que j’avais l’obligation d’utiliser mes compétences pour dénoncer et lutter contre cette injustice, et de mettre en lumière la vérité.

Aurais-je pu atteindre les mêmes objectifs par des moyens légaux? J’ai tout essayé, depuis l’appel à signatures de pétitions à l’organisation de manifestations pacifiques, j’ai constaté que les personnes au pouvoir ne veulent pas que la vérité soit révélée. Quand nous exposons la vérité au pouvoir, nous sommes au mieux ignorés et au pire brutalement réprimés. Nous sommes confrontés à une structure de pouvoir qui ne respecte pas son propre système de « mécanisme régulateur », peu lui importent les droits de ses propres citoyens ou de ceux de la communauté internationale.

Mon entrée en politique coïncide avec l’élection présidentielle truquée de 2000 par Georges W. Bush qui profita, après le 11 septembre, de la vague de racisme et de patriotisme pour lancer des guerres impérialistes, sans qu’il y ait eu de provocation, contre l’Irak et l’Afghanistan. J’ai manifesté publiquement croyant naïvement que nos voix seraient entendues à Washington et que nous pourrions arrêter les guerres. Au lieu de cela, nous avons été étiquetés comme traîtres, battus et arrêtés.

Manif de solidarité en juin 2012 à New York

J’ai été arrêté pour de nombreux actes de désobéissance civile commis dans les rues de Chicago et c’est en 2005 que j’ai utilisé mes compétences en informatique pour enfreindre la loi en signe de protestation politique. J’ai été arrêté par le FBI pour piratage du système informatique d’un groupe d’extrême droite pro-guerre appelé « Guerrier militant » (« Protest Warrior »), une organisation qui vendait en ligne des t-shirts racistes et avait harcelé des groupes anti-guerre. J’ai été poursuivi en vertu de la loi sur la fraude informatique, et pour les pertes occasionnées. Dans mon cas, celles-ci ont été calculées arbitrairement en multipliant par 500 $ les données des 5 000 cartes de crédit trouvées dans la base de données de « Guerrier militant »: 2,5 millions de dollars de perte. La condamnation fut calculée sur la base de ces « pertes occasionnées », alors qu’aucune carte ne fut utilisée ou distribuée par moi ou quelqu’un d’autre. J’ai été condamné à deux ans de prison.

En prison, j’ai pu voir la triste réalité et la façon dont le système pénitentiaire détruit la vie de millions de personnes retenues en captivité. Cette expérience conforte mon opposition à toutes les formes de répression du pouvoir, et l’importance de se battre pour ses idéaux.

Sorti de prison j’étais pressé de poursuivre mon engagement dans les luttes pour le changement social. Je ne voulais pas retourner en prison, alors je me suis concentré sur l’organisation des mouvements publics, à visage découvert. Au fil du temps, je me suis senti frustré par les limites de la manifestation pacifique, la considérant comme réformiste et inefficace. L’administration Obama a continué les guerres en Irak et en Afghanistan, a intensifié l’utilisation de drones, et n’a pas réussi à fermer Guantanamo Bay.

À cette époque, je suivais le travail de groupes comme Wikileaks et Anonymous. C’était très stimulant de voir les idées de piratage informatique se concrétiser. J’ai été particulièrement ému par les actions héroïques de Chelsea Manning, qui avait dénoncé les atrocités commises par les forces américaines en Irak et en Afghanistan. Elle a pris un risque personnel énorme pour divulguer cette information – croire que le public avait le droit de savoir et espérer que ses révélations permettraient de mettre fin à ces abus. Il est déchirant d’entendre parler de son traitement cruel en cellule militaire.

J’ai longuement réfléchi sur l’opportunité de reprendre ce chemin. Je devais m’interroger: si Chelsea Manning, depuis le fond cauchemardesque et abyssal de sa prison se battait pour la vérité, pouvais-je en toute conscience l’abandonner? En étais-je capable? J’ai alors pensé que la meilleure façon d’être solidaire était de poursuivre le travail de révélation et de dénonciation de la corruption.

J’ai été attiré par Anonymous, parce que je crois en l’action directe autonome et décentralisée. Anonymous était impliqué dans des opérations de soutien aux soulèvements du printemps arabe, contre la censure et pour la défense de Wikileaks. J’avais beaucoup à leur apporter, en compétences techniques que dans les moyens d’exprimer les idéaux et objectifs. C’était une époque passionnante – la naissance d’un mouvement de contestation numérique, où la définition et les capacités du piratage informatique ont été façonnées.

J’étais particulièrement intéressé par le travail des hackers de LulzSec qui pirataient des cibles importantes et devenaient de plus en plus politiques. À cette époque, j’ai commencé à parler à Sabu, qui était très ouvert sur les piratages informatiques qu’il avait supposément commis et encourageait les pirates à s’unir et à attaquer le gouvernement central et les grandes entreprises sous la bannière d’« Antisec ». Mais très vite après mon entrée dans le groupe, les autres hackers Lulzsec furent arrêtés, me laissant m’introduire dans les systèmes et rédiger des communiqués de presse. Plus tard, j’apprendrais que Sabu avait été la première personne arrêtée et qu’à l’époque où j’étais en contact avec lui, il était un informateur du FBI.

Anonymous fut impliqué, dès le début, dans le mouvement « Occupy Wall Street ». J’étais régulièrement dans les rues dans le cadre d’ « Occupy Chicago » et très heureux de voir qu’un mouvement de masse, dans le monde entier, se levait contre les injustices du capitalisme et le racisme. Très vite les mouvements « Occupy » prirent fin, détruits par la répression policière et les arrestations massives de manifestant-e-s qui furent chassés de leurs propres parcs publics. La répression des Anonymous et des mouvements « Occupy » a donné le ton à « Antisec » dans les mois qui suivirent – la majorité de nos piratages furent alors dirigés contre la police en représailles à l’arrestation de nos camarades.

J’ai ciblé le système judiciaire en raison du racisme et de l’inégalité avec laquelle la loi pénale est appliquée. J’ai ciblé les fabricants et distributeurs d’équipements militaires et les policiers qui utilisent leur armement pour promouvoir les intérêts politiques et économiques américains à l’étranger et réprimer les gens à l’intérieur du pays. J’ai ciblé les entreprises de sécurité informatique parce qu’elles travaillent en secret pour protéger le gouvernement et les intérêts des entreprises, au détriment des droits individuels, sapent et discréditent les militants, les journalistes et autres chercheurs de vérité, et propagent de la désinformation.

Je n’avais même jamais entendu parler de Stratfor [1] jusqu’à ce que Sabu attire mon attention dessus. Sabu encourageait les pirates à envahir les systèmes en les aidant à élaborer des stratégies pour faciliter les attaques. Il m’a même fourni les vulnérabilités existantes des cibles visées par les pirates, donc ce fut une grande surprise quand j’ai appris que Sabu avait travaillé avec le FBI tout ce temps.

Le 4 décembre 2011, Sabu a été approché par un autre hacker qui avait déjà piraté la base de données des cartes de crédit de Stratfor. Sabu, sous l’œil vigilant de ses correspondants gouvernementaux, a alors été introduit au sein du collectif Antisec, invité sur notre forum privé de discussion, où il a fourni, en téléchargement, des liens vers la base de données complète des cartes de crédit ainsi que le point d’accès de la vulnérabilité du système Stratfor.

J’ai effectué de nombreuses recherches sur Stratfor, ses activités et revu toutes les informations que nous possédions ; j’en ai conclu qu’elle était une cible intéressante. J’ai trouvé ironique que les cartes de crédit de la riche et puissante clientèle de Stratfor soient utilisées pour donner de l’argent à des organisations humanitaires, mais mon principal rôle fut de récupérer des boîtes de messagerie privée afin de connaître tous les sales secrets de cette entreprise qui généralement s’y trouvent.

Il m’a fallu plus d’une semaine pour avoir accès au système interne de Stratfor et j’ai finalement fait irruption dans leur serveur de messagerie. La quantité d’informations était si importante qu’il nous fallu plusieurs serveurs pour transférer les mails. Sabu, qui participa à chaque étape de l’opération offrit un serveur fourni et surveillé par le FBI. Au cours des semaines suivantes les mails furent transférés, les cartes de crédit utilisées pour les dons, et les systèmes de Stratfor brouillés et détruits. Pourquoi le FBI nous a fourni le pirate qui a trouvé la vulnérabilité initiale du système et a permis à celui-ci de continuer, demeure un mystère.

À la suite du piratage de Stratfor, certains des dangers de l’industrie de renseignement privé, non réglementée, sont maintenant connus. Ce sont Wikileaks et d’autres journalistes à travers le monde qui ont révélés que Stratfor a maintenu un réseau mondial d’informateurs qui avaient l’habitude de se livrer à des activités de surveillance intrusive et éventuellement illégales au nom de grandes multinationales.

Après Stratfor j’ai pénétré d’autres cibles, en utilisant une puissante « faille zero day » [2] donnant un accès administrateur pour les systèmes exécutant la populaire plateforme d’hébergement Plesk. Sabu m’a demandé à plusieurs reprises de pouvoir accéder à cette faille, ce que je lui ai toujours refusé. Sans son propre accès indépendant, Sabu continua à me fournir des listes de cibles vulnérables. J’ai pénétré de nombreux sites Web qu’il avait fourni, téléchargé les comptes et bases de données e-mail volés sur le serveur FBI de Sabu, et lui remis les mots de passe et les backdoors, ce qui permis à Sabu (et, par extension, à ses correspondants au FBI) ​​de contrôler ces cibles.

Toutes ces intrusions, qui ont été suggérées par Sabu coopérant avec le FBI, touchèrent des milliers de noms de domaine et se composaient en grande partie de sites gouvernementaux étrangers, comme ceux de XXXXXXX, XXXXXXXX, XXXX, XXXXX XXXXX, XXXXXXXX, XXXXXXX et le XXXXXX XXXXXXX. Dans un cas, Sabu et moi-même fournirent les accès aux pirates qui allèrent défacer et détruire de nombreux sites Web du gouvernement XXXXXX. J’ignore comment les autres informations que je lui ai fournies furent utilisées, mais je suis convaincu que la collecte et l’utilisation de ces données par le gouvernement doivent être étudiées.

Le gouvernement célèbre ma condamnation et mon emprisonnement, en espérant fermer la porte sur l’histoire. J’ai reconnu la responsabilité de mes actions, en plaidant coupable, mais quand le gouvernement répondra t-il de ses crimes ?

Julian Assange - Free Jeremy Hammond

Julian Assange en soutien à Jeremy Hammond

L’État américain exagère la menace des pirates informatiques pour justifier les milliards de dollars dépensés dans l’industrie de la cyber sécurité, mais elle est responsable du même comportement que celui qu’elle pourchasse agressivement tout en prétendant faire de la prévention. L’hypocrisie de « la loi et l’ordre » et les injustices causées par le capitalisme ne peuvent pas être résolues par la réforme des institutions, mais par la désobéissance civile et l’action directe. Oui j’ai enfreint la loi, mais je crois que, parfois, les lois doivent être enfreintes pour permettre le changement.

Dans sa citation immortelle, Frederick Douglass déclare: “Le pouvoir ne concède rien qui ne soit exigé. Il ne l’a et ne le fera jamais. Observez simplement à quoi n’importe quel peuple se soumet tranquillement et vous découvrirez la mesure exacte de l’injustice et du mal qui leur sera imposés, et ceux-ci continueront jusqu’à ce qu’il leur soit résisté avec des mots ou avec des coups ou avec les deux. Les limites des tyrans sont prescrites par l’endurance de ceux qu’ils oppriment.”

Cela ne veut pas dire que je n’éprouve aucun regret. Je me rends compte que j’ai publié les renseignements personnels de personnes innocentes, qui n’avaient rien à voir avec les opérations contre les institutions que j’ai visées. Je m’excuse pour la publication de ces données préjudiciable aux individu-e-s, et non pertinentes vis-à-vis de mes objectifs. Je crois au droit des personnes à la vie privée – de la surveillance gouvernementale ou d’individus comme moi – et mesure l’ironie de ma propre implication dans le piétinement du respect de ces droits. Je m’engage à lutter pour faire de ce monde un endroit meilleur pour tous et toutes. Je crois en l’importance de l’hacktivisme comme forme de désobéissance civile mais il est temps pour moi de chercher d’autres formes de résistance pour le changement. Mon emprisonnement a un impact négatif sur les membres de ma famille, mes amis et ma communauté. Je sais que l’on a besoin de moi à la maison, dans ma famille. Il y a 7 ans, je me retrouvais devant un juge fédéral différent faisant face à des accusations similaires mais cela ne diminue en rien ma sincérité d’aujourd’hui.

Cela a été dur pour moi d’écrire ce texte, d’expliquer mes actions, sachant qu’en le faisant– de façon honnête – il m’en coûterait plus d’années. Je suis conscient que je risque jusqu’à 10 ans de prison, mais j’espère ne pas en arriver là, car je crois qu’il reste encore beaucoup de choses à faire.

RESTEZ FORT-E-S ET CONTINUEZ LA LUTTE

P.-S.

Pour écrire à Jeremy :

Jeremy Hammond #18729-424
Metropolitan Correctional Center
150 Park Row
New York, New York 10007
États-Unis.

Le site de son comité de soutien liste également une série de détenus, politiques ou non, antifas, anarchistes, queers, trans, hacktivistes, avec lesquels Jeremy se solidarise.

Notes

[1] NdT: sur cette affaire, voir l’article d’Owni.

[2] NdT: une faille zero day est une faille informatique qui n’est pas encore connue des fabricant-e-s (normalement) et des utilisateurs et utilisatrices.

Source: http://atelier.mediaslibres.org/Declaration-de-Jeremy-Hammond.html#forum1295

Les opérations Anonymous, des opérations gouvernementales pour piéger les hackers?

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Depuis les années 80, les gouvernements livrent une bataille sans merci contre les hackers qui menacent leur ordre établi. Certains hackers ont eu des destins tragiques, certains sont morts et ont été assassinés, d’autres ont accepté de collaborer avec des gouvernements pour échapper à la prison ou pour rester en vie. On ne peut pas en vouloir à ceux qui ont dû travailler pour un gouvernement, si c’était une question de vie ou de mort. Néanmoins, cela montre à quel point les hackers sont menacés par les gouvernements, quels que soient leurs pays; à quel point ils sont les cibles des services secrets; et à quel point ils sont utiles au changement social, car même s’ils sont arrêtés, ils sont un moteur essentiel de la révolution dans le monde.

Les gouvernements préfèrent collaborer avec les hackers, plutôt que de les mettre en prison

Les hackers ont toujours eu des liens étroits, mais controversés, avec les gouvernements. Citons quelques exemples.

Tout d’abord, Julian Assange: avant d’être le fondateur de Wikileaks, Julian Assange a été un hacker, arrêté en 1991 lors de l’Opération Weather, condamné, puis relâché par la justice de son pays. Entre son arrestation en 1991 et son inculpation en 1994, avec 31 accusations criminelles, Assange n’aurait pas eu d’autre choix que de collaborer à l’époque avec les services secrets. Il a été libéré sous caution et n’a finalement obtenu qu’une simple amende, signe pour certains que Julian Assange a accepté de collaborer avec le gouvernement. Comme le souligne le journaliste Wayne Madsen, certaines attaques de hackers ont aussi servi à piéger les hackers et à infiltrer leurs groupes. On apprend dans le livre Underground (chap. 9) que la police australienne a demandé au personnel des universités visées par les attaques de hackers, de laisser les failles de sécurité afin de pouvoir surveiller à distance l’activité des hackers et les localiser en vue de leur arrestation. C’est ce qui aurait permis l’arrestation de Julian Assange. Wayne Madsen considère aussi que Julian Assange est toujours impliqué dans les activités du gouvernement australien et des services secrets, et que Wikileaks n’est que l’émergence de ce rôle.

De même, le hacker israélien Ehud Tenebaum n’aurait eu d’autre choix que de collaborer avec le gouvernement israélien après son arrestation en 1998.

Ce qui s’est produit dans les années 80 et 90 continue de se produire, et les hackers continuent d’être aujourd’hui piégés et recrutés par les gouvernements, notamment pour infiltrer « les systèmes des gouvernements étrangers« .

Dans l’affaire des mails Stratfor, publiés par Wikileaks, Jeremy Hammond a accusé le FBI d’avoir utilisé les hackers pour recueillir des informations sur les gouvernements étrangers et d’avoir été piégé par Sabu:

« Il est bien connu que Sabu a été utilisé pour monter des affaires contre un certain nombre de pirates, y compris moi-même. Ce que beaucoup ne savent pas, c’est que Sabu a également été utilisé par ses gestionnaires afin de faciliter le piratage de cibles de choix du gouvernement – y compris de nombreux sites web appartenant à des gouvernements étrangers (…)

Ce que les Etats-Unis n’ont pas pu accomplir par la loi, ils ont utilisé Sabu, et par extension, mes coaccusés et moi, pour l’accomplir illégalement ». (Hacker News Bulletin)

Jeremy Hammond a accusé le hacker Sabu, un informateur du FBI qui avait infiltré le réseau Anonymous, d’avoir permis au FBI d’arrêter un certain nombre d’autres hackers et d’avoir permis des procès contre eux. Sabu avait coordonné apparemment des attaques à la demande du FBI, il a aussi transmis les « Syria Files » à Wikileaks, mais il n’a jamais dit s’il avait fait cela à la demande du FBI.

On imagine bien qu’aux Etats-Unis, les peines contre les hackers sont très lourdes. Ceux qui ne négocient pas avec le gouvernement ont des risques de passer plusieurs années en prison, comme Jeremy Hammond.

Dernièrement, un hacker britannique de 28 ans, Lauri Love, risque l’extradition vers les Etats-Unis, ainsi que 10 ans de prison, pour avoir piraté des ordinateurs gouvernementaux.  Présenté comme « un hacker sophistiqué et prolifique » par les Etats-Unis, on imagine bien que son extradition pourrait intéresser les autorités américaines afin de pouvoir le recruter et de négocier sa peine en échange de ses services.

Tel est le destin des hackers, héroïque mais tragique quand on s’aperçoit que leur courage et leur intelligence sont utilisés parfois à de mauvaises fins par les gouvernements.

Anonymous Africa: après les guerres au Moyen-Orient, un projet contre les dictatures et la corruption en Afrique

Anonymous Africa, créé en juin 2013, est un exemple parmi d’autres de ces groupes de hackers qui peuvent être infiltrés par les gouvernements, soit en étant un groupe autonome indépendant d’un gouvernement, soit en étant un groupe soutenu et financé par un gouvernement sous une identité anonyme. Anonymous Africa est un site écrit dans un anglais parfait, faisant la promotion du logiciel TOR et qui ne semble pas avoir été vraiment revendiqué en Afrique. Les groupes Anonymous étant par définition anonymes et sans identité, il est d’autant plus difficile de savoir qui se cache derrière la multitude de groupes et de personnes qui appartiennent à ces réseaux.

Il est certain que lutter contre les dictatures en Afrique est difficile et qu’il vaut mieux rester anonyme quand on se lance dans ce genre de projets, et il est certain que c’est un projet noble de défendre la liberté d’expression, néanmoins la lutte contre la corruption et la lutte contre les dictatures ont souvent été jusqu’à présent soutenues par des gouvernements occidentaux. On s’en rappelle pour le Moyen-Orient, dont le projet de réforme et de démocratisation a été initié par George Bush. Il faut toujours percevoir l’agenda politique de ces groupes, car lutter contre les dictatures, c’est bien, mais si c’est uniquement pour servir les intérêts américains et les plans de guerre du Pentagone, ce n’est pas forcément servir la démocratie dans le monde.

Après la démocratisation du Moyen-Orient et le Printemps Arabe, où certaines attaques de hackers ont aussi ciblé des dictatures, la lutte contre les dictatures en Afrique pourrait bien apparaître, sous un certain angle, comme la continuité de ce projet occidental qui a été initié par les Etats-Unis: celui de la transparence politique et de la lutte contre la corruption dans des pays situés hors de la zone d’influence de l’Occident, en Afrique, au Moyen-Orient, en Russie ou en Asie. Le gouvernement américain a les moyens financiers et les capacités d’infiltrer ce genre de réseaux Anonymous, on comprend donc pourquoi c’est un outil facile à utiliser pour les gouvernements.

Les récentes attaques en Australie: quand Anonymous ne met pas tout le monde d’accord chez les hackers

Il y a quelques jours, Anonymous Indonesia a attaqué plusieurs sites australiens, le site de l’ASIS (les services secrets australiens) et 170 sites non-gouvernementaux. Il faut remarquer que certains groupes Anonymous ne sont pas toujours d’accord sur la cible des attaques informatiques. Bizarrement, alors que la majorité des hackers Anonymous ont pour projet de créer une société plus libre et plus égalitaire, le groupe Anonymous Australia a dénoncé les dernières attaques d’Anonymous Indonesia contre des sites australiens qui n’avaient pas de rapport direct avec les sites gouvernementaux. Alors, pourquoi dénoncer des attaques informatiques, quand on est un hacker?

« Ces sites que vous avez attaqué ne sont pas affiliés au gouvernement australien et doivent être laissés en paix » peut-on lire dans un communiqué. (The Australian)

On croirait presque lire un communiqué qui tente de dissuader sa population, comme pour dire « surtout ne faites pas la révolution ». Pirater, c’est pourtant le principe même qui permet aux Anonymous de protester virtuellement et de manifester leur présence en société. Les attaques contre des sites non-gouvernementaux sont donc des signes essentiels de cette protestation. Pourquoi Anonymous Australia tente-t-il de dénoncer ces attaques: est-ce qu’il dit cela avec sincérité, ou bien est-ce qu’il dit cela parce qu’il est infiltré ou qu’il agit au nom du gouvernement australien?

Y aurait-il deux voix différentes au sein d’Anonymous? Anonymous Australia défend-il vraiment la voix des hackers dans ce communiqué? Entre ceux qui défendent une révolution par les armes numériques, comme semblait le soutenir Julian Assange dans son livre, et ceux qui défendent des attaques ciblées, mais contrôlées, autrement dit des attaques sans danger fondamental pour l’ordre établi par la société – mais que veulent vraiment les hackers, la révolution ou pas?

Dans les années à venir, de plus en plus de hackers seront peut-être amenés à travailler pour des services secrets et pour des gouvernements, comme aux Etats-Unis, soit parce qu’ils y seront forcés, soit parce qu’ils auront été piégés dans des opérations de piratage, soit parce que certains d’entre eux auront reçu des offres financières suffisamment intéressantes de la part des gouvernements. Tandis que la France développe son budget de la défense, l’Union Européenne prévoit de créer un service comparable à la CIA. Avec l’affaire Prism, il y aura encore plus de surveillance et les gouvernements auront encore plus besoin de recruter des hackers. La seule question est de savoir comment les hackers utiliseront leurs talents: est-ce qu’ils sauront les utiliser en faveur de la démocratie? comment arriveront-ils à se libérer du pouvoir des gouvernements, malgré toutes les persécutions qu’ils subissent, et comment feront-ils pour réaliser jusqu’au bout leur idéal de révolution mondiale?

Ecrit par kimono

Un volontaire de WikiLeaks était un informateur payé par le FBI

Thordarson avec Julian Assange

Par Kevin Poulsen, 27 juin 2013

Un jour de la semaine, en août 2011, un islandais de 18 ans à l’aspect chérubin, nommé Sigurdur « Siggi » Thordarson, franchit les portes majestueuses de l’ambassade américaine à Reykjavik, la poche de sa veste dissimulant sa carte de visite: une photocopie froissée d’un passeport australien. La photo du passeport montrait un homme avec une tignasse indisciplinée de cheveux blond platine et le nom Julian Paul Assange.

Thordarson a été un bénévole de longue durée pour WikiLeaks, avec un accès direct à Assange et une position-clé en tant qu’organisateur dans le groupe. Avec son entrée dans l’ambassade, faite dans un style de Guerre froide, il est devenu autre chose: le premier informateur connu du FBI au sein de WikiLeaks. Pendant les trois mois qui ont suivi, Thordarson a servi deux maîtres, travaillant pour le site déverseur de secrets et déversant simultanément ses secrets au gouvernement américain en échange, dit-il, d’un total d’environ 5000 $. Le FBI lui a fait prendre des vols quatre fois à l’échelle internationale pour des débriefings, dont un voyage à Washington DC, et il a obtenu lors de la dernière rencontre huit disques durs de Thordarson remplis de chat-logs, vidéos et autres données de WikiLeaks.

La relation fournit un rare aperçu de l’enquête d’application de la loi américaine à l’égard de WikiLeaks, le groupe de transparence récemment rejeté à l’avant de la notoriété internationale, avec son aide au lanceur d’alerte de la NSA, Edward Snowden. La double-vie de Thordarson illustre les efforts que le gouvernement souhaitait déployer dans sa poursuite de Julian Assange, en approchant WikiLeaks avec des techniques aiguisées utilisées dans le travail du FBI contre le crime organisé et le piratage informatique — ou, plus obscurément, l’infiltration du bureau dans les groupes de droits civils, pendant l’ère Hoover.

« C’est un signe que le FBI voit WikiLeaks comme une organisation criminelle présumée, plutôt que comme un organisme d’informations », explique Stephen Aftergood, de la Fédération du Projet des Scientifiques Américains sur le Secret Gouvernemental [Federation of American Scientists’ Project on Government Secrecy]. « WikiLeaks était quelque chose de nouveau, je pense donc que le FBI a dû faire un choix à un certain moment quant à la manière de l’évaluer: Est-ce que c’est le New York Times, ou est-ce que c’est autre chose? Et ils ont clairement décidé que c’était autre chose. »

Le FBI a refusé de commenter.

Thordarson avait 17 ans et il était encore au lycée quand il a rejoint WikiLeaks en février 2010. Il faisait partie d’un large contingent de volontaires islandais qui ont afflué vers la cause de Julian Assange, après que WikiLeaks ait publié des documents bancaires internes relatifs à la crise financière de ce pays.

Quand une révolte du personnel, en septembre 2010, a laissé l’organisation démunie d’aide, Assange a placé Thordarson en tant que responsable de la salle de discussion en ligne de WikiLeaks, faisant de Thordarson le premier point de contact pour les nouveaux bénévoles, les journalistes, les sources potentielles, et les groupes extérieurs qui exigeaient de rentrer en contact avec WikiLeaks, au pic de sa notoriété.

Dans ce rôle, Thordarson était l’homme intermédiaire dans les négociations avec le Fonds de Défense de Bradley Manning, qui a amené WikiLeaks à faire un don de 15 000 $ à la défense de sa source principale. Il a accueilli et pris en charge un nouveau volontaire qui a commencé à télécharger et à organiser un vaste trésor de câbles diplomatiques des années 1970 depuis l’Administration des Archives Nationales et des Enregistrements [National Archives and Record Administration], pour ce qui est devenu la collection des « Câbles Kissinger » de WikiLeaks en avril dernier. Et il a disputé des dizaines de volontaires et de supporters qui ont tout fait, depuis la refonte graphique des sites internet de WikiLeaks jusqu’aux shootings vidéos rendant hommage à Assange.

Il a accumulé des milliers de pages de chat-logs de son époque chez WikiLeaks, qui sont, dit-il, maintenant aux mains du FBI.

La trahison de WikiLeaks par Thordarson a aussi été une trahison personnelle de son fondateur, Julian Assange, qui, comme disent d’anciens collègues, a pris Thordarson sous son aile et l’a préservé face à la critique et à la controverse juridique.

« Quand Julian l’a rencontré pour la première ou deuxième fois, j’étais là », dit Birgitta Jonsdottir, un membre du Parlement islandais qui a travaillé avec WikiLeaks sur Collateral Murder, la publication de WikiLeaks d’une séquence montrant l’attaque d’un hélicoptère américain en Irak. « Et j’ai prévenu Julian dès le premier jour, il y a quelque chose qui ne va pas chez ce type… Je lui ai demandé de ne pas l’avoir comme membre de l’équipe de Collateral Murder. »

En janvier 2011, Thordarson a été impliqué dans un scandale politique bizarre dans lequel un mystérieux « ordinateur portable espion » a été trouvé en marche, sans surveillance, dans un bureau vide du bâtiment parlementaire. « Si tu as fait ça, ne me le dis pas », a déclaré Julian Assange à Thordarson, selon les chat-logs non-authentifiés fournis par Thordarson.

« Je te défendrai contre toutes accusations, bruits et injustices, et je te soutiendrai, comme je l’ai fait », lui a dit Assange dans un autre chat le mois suivant. « Mais j’attends une totale loyauté en retour. »

Au lieu de cela, Thordarson a utilisé sa proximité à Assange pour ses propres fins. L’acte le plus conséquent est survenu en juin 2011, lors de sa troisième visite à Ellingham Hall — le manoir anglais où Assange était alors en résidence surveillée, pendant qu’il luttait contre l’extradition vers la Suède.

Pour des raisons qui restent obscures, Thordarson a décidé d’approcher les membres du gang de piratage LulzSec et les a sollicités pour pirater les systèmes du gouvernement islandais, comme un service rendu à WikiLeaks. Pour établir sa bonne foi en tant que représentant de WikiLeaks, il a pris et téléchargé une vidéo de 40 secondes sur son téléphone portable qui s’ouvre sur un écran IRC avec une conversation en cours, puis flotte à travers la pièce pour capturer Assange au travail avec une associée. (Cet échange a, dans un premier temps, été rapporté par Parmy Olson dans son livre sur Anonymous).

Malheureusement pour Thordarson, le FBI a fait tomber le leader de LulzSec, Hector Xavier Monsegur, alias Sabu, une semaine plus tôt, et assuré sa coopération comme informateur. Le 20 juin, le FBI a mis en garde le gouvernement islandais. « Une énorme équipe du FBI est venue en Islande et a demandé aux autorités islandaises de les aider », dit Jonsdottir. « Ils pensaient qu’il y avait une attaque imminente de LulzSec en Islande. »

Le FBI ne pouvait peut-être pas savoir à ce stade qui était Thordarson au-delà de son nom d’écran. Le bureau et les agences d’application de la loi au Royaume-Uni et en Australie ont continué à rassembler des accusations sans liens apparents sur des membres présumés de LulzSec.

Après avoir esquivé ce coup, on ne sait pas clairement ce qui a incité Thordarson à aborder le FBI deux mois plus tard. Quand je lui ai directement posé la question la semaine dernière, il a répondu: « Je suppose que j’ai coopéré parce que je ne voulais pas participer à un piratage d’Anonymous et LulzSec pour WikiLeaks, car alors tu enfreins certainement un bon nombre de lois. »

Cette réponse ne fait pas beaucoup de sens, car c’est Thordarson, et non Assange, qui a demandé à LulzSec de pirater l’Islande. Il n’y a aucune preuve qu’un autre membre du personnel de WikiLeaks soit impliqué. Il a donné une deuxième raison qu’il avoue être plus véridique: « La deuxième raison était l’aventure. »

L’équivoque de Thordarson met en lumière un obstacle dans les rapports qui le concernent: il est enclin à mentir. Jonsdottir le qualifie de « pathologique ». Il admet m’avoir menti dans le passé. Pour cette histoire, Thordarson a alimenté son récit en fournissant des e-mails qui semblent être entre lui et ses chefs du FBI, des enregistrements de vols pour certains de ses voyages, et un reçu du FBI indiquant qu’il leur a donné huit disques durs. Le Ministère islandais de l’Intérieur a auparavant confirmé que le FBI est venu en Islande pour interroger Thordarson. Thordarson a également témoigné à ce sujet lors d’une session au Parlement islandais, en présence de Jonsdottir.

Finalement, il m’a donné un important sous-ensemble de chat-logs qu’il dit avoir remis au FBI, s’élevant à environ 2000 pages, ce qui prouve, à tout le moins, qu’il a gardé les logs et qu’il est prêt à les remettre à un journaliste détesté par Julian Assange.

« L’aventure » de Thordarson a commencé le 23 août 2011, quand il a envoyé un e-mail sur la boîte de réception générale de l’ambassade américaine de Reykjavik « Au sujet de l’enquête criminelle en cours aux Etats-Unis ».

« La nature du renseignement qui peut être mis en évidence dans cette enquête ne sera pas prononcé dans une conversation e-mail », écrit-il de manière énigmatique.

Un agent de sécurité de l’ambassade l’a appelé le même jour. « Il a dit ‘Quelle enquête?’ J’ai dit celle de WikiLeaks », répond Thordarson. « Il a nié qu’il y avait une telle enquête, alors je lui ai juste dit que nous savions tous les deux qu’il y en a une. » Thordarson a été invité à l’ambassade, où il a présenté une copie du passeport d’Assange, le passeport du numéro deux d’Assange, Kristinn Hrafnsson, et un extrait d’une conversation privée en ligne entre Thordarson et Assange. Le représentant de l’ambassade a été évasif. Il a dit à Thordarson qu’ils seraient peut-être en contact, mais que cela prendrait au moins une semaine.

Cela est arrivé beaucoup plus vite.

Thordarson et Julian Assange

Des agents du FBI et deux procureurs fédéraux ont débarqué dans un gulfstream privé le jour suivant, le 24 août, et Thordarson a été convoqué de nouveau à l’ambassade.

Il a été accueilli par le même représentant de l’ambassade qui a pris ses clés et son téléphone portable, puis s’est dirigé avec lui sur une route sinueuse à travers les rues du centre de Reykjavik, pour se retrouver à la fin à l’hôtel Reykjavik Centrum, raconte Thordarson. Là, Thordarson a passé deux heures dans une salle de conférence d’hôtel à parler à deux agents du FBI. Puis, ils l’ont raccompagné à l’ambassade afin qu’il qu’il puisse mettre de l’argent dans son parcmètre, et ils sont revenus à l’hôtel pour plus de débriefing.

Les agents lui ont posé des questions sur ses interactions avec LulzSec, mais ils étaient surtout intéressés par ce qu’il pouvait leur donner au sujet de WikiLeaks. L’un d’eux lui a demandé s’il pouvait porter un dispositif d’enregistrement lors de sa prochaine visite à Londres et pousser Assange à dire quelque chose d’incriminant, ou parler de Bradley Manning.

« Ils m’ont demandé ce que j’utilise tous les jours, ce que j’ai toujours sur moi », dit-il. « J’ai dit, ma montre. Alors, ils ont dit qu’ils pourraient changer cela en une sorte de montre d’enregistrement. »

Thordarson dit qu’il a refusé. « J’aime bien Assange, je le considère même comme un ami », dit-il. « C’est juste que je ne voulais pas m’engager sur ce chemin. »

En tout, Thordarson a passé 20 heures avec les agents sur environ cinq jours. Ensuite, le gouvernement islandais a ordonné au FBI de plier bagages et de rentrer à la maison.

Il apparaît que le FBI avait trompé les autorités locales sur son but dans le pays. Selon une chronologie (.pdf) publiée par la suite par le Commissaire National de la Police Islandaise, le FBI a contacté l’agence d’application de la loi islandaise pour informer de la venue de Thordarson à l’ambassade, et demandé la permission de venir dans le pays pour un suivi. Mais le bureau a présenté la demande comme une extension de son enquête préliminaire concernant LulzSec, et a omis de dire que son véritable objectif était WikiLeaks.

WikiLeaks est bien considéré en Islande, et l’incident est intervenu dans un sujet politique chaud, quand il a fait surface ici, cette année, avec les conservateurs argumentant que l’Islande aurait dû coopérer avec le FBI, et les libéraux se plaignant, pour commencer, des agents autorisés à entrer dans le pays. « C’est devenu une controverse énorme », déclare Jonsdottir. « Et puis, aucun d’eux ne savait quel genre de personne était Siggi ».

En dehors de la politique, le FBI n’en avait pas fini avec Thordarson.

Les agents ont persuadé Thordarson de prendre un vol pour Copenhague avec eux, dit-il, pour une autre journée d’interrogations. En octobre, il a fait un second voyage au Danemark pour un autre débriefing. Entre les rencontres, Thordarson est resté en contact avec ses responsables à travers des comptes de messagerie jetables.

En novembre 2011, Thordarson a été renvoyé de WikiLeaks. L’organisation a découvert qu’il avait créé en ligne un magasin de t-shirts WikiLeaks et s’était arrangé pour que les opérations aillent sur son propre compte bancaire. WikiLeaks a déclaré que le détournement de fonds s’élève à environ 50 000 $.

Thordarson en a parlé au FBI dans un e-mail succinct du 8 novembre. « Plus chez WikiLeaks — donc je sais pas comment je peux vous aider davantage. »

« Nous aimerions encore te parler en personne », a répondu l’un des responsables. « Je peux imaginer quelques moyens simples pour que tu puisses aider. »

« Vous pouvez m’aider, les gars, avec de l’argent? » a répondu aussitôt Thordarson.

fbi-drive-receipt-2-660x880Pendant les mois qui ont suivi, Thordarson a prié le FBI de lui donner de l’argent, tandis que le FBI l’a alternativement ignoré et l’a courtisé pour plus d’assistance. En fin de compte, explique Thordarson, le FBI a accepté de l’indemniser pour le travail où il a été absent quand il a rencontré des agents (il dit qu’il a travaillé dans une école de formation de gardes du corps), pour un montant total d’environ 5000 $.

Une fois l’argent réglé, le FBI a commencé à le préparer à un voyage pour les Etats-Unis. « Je voulais vous parler de choses futures que nous pouvons faire », écrit son responsable en février. Le FBI voulait qu’il rétablisse le contact avec certains de ses anciens associés de WikiLeaks. « Nous parlerons des objectifs spécifiques pour les conversations en ligne, mais vous pouvez avoir une longueur d’avance sur notre rencontre en entrant juste en contact avec eux et en les rattrapant. Si vous avez besoin de savoir qui précisément, nous pouvons discuter au téléphone. »

Le voyage de trois jours à [Washington] D.C.  a eu lieu en février de l’année dernière. Thordarson dit qu’il a pris le vol 631 sur Air Iceland pour l’Aéroport International de Logan, le 22 février, et a été transféré à Boston sur le vol JetBlue 686 pour l’Aéroport International de Dulles, où il a été accueilli par un fonctionnaire des douanes américaines, « puis a été escorté hors du terminal de Dulles jusqu’aux mains du FBI. »

Il est resté dans un hôtel à Arlington, en Virginie, où est centrée l’enquête du Ministère de la Justice concernant WikiLeaks, et il y a rencontré ses deux contacts habituels du FBI, et trois ou quatre autres hommes en costumes qui ne se sont pas identifiés.

E-mails de Thordarson avec le FBI« Le dernier jour, nous sommes allés dans un resto-grill et nous avons mangé, tous ensemble », dit-il. « Où ils ont servi du Coca-Cola dans des bouteilles en verre, venu du Mexique. »

Le 18 mars 2012, il a eu une autre réunion avec le FBI au Danemark. Lors de ce voyage, il a apporté avec lui huit disques durs personnels, contenant les renseignements qu’il avait compilés en étant chez WikiLeaks, ce qui inclut ses connexions de conversations en ligne, ses photos et vidéos prises à Ellington Hall. Le FBI lui a donné un reçu signé pour le matériel informatique.

Puis ils l’ont laissé tomber.

Aujourd’hui, Thordarson, âgé de 20 ans, a de nouveaux problèmes. Il fait face à des accusations criminelles en Islande pour des crimes financiers et fiscaux indépendants. En outre, WikiLeaks a déposé un rapport de police pour le détournement de fonds du magasin de t-shirts.

L’héritage de sa coopération avec le FBI reste obscur. Un dépôt à la cour, révélé la semaine dernière, montre que dans les mois qui ont suivi le dernier débriefing de Thordarson, les fonctionnaires du Ministère de la Justice à Arlington, en Virginie, ont commencé à recevoir des ordonnances judiciaires visant les deux anciens collègues de Thordarson, des collègues de WikiLeaks en Islande: Smari McCarthy et Herbert Snorrason.

Snorrason, qui s’est occupé de la salle de conversations en ligne, en 2010, avant que Thordarson en prenne possession, a vu tous les contenus de son compte Gmail remis au gouvernement, en vertu d’un mandat de perquisition secret, délivré en octobre 2011.

La preuve utilisée pour obtenir le mandat reste sous scellés. « Je me demande », dit Thordarson, « si je suis quelque part là-dedans. »

Source: http://www.wired.com/threatlevel/2013/06/wikileaks-mole/

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