Etats-Unis/Israël: Les signes d’une politique commune, dès 2008, pour éliminer les figures-clés du régime syrien et de ses alliés

Syria.BasharAlAssad.02Photo: Affiche avec le portrait du président Assad, avec l’inscription « Que Dieu protège la Syrie » (2006).

Dans des révélations récentes de The Intercept, on apprend que la mort mystérieuse d’un général de Bachar al-Assad, en 2008, a été opérée par les services secrets israéliens, d’après des documents émanant de la NSA américaine. Mais cette mort et cet assassinat, replacés dans un contexte politique plus large, font voir d’autres choses importantes: le rapport conflictuel entre la Syrie et Israël, l’intérêt commun de certains pays (Etats-Unis, Arabie Saoudite, Qatar, Turquie) pour faire tomber le régime Assad, mais aussi les défaillances internes au régime syrien, les purges au sein des services secrets et la fissuration d’un système qui allait tomber irrémédiablement vers une guerre généralisée.

C’est cette fissuration de l’intérieur qui a conduit à la situation actuelle en Syrie et qui a facilité l’expansion de la guerre, du chaos et de la terreur — le tout favorisé par une alliance de l’Occident, de pays arabes et de l’Etat israélien contre le régime Assad. Ce sont encore aujourd’hui ces fissurations idéologiques qui empêchent la paix en Syrie et qui empêchent tous les groupes opposés idéologiquement de trouver un terrain d’entente pour revenir à une situation « normale » d’avant-guerre.

Le régime syrien, semblable à un mur en béton, a subi des pressions venant de toutes parts – de l’intérieur même des services secrets, des opposants au régime, et de l’extérieur, venant de pays occidentaux ou arabes opposés à Bachar al-Assad – et il n’a pas tenu face à la contestation civile qui allait l’emporter dans une chute totale. Le problème, c’est qu’en s’effondrant, le régime syrien est retombé par morceaux entiers sur une population sans défense et que ce qui a émergé de ces ruines, c’est l’Etat Islamique.

Les assassinats d’Imad Mughniyeh et de Mohammad Suleiman: Israël et la CIA

L’assassinat d’Imad Mughniyeh est évoqué dans un des documents Wikileaks, les Stratfor Files. Stratfor, une société privée du renseignement américain, fait un rapport sur la mort d’Imad Mughniyeh, présenté comme « un des piliers du Hezbollah », et mort dans une explosion de voiture le 12 février 2008. Le rapport de Stratfor (traduit ici en français), établi grâce à une source israélienne, attribue l’attentat contre Imad Mughniyeh aux services secrets israéliens, le Mossad. Le plus étonnant, c’est qu’Imad Mughniyeh, décrit comme « un partisan de la guerre clandestine et un théoricien de l’attentat à la voiture piégée » (Wikipedia) est lui-même mort assassiné dans un attentat, dans l’explosion de sa voiture — comme si le Mossad avait voulu lui jouer une revanche en choisissant son moyen de lutte privilégié pour le tuer.

Mais, dans un article du Washington Post, daté de janvier 2015, on apprend que le Mossad a été assisté de l’aide de la CIA américaine pour réaliser l’élimination d’Imad Mughniyeh, notamment en ce qui concerne la mise au point de la bombe:

Les États-Unis ont aidé à construire la bombe, a dit l’ancien fonctionnaire, et l’ont testé à plusieurs reprises dans un établissement de la CIA en Caroline du Nord pour s’assurer que la zone de l’explosion potentielle soit contenue et n’entraînerait pas de dommages collatéraux.

Ces éléments qui ont été révélés il y a quelques mois montrent qu’il y a bien eu une volonté commune entre les Etats-Unis et Israël pour éliminer certaines figures-clés liées au Hezbollah et au régime syrien, les deux étant soutenus par l’Iran. Cette politique d’élimination et d’assassinats qui a eu lieu en 2008, bien avant le début de la guerre civile en Syrie, montre la montée de la tension politique au Moyen-Orient: les tentatives de paix entre Israël et la Palestine échouent, l’Etat israélien sent monter la menace d’une agression à ses frontières et s’empresse dans la panique de faire assassiner toute une liste de personnalités jugées dangereuses pour la sécurité de l’Etat d’Israël. Imad Mughniyeh en faisait partie, tout comme le général syrien Mohammad Suleiman.

Il y a deux interprétations à cette série d’assassinats ciblés: soit ces assassinats ont été menés comme une alternative pour éviter la guerre, autrement dit comme un moyen de pression pour forcer le gouvernement syrien à ne plus soutenir le Hezbollah et à négocier avec Israël, soit ces assassinats ont été menés par Israël et les Etats-Unis comme une préparation à une guerre planifiée avec la Syrie dès 2008, dans le but d’affaiblir à l’avance le régime syrien en éliminant les chefs militaires et les soutiens proches de Bachar al-Assad, comme Imad Mughniyeh et Mohammad Suleiman.

D’autre part, ce qui montre le lien entre ces deux assassinats comme le reflet d’une politique commune entre les Etats-Unis et Israël, c’est l’intervalle de temps — 6 mois à peine — qui séparent la mort d’Imad Mughniyeh et celle de Mohammad Suleiman. Comme le souligne The Intercept dans son article sur la mort de Mohammad Suleiman, le général qui était une figure-clé du régime de Bachar al-Assad:

L’assassinat israélien de Suleiman est venu moins de six mois après qu’une équipe conjointe de la CIA et du Mossad a assassiné un haut membre du Hezbollah dans le coeur de Damas, selon plusieurs responsables actuels et anciens de l’armée et du renseignement américain. L’implication américaine et israélienne dans cette attaque, qui visait l’agent du Hezbollah Imad Mughniyeh, a été rapportée en tout premier et en détail par le Washington Post.

On peut donc fortement soupçonner que l’assassinat d’Imad Mughniyeh, le 12 février 2008, puis celui de Mohammad Suleiman, le 1er août 2008, faisaient tous deux parties d’une liste commune au Mossad israélien et à la CIA américaine pour contrer et affaiblir le régime syrien et ses alliés, même si le lien à la CIA pour Mohammad Suleiman n’est pas démontré.

Le régime Assad, un régime fissuré de l’intérieur

En 2008, des sources citées par des journalistes faisaient déjà le lien entre la mort de Mohammad Suleiman et celle d’Imad Mughniyeh (sans parler encore d’une responsabilité du Mossad ou de la CIA). Ces articles soulevaient plutôt la question d’une vengeance au sein des services secrets syriens, en effet:

Des membres internes du régime indiquent que le meurtre de Mughniyeh, qui a causé au leader syrien un sérieux embarras avec ses alliés iraniens et le Hezbollah, a déclenché une purge dans les rangs supérieurs des services de renseignement en Syrie. Certains spéculent que ces purges ont pu créé un motif de revanche pour le meurtre de [Mohammad] Suleiman.

Ces affaires concernant les services secrets ont pu affaiblir de l’intérieur le régime syrien et conduire, peut-être, à une forme de trahison et de contestation accrue contre le régime de Bachar al-Assad avant de mener à la guerre civile.

D’autre part, le régime syrien était fragile de l’intérieur, comme l’ont constaté les diplomates américain, dès 2006, dans un câble publié par Wikileaks (06DAMASCUS5399). Les Etats-Unis avaient conscience de ces failles dans le régime syrien. Le cercle du pouvoir de Bachar al-Assad est très restreint à ce moment: le pouvoir est détenu par un nombre très limité de personnes, un « cercle intérieur » qui est fragile et vulnérable, ce qui laisse penser que Bachar al-Assad pouvait être facile à renverser:

Les actions qui conduisent Bachar à perdre l’équilibre et augmenter son insécurité sont dans notre intérêt, parce que son inexpérience et le cercle de décision extrêmement petit du régime le rendent sujet aux trébuches diplomatiques qui peuvent l’affaiblir à l’échelle nationale et régionale.

La question qui reste à l’esprit est la suivante: Est-ce que les Etats-Unis, Israël et leurs alliés qui voulaient faire tomber le régime Assad avaient planifié une guerre en Syrie dès 2008, en conduisant des politiques d’assassinats (est-ce que l’objectif de faire tomber le régime Assad était clairement défini et décidé?) —, ou bien est-ce que la révolution et la guerre civile en Syrie se sont produites comme une conséquence de l’échec répété des négociations de paix au Moyen-Orient, forçant les pays occidentaux à soutenir les rebelles et à s’enliser dans une guerre indéfinie contre le régime syrien? Les politiques d’assassinats ont peut-être été imaginées au départ comme une alternative à la guerre, un moyen d’affaiblir le régime syrien par étapes, en déconstruisant les bases du pouvoir de Bachar al-Assad, plutôt que de l’affronter directement dans des combats militaires, terrestres ou aériens.

Les Etats-Unis ont toujours eu conscience du rôle-clé et de la position stratégique de la Syrie pour l’avenir du Moyen-Orient. Ils avaient tout à fait conscience que la Syrie était un pays qui pouvait déstabiliser l’ensemble de la région, comme en témoigne l’extrait d’un rapport daté de 2008 et destiné au congrès américain:

Malgré la faiblesse de son armée et son économie morne, la Syrie demeure essentielle dans la géopolitique du Moyen-Orient. Le régime Assad a ses mains dans chacune des quatre grandes zones actives ou potentielles de conflit dans la région (Liban, Israël-Palestine, Irak, et Iran). […] D’autres pensent que l’Administration devrait aller encore plus loin pour faire pression sur le gouvernement syrien et devrait même envisager la mise en œuvre de sanctions économiques plus sévères contre celui-ci. (Résumé, p. 2)

Dans tous les cas, les Etats-Unis et Israël étaient impliqués idéologiquement face à la Syrie, bien avant le début de la guerre civile. Et il n’y a sans doute jamais eu de réelle « passivité » politique du côté israélien à l’égard du régime syrien, contrairement à ce que peut sous-entendre, par exemple, un article récent du Huffington Post:

La position de l’Etat hébreu, autre puissance régionale, sur le dossier syrien est quand à elle assez ambiguë et a évolué depuis le début de la crise. Si Israël a été d’une relative passivité durant les deux premières années, elle soutient désormais officiellement militairement et logistiquement les différents groupes armés rebelles présents dans les zones proches de la frontière israélo-syrienne

Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’Etat d’Israël a été actif dans les affaires syriennes, bien avant la guerre civile, à travers les assassinats de figures soutenant de près ou de loin Bachar al-Assad, ou de personnalités liées au régime. On ne peut donc pas dire que l’Etat hébreu « a été d’une relative passivité » dans l’analyse de ces faits. Des assassinats et des opérations secrètes ont été menés. Mais l’implication de l’Etat hébreu n’explique pas à elle seule la chute du régime de Bachar al-Assad, car on constate que ce régime était miné de l’intérieur idéologiquement et qu’il pouvait difficilement contenir une montée croissante de l’opposition.

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La CIA a violé la Convention sur les attentats terroristes – le cas de l’assassinat d’Imad Mughniyeh

par Kevin Jon Heller, 31 janvier 2015

Le Washington Post a un long article aujourd’hui sur la façon dont le Mossad et la CIA ont collaboré pour faire exploser le chef  des opérations internationales du Hezbollah en 2008 […]

mughniyehL’article aborde la légalité de l’assassinat de Mughniyeh, avec les États-Unis qui font valoir que c’était un acte légal de légitime défense en vertu de l’art. 51 de la Charte des Nations Unies et Mary Ellen O’Connell affirmant que c’était de la perfidie. Les lecteurs réguliers anticiperont mon scepticisme à l’égard de la première déclaration, et il n’y a tout simplement aucun appui dans le droit humanitaire international pour la deuxième déclaration. La perfidie est un acte « invitant la confiance d’un adversaire pour le conduire à croire qu’il a droit à, ou qu’il est obligé d’accorder une protection en vertu des règles du droit international applicable dans les conflits armés, avec l’intention de trahir cette confiance. »

Le Mossad et de la CIA n’ont rien fait de la sorte. Le Mossad et la CIA ont toutefois violé la Convention internationale pour la répression des attentats terroristes, ratifiée par Israël le 10 Février 2003 et par les Etats-Unis le 26 Juin 2002. Je ne veux pas m’attarder sur le Mossad dans ce post; l’analyse est la même que celle que j’ai apporté ici à l’égard de leur assassinat de scientifiques nucléaires iraniens. Au lieu de cela, je veux me concentrer sur la complicité des Etats-Unis dans la mort de Mughniyeh.

Lire la suite: http://opiniojuris.org/2015/01/31/cia-violates-terrorist-bombing-convention/

Source: https://twitter.com/opiniojuris/status/561567522957565952

La CIA et le Mossad ont tué un haut responsable du Hezbollah dans l’explosion d’une voiture en 2008

Par Adam Goldman et Ellen Nakashima, 30 Janvier 2015

Le 12 février 2008, Imad Mughniyeh, chef des opérations internationales du Hezbollah, marchait dans une rue calme, de nuit, à Damas, après un dîner dans un restaurant voisin. Non loin de là, une équipe d’observateurs de la CIA dans la capitale syrienne suivait ses mouvements.

Alors que Mughniyeh s’approchait du SUV stationné, une bombe placée dans un pneu de secours à l’arrière du véhicule a explosé, faisant un éclat d’obus dans un rayon étroit. Il a été tué sur le coup.

Le dispositif a été déclenché à distance depuis Tel Aviv par des agents auprès du Mossad, le service de renseignement étranger israélien, qui étaient en communication avec les agents sur le terrain à Damas. «La façon dont cela avait été mis en place, les États-Unis auraient pu s’opposer et l’annuler, mais cela n’a pas pu être exécuté », a déclaré un ancien responsable du renseignement américain.

Les États-Unis ont aidé à construire la bombe, a dit l’ancien fonctionnaire, et l’ont testé à plusieurs reprises dans un établissement de la CIA en Caroline du Nord pour s’assurer que la zone de l’explosion potentielle soit contenue et n’entraînerait pas de dommages collatéraux.

mughniyeh

Lire la suite: http://www.washingtonpost.com/world/national-security/cia-and-mossad-killed-senior-hezbollah-figure-in-car-bombing/2015/01/30/ebb88682-968a-11e4-8005-1924ede3e54a_story.html

Les données transmises par la NSA à Israël peuvent-elles mettre en danger la vie des gens qui militent pour la cause palestinienne?

Territoires PalestiniensL’affinité du gouvernement américain et de l’Etat d’Israël est connue de tout le monde, et de nombreux articles mentionnent dans la presse et dans les médias l’influence des lobbys israéliens dans la politique américaine, et notamment en ce qui concerne la politique étrangère au Moyen-Orient. Le lobby israélien aurait eu, par exemple, une influence dans la décision de Bush pour mener la guerre en Irak. Récemment, le journal Le Monde a aussi pointé dans un article du 12 septembre 2013 les liens particuliers entre les Etats-Unis et Israël, à savoir les liens entre la NSA et les services secrets israéliens: « La NSA aurait transmis des données à Israël« , peut-on lire comme titre. Le document original, transmis par Edward Snowden et publié sur le site du Guardian, met en évidence les accords passés entre la NSA et l’ISNU [Israeli SIGINT National Unit], une unité du renseignement israélien.

Si ce partage des données existe certainement avec d’autres pays partenaires de la NSA, comme c’est le cas en France, dont les services secrets ont « des liens extrêmement étroits noués » avec la NSA, on peut néanmoins se demander si le partage des informations avec l’Etat d’Israël ne pourrait pas constituer un danger évident pour les militants de la cause palestinienne, qu’ils vivent en Palestine ou bien dans d’autres pays à travers le monde. Est-ce que la NSA mesure véritablement le poids de ce partage des données avec Israël, un pays doté d’une armée puissante qui maltraite et brutalise le peuple palestinien? Comment être sûrs que les données transmises par la NSA à Israël ne seront pas utilisées contre l’intérêt des militants palestiniens et de la cause palestinienne? Comment être sûrs que ces informations ne seront pas utilisées pour censurer des militants, pour faire pression sur eux et sur leur entourage, pour discréditer leur combat ou porter atteinte à leurs droits?

Mais pour aller plus loin, imaginons, en France ou ailleurs, que des citoyens non-palestiniens également favorables à la cause palestinienne voient leurs données personnelles transmises par la NSA à destination des services secrets israéliens. Alors, ne pensez-vous pas que cela peut constituer un grave danger pour votre vie privée et pour la liberté d’expression? Sans le savoir, vous êtes peut-être fichés en Israël pour vos opinions en faveur de l’indépendance des Palestiniens. Vous serez alors peut-être considérés comme un « ennemi d’Israël », on cherchera peut-être à nuire à vos intérêts personnels et à vous empêcher de continuer votre combat politique pour ceux qui seront engagés activement dans la cause palestinienne. Bien sûr, ce n’est certainement pas le cas de tout le monde. Mais vous comprenez certainement que le danger est réel.

Il y a peut-être des choses que la NSA devrait prendre en compte dans le partage des informations avec d’autres pays: c’est que potentiellement, la NSA met en danger la vie de certains citoyens en divulguant toutes sortes de données personnelles, de tous genres et de toute nature. Au premier abord, certaines données semblent innocentes et sans importance. Mais si certaines données sur vos goûts, les lieux que vous fréquentez, les achats que vous effectuez, se retrouvent dans les mains de personnes peu scrupuleuses au sein des services secrets, alors on peut aussi imaginer que toutes ces informations peuvent servir à infiltrer votre entourage ou à vous nuire personnellement.

Les services secrets israéliens, notamment le Mossad, ont dans le passé organisé toutes sortes d’assassinats et de complots. C’est pourquoi il faut toujours rester vigilant sur la nature des informations partagées par la NSA. Les services secrets israéliens n’ont peut-être assassiner personne grâce à ces échanges d’informations, peut-être qu’il s’agissait juste de sécuriser le pays, mais on ne peut pas exclure le fait que cela est toujours possible, tant qu’il n’y a aucune preuve pour démontrer le contraire. Rappelez-vous, il y a quelques années, en 2008, l’assassinat d’Imad Mughniyeh, un assassinat qui a été attribué au Mossad israélien: est-ce que la NSA a joué un rôle dans son assassinat? La NSA a-t-elle aidé Israël à localiser ce terroriste qui était recherché aussi bien par les Etats-Unis, que par le Mossad? Personne ne pourra jamais vous le dire.

Mais qu’arrivera-t-il le jour où ces mêmes services secrets, qui prétendent lutter contre le terrorisme, s’attaqueront à votre propre vie, parce que vous défendez les palestiniens, parce que vous avez participé à une manifestation de soutien à la Palestine, ou parce que vous avez tenu des propos contre Israël, des propos qui auront eux-mêmes été enregistrés par la NSA? Beaucoup de gens disent naïvement: « Je n’ai aucun problème si la NSA stocke mes données. Je n’ai rien à me reprocher. » C’est une erreur de penser ainsi. Car vous ne savez pas quelles sortes de données sont stockées à votre sujet, et surtout, vous ne savez pas à qui la NSA revend ou avec qui elle partage ces données. C’est pourquoi tout le monde doit se sentir concerné par l’espionnage massif pratiqué par la NSA et ses partenaires, parce que tous, à un moment donné ou un autre de notre vie, nous pouvons être victimes de ce système.

#The GIFiles : L’assassinat d’Imad Mughniyeh – Retour sur les opérations secrètes du Mossad –

 Publié : le mars 13, 2012 par W dans The Global Intelligence Files

25 Palestiniens, dont des membres du groupe armé “Jihad islamique” et des civils parmi lesquels un enfant de 12 ans, ont été tués à Gaza dans des raids israéliens depuis ce vendredi 9 mars. Cette escalade de violence s’est déclenchée après l’assassinat du chef du “Jihad islamique” et ce dernier a riposté par le tir de près de 100 roquettes contre l’état d’Israël.

De la fumée s'élève au-dessus de la ville de Gaza, après un raid aérien samedi. Crédits photo : Hatem Moussa/AP

De la fumée s’élève au-dessus de la ville de Gaza, après un raid aérien samedi. Crédits photo : Hatem Moussa/AP

Ce n’est pas la première fois que l’armée ou les services secrets israéliens ont recours à ce genre d’opération très controversée, les services secrets israéliens, “Le Mossad”, est connu pour ses opérations clandestines à travers le monde ; l’assassinat de Mahmoud Al-Mabhouh, membre des groupes armés palestiniens Ezzedine al Qassam, le bras armé du Hamas à Dubaï, est un coup qui a fait la une des médias internationaux le 20 janvier 2010.

La police de Dubaï -Emirats Arabes Unis- après une enquête profonde a publié cette vidéo, “CCTV footage : The assassination of Mahmoud al Mabhouh in Dubai” en 2010 qui montre comment des agents secrets israéliens ont traqué Al Mabhouh pour le torturer et l’assassiner dans une chambre d’hôtel.

Même s’il n’y a pas de preuve, l’Iran n’a pas hésité à accuser le Mossad des récents assassinats contre des savants iraniens.

INSIGHT – Israel – assassinat d’Imad Mughniyeh – IL1

L’email ayant l’ID 66013 rendu public le 13 mars 2012 et daté du 21 février 2008, échangé entre Reva Bhalla, la directrice des analyses à Stratfor et le service de renseignement de la même compagnie, nous présente le rapport élaboré par une source israélienne qui travaille pour le compte de Stratfor sur l’assassinat d’Imad Mughniyeh, un des piliers du Hezbollah, le 12 février 2008 à Damas en Syrie.

Le document original du site Wikileaks est accessible ici.

Email-ID 66013
Date 2008-02-21 22:00:39
De bhalla@stratfor.com
A intelligence@stratfor.com

PUBLICATION: Pour usage Background/Analyse

ATTRIBUTION : Source israélienne (connecté)

Fiabilité de la source: B

Elément de crédibilité: 2

TRAITEMENT SPÉCIAL: N / A

Imad Mughniyeh

Imad Mughniyeh

Sur l’assassinat d’Imad Mughniyeh:

Définir M.O. du Mossad. C’était une attaque très élégante. Comme l’ont montré des images, la voiture était encore largement intacte, l’explosion contrôlée s’était concentrée sur l’appuie-tête.

Le Mossad ne revendique jamais les assassinats. La seule fois où ils l’ont revendiqué, c’était pour l’assassinat d’Ali Hassan Salameh (Une des rares fois où Israël agit sans notifier les U.S. (Etats-Unis), et les U.S. qui étaient bourrés parce qu’il été une liaison de la CIA).

Certainement les U.S savaient pour l’assassinat, le commentaire du département d’Etat le reflète.

Je crois vraiment que le Mossad avait traqué IM (Imad Mughniyeh) pendant un certain temps. Ce petit éditorial est paru le lendemain de l’assassinat dans haaretz (un journal Israélien) et explique d’un point de vue opérationnel comment vous vous attachez à quelqu’un que vous suiviez et ce sentiment bizarre de tristesse quand il est éliminé parce que vous avez suivi tous ses mouvements et pendant si longtemps. Ne peut être compris que d’un point de vue opérationnel.

Il était un grand atout pour le Mossad de le suivre, mais difficile de comprendre pourquoi il l’a assassiné aujourd’hui. Peut-être que l’assassinat est lié à une volonté de la part des États-Unis/Iran d’exercer une pression sur l’Iran sur ce point, ou alors une bonne occasion qui s’est présentée. Le Mossad savait qu’il avait été réactivé depuis un certain temps maintenant… il a été suivi pendant un certain temps.

Comment l’opération s’est probablement réalisée :

Photo de l'attentat

Photo de l’attentat

Le Mossad travaille en équipes modulaires. Cette opération nécessite beaucoup plus que juste trois personnes, mais vous n’en avez jamais eu besoin d’un grand nombre dans le pays au moment de l’attaque, vous avez une personne pour la surveillance, le récupérer, envoyer une autre personne pour acquérir les explosifs, le récupérer, envoyer un fabricant de bombe et le récupérer, etc. Ce n’est pas clair s’ils avaient quelqu’un dans le pays au moment de l’attaque .. ne serez pas surpris si la bombe était déclenchée par un signal sat -satellitaire- (ma note – peut-être que ma théorie de ping d’un téléphone cellulaire est vraie ?). En outre, toute personne, qui travaillait avec eux dans le pays au moment de l’attaque était probablement une recrue arabe (la raison probable pour laquelle la Syrie et l’Iran estiment l’implication d’un régime arabe dans cet assassinat). Pas de question même si c’était une op du Mossad.

IM (Imad Mughniyeh) était un atout majeur et était actif. Il était capable de survivre pendant si longtemps parce qu’il a été protégé de très près par les Iraniens. Quand je dis qu’il était actif, je ne dis pas qu’il était un opérateur directement impliqué dans toute la formation, etc. Il était un stratège, ils l’appelaient leur chef d’état-major. Et vous grossissez lorsque vous êtes assis à Téhéran comme chef d’état-major. C’est la nature du biz.

Les représailles viendront. Ce n’est pas une question de si, mais de quand. Sera beaucoup plus une attaque comme celle de Buenos Aires – opération outre-mer, secrète. Et ça sera une opération importante. Le Hezbollah a des agents actifs à l’étranger pour tirer cela au large et n’oubliez pas lors de l’attaque de BA – Buenos Aires-, que les Iraniens ont réussi à corrompre les responsables de la sécurité argentins et l’équipe d’enquête.

Israël est militairement prêt pour une autre guerre. Ashkenazi a fait un travail phénoménal au cours de l’année précédente dans la réforme du système.. C’est vraiment incroyable. Il est un Golani – ce qui signifie qu’il est un hardcore. Nous avons des blagues en Israël disant que les Brigades Golani sont celles qui mangent la saleté et qui sont les plus robustes… Ashekenazi est sérieux sur ce sujet et il n’a pas donné d’interview.

En outre, Meir Dagan a totalement transformé le Mossad. Il est venu et il a littéralement fermé le département des recherches du Mossad. Il a dit je ne veux plus de documents académiques, tout se focalise sur les opérations. Ce coup de Mughniyeh était son bébé. Ce n’est pas une coïncidence que Olmert ait étendu le mandat de Dagan jusqu’en 2009 pour la première fois JUSTE APRES le succès sur IM (Imad Mughniyeh).

L’ego d’Israël était grièvement meurtri par la guerre avec le Hezbollah et cet assassinat ainsi que la frappe aérienne en Syrie est une façon qu’a Israël de revenir et de montrer qu’ils sont encore forts. Cela aide aussi Olmert à garder le capital politique dont il a besoin. C’est le genre d’action que nous allons voir d’Israël – autres opérations de ce genre.

Israël NE VEUT PAS d’une autre guerre avec le Hezbollah maintenant. Ils n’essayent pas de les pousser vers une autre guerre non plus. Le “focus” est mis sur les opérations secrètes. Il est hors de question pour Israël d’essayer de répéter la guerre de 1982 au Liban. Ce fut le Vietnam d’Israël. Israël est absolument sensible aux victimes militaires, plus que les États-Unis. C’est ce que le rapport Winograd avait pour sujet – on note qu’il n’a pas parlé des victimes civiles, il parlait uniquement des victimes militaires et si leurs vies valaient la peine de lancer une opération terrestre si tardive dans le jeu…. c’est ancré dans la psyché israélienne. Israël ne voudra pas une guerre dont les victimes humaines seront élevées. Même durant la guerre du Liban, c’était vrai.

Concernant le  Hamas ..

Les canaux de communication indirects “Backchannels” entre Israël et le Hamas sont en cours. L’Égypte est le principal canal (principalement Omar Suleiman). Barak ne sait pas quoi faire encore au sujet de la bande de Gaza. On ne parle même pas de réoccupation, mais c’est toujours une situation de désordre. La bombe qui a explosé à Dimona venait d’Hébron ; ironiquement, des militants pacifistes israéliens ont réussi à stopper la construction du mur à l’endroit où le kamikaze est passé.

L'impact d'un Qassam sur la ville de Sderot

L’impact d’un Qassam sur la ville de Sderot

Beaucoup de pression politique s’exerce sur Olmert pour qu’il fasse quelque chose au sujet de Gaza. Les familles de Sderot ont de l’influence. Les roquettes Qassam sont beaucoup plus une arme psychologique qu’autre chose, ils ne causent pas beaucoup de dégâts. Mais l’effet politique ne peut être sous-estimé.

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