Les gains de la guerre: les armes bulgares alimentent les conflits du Moyen-Orient

L’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et les États-Unis ont acheté des millions de dollars d’armement bulgare, en grande partie probablement destinés à la guerre en Syrie, révèle une enquête de BIRN.

Balkan Insight, Mariya Petkova Sofia, 21 décembre 2015

avion_arabie_saouditeUn Boeing Cargo 747 de l’Arabie Saoudite à l’aéroport de Sofia, le 4 Novembre 2014.

En Octobre de l’année dernière, des guetteurs d’avions ont remarqué avec une certaine excitation que les avions porteurs Boeing 747 marqués comme Cargo de l’Arabie Saoudite avaient commencé un atterrissage à Sofia, l’aéroport de la capitale bulgare.

« Un avion cargo saoudien n’était jamais venu ici… depuis les 20 dernières années», a expliqué Stephan Gagov, un vétéran bulgare observateur d’avions.

Les vols sont devenus si fréquents que Gagov a ouvert un fil de discussion à leur sujet sur un forum en ligne d’observation d’avions, en utilisant l’expression « ligne régulière » dans le titre. Les guetteurs [d’avions] ont rapporté avoir vu des avions atterrir à deux reprises fin Octobre, une fois en Novembre, quatre fois en Décembre et une fois en Mars et en Mai de cette année.

L’avion géant est arrivé de Djeddah, a chargé la cargaison et s’est ensuite envolé pour la ville saoudienne de Tabouk, à environ 100 km de la frontière avec la Jordanie, ont noté les observateurs qui utilisent des outils de vol suivi en ligne.

Gagov a estimé que les avions ont pris entre 60 et 80 tonnes de fret dans des caisses, à chaque fois. Il ne pouvait pas voir ce qui était à l’intérieur des caisses, mais il a pu dire qu’elles étaient lourdes.

Après que les vols saoudien se sont arrêtés, des avions-cargos venant d’Abu Dhabi ont commencé à arriver. Des avions Airbus A330F et des Boeing 777F portant les couleurs d’Etihad Cargo ont atterri à Sofia à cinq reprises entre fin Juin et la mi-Août de cette année. Plus récemment encore, le 19 Octobre [2015], un Airbus 330F d’Etihad Cargo s’est envolé depuis Abu Dhabi vers la ville bulgare de Burgas, puis vers la base aérienne d’Al Dhafra, une installation militaire juste au sud de la capitale émiratie.

L’Arabie Saoudite, les Emirats Arabes Unis et les autorités bulgares n’ont pas révélé le contenu de ces expéditions. Mais le Balkan Investigative Reporting Network, BIRN, peut révéler que l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis ont acheté de grandes quantités d’armes et de munitions en provenance de Bulgarie ces deux dernières années, presque certainement pour une utilisation par les forces locales qu’ils soutiennent dans la guerre en Syrie, et éventuellement aussi dans le conflit au Yémen.

Lire l’intégralité de l’article: http://www.balkaninsight.com/en/article/war-gains-bulgarian-arms-add-fuel-to-middle-east-conflicts-12-16-2015

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Ciaron O’Reilly, garde du corps de Julian Assange et militant pacifiste


Ciaron O’Reilly, garde du corps de Julian Assange et militant pacifiste

Nous avons pu parlé avec Ciaron O’Reilly, un des deux gardes du corps volontaires de Julian Assange, mardi 21 août 2012, devant l’ambassade d’Equateur, deux jours après son discours et l’accord de l’asile politique. Revenu d’Australie, Ciaron O’Reilly s’est installé désormais à Londres pour défendre et soutenir Julian Assange, qui est pour lui, en quelque sorte, un symbole de paix et de lutte contre les injustices de la guerre, des injustices qu’il a lui-même vécues pendant la Guerre en Irak, dans les années 90, comme il nous le raconte. Ciaron est un militant de la paix, et son combat tout comme celui de Julian Assange, est de dénoncer la guerre. Originaire du Queensland, où Julian Assange est également né, Ciaron explique dans cette vidéo « avoir passé 30 mois en prison pour avoir désarmé un bombardier B-52 au début de la Guerre en Irak, en 1991 », autrement dit la Guerre du Golfe (1990-1991). Ciaron O’Reilly explique que la Guerre du Golfe n’était que la première étape de cette guerre qui dure depuis 20 ans, une guerre où les sanctions permettent et justifient aux yeux des Etats les bombardements.

Le conflit au Moyen-Orient dure depuis 20 ans

Selon Ciaron O’Reilly, le conflit actuel au Moyen-Orient se situe dans la continuité de ce qui s’est passé en 1990-1991. Le conflit s’est même étendu, comme on le sait, il concerne des pays comme la Syrie, où des milliers de personnes sont mortes ces derniers mois, et il pourrait désormais s’étendre à l’Iran. On retrouve l’idée que les sanctions, sans doute, vont justifier des bombardements et une intervention militaire des Etats, mais comment l’éviter ? La seule chose à espérer est qu’il n’y aura pas d’intervention militaire en Iran, car le même scénario qu’en Syrie pourrait se répéter : des milliers de civils tués, des milliers de femmes et d’enfants victimes des bombardements, des infrastructures et une économie détruites, tout un pays à reconstruire. C’est cela, la guerre. Avant d’apporter quoi que ce soit, comme les Etats prétendent qu’elle est utile, rappelons que la guerre est avant tout une destruction, un anéantissement, une mise à mort de milliers de civils innocents, dans des conflits injustifiés qui pourraient trouver une issue diplomatique ou se résoudre par le dialogue, par un effort réel de communication, par une volonté commune. Ciaron O’Reilly considère que « Julian Assange et Bradley Manning sont tous deux des prisonniers politiques, parce qu’ils ont dénoncé la vraie nature de la Guerre en Irak, et cette guerre dure depuis 20 ans », si on prend comme point de départ l’année 1990, début de la Guerre du Golfe. Les conflits dans cette région du monde durent depuis 20 ans et des millions de personnes sont mortes, « principalement des femmes et des enfants », explique Ciaron O’Reilly. « Ils ont tué des millions d’enfants de moins de 5 ans. » C’est sans doute d’avoir vu cette atrocité de la guerre et ces crimes qui ont fait de Ciaron un militant si dévoué à la cause pacifiste et à la dénonciation de toute forme de guerre.

Julian Assange et Bradley Manning sont tous deux en détention

« Julian Assange et Bradley Manning sont en détention, des formes différentes de détention » pour avoir dénoncé la même chose, la Guerre en Irak. « Ils ne sont pas les seuls à être emprisonnés et torturés. Des milliers et des milliers de gens sont torturés. » Bradley Manning, soupçonné d’être à l’origine des fuites de WikiLeaks, paie déjà d’un lourd tribut le fait d’avoir dénoncé la guerre. « Bradley, bien sûr, est torturé. » Il est en prison à l’heure actuelle et son procès en cours martiale commencera en février, mais beaucoup redoutent pour lui la peine de mort. Et pourtant son combat était aussi de dénoncer la guerre, et avec elle, les crimes de guerre. Des milliers de gens sont contre la guerre, dans tous les pays, et on se demande finalement pourquoi tant de conflits perdurent sur la planète, alors que la majorité des peuples voudraient simplement la paix. Et ce que vit aujourd’hui Julian Assange est aussi « une forme de détention », ajoute-t-il, lié sans doute à ce qu’il a dénoncé aussi l’injustice de la guerre, « et c’est important d’être là pour soutenir Julian Assange ». Cette persécution d’un homme qui défend la paix est intolérable et injustifiable. Réfugié dans l’ambassade d’Equateur, Julian Assange a déjà passé plus d’un an en résidence surveillée, avec un bracelet électronique à son pied. Ainsi, sans jugement, la situation qu’il vit au quotidien s’apparente déjà à une forme de détention, à un emprisonnement, et à vrai dire, ce qu’il a vécu nécessiterait qu’on l’acquitte en Suède de toute charge contre lui et qu’on le laisse retrouver sa liberté, au nom du combat pour la paix.

Ecrit par kimono

Willsummer: Les suites du rassemblement de Saint-Michel du 10 août à Paris

Dimanche 12 août 2012


C’est ce soir que se terminent les premiers Jeux Olympiques ouvertement cyberpunk de l’histoire, où des athlètes se font sponsoriser en se faisant tatouer le logo d’une marque sur le corps, et où des sandwicheries londoniennes ont été contraintes de changer le nom de leur enseigne, parce qu’il contenait l’adjectif « olympique ».

Alors que des drones armés provenant d’un Etat se déclarant en guerre contre un ennemi invisible ravagent les zones tribales du Waziristan tuant hommes, femmes et enfants non-combattants, des « féministes » occidentales paradent sur Tower Bridge à Londres pour appeler à l’exclusion des pays pratiquant la Charia des JO, et à l’obscénité de la sur-consommation érigée en sacro-saint modèle, s’ajoute le foulement aux pieds des principes olympiques: ce sont les USA qui empochent le plus grand nombre de médailles, et ils sont « en guerre » à travers le monde, soit ouvertement soit par moyens détournés.

Ceci est une réalité que depuis maintenant plusieurs années WikiLeaks et Julian Assange ont contribué à rendre évidents par des éléments devenus irréfutables, et qui constituent un faisceau de présomptions tellement large et solide qu’il contient de quoi faire trembler jusqu’à ses bases l’infernal édifice de la bestiale mentalité prédatrice qui infecte la société des hommes tel un cancer.

Car WikiLeaks est une organisation journalistique. En tant que telle, elle s’est donné la mission de fournir au grand public les informations qu’il réclame: la vérité, de quoi lui faire comprendre les événements qui interviennent dans sa vie et celle de ses pairs, de manière à ce qu’il puisse agir en connaissance de cause, pour la présence et le maintien d’un environnement propice à son épanouissement et à celui de sa famille, comme de ses pairs.

Or, voici que l’organisation dont Julian Assange est l’un des co-fondateurs nous explique depuis des années, preuves à l’appui (ces fuites par millions n’ont pas été contestées, et les poursuites contre Manning et Assange sont la preuve de leur véracité), que ce gouvernement à l’aigle chauve, dont le siège du pouvoir est à Washington, qui se présente dans nos foyers à travers la petite lucarne de nos téléviseurs comme le parangon de la justice – fût-elle armée jusqu’aux dents, de la défense des opprimés et des Droits de l’Homme, se révèle être le plus grand assassin en masse que l’histoire contemporaine ait portée.

Qu’ils flattent la docilité du peuple pour lui imposer une loi féroce – faire garder des moutons par des loups – et lui mentent sur toutes les informations qu’ils lui laissent voir au travers de sa petite lucarne pour lui en servir une version adaptée à leur discours et à la gloutonnerie de leurs entreprises. Qu’ils n’ont cure de la valeur d’une vie humaine, qu’ils sont capables de dévaster des régions entières pour l’accès aux ressources et de violer des sociétés dans leur plus profonde intimité pour y asseoir une mainmise tentaculaire…

Il y a des centaines de milliers de CableGate Files, d’Iraq et d’Afghanistan War Logs, cinq millions et demi de Stratfor Files et plus de deux millions de Syria Files. Il y a quelques sites web composés de journalistes professionnels, et d’autres personnes actifs et actives à éplucher, examiner, vérifier ces documents afin d’en extraire ce qui en fait la moëlle épinière: les éléments qui ne pourront pas être contestés devant un tribunal. Lorsqu’elle sera entre nos mains, nous la jetterons sur la place publique pour qu’elle y soit brûlée vive sous le regard furieux de la population…

Nous venons chacun(e) de notre horizon particulier, pour défendre Assange, Manning et WikiLeaks (et Jeremy Hammond, hacker Anonymous risquant 20 ans de prison pour avoir aidé WikiLeaks); nous partageons certaines choses, et pas d’autres: les goûts et les couleurs, c’est une affaire personnelle. Mais nous sommes unis par l’indéfectible refus de l’injustice, du mensonge et de l’irrespect de la vie humaine. Julian Assange est notre ami, et nous sommes à ses côtés. Devant la volonté du peuple de savoir, il n’y a pas de secret qui tienne: les affaires, leurs ramifications et implications sont beaucoup trop graves, et notre silence équivaudrait à une complicité.

Quand Fred Barton, le patron de Stratfor, disait de Julian Assange: « Assange sera un beau gibier en prison. Bousillez le terroriste. Il bouffera à jamais de la pâtée pour chien », je sais qu’il ne veut pas du bien à mon ami. Je sais aussi que je n’en voudrais pas comme ami, car je n’ai pas de plaisir à penser au mal, ou à le commettre. Ainsi les parties en présence sont définies, et c’est ma plus intime conviction que nous triompherons de ces êtres malfaisants, dont Fred Barton n’est qu’un des molosses, dans le domaine de la collecte de renseignements.

Dès demain, avec le conseil des anges et de sa bonne conscience, l’Equateur devra se prononcer en faveur ou non de son soutien à Julian Assange. Ce n’est pas un acte sans conséquences que d’accorder l’asile politique à l’homme le plus recherché des services secrets des USA, ils ne seront pas contents… J’ai bon espoir que l’Equateur accède à la requête du fondateur de WikiLeaks. Correa, le président de l’Equateur, est un homme qui comprend bien l’importance, à son niveau, d’actes en accord avec les justes aspirations des peuples; l’Equateur, comme beaucoup de nations latino-américaines, a beaucoup souffert des ingérences états-uniennes.

Par willsummer

Espions des sables

Le 6 mars 2012

Fin 2011, des unités d’élite occidentales, comptant des Français, auraient été déployées en Syrie. En partenariat avec OWNI, l’organisation WikiLeaks poursuit la publication des cinq millions d’emails de Stratfor, la société de renseignement privé proche des états-majors américains. Avec aujourd’hui des centaines de messages sur le Moyen-Orient.

WikiLeaks avait entamé, le 27 février, la publication progressive de cinq millions de messages internes de l’entreprise de renseignement privée américaine Stratfor. Aujourd’hui, le site dévoile des emails indiquant la présence de forces spéciales occidentales en Syrie, notamment françaises, ainsi que des emails détaillant des aspects opérationnels, jusque-là ignorés, de la guerre en Libye. Créée en 1996 à Austin, au Texas, l’agence passait jusqu’ici pour une “CIA privée”, une réputation quelque peu exagérée.

En réalité, Stratfor développe ses analyses depuis des bureaux aux États-Unis, qu’elle vend aux entreprises, en entretenant des contacts avec quantité d’officiers supérieurs et d’agents de renseignement, en particulier américains.

Forces spéciales en Syrie

En Syrie, sujet abondamment traité par Stratfor, le compte-rendu d’une réunion, daté du 6 décembre 2011 laisse entendre que des forces spéciales occidentales auraient été présentes sur le terrain dès la fin de l’année 2011. Le message évoque quatre “gars, niveau lieutenant colonel dont un représentant français et un britannique” :

Après deux heures de discussion environ, ils ont dit sans le dire que des équipes de SOF [Special Operation Forces ou forces spéciales, NDLR] (sans doute des Etats-Unis, de Grande-Bretagne, de France, de Jordanie et de Turquie) étaient déjà sur le terrain, travaillant principalement à des missions de reconnaissance et à l’entraînement des forces de l’opposition.

Les participants rejettent l’hypothèse d’une opération aérienne sur le modèle libyen, affirmant que “l’idée ‘hypothétiquement’ serait de commettre des attaques de guérilla, des campagnes d’assassinats, d’essayer de venir à bout des forces des Alaouites [le groupe confessionnel, minoritaire en Syrie, auquel appartient le président syrien Bachar al-Assad, NDLR], de provoquer un effondrement de l’intérieur.”

La situation syrienne est jugée beaucoup plus complexe que la Libye. “Les informations connues sur l’OrBat syrien [l’ordre de bataille, soit la composition des armées, NDLR] sont les meilleures qu’elles ne l’ont jamais été depuis 2001″ détaille un membre des services de renseignement de l’US Air Force, selon l’analyste de Stratfor. Les membres présents à cette réunion insistent sur les difficultés militaires d’une intervention directe :

Les défense aériennes syriennes sont bien plus robustes et denses, particulièrement autour de Damas et le long des frontières israélienne et turque. [Les participants] s’inquiètent des systèmes de défense aériens mobiles, en particulier les SA-17 [missiles sol-air, NDLR] qu’ils ont obtenus récemment. L’opération serait faisable, mais ne serait pas facile.

À ce moment de la réflexion stratégique, l’opération serait conduite depuis les bases de l’Otan à Chypre. Mais une telle campagne n’était alors pas encore entièrement d’actualité. “[Les représentants des services de renseignement] ne pensent pas qu’une intervention aérienne aurait lieu tant qu’aucun massacre, comme celui par Kadhafi à Benghazi [en Libye, NDLR], ne retiendra l’attention des médias. Ils pensent que les États-Unis auront une forte tolérance aux meurtres tant qu’ils n’atteindront pas l’opinion publique.”

Des troupes égyptiennes au sol en Libye

Parmi les centaines de milliers d’emails consacrés au Moyen-Orient, un grand nombre porte sur la guerre en Libye, sur la base de correspondance avec des militaires de haut rang. Ainsi, dans un message daté du 18 mars 2011, soit la veille du début des bombardements de la Libye par les forces de l’Otan, l’analyste Reva Bhalla partage avec force détails un “rendez-vous privé” avec “quelques colonels américains de l’US Air Force, un homologue français et un Britannique”. Le ton est donné d’entrée :

Ils sautent pratiquement de joie à l’idée de faire cette opération [le bombardement de la Libye, NDLR] — une opération de rêve comme ils l’appellent – terrain plat, proche des côtes, cibles faciles. Aucun prob.

Les militaires gradés réunis affirment alors que “les Égyptiens sont déjà positionnés au sol, qu’ils arment et entraînent les rebelles.” Un sujet pour le moins tabou. A cette date, le 18 mars, deux résolutions ont été votées par le Conseil de sécurité des Nations Unies. La première à l’unanimité le 26 février, prévoit la mise en place de sanctions économiques et financières contre le régime libyen, doublées d’un embargo sur les armes.

Le 17 mars, un jour avant le “rendez-vous privé” relaté, le Conseil de sécurité adopte la résolution 1973 qui met en place une zone d’exclusion aérienne. Le texte est adopté à l’arraché : l’Allemagne, la Chine, la Russie, le Brésil et l’Inde s’abstiennent. Selon les participants, la résolution a été “presque entièrement rédigée par les Brits [les Britanniques, NDLR]“. A ce stade, il n’est nullement question de troupes présentes au sol, ni d’en envoyer dans le futur. Des enquêtes ultérieures démontrent que des forces spéciales occidentales ont bien participé aux opérations, sur le sol libyen.

Le pétrole de la gloire

Au lendemain du blanc-seing du Conseil de sécurité, les militaires analysent les motivations de chaque participant. “De leur point de vue, l’opération entière est menée par le tandem franco-britannique. Par bien des aspects, les États-Unis ont été forcés de les suivre” écrit l’analyste de Stratfor. Côté britannique, les motifs de l’entrée en guerre sont assez prosaïques et plutôt éloignés des raisons humanitaires officiellement invoquées :

Le gars britannique dit que la Grande-Bretagne est guidée par des intérêts énergétiques dans cette campagne. Depuis la marée noire [dans le Golfe du Mexique, NDLR], BP souffre aux États-Unis . Les autres options sont d’aller vers la Sibérie (problèmes avec la Russie), le Vietnam et… la Libye. Selon eux, le renversement de Kadhafi est le meilleur moyen de remplir ces objectifs énergétiques.

Côté français, la situation est moins claire pour les intervenants de l’armée et pour les analystes de Stratfor. Le gradé français affirme que “la France a entendu parler de menaces d’AQMI [Al-Qaïda au Maghreb islamique, NDLR], soutenues par Kadhafi, contre des cibles françaises. Ça les a soûlés. Sarkozy s’est mis dans une impasse” conclut-il. Surtout, la France voulait prouver qu’elle “pouvait très bien” conduire ce genre d’opérations, “prouver sa pertinence.”

Entre Français et Britanniques, la coordination est d’abord passée par le Pentagone, rapporte la même analyste de Stratfor dans un message daté du 19 mai 2011. La veille, elle a assisté à un“briefing avec le groupe stratégique de l’US Air Force [pour] aider à préparer le séjour du chef d’État major de l’USAF en Turquie la première semaine de juin”. À cette réunion assistent deux colonels des services de renseignement américain et français, un capitaine britannique et un représentant du Département d’État. Reva Bhalla écrit:

Au début de la campagne en Libye, la France se coordonnait encore avec la Grande-Bretagne par l’intermédiaire du colonel des services de renseignement de liaison au sein du Pentagone, et non pas directement avec la Grande-Bretagne. Maintenant, les Britanniques ont enfin installé un bureau de commandement à Paris pour la coordination.

Lors de la même réunion, les participants estiment le coût de la guerre à 1,3 million “par mois”, ce qu’un expert de Stratfor corrige dans un mail en réponse : “1,3 million par jour”. “Un coût, mais pas une opération coûteuse” estiment-ils de concert.


Illustrations et couverture par Loguy pour OWNI.

Source: http://owni.fr/2012/03/06/guerre-libye-syrie-gi-files-wikileaks/
http://www.wikileaks-forum.com/index.php/topic,11554.0.html

OWNI: Le dir’com états-unien de la Syrie

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Bachar al-Assad avait recruté des « spin doctors » anglo-saxons. Ils avaient déclaré ne plus travailler pour le président-dictateur syrien. Or, les documents obtenus par WikiLeaks, et révélés par Owni, montrent qu’il n’en est rien et qu’ils ont continué pendant la répression.

En plein printemps arabe, le magazine Vogue publiait, dans son édition de mars 2011, un portrait élogieux d’Asma al-Assad, la femme du dictateur syrien, sobrement intitulé “Une rose dans le désert“.

Illustré de photographies de James Nachtwey et signé Joan Juliet Buck, ex-rédactrice en chef de la version française de Vogue, l’article a depuis été effacé du site web de Vogue (on peut le retrouver via archive.org).

Aux États-Unis, des dizaines d’articles avaient en effet dénoncé l’incongruité d’une telle publication, quelques jours seulement avant le déclenchement de la révolution syrienne, et la façon dont il cherchait à humaniser un dictateur en montrant à quel point sa femme était belle et raffinée.

Cet article n’aurait probablement jamais été rendu possible sans l’entregent de Mike Holtzman et de son employeur, le cabinet de relations publiques Brown Lloyd James.

Ex directeur des affaires publiques du Council on Foreign Relations, passé par le département d’Etat américain et le cabinet de Bill Clinton, désigné comme “officier de liaison” à Ground Zero en septembre 2001, Mike Holtzman s’illustra en aidant la Chine à remporter les jeux olympiques de 2008, ce qui lui valut d’être désigné comme la personnalité de l’année par PRWeek, le magazine des relations publiques, et d’être recruté dans la foulée par Brown Lloyd James.

Créé par Peter Brown, l’ancien assistant des Beatles, et Sir Nicholas Lloyd, un ancien journaliste du Daily Express, ce cabinet de relations publiques, qui a notamment aidé le Qatar à emporter la coupe du monde de football 2022, travaille tout aussi bien pour Russia Today que pour Disneyland Paris, la principauté de Monaco et Al Jazeera, avec un focus sur les pays arabo-musulmans.

En 2002, Mike Holztman faisait ainsi paraître une tribune libre appelant à la privatisation de la diplomatie, afin d’améliorer les rapports entre les États-Unis et le Moyen-Orient, puis une seconde, en 2003, fustigeant la propagande américaine dans les pays arabo-musulmans.

En 2009, Brown Lloyd James se faisait également remarquer en travaillant pour la Libye, afin de permettre à Kadhafi de publier une tribune libre dans le New York Times, de faciliter son célèbre voyage au siège des Nations-Unis (où il avait accusé le Conseil de sécurité d’être un “Conseil de la terreur car le terrorisme ce n’est pas seulement al-Qaida“), ou encore de favoriser une rencontre entre George Bush et le fils Kadhafi.

Brown Lloyd James a toujours refusé de répondre aux questions de la presse. Mais un mémo de la Justice américaine a révélé que le cabinet avait bien été sous contrat avec la Syrie, afin d’améliorer l’image de marque d’Asma al-Assad à l’étranger, la société tenant cela dit à préciser n’avoir “fourni aucun service à la famille Assad depuis décembre 2010“, date à laquelle elle avait organisé, selon The Guardian une interview avec Asma al-Assad.

Ce même mois de décembre 2010, Paris Match avait lui aussi rencontré la femme du dictateur syrien, à l’occasion d’une visite officielle des époux al-Assad à Paris, et publié une interview de 4 pages intitulée “Deux amoureux à Paris“. Contacté par Owni, Régis Le Sommier, le journaliste de Paris Match qui avait signé le papier, répond n’avoir jamais “été en contact avec Brown Lloyd James, ni avec Mike Holtzman“.

Pourtant, un des 2 434 899 emails obtenus par WikiLeaks dans le cadre de l’opération Syria Files, estampillé “classified“, révèle la présence de Mike Holtzman à Paris en compagnie d’Asma al-Assad en décembre 2010.

Surtout, d’autres e-mails et documents montrent qu’il a bel et bien continué à conseiller le dictateur syrien, jusqu’en janvier 2012, et alors que la répression faisait des centaines, voire des milliers de morts.
Un “super-héros” musulman, et amputé.

Plusieurs emails, révélés par les Syria Files et confirmés par un article du magazine Foreign Policy, montrent par ailleurs que Mike Holtzman, censé avoir cessé de travaillé pour la Syrie depuis décembre 2010, s’était rendu à l’Opéra Dar al Assad de Damas pour une conférence le 9 février 2011.

Dans un premier email, Rachel Walsh, qui travaille pour Brown Lloyd James au Qatar, écrit à Sondos Sosi, chargée des relations avec la presse au ministère syrien des Affaires Présidentielles, que sa “collègue Sheherazad Jaafari lui a conseillé d’envoyer des documents à propos de la conférence du 9 février“.

Sheherazad Jaafari n’est pas n’importe qui : fille de l’ambassadeur de Syrie aux Nations Unies et conseillère en communication de la famille al-Assad, elle avait effectué un stage chez Brown Lloyd James, et Mike Holtzman avait été son “chef“. Dans un message envoyé à Sondos Sosi dans la foulée, elle joint un tableau recensant les sièges réservés pour la conférence du 9 février. Aux premiers rangs, des places destinées aux membres du gouvernement syrien ainsi qu’à des ambassadeurs étrangers, mais également à Asma Al Assad, épouse de Bachar, à côté de laquelle est installé Mike Holtzman.

Quelques heures plus tard, Sondos Sosi fait parvenir par email le programme de la soirée à Luna Chebel, une autre conseillère en relations presse de Bachar al-Assad et ancienne journaliste à Al Jazeera. Mike Holtzman y est présenté comme le “maître de cérémonie de la soirée“, chargé d’introduire tous les invités.

Ironie de l’histoire, et alors que le soulèvement syrien allait débuter un mois plus tard, Mike Holtzman venait y présenter “Le Scorpion d’Argent“, une bande dessinée qui raconte l’histoire d’un jeune arabe amputé des deux jambes après avoir sauté sur une mine antipersonnel, écrite par de jeunes handicapés américains et syriens, et produite par l’ONG Open Hands Initiative -dont Mike Holtzman fait partie du comité consultatif- afin d’ouvrir “une nouvelle phase diplomatique” entre les États-Unis et les pays arabo-musulmans…
“Il n’est pas nécessaire de détruire le pays”

Les Syria Files révèlent un autre document, encore plus embarrassant : le 19 mai 2011, Mike Holtzman envoyait, en effet, à Fares Kallas, proche collaboratrice d’Assam al-Assad, un “Memorandum” intitulé “analyse de la communication de crise“, lui expliquant ce qu’il conviendrait de faire pour que l’image de la Syrie ne soit pas trop entachée par la répression, qui avait débuté deux mois plus tôt :

« Il est clair, au vu des déclarations du gouvernement américain depuis le début des manifestations en Syrie, que l’administration Obama veut la survie du régime actuel. Contrairement à ses réactions aux manifestations dans d’autres pays de la région, il n’y a eu aucune demande de changement de régime, ni d’intervention militaire. »

Le mémorandum n’en souligne pas moins que la position des États-Unis pourrait évoluer en fonction, notamment, de la couverture médiatique, tout en déplorant l’approche déséquilibrée de la communication” de la Syrie depuis le début de la “crise” :

 » S’il est nécessaire de se reposer sur un pouvoir fort afin de réprimer la rébellion, le soft power est nécessaire pour rassurer le peuple syrien ainsi que le public extérieur sur le fait que la réforme se poursuit rapidement, que les griefs légitimes sont pris en compte et au sérieux, et que les actions de la Syrie visent essentiellement à créer un environnement dans lequel le changement et le progrès peuvent avoir lieu. »

Début mai, alors que Michael Hotzman rédigeait ce mémorandum, les ONG estimaient que plusieurs centaines de personnes avaient d’ores et déjà été tuées par l’armée, et que des milliers avaient été arrêtées. Hotzman se borne, lui, à alerter le président syrien sur les risques de dérive et d’instabilité si d’aventure les manifestants étaient renvoyés chez eux par la peur plutôt que par “la conviction que leur gouvernement est sensible à leurs préoccupations” :

 » La Syrie semble communiquer avec deux mains. Une qui propose la réforme, l’autre l’autorité de la loi. L’autorité de la loi est un poing. La réforme une main ouverte. A ce jour, le poing semble, pour l’opinion publique internationale, et probablement pour de nombreux Syriens, 10 fois plus fort que la main tendue. Elles doivent être mieux équilibrées. »

Brown Lloyd James propose ainsi au président syrien de communiquer plus souvent, tout en estimant “nécessaire que la First Lady rentre dans le jeu : la clef est de montrer force et sympathie en même temps“, comme ce fut le cas avec les précédents papiers de Vogue et de Paris Match.

La société de conseil propose également de lancer une campagne de presse internationale expliquant les difficultés rencontrées par Bachar al-Assad dans sa volonté de réforme, mais également d’améliorer sa communication “sur le plan de la sécurité“, en le montrant prendre des sanctions publiques envers les forces de sécurité qui, ne respectant pas ses ordres, tirent sur des civils désarmés.

 » Cela permettrait de montrer sans équivoque possible que toute personne qui enfreint la loi – qu’il s’agisse de manifestants ou de soldats – devront faire face à leurs responsabilités. »

Afin de contrer la mauvaise publicité faite par les “figures de l’opposition syrienne” vivant à l’étranger, mais également de contrecarrer le “torrent quotidien de rumeurs, de critiques et de mensonges“, Brown Lloyd James propose également de mettre en place une cellule de veille 24h/24 afin de surveiller les médias, voire de contre-attaquer :

 » Les réseaux sociaux devraient être surveillés et les faux sites poursuivis en justice et effacés. »

En conclusion, Brown Lloyd James suggère d’en appeler au patriotisme des Syriens afin de mettre l’accent sur le fait qu’”il n’est pas nécessaire de détruire le pays pour atteindre l’objectif partagé par tous : vivre dans un pays libre et prospère“, et met l’accent sur deux recommandations :

. reconnaître que la violence qui a lieu en ce moment est regrettable. Mais ce ne sont pas les responsables syriens qui l’ont cherché. Ses dirigeants sont obligés de protéger la Syrie, afin de créer les conditions de calme nécessaire à la mise en place de la réforme.
. continuer à exprimer sa confiance dans l’avenir, et dans le fait que la crise est sur le déclin.

“On ne tue pas sa population”

Début janvier 2012, Fares Kallas, à qui avait été adressé le mémorandum de Mike Holtzman, faisait fermer 11 faux comptes Twitter usurpant l’identité du couple al-Assad (@FirstLadysyria, @Asma_AlAssad, @Bashar_alAssad, @SyrianPresident, etc.).

En mars 2012, le quotidien britannique The Guardian révélait des échanges d’e-mail entre Sheherazad Jaafari et Mike Holtzman, son “ancien chef” chez Brown Lloyd James.

Dans ces emails, datés du 11 janvier 2012, la fille de l’ambassadeur de Syrie aux Nations Unies, devenue conseillère en communication des époux al-Assad, évoque un meeting à Damas où Bachar al-Assad martela, devant des dizaines de milliers de supporters, qu’il voulait faire du rétablissement de la sécurité “la priorité absolue“, promettant de frapper les “terroristes” d’une main de fer :

« Je suis venu pour puiser la force auprès de vous. Grâce à vous, je n’ai jamais ressenti la faiblesse. Nous allons triompher sans aucun doute du complot. Leur complot approche de sa fin, qui sera la leur aussi. »

Dans cette série d’emails, Sheherazad écrit à Mike que “cet homme est aimé par son peuple“, ce à quoi le communiquant américain lui répond “je suis fier de toi. J’aimerais être là pour (vous) aider“, avant de préciser :

« Nous avons besoin d’une nouvelle politique américaine. Quels idiots. »

Ce jour-là, le journaliste Gilles Jacquier du magazine télévisé « Envoyé spécial » était tué à Homs pendant un tournage autorisé par les autorités syriennes. Et la répression avait d’ores et déjà fait plusieurs centaines de morts, et des milliers de Syriens avaient été arrêtés, et torturés.

Sheherazad Jaafari est depuis tombée en disgrâce, et retournée aux États-Unis, pour avoir tenté de mettre en pratique les conseils de son “ancien chef“.

D’autres emails, obtenus par Anonymous et publiés en février 2012 par Haaretz, révèlent en effet qu’elle avait expliqué à Bachar al-Assad que “la psyché américaine peut facilement être manipulée“, afin de le préparer à la désormais célèbre interview où il allait déclarer à la télévision américaine ABC qu’”il n’y a pas eu d’ordre demandant de tuer ou d’être violent“, et qu’il avait “fait de son mieux pour protéger la population“, contestant le chiffres de 4000 morts dressés par l’ONU, pour affirmer que “la majorité” des personnes tuées étaient “des partisans du régime et non l’inverse” :

«On ne tue pas sa population… Aucun gouvernement dans le monde ne tue son propre peuple, à moins d’être mené par un fou.»

L’affaire a rebondi début juin avec la publication dans le Telegraph d’autres e-mails échangés cette fois entre Sheherazad Jaafari et Barbara Walters, la journaliste qui avait interviewé Bachar al-Assad pour ABC, révélant comment cette dernière avait cherché à pistonner la jeune syrienne afin qu’elle soit embauchée par CNN, ou qu’elle intègre la Columbia School of Journalism… ce qui a poussé la vénérable journaliste, prise en flagrant délit de conflit d’intérêts, à présenter ses excuses.

Mike Holtzman, si prompt à aider ses clients, dictateurs compris, à manipuler la presse, a toujours refusé de répondre aux questions des journalistes.

Enquête réalisée avec Pierre Leibovici (@pierreleibo sur Twitter).

Voir l’article original ici :
http://owni.fr/2012/07/06/le-dir-com-americain-de-la-syrie/

Une firme US encourage « le poing et la main ouverte » en Syrie

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Le 19 mai 2011, un mémorandum intitulé “Analyse des communications en temps de crise“ a été transmis par sam@alshahba.com, un compte qui est probablement utilisé par le président syrien Bachar al-Assad, au ministre syrien des Affaires présidentielles Mansour Azzam. Le mémo a été écrit par Brown Lloyd James (BJL), une puissante firme de communication de renommée mondiale engagée par le régime syrien pour améliorer son image.

La firme de communications avait initialement envoyé le mémo à Fares Kallas, le directeur des projets et initiatives au bureau de la première dame, Asma al-Assad. Il contient une évaluation de la situation en Syrie et donne des recommandations sur comment gérer le soulèvement d’un point de vue des communications. BJL a été fondé par Peter Brown, présentement chef de direction, et Sir Nicholas Lloyd, présentement directeur, en 1997 à New York et à Londres. Mike Holtzman est présentement le président de la compagnie.

BJL a trois “bureaux principaux“ basés à New York, à Londres et à Doha, avec des “bureaux stratégiques“ à Washington DC, Hô Chi Minh-Ville, Rome, Francfort, Paris, Moscou et Madrid. La page “À propos de BJL“ sur le site web proclame “Brown Lloyd James est géré par un groupe d’élite de distingués anciens cadres du domaine des nouvelles, des conseillers politiques de haut niveau de la Maison-Blanche et du Downing Street, des cadres de haut niveau de l’industrie du divertissement et des experts des affaires internationales. Notre équipe a été le bras droit de présidents, de premiers ministres, de barons des médias, et oui, même des Beatles.”

Un nombre de clients internationaux très importants a été représenté par BJL, incluant le Royaume du Maroc, Mouammar Kadhafi, la Fondation du Qatar, la Tony Blair Faith Foundation, la ville de Londres et le ministre de l’Intérieur irakien. Elle a été impliquée dans un certain nombre de campagnes réussies, incluant la soumission gagnante du Qatar pour la tenue de la coupe du monde FIFA 2022 et le lancement d’al-Jazeera anglais aux États-Unis. L’année dernière, la firme a été impliquée dans l’embellissement de l’image du régime Assad en Occident à travers différents projets, en commençant par un portrait flatteur d’Asma al-Assad dans le Vogue publié en février 2011. Vogue a supprimé l’article de ses archives à la suite des critiques qu’il a reçu.

Le mémorandum de mai 2011 offre un guide pour les membres de la clique politique syrienne du régime pour retravailler leur image et redéfinir leur message, alors que l’armée tente d’écraser le soulèvement. En plus, le mémo contient des conseils sur une possible campagne de relation publique et sur des actions sociales qui pourraient revigorer l’image du régime de par ce processus. Il commence par noter que “l’administration Obama veut que la direction en Syrie survive“, mais reconnaît que la position du gouvernement américain a changé au fil du temps.

Une brève évaluation de la gestion du soulèvement par les autorités politiques syriennes, strictement basée sur ses talents au niveau de la communication, s’en suit. Il est écrit, “La Syrie a eu un déséquilibre dans son approche des communications depuis le début de la crise.” ”Si le pouvoir dur est nécessaire pour apaiser la rébellion, la puissance douce est aussi nécessaire pour rassurer le peuple syrien et l’extérieur que cette réforme se poursuit rapidement, que les griefs légitimes sont pris en compte et pris au sérieux, et que les actions de la Syrie visent ultimement à créer un environnement dans lequel le changement et le progrès peuvent avoir lieu. »

BJL a averti que l’agenda de la réforme a été largement perçu comme étant dépourvu de volonté et semblait avoir « pris l’arrière-plan face à la crise politique immédiate ». Ainsi, le résultat continuera très probablement à être « une recette pour des énervements et de l’instabilité à l’avenir » à l’intérieur de la sphère domestique, en même temps que d’ »enhardir les critiques et le renforcement de ceux qui ne croient pas que la réforme est sincère » en dehors de la Syrie.

Ainsi, le mémo de BJL a recommandé un équilibre entre les “deux mains“ du régime: “La règle de droit est un poing. La réforme est une main ouverte. Maintenant, le poing apparaît pour l’extérieur, et probablement à beaucoup de Syriens, comme si elle est dix fois plus grande que la paume tendue. Ils doivent être mis en meilleur équilibre. »

« La réforme axée sur la sensibilisation doit être radicalement améliorée, à la maison et à l’étranger, ou bien la crédibilité de ces efforts – et un élément clé de l’appel du Président et de sa popularité parmi le peuple – sera diminuée. Le recentrage de la perception de l’extérieur et des Syriens sur la réforme fournira une couverture politique au gouvernement des États-Unis en général sympathique, et délégitimer les critiques tant à la maison qu’à l’étranger. » Pour ce faire, l’entreprise a fait cinq recommandations stratégiques essentielles pour surmonter l’échec du régime dans les  relations publiques. Il s’agit d’exploiter l’image de Bachar et d’Asma à travers des actions telles que des visites inopinées et bien prévues, des rencontres médiatisées avec des familles et des jeunes, ainsi que l’utilisation de promesse de réforme sur la condition de la stabilité, et en plaçant un accent particulier sur l’avenir.

En outre, il est recommandé que l’administration tienne l’armée et les forces de sécurité responsables, faisant « un spectacle visible, très public, de punir/congédier/ inculper les troupes qui ne respectent pas les ordres [d’Assad] » de ne pas tirer sur des civils, de dépeindre un sentiment d’équité et indiquer ses sérieuses intentions face à la réforme. Aussi, il est recommandé d’établir un système de surveillance médiatique, opérant 24 heures, pouvant combattre les récits négatifs contre le régime.

Finalement, l’entreprise a souligné que « des efforts devraient être faits pour convaincre de la “normalité“ pour faire contraste aux nouvelles actuelles représentant la Syrie comme étant sur le bord du chaos. » Le mémorandum prend fin en conseillant la direction politique “de continuer à exprimer sa confiance dans l’avenir et que la crise est en déclin. » Essentiellement, le mémo appelle le régime Assad à réorganiser ses messages afin de convaincre la communauté internationale et le peuple syrien que des erreurs ont été faites et que le régime essaye de changer si on lui en donnait la chance.

Ce n’était pas la dernière fois que BJL et le régime d’Assad interagissait. Selon un courriel d’Assad qu’a reçu The Guardian plus tôt cette année, Mike Holtzman a été en contact avec un conseiller de la direction syrienne en janvier 2012, dans laquelle il a exprimé sa fierté au sujet d’un événement de relation publique réussi qui a impliqué une visite surprise d’Assad et de sa femme à une manifestation pro-régime.

Traduit sur WikiLeaks par Nicolas1

Article original : http://english.al-akhbar.com/content/us-firm-encourages-fist-and-open-hand-syria et sur le forum WikiLeaks http://www.wikileaks-forum.com/index.php/topic,12786.0.html

Des ex-dirigeants du GCHQ/MoD à la tête d’une compagnie associée au fournisseur d’équipements de défense du régime Assad

Un pilote d’hélicoptère US chante « Bye, bye, miss American pie » alors qu’il pulvérise une cible afghane

La même compagnie qui fournit des hélicoptères à l’OTAN (la vidéo en lien ci-dessus montre les forces états-uniennes en action en Afghanistan dirigées par l’OTAN) fournit également des équipements de communication militaire au gouvernement syrien, et ceci n’est qu’une petite partie de l’information…

Avec ce rapport, une compilation d’informations provenant des ‘Syria Files’ récemment mise en ligne par WikiLeaks, ainsi que des câbles, dossiers/documents transmis par l’intermédiaire de l’installation Darker Net ‘Supersearch’, nous entrons dans le monde équivoque des entrepreneurs spécialisés dans la défense, qui gagnent des millions grâce à la guerre et qui évitent les sanctions et les embargos par des manœuvres trompeuses. C’est également le monde d’anciens chefs de gouvernements qui migrent vers le secteur commercial, en utilisant leurs contacts antérieurs pour établir des contrats lucratifs.

Les premiers e-mails rendus publics tirés des ‘Syria Files’ de WikiLeaks montrent que Finmeccanica, une multinationale italienne spécialisée dans la défense ayant des intérêts importants au Royaume-Uni, a fourni au régime syrien du matériel de communication, ainsi que de l’expertise sur les hélicoptères après le début des attaques contre les manifestations pacifiques en Mars 2011. Selex Elsag, une filiale de Finmeccanica au Royaume-Uni, a vendu le matériel de radiocommunication destiné à l’usage de la police syrienne en mai 2011, au moment où l’UE imposait un embargo sur le régime interdisant l’exportation d’armes et de matériel pouvant être utilisés pour la répression interne. Le matériel radio Tetra, dont 500 radiotéléphones portatifs VS3000 non sujets aux interférences, était destiné à être utilisé par la police et les militaires stationnés à Muadamia, une banlieue de Damas, et valait 50 millions de dollars. Les fuites au niveau des e-mails montrent également qu’en février 2012, bien après que l’UE ait imposé des sanctions économiques à la Syrie, des ingénieurs de Selex Elsag se sont rendus en Syrie pour offrir une formation sur la technologie des communications, y compris la façon dont elle pourrait être installée dans les hélicoptères.

Finmeccanica est également un important fournisseur d’hélicoptères de l’OTAN et il est le quatrième plus grand industriel spécialisé dans la défense en Europe, classé dans le top 10 mondial. La société basée en Italie génère des revenus d’environ 5,9 milliards de dollars par le biais de ses opérations militaires, qui comprennent des avions, des systèmes de radar, des véhicules de combat, des munitions, des systèmes de contrôle/commandement, des systèmes spatiaux, des hélicoptères et des drones. En juillet 2011, Finmeccanica a débuté des négociations dans le but de fournir l’équipement Tetra à l’Iran et à ses services de police, mais l’entreprise a ensuite été forcée de faire marche arrière sous la pression des Etats-Unis – pour voir le câble secret à ce sujet cliquez ici.

Il est intéressant de noter que les opérations de Finmeccanica au Royaume-Uni sont dirigées par Sir Kevin Tebbit, ancien directeur du GCHQ, le service de renseignements des transmissions britannique, et ancien secrétaire permanent à la Défense, où il a géré le Comité tout-puissant du D-Notice. Tebbit (qui est aussi le président de Selex – voir ci-dessous) a été appelé à témoigner pendant l’enquête Chilcott au sujet de la guerre en Iraq et devant la Commission d’Enquête Hutton sur la mort mystérieuse du Dr David Kelly, inspecteur des armements de l’ONU. Tebbit a également pris part dans la dissimulation d’un scandale de caisses noires impliquant des contrats BAE de la Défense et l’Arabie Saoudite.


                        Sir Kevin Tebbit

Un autre chef Finmeccanica (administrateur non-exécutif) et aussi un ancien directeur du GCHQ est Sir David Ormond, qui comme Tebbit était témoin à l’enquête Chilcott. Ormond était parmi ceux qui avaient décidé que David Kelly devrait être poursuivi pour avoir parlé aux médias du dossier du gouvernement sur les présumées armes de destruction massive en Iraq. Ormond est également le co-auteur du rapport DEMOS “Intelligence” sur l’espionnage informatique (préconisant l’espionnage sur Twitter et Facebook), cliquez ici pour en savoir plus.

En ce qui concerne Selex, elle emploie plus de 10 000 personnes dans 15 usines et bureaux au Royaume-Uni. Pour citer le site Internet de Selex Elsag :

« Dans le domaine de la défense, SELEX Elsag possède des capacités de référence dans le domaine des communications sécurisées, notamment sur le champ de bataille, l’intégration de systèmes, la cryptographie, l’ingénierie des radiofréquences et les projets spéciaux. Dans le secteur civil, l’entreprise est couronnée de succès dans le cadre des marchés de la Sécurité et de la Résilience, et des communications professionnelles. SELEX Elsag propose des solutions et des conseils de sécurité informatisés, avec des technologies et des processus éprouvés dans de grands programmes à la fois au Royaume-Uni et à l’étranger. Il a récemment été sélectionné dans le but de fournir une protection en cyber-sécurité à l’OTAN et à ses pays membres. »

Pour voir les fichiers secrets et les câbles relatifs à Selex, ainsi que les sources via l‘installation Darker Net Supersearch, cliquez ici. Pour voir des câbles et des dossiers similaires sur Finmeccanica, cliquez ici.

Pour un aperçu complet de la défense européenne et de l’industrie de surveillance, cliquez sur: http://darkernet.files.wordpress.com/2012/07/bigbrother.pdf  pour télécharger le document.

Source: http://darkernet.wordpress.com/2012/07/07/a-wikileaks-syria-files-darker-net-investigation-ex-gchqmod-chiefs-head-company-that-supplies-defence-equipment-to-assad-regime/ et  http://www.wikileaks-forum.com/index.php/topic,12766.0.html

[Note : le jeudi 5 juillet 2012, Wikileaks a commencé à publier les fichiers sur la Syrie, soit plus de deux millions d’e-mails provenant de personnalités politiques, de ministères et d’entreprises associées syriens, datant d’août 2006 à mars 2012. Cet ensemble de données provient de 680 entités ou noms de domaines liés à la Syrie, y compris ceux des Ministères des Affaires présidentielles, des Affaires étrangères, des Finances, de l’Information, du Transport et de la Culture.

Dans les deux mois à venir, des histoires tirées des fichiers apparaîtront dans Wikileaks (global), Al Akhbar (Liban), Al Masry Al Youm (Egypte), ARD (Allemagne), Associated Press (Etats-Unis), L’Espresso (Italie), Owni (France) et Publico.es (Espagne). D’autres publications seront annoncées avant la date de publication. Le fondateur de Wikileaks, Julian Assange, a déclaré :

« Le matériel est embarrassant pour la Syrie, mais il est également embarrassant pour les opposants de la Syrie. Non seulement il nous permet de critiquer un groupe ou un autre, mais il nous aide à comprendre leurs intérêts, leurs actions et leurs pensées. C’est seulement grâce à la compréhension de ce conflit que nous pouvons espérer le résoudre. »

En ce moment, la Syrie fait l’objet d’un violent conflit interne qui a fait entre 6000 et 15000 mots au cours des 18 derniers mois. Les fichiers sur la Syrie mettent en lumière les rouages du gouvernement et de l’économie syriens, mais ils révèlent également comment les entreprises occidentales et l’Ouest disent une chose et font son contraire.

L’éventail des informations s’étend de la correspondance intime des plus hauts personnages du parti Baas à des enregistrements de transferts financiers envoyés par les ministères syriens à d’autres nations. La base de données comprend 2434899 e-mails provenant de 680 domaines. Il y a 678752 adresses courriel différentes ayant envoyé des e-mails et 1082447 destinataires différents. Il y a un certain nombre de langues différentes dans le lot, y compris près de 400000 e-mails en arabe et 68000 e-mails en russe. Les données font plus de huit fois la taille de la « Cablegate » en termes de nombre de documents, et plus de 100 fois sa taille en termes de données.

Environ 42000 e-mails étaient infectés par des virus ou des chevaux de Troie. Pour surmonter ces difficultés, Wikileaks a élaboré un système politique d’exploration de données, d’usage général et multilingue, capable de traiter des ensembles de données massifs comme ceux représentés par les fichiers sur la Syrie.]

Traduit sur le Forum WikiLeaks par Dragonfly84

Une société italienne vend à la Syrie des radios sécurisées pendant l’embargo

Les compagnies ont travaillé à contourner les sanctions imposées par les États-Unis et l’Union européenne pour construire un réseau sécuritaire « d’urgence ».

Pendant que les États-Unis et l’Europe imposaient des sanctions de plus en plus sévères à la Syrie, des compagnies de haute technologie occidentale travaillaient toujours avec le gouvernement syrien et des sociétés sous son contrôle. Ceci est selon des courriels obtenus par WikiLeaks datant de 2006 jusqu’à mars 2012. Les courriels sont maintenant publiés par vague par WikiLeaks sur son propre site web et avec la collaboration d’organisations journalistiques.

La première vague de courriels mis en ligne – 25 sur plus des deux millions obtenus par WikiLeaks – met l’accent sur le réseautage italien et la compagnie SELEX (une division de Finmeccanica – qui, par coïncidence,  possède aussi Agusta qui est le constructeur lié au développement de l’hélicoptère chinois d’attaque Z-10)  et la compagnie d’intégration réseau grecque Intracom Telecom. Des courriels échangés entre des représentants des deux compagnies publiés par WikiLeaks démontrent comment ils ont travaillé à contourner les sanctions commerciales de plus en plus dures imposées à la Syrie pour y exécuter un projet commun. Le projet? Un système de radio logiciel sécurisé pour le gouvernement syrien basé sur  les radios à ressources partagées TETRA.

Le VS-3000 et l’AS-3000 TETRA, livré en vertu du contrat — pour ce qui avait été annoncé comme un réseau de « sécurité publique » d’urgence et de réponse aux catastrophes – permet de transmettre les conversations et des données aux véhicules terrestres, les bateaux de la garde côtière et des aéronefs. Ils sont reliés à un réseau national de stations au sol lié par un réseau de fibre optique. Mais à partir de mai de l’année dernière, le projet a augmenté de son budget originel, de 40 millions d’euros, de plus de 25 %. Une facture datant du mois de février chiffre le projet à plus de 66 millions d’euros. Ces expansions sont venues en même temps que le gouvernement syrien a demandé le système de cryptage TEA3 pour son système de radio et a commencé à le déployer à la police.

Le travail des deux sociétés a continué durant la répression violente des dissidents en Syrie pendant le mois de février de cette année. Cela comprenait un voyage à Damas par les ingénieurs de SELEX pour aider à l’installation de radios et d’accessoires (certains ont été remis personnellement par les ingénieurs). Tout au long du projet, SELEX a continué à trouver des moyens alternatifs d’obtenir les composants pour le projet, alors que les sanctions successives ont commencé à créer des problèmes avec la chaîne d’approvisionnement de l’entreprise.

Les produits de SELEX sont tombés dans une zone grise à la suite des sanctions de septembre 2011 imposées par l’Union européenne (UE). Les sanctions permettent le commerce dans le domaine des télécommunications, mais interdisent l’exportation de matériel ayant des implications militaires. Mais le contrat a officiellement été conclu avec la Syrian Wireless Organization (SWO) et a été signé par Imad Abdul-Ghani Sabbouni (ministre syrien des Communications). Sabbouni a été nommé dans les sanctions de l’UE en février 2012 pour avoir participé à la censure et à la surveillance de l’accès à Internet des Syriens. Bien que n’étant pas, techniquement, en violation des sanctions de l’UE (du moins jusqu’en février), il y a eu quelques problèmes pour obtenir l’équipement nécessaire.

Comme la plupart des connecteurs pour fibre optique commandés par la Syrie à SELEX étaient fabriqués aux États-Unis, la société a également dû contourner les interdictions américaines sur l’exportation d’équipement technologique à la Syrie. Dans un courriel d’octobre 2011, la gestionnaire de programme de SELEX, Simone Bonechi, et le gestionnaire de projet chez Intracom, Mohammad Shoorbajee, discutent d’un délai dans la livraison de composantes de fibre optique à cause de ses interdictions – spécialement pour les pièces utilisées pour moduler la lumière étant transmise sur un réseau en fibre optique. Shoorbajee écrit “Le client commence à devenir suspicieux du fait que nous n’envoyons pas le câble. Recommandez-vous que je leur dise quelque chose? “

Bonechi a répondu qu’il y avait eu un retard, car “nous avons eu à gérer un problème inattendu avec quelques connecteurs, des parties de la marchandise qui devait être envoyée sont fabriquées aux États-Unis. “ SELEX a eu de la difficulté à trouver un autre fournisseur pour les connecteurs. Shoorbajee rapporte que les représentants de la SWO “devenaient de plus en plus inquiets chaque jour“ que les sanctions allaient bloquer la finition du projet.

Dans une déclaration accompagnant les documents, WikiLeaks a dit que les courriels “révèlent comment l’Ouest et les compagnies occidentales disent une chose et font autre chose. “ Des courriels additionnels seront publiés par vague au courant des deux prochains mois.

Liens d’origine: http://www.wikileaks-forum.com/index.php/topic,12729.0.html et http://arstechnica.com/tech-policy/2012/07/wikileaks-italian-firm-sold-syria-secure-radios-as-crackdown-raged/

Traduit sur le Forum WikiLeaks par Nicolas1

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