Rapport sur la torture de la CIA: « La liste du Top 10 des tortionnaires inclut en fait des centaines de personnes ou plus »

cia_torture_programs_dick_cheneyÉvidemment coupables: deux présidents et une grande partie de deux administrations

Opednews.com, 20/12/2014

Le Top 10 des tortionnaires du gouvernement [américain], de 2001 à 2014

1. George Bush. En tant que président, il est responsable de tous les actes de son administration, en particulier ceux qu’il a commandés et/ou approuvés. Un porte-parole anonyme de la CIA a dit que Bush «a pleinement autorisé la torture. » Karl Rove a déclaré que Bush était au courant et a approuvé la torture, et y a participé, de même que Rove. Dick Cheney a déclaré que Bush savait et a approuvé. Au début de 2008, Bush a opposé son veto à la législation visant à contrôler la CIA, y compris pour l’interdiction du waterboarding. Le Congrès a échoué à contourner le veto. Bush a été condamné à Kuala Lumpur en 2012.

2. Dick Cheney. Le vice-président a déclaré qu’il savait, qu’il a approuvé, et qu’il « le ferait à nouveau dans une minute. » Il a promu le célèbre « côté obscur. » Il a été condamné à Kuala Lumpur en 2012.

3. Condoleezza Rice, conseillère à la sécurité nationale, savait, a approuvé et participé. Elle a plaidé une mauvaise mémoire au Congrès, mais défend toujours publiquement la torture à présent. Son adjoint et successeur, Stephen J. Hadley, était soit dans la boucle ou incroyablement irresponsable, tout comme l’étaient un certain nombre de membres du personnel et des membres du Conseil de la sécurité nationale.

4. Andrew Card, chef de cabinet de la Maison Blanche, savait, a approuvé et participé, même s’il est un boy-scout à vie. Pourquoi Card, qui accuse Barack Obama de tromper le peuple américain devrait continuer en tant que président de l’Université Franklin Pierce? Le successeur de Card, Joshua Bolten, et un nombre inconnu d’autres membres du personnel de la Maison Blanche sont presque sûrement complices. Le fils d’un père de la CIA, Bolten, est un avocat qui enseigne à Princeton en dépit de ses liens à la torture ainsi qu’à un outrage au Congrès pour obstruction dans une autre affaire. Bolten est également co-président du Fonds Clinton Bush pour Haïti, une organisation à but non lucratif qui est censée aider un pays que les Etats-Unis ont torturé pendant la majeure partie de deux siècles.

5. Alberto Gonzales. En tant que Conseiller juridique de la Maison-Blanche, et plus tard à titre de procureur général, non seulement il savait, a approuvé, et participé, mais il a été l’un des principaux apologistes juridiques pour le régime de la torture. Ses successeurs, Harriet Miers, une proche collaboratrice en particulier de Bush, et Fred Fielding, un survivant du Watergate considéré par certains comme Deep Throat, savaient probablement tous les deux et sont restés silencieux sur la torture officielle. Fielding a fait obstruction aux demandes du Sénat pour les documents relatifs à la torture. Gonzales a été condamné à Kuala Lumpur en 2012. Pourquoi ne devraient-ils pas être radiés?

6. Jay Bybee. En tant que procureur général adjoint sous le feu (mais coupable) John Ashcroft, Bybee était en charge du Bureau du conseiller juridique, le bureau qui décide de ce qui est légal, qui peut être révisé uniquement par le procureur général ou le président. Bybee était la sage-femme des justifications de la politique de torture de Bush, un certain nombre de mémorandums juridiques qui ont permis à l’administration Bush de prétendre que la torture et d’autres crimes étaient légaux. Ceux-ci sont généralement connus sous le nom de «Mémos de la torture» et illustrent le fonctionnement d’un bon esprit juridique opérant sans conscience. Avant que certains de ses mémos sur la torture soient devenus publics, Bybee a reçu confirmation pour un rendez-vous à vie en tant que juge fédéral. En 2013, le juge Bybee a statué, apparemment dans un conflit brut d’intérêts, que le personnel du gouvernement devrait être à l’abri de toute responsabilité pour la torture. Pourquoi ne devrait-il pas être radié? Ou attaqué? Bybee a été condamné à Kuala Lumpur en 2012.

7. John Yoo. Travaillant pour le Bureau du Conseiller juridique sous Bybee, Yoo a été le premier auteur de plusieurs des mémos sur la torture, construits sur le principe philosophique qu’il n’y a pas de contraintes sur le pouvoir du président en tant que commandant en chef (un coup d’Etat légal qui interprète efficacement la Constitution comme non-pertinente et le président comme omnipotent, tout cela fait en secret). En 2005, Yoo a publiquement affirmé l’autorité du président pour ordonner l’écrasement des testicules d’un enfant innocent. En 2009, Barack Obama a révoqué les mémos sur la torture de Yoo, mais en 2010, une procédure secrète au sein du ministère de la Justice a « blanchi » Yoo des actes répréhensibles. Ces jours-ci, Yoo continue de protéger les tortionnaires à la Maison Blanche, en déplaçant toute faute sur la CIA. Il continue d’enseigner la loi à l’Université de Californie, Berkeley. Pourquoi ne devrait-il pas être radié? Il a été condamné à Kuala Lumpur en 2012.

8. David Addington. Conseiller juridique (puis chef du personnel) de Dick Cheney, Addington était par de nombreux aspects parmi les partisans les plus difficiles qui ont conduit au côté obscur, soutenus par l’autorité complète de Cheney. Il savait, a approuvé, et a participé au programme de torture des États-Unis et à leurs feuilles de figues juridiques. Son prédécesseur en tant que chef de cabinet, l’avocat Scooter Libby, savait aussi, a approuvé, et a participé à la torture. Il a été reconnu coupable de parjure pour d’autres crimes du gouvernement et radié (temporairement). Addington est maintenant vice-président de la Fondation du patrimoine. Il a été condamné à Kuala Lumpur en 2012. Pourquoi ne devrait-il pas être radié?

9. Donald Rumsfeld. En tant que secrétaire à la Défense, Rumsfeld savait, a approuvé et participé aux programmes de torture partout où est allée l’armée. Abu Ghraib. Bagram. Guantanamo. Et à d’autres endroits, dont certains [sont] inconnus. Rumsfeld n’a exprimé aucun remords, et le moins bien placé dans le documentaire « Le Connu Inconnu. » L’adjoint de Rumsfeld, Paul Wolfowitz, a su, approuvé et participé aux programmes de torture, en cherchant de l’informations pour justifier la guerre en Irak. Il est maintenant un membre important de l’American Enterprise Institute. William Haynes, avocat général pour le Département de la Défense, savait, a approuvé et participé aux programmes de torture. Pour juger les prisonniers de Guantanamo, Haynes a conçu les commissions militaires qui ont ensuite été déclarées inconstitutionnelles. Dans un mémo de 2002, Haynes a bloqué davantage de waterboarding sur les prisonniers de Guantanamo, citant « la tradition de retenue » des forces armées. Rumsfeld et Haynes ont été condamnés à Kuala Lumpur. Pourquoi Haynes ne devrait-il pas être radié?

10. James Mitchell et Bruce Jessen. Les contracteurs privés et Ph.D en psychologie qui se sont appelés Dr., Mitchell et Jessen ont été payés 81 millions de dollars (sur un contrat de 180 millions) pour torturer les gens. Les deux sont des agents retraités de l’Air Force avec une pension du gouvernement. La CIA leur aurait donné une garantie contre toute responsabilité pour les crimes qu’ils ont commis. C’étaient des tortionnaires directs et ils savent, littéralement, où sont au moins enterrés certains des corps. L’avocat général de la CIA, John Rizzo, (qui savait aussi, a approuvé, et participé à la torture) a appelé les techniques de Mitchell et Jessen « sadiques et terrifiantes. » Personne ne sait combien de contracteurs privés, comme Blackwater et d’autres, ont torturé, fait disparaître ou assassiné des gens, mais ils devraient être portés à rendre des comptes.

11. George Tenet. La tête de la CIA désigné par Clinton est couvert de culpabilité sur la torture, mais ce n’est rien par rapport à son rôle pour placer les États-Unis dans une guerre d’agression en Irak, l’un des crimes de guerre les plus élevés. En 2004, Bush lui a donné la Médaille présidentielle de la liberté, qu’il devrait rendre en retour. En 2007, il disait encore: «Nous ne torturons pas les gens. » Ses successeurs, en particulier Porter Goss et Michael Hayden, peuvent avoir fait un peu d’ordre à la CIA, mais ils n’ont tenu personne responsable pour les crimes qu’ils ont continué à nier. Le nouveau directeur du renseignement national, John Negroponte, a contraint Goss à quitter la CIA en faveur de l’adjoint de Negroponte, Hayden, alors encore général de l’Air Force décoré de quatre étoiles. En tant qu’ambassadeur au Honduras, Negroponte a été immergé dans les sales guerres de l’Amérique centrale et tous les crimes non résolus que les États-Unis y ont parrainé. En 2004, lorsque l’inspecteur général de la CIA a rapporté que la CIA violait la Convention contre la torture, le procureur général adjoint Steven Bradbury au Bureau du conseiller juridique a écrit trois autres « mémos sur la torture » pour annuler les préoccupations de l’inspecteur général. Le nouveau chef de la CIA, John Brennan, reste dans le déni et le mode d’étouffement de l’affaire.

Lire l’intégralité de l’article: http://www.opednews.com/articles/Top-10-Torturer-List-Actua-by-William-Boardman-Accomplices_CIA_Crime_Criminal-141220-197.html

Pourquoi l’affaire Snowden a été utile au gouvernement américain

Tout a commencé à Hong Kong, en juin 2013, quand Laura Poitras et Glenn Greenwald ont dévoilé l’identité d’un jeune analyste des services secrets américains qui lançait l’alerte sur le programme Prism de la NSA. Edward Snowden est très vite qualifié de « traître », dès le début de l’affaire, par certains hommes politiques aux Etats-Unis, notamment par Dick Cheney. En août 2013, Obama affirme, tout en engageant des promesses de réformes au sein de la NSA: « Non, je ne pense pas que M. Snowden a été un patriote. » (CNN) Mais cet avis négatif contraste, malgré tout, avec les premiers idéaux défendus par Obama, quand il parlait de la défense des lanceurs d’alerte:

« Protéger les lanceurs d’alerte: Souvent, la meilleure source d’information sur les pertes, la fraude et les abus au sein du gouvernement, c’est un employé du gouvernement existant commis à l’intégrité publique et disposé à parler. De tels actes de courage et de patriotisme, qui peuvent parfois sauver des vies et souvent faire économiser des dollars au contribuable, devraient être encouragés plutôt qu’étouffés. Nous devons responsabiliser les employés fédéraux comme garde-fous face à des actes répréhensibles et des partenaires qui agissent. Barack Obama va renforcer les lois sur les lanceurs d’alerte pour protéger les travailleurs fédéraux qui exposent les pertes, la fraude et l’abus de pouvoir au sein du gouvernement. Obama fera en sorte que les organismes fédéraux accélèrent le processus d’examen des demandes en matière de divulgation et que les lanceurs d’alerte aient pleinement accès aux tribunaux et à une procédure régulière ». (Policy.Mic)

Un article du Guardian daté de janvier 2014 montre bien cette contradiction entre, d’un côté, les critiques et les attaques contre Snowden dans les médias, et de l’autre, un gouvernement américain qui admet timidement que cette affaire a été utile à ouvrir le débat, un gouvernement qui avoue d’une certaine manière qu’ils n’auraient pas pu réformer le monde du renseignement sans tout le chaos de cette affaire:

Malgré sa critique de la divulgation des documents par Snowden, Obama a reconnu l’importance du débat sur la surveillance du gouvernement.

« Une chose dont je suis certain: c’est que ce débat nous rendra plus forts », a déclaré Obama. (The Guardian)

De là, à demander: le chaos de l’affaire Snowden a-t-il été savamment orchestré pour conduire à des réformes réfléchies et projetées par le gouvernement américain depuis une assez longue période?… On ne pourra jamais l’affirmer avec certitude, mais le gouvernement américain a certainement pu en tirer plus d’avantages qu’on ne pense.

Si on résume quelques aspects de l’affaire Snowden qui ont pu profiter au gouvernement américain:

– Cela a permis d’informer le grand public sur les programmes de surveillance, alors que jamais une telle prise de conscience ne s’est accomplie au niveau mondial dans les médias. Si l’objectif était l’information de masse sur la surveillance, on peut dire que c’est réussi.

– Le débat sur la vie privée a pu être lancé au niveau mondial, tout en exposant le caractère technique de ce problème. Les technologies qui protègent l’anonymat, comme le logiciel TOR, ont pu être mieux connues et expliquées au grand public.

– Le débat éthique a pu se poser au sein des services de renseignement, tout en posant la question de l’efficacité des méthodes de surveillance. La collecte des données n’améliore pas forcément la sécurité, comme on l’a appris en ce qui concerne le terrorisme.

– La NSA a pu attirer de jeunes recrues au sein de ses services de renseignement, grâce à la médiatisation des révélations d’Edward Snowden, en exposant le travail des services secrets et en utilisant l’image d’un lanceur d’alerte auquel n’importe quel adolescent peut s’identifier.

– Les Etats-Unis ont pu relancer une forme de guerre froide avec la Russie, quelques mois à peine avant le conflit en Ukraine. Etait-ce une coïncidence si Snowden a trouvé refuge à Moscou? Sa mission aurait-elle pu être d’infiltrer le renseignement russe au profit des services secrets américains?

– Les médias ont pu montrer Hong Kong comme une ville de liberté d’expression qui a largement soutenu le lanceur d’alerte, dans un contexte de domination et de conflit idéologique avec la Chine, un conflit qui a récemment pris la forme de la « révolution des parapluies » en septembre-octobre 2014, soit un an après l’affaire Snowden.

Ce sont autant d’éléments qui peuvent indiquer que les révélations d’Edward auraient pu être planifiées au plus haut niveau du gouvernement américain, dans un objectif calculé de réformes politiques. Mais, d’un autre côté, on ne peut pas exclure la possibilité que tout cela soit dû au hasard et à la bonne conscience d’un ancien agent de la NSA dont le courage servira de modèle aux générations futures.

A tout cela vient s’ajouter aujourd’hui une réforme de la CIA, ainsi qu’une réforme qui a – semble-t-il – échoué pour les agents du Pentagone en novembre dernier:

Le Pentagone a revu à la baisse son plan pour assembler un service d’espionnage à l’étranger capable de rivaliser en taille avec la CIA (Washington Post)

Mais si le Pentagone semble avoir abandonné son projet de réforme, la réforme de la CIA a sans doute plus de chances d’être mise en place par le gouvernement américain:

Le directeur de la CIA John Brennan fait la promotion d’un plan de réorganisation de la Central Intelligence Agency qui rendra plus probable que l’analyse du renseignement sera politisée afin de soutenir les intérêts de la Maison Blanche et des décideurs de haut niveau. (Counterpunch)

On peut donc effectivement dire que l’affaire Snowden a bouleversé le monde du renseignement américain et que toutes ces réformes n’auraient pas eu lieu sans une prise de conscience collective face aux défis de la surveillance.

Il y a eu non seulement un renforcement du débat sur la surveillance, mais aussi un renforcement du rôle des services secrets, grâce à la modernisation et aux réformes en cours qui ont pour but d’améliorer leur efficacité, tout en respectant mieux la vie privée des citoyens.

Au bout du compte, Snowden a simplement mis en évidence les failles du système de surveillance américain. Et comme tout système, il y a toujours des choses à améliorer.

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CC BY-SA

SYRIE: Un rapport américain révèle que les rebelles du front al-Nosra ont maîtrisé la production du gaz sarin

Par Seymour M. Hersh
Mondialisation.ca, 13 décembre 2013
London Review of Books

SYRIE: Le sarin de qui?

Sarin-SyrieBarack Obama n’a pas tout dit cet automne quand il a essayé de nous convaincre que Bashar al-Assad était responsable des attaques à l’arme chimique près de Damas le 22 août. Dans certaines circonstances, il a omis des informations importantes, et dans d’autres, il a présenté des suppositions comme des faits. Plus important, il n’a pas reconnu un fait bien connu de la communauté des services de renseignements: que l’armée syrienne n’est pas la seule partie dans la guerre civile de ce pays à avoir accès au sarin, ce gaz neurotoxique qui d’après une étude de l’ONU – qui n’assigne aucune responsabilité – a été utilisé dans l’attaque à la roquette. Durant les mois qui ont précédé cette attaque, les services de renseignements américains ont produit une série de rapports classés hautement confidentiels, culminant par un Operation Order – un document de planification en prévision d’une invasion au sol – qui citait des preuves que le Front al-Nosra, un groupe de djihadistes affilié à Al-Qaïda, maîtrisait la technique de production du sarin et était capable d’en produire en quantité. Quand les attaques ont eu lieu, al-Nosra aurait dû faire partie des suspects, mais le gouvernement a sélectionné avec soin les renseignements qui pouvaient justifier une frappe contre Assad.

Dans son discours télévisé national sur la Syrie, le 10 Septembre, Obama a fermement rejeté la responsabilité de l’attaque au gaz sarin, sur la banlieue de Ghouta Est tenue par les rebelles, sur le gouvernement d’Assad, et a clairement indiqué qu’il était prêt à mettre à exécution ses mises en garde publiques antérieures selon lesquelles l’utilisation d’armes chimiques était une « ligne rouge » à ne pas franchir : « le gouvernement d’Assad a gazé à mort plus de mille personnes, a-t-il dit. « Nous savons que le régime d’Assad est responsable … Et c’est pourquoi, après mûre réflexion, j’ai décidé qu’il est dans l’intérêt de la sécurité nationale des États-Unis de riposter à l’utilisation par le régime Assad d’armes chimiques par une frappe militaire ciblée. » Obama allait entrer en guerre pour appuyer une menace publique, mais il le faisait sans savoir avec certitude qui avait fait quoi au petit matin du 21 Août.

Il a cité une liste de ce qui semblait être des preuves durement arrachées de la culpabilité de M. Assad : « Dans les jours qui ont précédé le 21 Août, nous savons que le personnel d’armes chimiques d’Assad s’étaient préparé pour une attaque près d’une zone où se fabriquait le gaz sarin. Ils ont distribué des masques à gaz pour leurs troupes. Puis ils ont tiré des roquettes à partir d’une zone contrôlée par le régime sur 11 quartiers que le régime avait tenté de nettoyer de toute force d’opposition  ». La certitude d’Obama fut relayée à l’époque par Denis McDonough, son chef de cabinet, qui a déclaré au New York Times : « Aucun de mes interlocuteurs n’a de doute sur cette information » qui établit un lien direct entre Assad et son régime et les attaques au sarin.

Mais au cours de récentes interviews avec des officiers du renseignement et militaires en exercice et à la retraite, j’ai trouvé une forte préoccupation, et parfois de la colère, sur ce qui a été perçu à plusieurs reprises comme une manipulation délibérée de l’information. Un officier de renseignement de haut niveau, dans un e-mail à un collègue, a qualifié les assurances de l’administration sur la responsabilité d’Assad de « ruse ». L’attaque « n’est pas l’oeuvre du régime actuel », écrit-il. Un ancien haut fonctionnaire du renseignement m’a dit que l’administration Obama avait déformé les informations disponibles – en termes de chronologie et de séquence – pour permettre au président et à ses conseillers de donner l’impression que l’information avait été obtenue en temps réels, au moment même où l’attaque se produisait. La distorsion, dit-il, lui rappelait l’incident du golfe du Tonkin en 1964, lorsque l’administration Johnson a inversé la séquence des messages interceptés par la NSA pour justifier l’un des premiers bombardements du Nord-Vietnam. Le même responsable a dit qu’il y avait une immense frustration au sein de la bureaucratie militaire et du renseignement : « Les gars lèvent les bras au ciel en disant : « Comment pouvons-nous aider ce gars » – Obama – « si lui et ses copains à la Maison Blanche inventent les informations au fur et à mesure ? »

Les plaintes portent principalement sur ce que Washington n’avait pas : un signe annonciateur quelconque chez l’auteur présumé de l’attaque. La communauté du renseignement militaire produit depuis des années chaque matin un résumé de renseignement hautement classifié, connu comme le Morning Report (rapport matinal), pour le secrétaire à la Défense et le président des chefs d’état-major ; une copie est transmise aussi au conseiller à la sécurité nationale et au directeur du renseignement national. Le Morning Report ne contient aucune information politique ou économique, mais fournit un résumé des événements militaires importants à travers le monde, avec tous les renseignements disponibles à leur sujet. Un consultant supérieur du renseignement m’a dit que peu de temps après l’attaque, il a examiné les rapports du 20 au 23 Août. Pendant deux jours – les 20 et 21 août – il n’y avait aucune mention de la Syrie. Le 22 Août l’élément principal dans le rapport traitait de l’Egypte ; un autre article abordait les changements internes dans la structure de commandement de l’un des groupes rebelles en Syrie. Rien n’avait été noté sur l’utilisation du gaz neurotoxique à Damas ce jour-là. Ce n’est que le 23 Août que l’utilisation du sarin est devenue une question dominante, alors que des centaines de photos et de vidéos du massacre avaient déjà fait le tour du monde en quelques heures sur YouTube, Facebook et autres sites de médias sociaux. À ce stade, l’administration n’en savait pas plus que le public.

Obama a quitté Washington tôt le 21 Août pour une tournée mouvementée de conférences de deux jours à New York et en Pennsylvanie ; selon le bureau de presse de la Maison Blanche, il a été informé plus tard dans la journée de l’attaque, et de la colère grandissante du public et des médias, L’absence de toute information sur le terrain était évidente le 22 Août, lorsque Jen Psaki, porte-parole du département d’Etat, a déclaré aux journalistes : « Nous ne pouvons pas déterminer avec certitude l’utilisation d’armes chimiques. Mais nous consacrons tout notre temps à cette affaire… à faire tout ce qui est en notre pouvoir pour établir les faits » Le ton de l’administration s’est durci de 27 Août, quand Jay Carney, attaché de presse de M. Obama, a déclaré aux journalistes – sans fournir aucune information précise – que toutes les suggestions que le gouvernement syrien n’était pas responsable « sont aussi absurdes que de suggérer que l’attaque n’a jamais eu lieu. »

L’absence d’alerte immédiate au sein de la communauté du renseignement américain démontre qu’il n’y avait pas d’information sur les intentions syriennes dans les jours qui ont précédé l’attaque. Et il y a au moins deux façons pour les États-Unis d’en avoir eu connaissance à l’avance: les deux ont été abordés dans l’un des documents secrets américains des services de renseignement qui ont été rendus publics ces derniers mois par Edward Snowden, l’ancien sous-traitant de la NSA.

Le 29 Août, le Washington Post a publié des extraits du budget annuel pour tous les programmes nationaux de renseignement, agence par agence, fournis par Snowden. En consultation avec l’administration Obama, le journal a choisi de publier seulement une petite partie du document de 178 pages, qui a une classification plus élevée que top secret, mais il a résumé et publié un article traitant de certains problématiques. Un d’entre eux est l’absence de surveillance du bureau d’Al-Assad. Le document indique que le réseau mondial d’écoute électronique de la NSA avait été « en mesure de surveiller les communications non cryptées entre hauts responsables militaires dès le début de la guerre civile ». Mais qu’il s’agissait d’ « une vulnérabilité dont les forces du président Bachar al-Assad se ont apparemment rendus compte plus tard ». En d’autres termes, la NSA n’avait plus accès aux conversations du haut commandement militaire en Syrie, parmi lesquelles les communications cruciales d’Assad, telles que les ordres pour une attaque au gaz neurotoxique. (Dans ses déclarations publiques depuis le 21 Août, l’administration Obama n’a jamais prétendu avoir des informations précises reliant personnellement Assad à l’attaque.)

Le quotidien a également fourni la première indication de l’existence d’un système de capteurs secrets à l’intérieur de la Syrie, conçu pour fournir un avertissement précoce sur toute modification de statut des armes chimiques de l’arsenal du régime. Les capteurs sont suivis par le National Reconnaissance Office, l’organisme qui contrôle tous les satellites de renseignement américains en orbite. Selon le résumé du Washington Post, le NRO est également chargé « de l’extraction de données à partir de capteurs placés sur le terrain » à l’intérieur de la Syrie. L’ancien responsable du renseignement, qui avait une connaissance directe du programme, m’a dit que les capteurs NRO ont été implantés près de tous les sites de stockage d’armes chimiques connus en Syrie. Ils sont conçus pour assurer une surveillance constante de la circulation des ogives chimiques stockées par l’armée. Mais beaucoup plus important, en termes d’alerte, est la capacité des capteurs d’alerter les services de renseignements des États-Unis et d’Israël lorsque les ogives sont armés de sarin. (En tant que pays voisin, Israël a toujours été à l’affût des changements dans l’arsenal chimique syrien, et travaille en étroite collaboration avec les services de renseignement américains sur les premiers avertissements.) Une ogive chimique, une fois chargée de sarin, a une durée de vie de quelques jours seulement – l’agent neurotoxique provoque presque immédiatement une corrosion de la fusée : c’est une arme de destruction massive qui, une fois préparée, doit être utilisée immédiatement sinon elle est perdue. « L’armée syrienne n’a pas trois jours pour se préparer à une attaque chimique, » m’a dit l’ancien responsable du renseignement. « Nous avons créé ce système de capteurs pour déclencher une première alerte, comme une alerte de raid aérien ou une alarme d’incendie. On ne peut pas attendre trois jours parce que toutes les personnes impliquées seraient déjà mortes. C’est soit toute suite, soit trop tard. Vous ne passez trois jours à préparer un tir de gaz neurotoxique. » Les capteurs n’ont détecté aucun mouvement dans les mois et les jours qui ont précédé le 21 Août, a déclaré l’ancien fonctionnaire. Il est bien entendu possible que le sarin ait été fourni à l’armée syrienne par d’autres biais, mais l’absence d’avertissement signifie que Washington n’était pas en mesure de surveiller en temps réel les événements de Ghouta Est.

Les capteurs ont déjà fonctionné dans le passé, chose que les dirigeants syriens ne savaient que trop bien. Au mois de décembre dernier, le système de capteurs a détecté des signes de ce qui semblait être une production de sarin dans un dépôt d’armes chimiques. Il n’était pas immédiatement clair si l’armée syrienne simulait la production de gaz sarin dans le cadre d’un exercice (tous les militaires font constamment ce genre d’exercices) ou si elle préparait réellement une attaque. A l’époque, Obama avait publiquement mis en garde la Syrie que l’emploi de sarin était « totalement inacceptable » ; un message similaire avait été également transmis par voie diplomatique. Par la suite, l’incident se révéla faire partie d’une série d’exercices, selon l’ancien haut responsable du renseignement : « Si ce que les capteurs ont détecté en décembre dernier était suffisamment important pour que le Président en arrive à leur dire « Arrêtez ça », pourquoi n’a-t-il pas émis le même avertissement trois jours avant l’attaque au gaz du mois d’août ? »

La NSA bien sûr surveillerait le bureau d’Assad 24/24h si elle le pouvait, a déclaré l’ancien fonctionnaire. D’autres communications – de différentes unités de l’armée au combat à travers la Syrie – seraient beaucoup moins importantes, et ne seraient pas analysées en temps réel. « Il y a littéralement des milliers de fréquences radio tactiques utilisées par les unités sur le terrain en Syrie pour des communications de routine banales, dit-il , « et il faudrait mobiliser un très grand nombre de cryptologues de la NSA – et le retour utile serait que dalle. » Mais le « bavardage » est néanmoins régulièrement stocké sur des ordinateurs. Lorsque l’ampleur des événements du 21 août fut perçue, la NSA a mis sur pied un effort global pour chercher des indices annonciateurs de l’attaque, en examinant toutes les archives des communications stockées. Un ou deux mots clés sont choisis et un filtre est employé pour retrouver les conversations pertinentes. « Ce qui s’est passé ici, c’est que les imbéciles [weeniesde la NSA sont partis d’un événement – l’utilisation de sarin – et ont tenté de retrouver des conversations susceptibles d’être en rapport avec cet évènement » a déclaré l’ex-fonctionnaire. « Cela ne donne pas une évaluation très fiable, sauf si vous partez du principe que Bachar al-Assad a ordonné l’attaque et qu’ensuite vous cherchez tout ce qui pourrait le confirmer. » Le tri sélectif des données était similaire à la procédure utilisée pour justifier la guerre en Irak.

La Maison Blanche a eu besoin de neuf jours pour préparer son dossier contre le gouvernement syrien. Le 30 Août, elle a invité un groupe de journalistes à Washington (au moins un journaliste souvent critique, Jonathan Landay, le correspondant sur les questions de sécurité nationale pour McClatchy Newspapers, n’a pas été invité), et leur a remis un document soigneusement étiqueté comme une « évaluation du gouvernement  », plutôt que comme une évaluation des services de renseignement. Le document était essentiellement un argumentaire politique pour soutenir les accusations de l’administration contre le gouvernement Assad. Cependant, il était plus précis qu’Obama ne le sera plus tard, dans son discours du 10 Septembre: les services de renseignement américains, disait le document, savaient que la Syrie avait commencé à « préparer des armes chimiques » trois jours avant l’attaque. Dans un discours agressif prononcé plus tard ce jour-là, John Kerry a fourni plus de détails. Il a dit que « le personnel d’armes chimiques » de la Syrie « étaient sur le terrain, dans la région, en train de faire des préparatifs » dès le 18 Août. « Nous savons qu’il a été dit à des éléments du régime syrien de se préparer à une attaque en mettant des masques à gaz et de prendre des précautions liées à des armes chimiques. » L’évaluation du gouvernement et les commentaires de Kerry laissaient entendre que l’administration avait suivi en direct l’attaque au gaz sarin. C’est cette version là, fausse mais non contestée, qui a été largement diffusée à l’époque.

Une réaction imprévue est venue sous la forme de plaintes formulées par la direction de l’Armée Syrienne Libre et d’autres sur l’absence de mise en garde. « C’est incroyable, ils n’ont rien fait pour avertir les gens ou essayer d’arrêter le régime avant le crime, » a déclaré Razan Zaitouneh, un député de l’opposition qui a vécu dans une des villes touchées par le sarin, à la revue Foreign Policy. Le quotidien Daily Mail a été plus direct: « Un rapport des services de renseignement indique que des responsables américains étaient au courant de l’attaque au gaz neurotoxique en Syrie trois jours avant qu’elle ne tue 1400 personnes – dont plus de 400 enfants. » (Le nombre de morts suite à l’attaque varie considérablement, d’un minimum de 1429, selon le chiffre initialement annoncé par l’administration Obama, à beaucoup moins ; un groupe syrien de défense des droits de l’homme a fait état de 502 morts ; Médecins sans Frontières en a annoncé 355, et un rapport français a répertorié 281 cas de décès connus. Le chiffre étonnamment précis avancé par les Etats-Unis était fondé, selon un rapport ultérieur publié par le Wall Street Journal, non pas sur un décompte réel des corps, mais sur une extrapolation effectuée par les analystes de la CIA , qui ont introduit plus d’une centaine de vidéos de Ghouta trouvées sur YouTube dans un système informatique et ont ensuite examiné les images pour trouver des cadavres. En d’autres termes, ce n’était guère plus qu’une conjecture.)

Cinq jours plus tard, un porte-parole du Bureau du directeur du renseignement national a répondu aux plaintes. Une déclaration à l’agence Associated Press disait que les informations sur lesquelles étaient fondées les affirmations antérieures de l’administration n’étaient pas connues au moment de l’attaque, mais n’avaient été récupérées que par la suite: « Soyons clairs, les États-Unis n’ont pas observé, en temps réel, comment cette attaque terrible a eu lieu. Les services de renseignement ont pu recueillir et analyser les informations après les faits et déterminer que les éléments du régime d’Assad ont en effet pris des mesures pour se préparer avant d’utiliser des armes chimiques. » Mais comme la presse américaine avait déjà son histoire à raconter, cette rétraction n’a reçue que peu d’attention. Le 31 Août, le Washington Post, en s’appuyant sur l’évaluation du gouvernement, a rapporté de manière saisissante et en première page que les services de renseignement américains avaient pu enregistrer « chaque étape » de l’attaque par l’armée syrienne en temps réel, « depuis les vastes préparatifs pour le lancement de fusées jusqu’aux évaluations effectuées après l’action par des responsables syriens ». Le journal n’a pas publié le correctif d’Associated Press et la Maison Blanche a gardé sa mainmise sur la version des évènements.

Et donc, lorsque Obama a déclaré le 10 Septembre que son administration savait que le personnel d’armes chimiques d’Assad avait préparé l’attaque à l’avance, il fondait sa déclaration non pas sur des informations interceptées en direct, mais sur des communications analysées plusieurs jours après le 21 Août. L’ancien responsable du renseignement a expliqué que la chasse aux échanges pertinents est remontée jusqu’à l’exercice détecté au mois de décembre précédent, dans lequel, comme Obama l’a dit plus tard en public, l’armée syrienne avait mobilisé le personnel d’armes chimiques et distribué des masques à gaz à ses troupes. L’évaluation de la Maison Blanche et le discours d’Obama ne constituent pas une description précise des événements qui ont précédé l’attaque du 21 Août mais un compte-rendu d’une séquence de mesures que l’armée syrienne prendrait en cas d’attaque chimique. « Ils ont reconstitué l’histoire, » a déclaré l’ex-fonctionnaire, « à partir de différentes piècesLe modèle employé était celui qui remonte au mois de Décembre ». Il est possible, bien sûr, que Barack Obama n’était pas au courant que ce compte-rendu avait été établi à partir d’une analyse du protocole de l’armée syrienne en cas d’attaque au gaz, plutôt que sur des observations directes. Quoi qu’il en soit, il était arrivé à une conclusion hâtive.

La presse allait emboîter le pas. Le rapport de l’ONU du 16 Septembre confirmant l’utilisation de sarin a pris soin de préciser que l’accès des enquêteurs sur les lieux de l’attaque, cinq jours après qu’elle ait eu lieu, avait été sous le contrôle des forces rebelles. « Comme pour d’autres sites, » avertit le rapport , « ces sites ont été largement fréquentés par d’autres personnes avant l’arrivée de la mission … Pendant notre séjour, des individus sont arrivés en transportant d’autres munitions suspectes, ce qui indique que ces éléments de preuve potentiels sont en train d’être déplacés et peut-être manipulés ». Pourtant, le New York Times s’est emparé du rapport, à l’instar des responsables américains et britanniques, pour affirmer que celui-ci fournissait des preuves accablantes qui confirmaient les affirmations de l’administration. Une annexe au rapport de l’ONU reproduit des photos prises sur YouTube de quelques munitions récupérées, dont une fusée qui « correspond précisément » aux caractéristiques d’un obus d’artillerie de calibre 330. Le New York Times a écrit que l’existence de ces fusées prouvait sans conteste que le gouvernement syrien était responsable de l’attaque « parce que de telles armes n’avaient jamais été signalées entre les mains de l’insurrection ».

Theodore Postol, professeur de technologie et de sécurité nationale au MIT, a examiné les photos de l’ONU avec un groupe de collègues et a conclu que la grosse fusée de calibre était une munition improvisée qui avait été très probablement fabriquée localement. Il m’a dit qu’elle était « quelque chose que vous pourriez fabriquer dans un atelier d’usinage artisanal ». La fusée dans les photos, a-t-il ajouté, ne correspond pas aux spécifications d’une fusée similaire mais plus petite connue comme faisant partie de l’arsenal syrien. Le New York Times, s’appuyant à nouveau sur les données du rapport de l’ONU, a également analysé la trajectoire de vol de deux des roquettes tirées et soupçonnées d’avoir transporté du sarin, et a conclu que l’angle de descente « pointait directement » vers une base de l’armée syrienne située à plus de neuf kilomètres de la zone d’impact. Postol, qui a été conseiller scientifique auprès du chef des opérations navales du Pentagone, a déclaré que les affirmations du Times et d’autres « n’étaient pas fondées sur des observations réelles ». Il a conclu que les analyses de la trajectoire de vol en particulier étaient, selon ses termes dans un courrier électronique, « complètement loufoques », car une étude approfondie démontrait qu’il était « improbable » que la portée de ces roquettes improvisées soit supérieur à deux kilomètres. Postol et un collègue, Richard M. Lloyd, ont publié une analyse deux semaines après le 21 Août dans laquelle ils ont correctement calculé que les roquettes impliquées transportaient beaucoup plus de sarin que précédemment estimé. Le Times a rapporté en détail cette analyse, en décrivant Postol et Lloyd comme des « experts de premier plan en armement ». Mais l’étude ultérieure des deux hommes sur les trajectoires des fusées, qui contredisait les précédents rapports du Times, a été envoyée au journal la semaine dernière et, à ce jour, le quotidien n’en a toujours pas fait état.

La fausse déclaration de la Maison Blanche sur ce qu’elle savait à propos de l’attaque, et quand elle l’a sue, n’a eu d’égal que sa volonté de ne pas tenir compte des renseignements qui pouvaient nuire à sa version des événements. Cette information concerne al-Nosra, le groupe rebelle islamiste désigné par les Etats-Unis et les Nations Unies comme une organisation terroriste. al-Nosra est connue pour avoir réalisé des dizaines d’attentats suicides contre des chrétiens et autres sectes musulmanes non sunnites à l’intérieur de la Syrie, et pour avoir attaqué son allié initial dans la guerre civile, l’Armée Syrienne Libre (ASL) laïque. Son objectif déclaré est de renverser le régime d’Assad et d’instaurer la charia. (Le 25 Septembre al-Nosra a rejoint plusieurs autres groupes rebelles islamistes en répudiant l’ASL et une autre faction laïque, la Coalition Nationale Syrienne.)

Le redoublement d’intérêt américain pour al-Nosra et le sarin a été provoqué par une série de petites attaques à l’arme chimique qui se sont produites en Mars et Avril ; à l’époque, le gouvernement syrien et les rebelles s’accusaient mutuellement. L’ONU a finalement conclu que quatre attaques chimiques avaient eu lieu, mais sans attribuer de responsabilité. Un fonctionnaire de la Maison Blanche a déclaré à la presse fin avril que les services de renseignement avaient estimé « avec différents niveaux de certitude » que le gouvernement syrien était responsable de ces attaques. Assad avait franchi la « ligne rouge » d’Obama. L’évaluation d’avril a fait la une des journaux mais quelques mises en garde importantes ont été perdues en cours de route. Le fonctionnaire anonyme qui a dirigé la séance d’information a reconnu que les évaluations des services de renseignement « ne sont pas à elles seules suffisantes ». « Nous voulons, a-t-il dit, enquêter au-delà de ces évaluations pour recueillir des faits afin que nous puissions établir un ensemble d’informations crédibles et corroborées qui peuvent ensuite être transmises à nos décideurs. » En d’autres termes, la Maison Blanche n’avait aucune preuve directe de l’implication de l’armée ou du gouvernement syriens, un fait rarement mentionné par la presse. Le discours musclé d’Obama passait bien auprès du public et du Congrès qui considéraient Assad comme un assassin sans pitié.

Deux mois plus tard, un communiqué de la Maison Blanche a annoncé un changement dans l’évaluation de la culpabilité syrienne et a déclaré que les services de renseignement avaient maintenant « une grande certitude  » que le gouvernement Assad était responsable de pas moins de 150 décès dus à des attaques au sarin. Ce qui a fait encore plus la une des journaux. On annonça à la presse qu’Obama, en réponse à cette nouvelle donnée, avait ordonné une augmentation de l’aide non létale à l’opposition syrienne. Mais encore une fois, il y avait d’importantes réserves. Cette nouvelle information contenait un rapport selon lequel les responsables syriens avaient planifié et exécuté les attaques. Aucun détail n’était fourni, pas plus que l’identité des auteurs du rapport. Le communiqué de la Maison Blanche précisait que l’analyse en laboratoire avait confirmé l’utilisation de sarin, mais aussi que cette utilisation confirmée de l’agent neurotoxique « ne nous dit pas comment ni où les individus ont été exposés ni qui est responsable de sa diffusion ». La Maison Blanche a en outre déclaré: « Nous n’avons pas de rapports corroborés et fiables qui indiquent que l’opposition en Syrie a acquis ou utilisé des armes chimiques ». Cette déclaration contredit les preuves fournies à l’époque par les services de renseignement des États-Unis.

Dès la fin du mois de mai, m’a dit le consultant du renseignement, la CIA avait informé l’administration Obama sur al-Nosra et son emploi de sarin, et avait envoyé des rapports alarmants qu’un autre groupe fondamentaliste sunnite actif en Syrie, al-Qaïda en Irak (AQI), avait également maîtrisé la fabrication de sarin. À l’époque, al-Nosra opérait dans les zones proches de Damas, y compris à Ghouta Est. Un document des services de renseignement émis au milieu de l’été a abondamment traité la cas de Ziyaad Tariq Ahmed, un expert en armes chimiques et ancien membre de l’armée irakienne, dont la présence était signalée en Syrie et qui opérait dans la région de Ghouta Est. Le consultant m’a dit que Tariq avait été identifié « comme un gars d’al-Nosra, connu pour avoir fabriqué du gaz moutarde en Irak et comme quelqu’un impliqué dans la fabrication et l’utilisation de sarin. » Il est considéré comme une cible majeure par l’armée américaine.

Le 20 Juin, un câble top secret de quatre pages récapitulant les capacités d’al-Nosra en armes chimiques fut transmis à David R. Shedd, vice-directeur de la Defense Intelligence Agency [Renseignement de l’Armée – NddT]. « Shedd a été informé de manière précise et complète », a dit le consultant. « Ce n’était pas un tas de « nous pensons que… ». » Il m’a dit que le câble ne précisait pas si c’était les rebelles ou l’armée syrienne qui avaient lancé les attaques en Mars et Avril, mais il confirmait les rapports antérieurs selon lesquels al-Nosra avait la possibilité d’acquérir et d’utiliser le sarin. Un échantillon du sarin utilisé avait également été récupéré – à l’aide d’un agent israélien – mais, selon le consultant, on ne trouve aucune mention de cet échantillon dans les échanges de câbles.

Indépendamment de ces évaluations, les chefs d’état-major, en prévision d’un envoi de troupes américaines en Syrie pour s’emparer des stocks d’agents chimiques du gouvernement, ont demandé une analyse générale des menaces potentielles. « L’Ordre d’Opération fournit la base de l’exécution d’une mission militaire, lorsqu’elle est ordonnée » a expliqué l’ancien responsable du renseignement. « Cela inclut l’éventuelle nécessité d’envoyer des soldats américains sur un site chimique syrien pour empêcher les rebelles de s’en saisir. Si les rebelles djihadistes devaient prendre le contrôle d’un site, l’hypothèse est qu’Assad ne nous attaquerait pas parce que nous serions en train de protéger les produits chimiques des rebelles. Tous les Ordres d’Opération contiennent une estimation des menaces potentielles. Nous avions des analystes techniques de la CIA, de la Defense Intelligence Agency, de spécialistes en armements, et des gens des services d’alerte qui travaillaient sur le problème … Ils ont conclu que les forces rebelles étaient capables d’attaquer les forces américaines avec du sarin parce qu’ils étaient capables d’en produire. Cette conclusion s’appuyait sur des indications et des renseignements humains, ainsi que sur des intentions exprimées et la capacité technique des rebelles. »

Il est prouvé que pendant l’été des membres des chefs d’état-major ont été troublés par la perspective d’une invasion terrestre de la Syrie ainsi que par le désir professé par Obama de fournir un appui non létal aux factions rebelles. En Juillet, le général Martin Dempsey, président du Conseil des Chefs d’état-major, a fourni une évaluation pessimiste en déclarant, au cours d’une audition publique devant la Commission des Armées du Sénat, que « des milliers d’hommes des forces spéciales et d’autres forces terrestres » seraient nécessaires pour s’emparer de l’arsenal très dispersé d’armes chimiques en Syrie, ainsi que « des centaines d’avions, de navires, de sous-marins et autres matériels de logistique ». Les estimations du Pentagone étaient de soixante-dix mille hommes, en partie parce que les forces américaines auraient également à protéger la flotte de fusées syriennes: l’accès à de grandes quantités de produits chimiques pour créer du sarin n’avait pas grand intérêt pour les rebelles sans les moyens requis pour l’expédier. Dans une lettre au sénateur Carl Levin, Dempsey a mis en garde que la décision de saisir l’arsenal syrien pourrait avoir des conséquences inattendues : « Nous avons appris de ces dix dernières années, cependant, qu’il ne suffit pas de simplement modifier l’équilibre des forces militaires si on ne prête pas soigneusement attention à préserver le fonctionnement de l’Etat… Si les institutions du régime devaient s’effondrer en l’absence d’une opposition viable, nous pourrions par inadvertance donner le pouvoir aux extrémistes ou libérer les armes chimiques que nous cherchons justement à contrôler ».

La CIA a refusé de commenter cet article. Le porte-parole de la DIA et le Bureau du directeur du renseignement national (Office of the Director of National Intelligence – ODNI) ont dit qu’ils n’étaient pas au courant du rapport de Shedd et, lorsqu’ils ont reçu les références précises du câble, ont dit qu’ils ne le trouvaient pas. Shawn Turner, directeur des affaires publiques de l’ODNI, a déclaré qu’aucune agence de renseignement américaine, y compris la DIA , « n’affirme que le Front al-Nosra a réussi à développer une capacité à fabriquer du sarin ».

Les responsables des affaires publiques de l’administration sont moins préoccupés par le potentiel militaire d’al-Nosra que Shedd dans ses déclarations publiques. À la fin de juillet, il a donné un compte-rendu alarmant sur la puissance d’al-Nosra au Forum annuel sur la sécurité à Aspen, dans le Colorado. « On compte pas moins de 1200 groupes disparates au sein de l’opposition » a dit Shedd, selon un enregistrement de sa présentation. « Et parmi cette opposition, le Front al-Nosra est … le plus efficace et gagne en force. » Ceci, a-t-il dit, « est une grave préoccupation pour nous. Si rien n’est fait, je suis très inquiet que les éléments les plus radicaux » – il a également cité Al-Qaïda en Irak – « prennent le pouvoir ». La guerre civile, a-t-il ajouté, « ne fera que s’aggraver au fil du temps … la violence incommensurable est encore à venir. » Shedd n’a fait aucune mention d’armes chimiques dans son intervention, mais il n’en avait pas l’autorisation: les rapports reçus à son bureau étaient hautement confidentiels.

Une série de dépêches secrètes sur la Syrie pendant l’été ont signalé que des membres de l’ASL se plaignaient auprès des services de renseignement américains d’attaques répétées sur leurs forces par les combattants d’al-Nosra et al-Qaïda. Les rapports, selon le consultant du renseignement qui les avait lus, fournissaient la preuve que l’ASL est « plus préoccupée par les cinglés que par Assad ». L’ASL est composée en grande partie de transfuges de l’armée syrienne. L’administration Obama, déterminée à faire tomber le régime d’Assad et à poursuivre le soutien aux rebelles, a cherché dans ses déclarations publiques depuis l’attaque à minimiser l’influence des factions salafistes et wahhabites. Au début de Septembre, John Kerry a abasourdi un auditoire du Congrès en affirmant soudainement qu’al-Nosra et d’autres groupes islamistes étaient des acteurs minoritaires au sein de l’opposition syrienne. Plus tard, il a retiré ses propos.

Après le 21 Août, à la fois lors des séances d’information publiques et privées, l’administration a ignoré les informations disponibles sur l’accès potentiel d’al-Nosra au sarin et a continué à prétendre que le gouvernement Assad était le seul à détenir des armes chimiques. Tel est le message véhiculé dans les différents briefings secrets que les membres du Congrès ont eus dans les jours qui ont suivi l’attaque, lorsque Obama cherchait du soutien pour son offensive par missile contre des installations militaires syriennes. Un législateur avec plus de 20 ans d’expérience dans les affaires militaires m’a dit qu’il est reparti d’une de ces séances avec la conviction que « seul le gouvernement Assad possédait du sarin et pas les rebelles. » De même, après la publication du rapport de l’ONU le 16 Septembre qui confirmait que du sarin avait été utilisé le 21 Août, Samantha Power, l’ambassadrice américaine à l’ONU, a déclaré lors d’une conférence de presse: « Il est très important de noter que seul le régime [Assad] possède du sarin, et nous n’avons aucune preuve que l’opposition en possède ».

On ne sait pas si le rapport hautement confidentiel sur al-Nosra a été mis à la disposition de Power, mais son commentaire était à l’image de l’attitude qui prévalait au sein de l’administration . « L’hypothèse première était que Assad avait fait le coup, » m’a dit l’ancien responsable du renseignement . « Le nouveau directeur de la CIA [John] Brennan, a sauté à cette conclusion… s’est pointé à la Maison Blanche et a dit: « Regardez ce que j’ai » C’était verbal, ils ont juste brandi la chemise tachée de sang. Il y avait beaucoup de pression politique pour convaincre Obama d’aider les rebelles, et il y avait un vœu pieu que ce [lien entre Assad et l’attaque au gaz sarin ] forcerait la main d’Obama: « Voici le télégramme de Zimmermann de la rébellion syrienne et à présent Obama peut réagir ». Un vœu pieu partagé par les partisans de Samantha Power au sein de l’administration. Pas de chance, certains membres des chefs d’état-major ont été alertés qu’il allait attaquer et ont fait savoir que ce n’était peut-être pas une si bonne idée que ça. »

L’idée d’une attaque américaine par missiles sur la Syrie n’a jamais convaincu l’opinion publique et Obama s’est rapidement tourné vers l’ONU et la proposition russe de démanteler l’industrie de guerre chimique syrienne. Toute possibilité d’une action militaire fut définitivement écartée le 26 Septembre lorsque l’administration s’est joint à la Russie pour approuver un projet de résolution de l’ONU demandant au gouvernement Assad de se débarrasser de son arsenal chimique. La marche arrière de M. Obama fut un soulagement pour de nombreux hauts responsables militaires. (Un conseiller de haut niveau pour les opérations spéciales m’a dit que l’attaque par missile, mal conçue, sur les aérodromes militaires syriens et les sites de missiles, comme initialement prévue par la Maison Blanche, aurait été « l’équivalent d’un soutien aérien rapproché pour al-Nosra. »)

La distorsion par l’administration des faits entourant l’attaque au sarin soulève une question incontournable: savons-nous tout sur l’empressement qu’Obama a eu pour ne pas mettre sa menace de « ligne rouge » à exécution et bombarder la Syrie ? Il prétendait avoir un dossier en béton, puis tout à coup a décidé de porter la question devant le Congrès, pour ensuite accepter l’offre de M. Assad de renoncer à ses armes chimiques. Il semble possible qu’à un moment donné il a été directement confronté à des informations contradictoires: des éléments suffisamment solides pour le persuader d’annuler son plan d’attaque, quitte à subir les critiques que les Républicains n’allaient pas manquer de lui faire.

La résolution de l’ONU, adoptée le 27 Septembre par le Conseil de sécurité, a indirectement avancé l’idée que les forces rebelles comme al-Nosra devaient également désarmer: « aucune partie en Syrie ne devra utiliser, développer, produire, acquérir, stocker, conserver ou transférer des armes [chimiques]. » La résolution demande également que le Conseil de sécurité soit immédiatement informé si un groupe non-étatique « acquiert des armes chimiques ». Aucun groupe n’est nommément cité. Tandis que le régime syrien poursuit le démantèlement de son arsenal chimique, l’ironie est qu’après la destruction du stock d’agents chimiques d’Assad, al-Nosra et ses alliés islamistes pourraient se retrouver comme la seule faction à l’intérieur de la Syrie capable de fabriquer du sarin, une arme stratégique différente de toute autre dans la zone de guerre. Il reste peut-être encore des choses à négocier.

Source: http://www.mondialisation.ca/syrie-le-sarin-de-qui/5361426

Un rapport confidentiel du gouvernement pakistanais confirme que des douzaines d’enfants ont été tués par des drones US

Drone américain

Par Kevin Gosztola, le 22 juillet 2013

Une évaluation produite par le gouvernement pakistanais sur des douzaines de frappes de drones menées par la CIA qui ne devait pas être rendue publique l’est devenue. Le document démontre que des douzaines d’enfants ont été tués par des drones entre 2006 et 2009.

Le rapport intitulé, « Détails d’Attaques par les Forces/Predators de l’OTAN dans les FATA (Federally Administered Tribal Areas, Zones Tribales d’Administration Fédérale, ndt) a été « obtenu de trois sources différentes », selon The Bureau of Investigative Journalism (Bureau de Journalisme d’Investigation, TBIJ, ndt). Il couvre soixante-quinze frappes de drones qui ont eu lieu entre le 13 janvier 2006 et le 24 octobre 2009.

TBIJ précise:

Tiré de rapports de terrain établis par des officiels locaux des Zones Tribales d’Administration Fédérale pakistanaises, le document liste plus de 70 frappes de drones entre 2006 et fin 2009 et un petit nombre d’autres incidents tels que des attaques attribuées à l’OTAN sans certitude et des frappes de forces non-spécifiées.

Sur 746 personnes listées comme tuées lors des frappes de drones, au moins 147 d’entre elles sont clairement définies par le rapport dévoilé comme étant de victimes civiles. Quelques 94 d’entre elles sont dites être des enfants.

Le document omet également de mentionner les détails concernant un certain nombre de commandants militaires gradés, connus pour être morts lors des frappes.

Une fois de plus, voici un exemple de comment une fuite peut avoir une immense valeur pour la compréhension du public vis-à-vis des opérations gouvernementales.

Les USA, comme le souligne avec justesse TBIJ,

Les chiffres enregistrés sont beaucoup plus élevés que ceux fournis par l’administration US, qui continue d’insister que pas plus de 50 ou 60 « non-combattants » ont été tués par la CIA au cours des neuf années de bombardements au Pakistan. Le nouveau directeur de la CIA John Brennan a décrit les allégations allant dans le sens contraire comme de « fausses interprétations intentionnelles ».

Pendant un temps de discussion sur Google+ le 30 janvier 2012, le président Barack Obama a affirmé que le gouvernement n’avait entrepris que des frappes « de précision » contre al-Qaeda et ses affiliés. Il a dit qu’il y avait une « perception » que les USA s’engageaient dans des volées de frappes « au petit bonheur » alors que ce qui se passait était un « effort ciblé » pour atteindre des personnes sur une liste, qui veulent frapper les Américains et les équipements américains.

Obama a aussi dit, selon un rapport de septembre 2012 du Center for Civilians in Conflict (Centre pour les Civils en Conflit, ndt):

Comme proposition générale… Je veux être sûr que les gens comprennent qu’en fait, les drones n’ont pas causé un grand nombre de victimes civiles. Pour la plupart, les frappes ont été des frappes précises, de précision contre al-Qaeda et leurs affiliés et nous faisons très attention à la manière dont elles sont accomplies.

Enfants tués au Pakistan par les drones américains

Par ailleurs, en 2009, Leon Panetta, alors directeur de la CIA et actuel ministre de la défense, a dit que les frappes aériennes au Pakistan étaient « très limitées en termes de dommages collatéraux ».

Voici les remarques de Brennan (John Brennan, actuel directeur de la CIA, ndt), au long de 2011:

Janvier 2011: Selon un officiel anonyme, « depuis que le programme des drones a été accéléré à la mi-août [nous] avons tué plusieurs centaines de militants sans causer de morts parmi les civils non-combattants. »

Février 2011: Selon un officiel anonyme, aucun civil n’a été tué en plus de 75 frappes dans les zones tribales du Pakistan depuis le 22 août 2010.

Juin 2011: Le conseiller au contre-terrorisme John Brennan a dit que « en presque un an il n’y a pas eu une seule mort en dommage collatéral à cause de l’efficacité exceptionnelle et de la précision des capacités que nous avons pu développer. »

Août 2011: Brennan a déclaré: « Heureusement, depuis plus d’un an, grâce à notre discrétion et à notre précision, le gouvernement US n’a pas trouvé de preuves crédibles de morts collatérales résultant d’opérations de contre-terrorisme US à l’extérieur de l’Afghanistan ou de l’Irak, et nous allons continuer à faire de notre mieux pour que cela reste ainsi. »

Ceci, comme l’a expliqué le Centre, a « mené à la stigmatisation des civils ciblés par erreur, » et que la « précision vantée des drones peut vouloir dire que des victimes civiles de frappes de drones sont présumées être en connexion avec la militance par leur communauté. Les victimes portent le double poids de faire face aux attaques physiques et aussi de laver leur nom. »

Le même rapport a ensuite ajouté, « Plus étonnant, les officiels US ont estimé en juin 2010 que les frappes de drones avaient causé 50 victimes civiles à cette date, mais ont révisé leur estimation six mois plus tard à 30 victimes. »

Des remarques mentionnées précédemment et le secret se sont combinés pour faire accroire qu’il n’y a pas de raison pour que les organisations des droits de l’homme soient concernées. Naureen Shah, Conseillère en Défense des Intérêts chez Amnesty International USA, a commenté, « Plus de quatre mille personnes ont été tuées lors de frappes de drones, mais pour la plupart d’entre eux les USA sont restés silencieux sur leurs identités exactes. Le gouvernement US devrait enquêter toutes allégation crédible de morts illégitimes et rendre publics ses propres chiffres sur les victimes. » (Shah a travaillé sur le rapport du Center for Civilians in Conflict)

Le gouvernement du Pakistan a réclamé que les USA cessent les frappes de drones, mais l’administration Obama a témoigné une indifférence ininterrompue face à cette requête, qui a été faite à plusieurs reprises.

Une haute cour du Pakistan avait auparavant statué que les frappes de drones en cours au Pakistan étaient « absolument illégales » et constituaient des « crimes de guerre ». Elle a trouvé que « des dommages considérables à des biens, à du bétail, à la vie sauvage & le meurtre de bébés/nourrissons, de femmes et d’enfants pré-adolescents » étaient un « crime impardonnable de la part des autorités US y compris la CIA. »

Consulter l’intégralité du rapport secret du gouvernement pakistanais: http://www.thebureauinvestigates.com/2013/07/22/get-the-data-the-pakistan-governments-secret-document/

Source: http://dissenter.firedoglake.com/2013/07/22/leaked-pakistan-government-report-indicates-dozens-of-children-have-been-killed-by-us-drones/

Traduction française par WillSummer: http://globalepresse.com/2013/07/24/un-rapport-confidentiel-du-gouvernement-pakistanais-confirme-que-des-douzaines-denfants-ont-ete-tues-par-des-drones-us/

L’enquête anti-fuites d’Obama (usage interne uniquement – svp ne pas transmettre)

Email-ID 1210665
Date 2010-09-21 21:38:37
From burton@stratfor.com
To secure@stratfor.com
Brennan is behind the witch hunts of investigative journalists learning
information from inside the beltway sources. 

Note -- There is specific tasker from the WH to go after anyone printing
materials negative to the Obama agenda (oh my.)   Even the FBI is
shocked.  The Wonder Boys must be in meltdown mode...
 (suite…)
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