Depuis Edward Snowden aux enlèvements récents des 5 éditeurs à Hong-Kong: les menaces contre la liberté d’expression en Chine et ailleurs – par Jean-Jacques M’u, éditeur d’ABC Editions

Menaces sur l’information: le casse-tête hongkongais

Blog Mediapart, JJMU, 13 janvier 2016

La capitale financière chinoise avait reçu en juin 2013 Edouard Snowden que les USA poursuivaient pour avoir diffusé des données « Top Secret ». En automne 2014, les manifestations étudiantes « des parapluies » étaient sévèrement réprimées par le régime de Pékin en dépit du principe “Un pays, deux systèmes”. Depuis octobre 2015, ce sont des éditeurs qui sont enlevés quand ils dénoncent…

Lire la suite: https://blogs.mediapart.fr/jjmu/blog/130116/menaces-sur-l-information-le-casse-tete-hongkongais

Voir le site de l’éditeur: http://www.abceditions.net/

Censure grandissante en Chine? Pékin introduit un système d’évaluation pour les éditeurs en ligne

HKFP, 31 Décembre 2015, Vivienne Zeng

shanghai-405629_640Le gouvernement municipal de Pékin a mis en place un système de classement et d’évaluation pour les professionnels travaillant dans l’industrie des informations numériques.

Le système permettra de tester les éditeurs d’informations en ligne sur leurs «pensées politiques, l’éthique professionnelle, les connaissances théoriques, les connaissances des lois et des règlements et la capacité de mettre en oeuvre des compétences professionnelles », selon un document gouvernemental publié mardi. Ceux qui réussiront les examens et les évaluations recevront une accréditation officielle sur quatre niveaux – débutant, intermédiaire, supérieur et sénior.

Le programme pilote a pris effet le 12 Décembre.

En Chine, les systèmes d’accréditation sont un moyen pour le gouvernement de réglementer et de surveiller les professionnels. Depuis les comptables et les avocats jusqu’aux travailleurs de la logistique et artistes maquilleurs, les personnes travaillant dans presque toutes les professions sont classées à différents niveaux. Alors que les évaluations officielles ne sont pas obligatoires dans certaines industries, plus de classements supérieurs signifient de meilleurs salaires et des avantages sociaux ainsi qu’un statut social plus élevé.

Ces systèmes ont été critiqués comme inefficaces et vulnérables à la corruption. Les critiques disent aussi qu’ils sont un outil pour le contrôle politique du gouvernement. En Novembre, un professeur de droit de l’Université Renmin [de Chine] a déclaré que le gouvernement est en train de réfléchir à un système de classement pour les avocats qui empêchent les personnes à faible classement de travailler sur les affaires traitées par les tribunaux supérieurs, a rapporté Initium Media. Les précédentes tentatives de classer les avocats ont rencontré de la résistance, selon Initium.

Source: https://www.hongkongfp.com/2015/12/31/beijing-introduces-appraisal-system-for-online-editors/ et https://twitter.com/iChinadian/status/682629794090057729

Pour se préparer à rejoindre les guerres américaines, le Japon démantèle la liberté de la presse

Freedom of the Press Foudation, le 10 décembre 2015, Par Jon Mitchell

800px-Shinzo_Abe_with_Obama_laughing_2014En 2010, le Japon a été classé #11 à l’index Reporters sans Frontières de la liberté de la presse mondiale. En Février 2015, ce nombre avait chuté à #61 – et l’année prochaine, il sera probablement encore plus bas.

Depuis son arrivée au pouvoir en 2012, le Premier ministre Shinzo Abe et son Parti démocratique libéral se sont lancés dans une guerre d’usure contre les libertés de la presse au Japon.

Les agressions ont inclus: l’intégration des néo-nationalistes à des postes clés de la chaîne de diffusion publique, NHK; la profération de menaces voilées contre des réseaux de télévision dont la couverture critique du gouvernement pourrait leur coûter leur licence de radiodiffusion; et l’acusation envers un journaliste allemand – qui avait écrit à propos du révisionnisme historique du Premier ministre [Shinzo] Abe – d’avoir accepté un pot de vin en provenant de la Chine.

Cette semaine, David Kaye, Rapporteur spécial de l’ONU sur la liberté d’opinion et d’expression, a été programmé pour une visite à Tokyo – un voyage qui aurait attiré l’attention internationale sur la répression des médias par le gouvernement japonais. Mais au dernier moment, les responsables du gouvernement japonais ont annulé son voyage affirmant qu’ils étaient trop occupés pour le rencontrer.

Le LDP [Parti Libéral-Démocrate] est particulièrement soucieux d’éviter un examen de la loi sur les secrets d’État qu’il s’est précipité de faire passer au parlement à la fin de 2013.

800px-Abe_Bush_Heiligendamm_G8_2007_002La loi donne libre cours au gouvernement japonais de classer comme secret d’État toute information relative à la sécurité et à la diplomatie – avec aucun contrôle indépendant. L’information peut rester classée pour une période indéfinie, y compris ce qui concerne les rapports relatifs aux triples fusions à la centrale nucléaire de Fukushima.

Selon la nouvelle loi, les lanceurs d’alerte du gouvernement peuvent être emprisonnés pour 10 ans, tandis que les membres des médias publiant des informations font face à 5 ans d’emprisonnement; les journalistes étrangers – comme moi – vont probablement être expulsés.

Conscient que l’avenir de leur liberté de la presse était en jeu, le public japonais – environ 80% d’entre eux s’opposent à la loi – ont organisé certaines des plus grandes manifestations vues ici depuis des décennies.

Des directeurs de journaux, journalistes, éditeurs et avocats ont dénoncé la loi comme une atteinte à la liberté de la presse protégée par la Constitution du Japon. Reporters Sans Frontières a déclaré: « le parlement rend le journalisme d’investigation illégal, et bafoue les principes fondamentaux de la confidentialité des sources des journalistes et de ‘l’intérêt public' ».

L’opposition à la Loi sur les secrets d’Etat a été unanime – à une exception près: les Etats-Unis.

Peu de temps après l’adoption de la loi, l’ambassadrice américaine au Japon, Caroline Kennedy, a exprimé l’approbation de Washington:

Nous soutenons l’évolution des politiques de sécurité du Japon, car elles créent une nouvelle stratégie de sécurité nationale, établissent un Conseil de sécurité nationale, et prennent des mesures pour protéger les secrets de la sécurité nationale.

Pendant de nombreuses années, les maîtres du Japon à Washington ont pressé Tokyo d’introduire une législation répressive pour protéger les secrets concernant l’alliance de sécurité nippo-américaine. Plus particulièrement, Richard Armitage et Joseph Nye ont inclus ces lois sur leur liste de souhaits dans le rapport 2012 du CSIS [Center for Strategic and International Studies] sur l’alliance américano-japonaise.

Une telle ingérence du gouvernement américain dans la politique intérieure japonaise n’a rien de nouveau; la CIA a fourni de l’argent au LDP au cours des années 1950 et ’60 pour s’assurer un allié servile dans la région. Au cours des dernières années, cette pression a augmenté avec les exhortations de Washington à plusieurs reprises pour que le Japon permette aux membres de ses Forces d’autodéfense de se joindre aux guerres sans fin de l’Amérique au Moyen-Orient.

Lire l’intégralité de l’article: https://freedom.press/blog/2015/12/preparation-join-us-wars-japan-dismantles-freedom-press

Julian Assange en vidéo-conférence à Cambridge Union évoque la liberté d’expression, la censure occidentale et le piratage de Sony

Julian Assange a commencé son intervention en parlant du journaliste australien Wilfred Burchett, « le premier correspondant étranger à être entré à Hiroshima après que la bombe atomique ait explosé, et il a attiré la controverse pour ses activités pendant les guerres de Corée et du Vietnam ». (Wikipedia)

Assange a évoqué différents aspects liés aux problèmes de liberté d’expression dans le monde, mais aussi de ceux qui se posent dans le monde occidental et l’impact d’Internet dans les communications globales.

On relèvera quelques-uns de ses commentaires sur la situation générale de la liberté d’expression qui vont dans un sens positif: « L’Internet signifie que le fait de publier est plus accessible qu’il ne l’a jamais été auparavant ». C’est ce qui a pu conduire aux nombreuses publications de WikiLeaks, selon Julian Assange et à la « plus belle période d’éducation politique qui soit jamais arrivée ». « Il n’y a aucune période de l’histoire où la propagation latérale de l’information à travers le monde – depuis des gens qui savent quelque chose vers des gens qui veulent savoir quelque chose – n’aura été aussi géniale ». « Si vous parlez de la population mondiale, il n’y a jamais eu une génération qui a été éduquée aussi rapidement en résultat de cela ».

Une partie de la censure a été marginalisée dans le schéma traditionnel que l’on connaissait, mais la plus grande liberté d’expression dans le monde actuel conduit à de nouveaux équilibres et à de nouveaux conflits au sein des classes sociales qui disent plus librement ce qu’elles pensent des élites au pouvoir.

Julian Assange a également évoqué des aspects plus négatifs: « ce nouvel âge d’or de la liberté d’expression revient maintenant en arrière, à cause de son succès, en permettant à autant de gens de parler. Cela a généré à l’intérieur de lui-même une pression pour refermer de nouveau la liberté d’expression à l’intérieur d’une bouteille et l’empêcher de causer tant d’irritations aux groupes qui contrôlent d’une manière ou d’une autre l’infrastructure sous laquelle nous communiquons ».

Julian Assange a également répondu à des questions sur l’impact des publications de WikiLeaks, le piratage de Sony et l’influence de cette société dans la sphère politique, et sur sa situation personnelle vis-à-vis de l’Australie, etc.

« La moitié des lanceurs d’alerte licenciés ou forcés à démissionner », constate le PCAW (Public Concern At Work)

Par Peter Crush, le 3 août 2015

La recherche montre que les gens qui soulèvent des préoccupations au travail sont couramment rendus victimes.

Quatre-vingt pour cent des «lanceurs d’alerte» souffrent de représailles au travail, dont 50 pour cent disent qu’ils ont été soit contraints de démissionner ou licenciés à la suite de leurs revendications, selon une étude de l’organisme caritatif Public Concern At Work (PCAW).

L’enquête sur plus de 2.000 adultes qui travaillent, a révélé que seulement 33 pour cent des employés qui se sont identifiés comme des lanceurs d’alerte ont dit qu’ils avaient reçu une réaction positive quand ils ont soulevé des préoccupations.

Cependant, dans plus de la moitié des cas (52 pour cent), les répondants ont déclaré que leur employeur avait nié ou ignoré les préoccupations soulevées.

Le responsable de la politique de PCAW, Andy Parsons, a déclaré que la responsabilité dans l’amélioration de cette situation incombe aux RH.

« Ce que cette recherche nous dit, c’est que les employeurs – autrement dit les RH – ne disposent pas des politiques et procédures en place pour gérer le lancement d’alerte correctement, » a-t-il dit. « Cela inclut le fait de savoir quels sont les meilleures politiques à suivre.. Les lanceurs d’alerte sont protégés par la loi, alors si les RH licencient les personnes, ils ne devraient pas le faire sans raison valable ».

Lire la suite: http://www.cipd.co.uk/pm/peoplemanagement/b/weblog/archive/2015/08/03/half-of-whistleblowers-dismissed-or-forced-to-resign-finds-pcaw.aspx

L’achat du silence: Comment le ministère des Affaires étrangères saoudien contrôle les médias arabes (WikiLeaks)

Obama Saudi ArabiaLundi, l’Arabie saoudite a célébré la décapitation de son 100ème prisonnier, cette année. L’histoire n’était présente nulle part dans les médias arabes, même si l’histoire a circulé dans les services de presse. Même les médias internationaux ont été relativement muets sur cet épisode, par rapport à ce que cela aurait été si cela avait concerné un pays différent. Comment une histoire comme celle-ci a pu passer inaperçue?

La publication par WikiLeaks, aujourd’hui, des « Câbles saoudiens » provenant du ministère saoudien des Affaires étrangères montre comment cela est fait.

Le royaume riche en pétrole de l’Arabie saoudite et sa famille régnante adoptent une approche systématique pour maintenir une image positive du pays sur la scène internationale. La plupart des gouvernements du monde entier se livrent à des campagnes de relations publiques pour repousser les critiques et bâtir des relations dans les lieux influents. L’Arabie Saoudite contrôle son image par la surveillance et l’achat d’allégeances depuis l’Australie jusqu’au Canada et partout ailleurs.

Les documents révèlent les vastes efforts pour surveiller et coopter les médias arabes, en veillant à corriger tout écart dans la couverture régionale de l’Arabie saoudite et les questions qui y sont liées. La stratégie de l’Arabie saoudite pour coopter les médias arabes prend deux formes, correspondant à l’approche de la «carotte et du bâton», mentionnée dans les documents comme «neutralisation» et «confinement». L’approche est personnalisée en fonction du marché et des médias en question.

Lire la suite du communiqué: https://wikileaks.org/saudi-cables/buying-silence

Le gouvernement américain a marqué un journaliste éminent d’Al-Jazeera comme « membre d’Al-Qaïda »

Ahmad Muaffaq Zaidan_al_jazeera

The Intercept, le 8/05/2015, Par Cora Currier, Glenn Greenwald, and Andrew Fishman

Le gouvernement américain a marqué un éminent journaliste comme membre d’Al-Qaïda et l’a placé sur une liste de surveillance de terroristes présumés, selon un document top-secret qui détaille les efforts de renseignement pour suivre les courriers d’Al-Qaïda en analysant les métadonnées.

Le briefing décrit Ahmad Muaffaq Zaidan, chef du bureau d’Al Jazeera de longue date à Islamabad, comme membre du groupe terroriste. Ressortissant syrien, Zaidan a porté ses reportages au long de sa carrière sur les talibans et Al-Qaïda, et a mené plusieurs entretiens de haut niveau avec les principaux leaders d’Al-Qaïda, y compris Oussama ben Laden.

Un diaporama de Juin 2012 à partir d’une présentation PowerPoint de la Nationak Security Agency porte sa photo, son nom et un numéro d’identification de la liste de surveillance du terrorisme, et l’étiquette « membre d’Al-Qaïda », ainsi que des Frères musulmans. Il note également qu’il « travaille pour Al Jazeera. »

La présentation était parmi les documents fournis par le lanceur d’alerte de la NSA, Edward Snowden.

Dans un bref entretien téléphonique avec The Intercept, Zaidan a «absolument» nié être un membre d’Al-Qaïda ou des Frères musulmans. Dans une déclaration fournie par Al Jazeera, Zaidan a noté que sa carrière a couvert de nombreuses années de travail dangereux en Afghanistan et au Pakistan, et a exigé de faire des interviews de personnes clés dans la région – une partie normale du travail de tout journaliste.

Lire l’intégralité de l’article: https://firstlook.org/theintercept/2015/05/08/u-s-government-designated-prominent-al-jazeera-journalist-al-qaeda-member-put-watch-list/

Comment la télévision russe induit en erreur les téléspectateurs au sujet de l’Ukraine

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Par Stephen Ennis, 22 avril 2015

La couverture par la télévision russe des combats dans et autour du village de Shyrokyne à l’est de l’Ukraine apporte une étude de cas utile de certaines des tactiques que celle-ci utilise pour tromper les téléspectateurs sur le conflit. […]

1. Des photos trompeuses

Au cours de la dernière semaine, la télévision russe a avancé l’idée que le cessez-le feu autour de Shyrokyne a été violé par les seules forces ukrainiennes, en particulier par le bataillon de volontaires d’Azov. En fait, comme les rapports de la mission d’observation de l’OSCE le montrent clairement, les deux parties ont rompu la trêve précaire.

2. Des récits faux

Tout en blâmant les forces ukrainiennes pour les violations du cessez-le-feu à Shyrokyne, la télévision russe d’Etat les a également accusés de cibler délibérément des civils. […]

civils en ukraine_rossiya1Les images d’habitant de Shyrokyne sont présentées de manières différentes sur différentes chaînes

3. Déformation et suppression

Immédiatement après l’extrait vidéo du tir de mortier, le rapport de Bilibov a montré une femme âgée, l’une des quelques dizaines de civils toujours restants à Shyrokyne. « Est-ce qu’ils vous tirent dessus? » a demandé Bilibov. La femme lui a répondu en pleurant comment elle a été forcée de se réfugier dans une cave face aux combats. […]

Source: http://www.bbc.co.uk/monitoring/how-russian-tv-misleads-viewers-about-ukraine

« Soyez votre propre média, soyez votre propre service secret »

la propagande en couleursIllustration: la propagande en couleurs, autrement dit une manière simple de comprendre comment nos esprits sont manipulés par les médias

« Soyez votre propre média, soyez votre propre service secret »

Ceci pourrait être la nouvelle devise de citoyens qui ont décidé de libérer leur esprit de toute forme de propagande médiatique, de ceux surtout qui veulent sortir de l’opposition entre point de vue pro-occidental (ou pro-américain) et point de vue des pays non-occidentaux. En Europe, nous sommes dans une logique occidentale, mais sans nous en rendre compte, beaucoup des points de vue de nos médias sont calqués sur les Etats-Unis. Trop de gens croient aux médias, et même ceux qui militent et pensent être indépendants dans leur esprit sont aussi influencés par la propagande médiatique occidentale. Exemple: la Palestine qui reste encore aujourd’hui un sujet problématique en Occident à cause du soutien américain à Israël, d’autres sujets aussi comme la prison de Guantanamo, les révélations Wikileaks, la cyber-surveillance, la place des lanceurs d’alerte dans nos sociétés modernes, et le 11 septembre, sont également des sujets peu débattus en Europe.

Dans le cas de la NSA, par exemple, il y a un débat sur l’espionnage américain, mais parallèlement il y a peu d’informations sur l’implication du gouvernement français dans ce partenariat américain. De la même manière, il n’y a quasiment aucun gouvernement européen (sinon aucun) qui a remis en cause la version officielle des attentats du 11 septembre, alors que de nombreux américains dénoncent une enquête insuffisante. Nous avons la liberté d’expression en Europe, mais certains sujets restent malgré tout trop peu analysés dans nos pays, sans que ce soit pour autant une censure officielle.

Dans cette logique, les blogs sont parfois des moyens d’information très utiles qui peuvent soulever des questions qui n’ont pas été évoquées par les grands médias. Si vous pensez qu’il n’y a pas d’informations utiles sur un sujet que vous maîtrisez, créez un blog et prenez la parole, ce sera le meilleur moyen de rompre le silence! Vous pourrez ainsi écrire sans aucune pression politique et au rythme que vous voulez.

C’est pourquoi nous disons: « Soyez votre propre média, soyez votre propre service secret », parce qu’il faut apprendre à exiger toujours plus d’informations, toujours plus de vérité. Parce qu’il ne faut pas avoir peur de critiquer. Parce qu’il faut apprendre aussi à collecter toutes ces informations qui nous bombardent à la télévision ou sur Internet, apprendre à les classer, à différencier les rumeurs par rapport aux vérités, savoir aussi se poser des questions sur d’éventuelles manipulations médiatiques qui sont là pour provoquer un débat ou détourner l’attention des citoyens face à un sujet plus préoccupant.

Finalement, le citoyen doit parfois faire comme la NSA face à l’information médiatique: il doit tout analyser, stocker dans sa tête pendant des mois, voire des années, s’il est un vrai passionné d’actualité et s’il veut arriver à une vision logique et raisonnable du monde moderne. Au bout de plusieurs années, ce citoyen qui n’aura fait confiance qu’à sa propre intelligence, qui aura parfois eu le courage d’écrire de lui-même des articles, sera sans doute plus objectif que n’importe quel journaliste qui aura seulement passé son temps à obéir à sa rédaction en rédigeant les sujets qu’on lui aura imposés.

Peu importe le sujet ou l’orientation politique: il faut comparer l’information sur beaucoup de sites internet et comparer les idées de différents mouvements politiques, pour arriver à une idée cohérente où nous pouvons discerner les intérêts d’un Etat qui produit de la propagande face à sa population. Il faut être suffisamment ouvert d’esprit pour comparer des informations très différentes et se faire sa propre version de la vérité. Il faut aussi savoir être suffisamment courageux pour avoir des idées différentes face au plus grand nombre et ne pas se laisser intimider par les réactions parfois négatives des personnes qui nous entourent. Si vous soutenez la Russie, dites-le, personne ne vous censurera en Occident, de toute manière les Américains vous auraient mis sur écoute pour moins que ça. Si vous pensez que la Corée du Nord mérite plus d’attention et de respect de la part de la communauté internationale, si vous soutenez la paix en Corée, dites-le aussi. Il n’y a pas de mal à partager ses idées, surtout quand elles sont pacifiques, et vous trouverez certainement des individus qui seront d’accord avec vous.

Il ne faut pas avoir peur de la controverse et d’aller contre les idées du plus grand nombre. De la même manière, notre blog qui soutient Wikileaks – et qui continue à soutenir sa lutte pour la transparence politique – n’a pas hésité à analyser toutes sortes d’informations pour montrer que cette organisation n’a pas forcément expliqué ses vrais liens avec les gouvernements occidentaux ou, du moins, avec certains services secrets américains, comme le FBI (avec Sabu), et d’anciens employés de la NSA ou de la CIA. Parce que le devoir d’information exige que l’on soit critique, même face aux organisations que l’on soutient et même si l’on admire ces personnes. C’est à ce prix-là qu’il y aura de plus en plus de liberté d’expression dans le monde.

Il faut aussi savoir rester critique face aux médias indépendants, qui parfois peuvent avoir été créés ou manipulés par des services secrets afin de collecter des informations sur certains sujets, dans le but de manipuler l’opinion ou pour infiltrer des réseaux militants. C’est pourquoi même l’information indépendante doit rester dans votre esprit une information susceptible de contenir autant de propagande que ce que vous voyez à la télévision.

Le mieux est qu’un citoyen compare et collecte son information comme s’il était à lui-même son propre service secret, là où sa réflexion et sa pensée seront toujours indépendantes de toute manipulation et à l’abri de toute forme de propagande, que cette propagande vienne à l’origine d’un Etat, d’un parti politique ou d’une organisation militante. C’est en développant ces capacités d’analyse que vous serez en mesure de faire les meilleurs choix dans votre engagement politique et de défendre les idées qui vous correspondent le plus.

Soyez votre propre média, soyez votre propre service secret. La vérité est à portée de tout le monde. Le lavage de cerveau accompli par les médias n’est pas une fatalité. Sachez réagir!

kimono

CC BY-SA

Image CC BY-SA créée par l’auteur de l’article

Les blogueurs du Koweït, « pas effrayés par la censure » d’après un câble Wikileaks

Night time exteriors of the Bayan Palace, Kuwait CityPhoto: Palais Bayan, siège du gouvernement koweïtien

Les blogueurs du Koweït: Voix de l’avenir

http://wikileaks.org/plusd/cables/05KUWAIT514_a.html

date: 7 février 2005
id: 05KUWAIT514
classification: non-classifié
depuis: kuweït city

Ce câble est sensible mais non classifié; merci de protéger en conséquence. Pas pour la publication sur Internet.

1. (U) Résumé: le responsable économique a assisté, le 2 Février, à une réunion mensuelle de web-blogueurs koweïtiens où le groupe a discuté de leurs différents web-logs, de technologie, politique, religion, vie sociale, et une variété d’autres questions. Le groupe était composé de neuf hommes et d’une femme, la plupart dans le début-milieu de leur vingt ans, et il est représentatif d’un groupe plus large de quelques 20-30 blogueurs koweïtiens. Alors que le groupe n’est pas nécessairement représentatif de la jeune société du Koweït dans son ensemble, il représente certainement une population de plus en plus instruite, de Koweïtiens occidentalisés à la recherche d’un débouché pour leur énergie et leur créativité. Fin du Résumé.

Les Blogs koweïtiens: Contexte ————————-
2. (U) Il y a quelques dizaines de personnes qui écrivent des web-logs en ligne, ou des blogs, depuis le Koweït, et une poignée de Koweïtiens qui vivent aux États-Unis et ailleurs maintiennent aussi des blogs. (Un blog est une chronique en ligne ou un journal). Ces blogs vont de réflexions personnelles aux conversations avec des amis, et aux commentaires culturels, sociaux et politiques. Certains blogs incluent des photos. Environ les deux tiers des blogs les plus populaires au Koweït sont rédigés en anglais, et l’autre tiers est écrit en arabe, avec une poignée [de gens] utilisant les deux langues. (En terme de popularité, nous entendons les blogs qui sont liés à la plupart par d’autres blogueurs.) La plupart des blogueurs koweïtiens hébergent leurs blogs sur des sites tiers tels que Blogspot (blogspot.com); quelques-uns d’entre eux maintiennent en réalité leurs propres sites hébergés au Koweït.

De la Communauté en ligne au Café-rencontres —————————————— –

3. (SBU) Alors que certains des blogueurs les plus prolifiques l’ont été pendant plus de deux ans, l’intérêt a augmenté au cours des derniers mois. Un article de Kuwait Times d’Octobre 2004, « La révolution du Blogging arrive au Koweït, » a mis en lumière certains des blogs koweïtiens les plus populaires, et quelques-uns de ces blogs ont depuis été nominés pour les prix de blog. Avec un intérêt croissant, l’un des blogueurs koweïtiens, « Nibaq », a créé un site qui rassemble tous les blogs du Koweït et qui permet au lecteur de voir les derniers posts de chaque blog (safat.kuwaitblogs.com). Un autre blogueur, « Talal », est venu avec l’idée d’une réunion physique des blogueurs. Il a utilisé l’outil de rencontre en ligne MeetUp (meetup.com) et a invité les blogueurs koweïtiens à une rencontre. Le groupe a tenu deux réunions précédentes, auxquelles ont assisté environ 4-5 personnes à chaque fois, avant cette dernière réunion.

Les Blogueurs: Jeunes, Hommes pour la plupart, Très Intelligents —————————————- —-

4. (U) Les participants à la réunion étaient du même âge et du même milieu, mais différents dans leurs points de vue sur la religion, la société et la politique. Il y avait environ neuf hommes et une femme, bien qu’il y ait d’autres femmes dans le groupe plus large en ligne qui ont manifesté leur intérêt pour venir à la réunion mais ne pouvaient pas, pour une raison ou une autre. (La seule femme présente était une expatriée arabe de 27 ans qui était accompagnée de son grand-père.) La plupart des blogueurs étaient au début-milieu de leur vingtaine. Quelques-uns ont été à l’école aux États-Unis, et d’autres étaient diplômés de, ou fréquentent actuellement des universités, au Koweït. Aucun ne semble être représentatif de la [classe] « super-riche » du Koweït, mais ils étaient plutôt représentatifs de la « classe moyenne » koweïtienne, dans la mesure où il y ait une telle chose.

[…]

Employés au gouvernement et dans le secteur privé —————————————–

5. (SBU) Les participants qui travaillaient étaient soit indépendants comme graphistes ou web-designers, ou travaillaient dans le secteur public. Ceux qui travaillaient pour le gouvernement n’ont trouvé aucune fierté particulière dans leur travail, voyant simplement cela comme quelque chose pour passer le temps pendant la journée et pour fournir un chèque de paie. Un participant, « Abdulatif », se vantait du temps libre dont il jouissait à ce travail de saisie de données dans la fonction publique, en disant qu’il a réalisé une bonne quantité de blogging et de navigation personnelle sur le web depuis le travail. Toutes les personnes présentes ont convenu que le travail du gouvernement était une «blague» et n’offrait pas de défis ou d’incitations à travailler dur. […]

Pas effrayés par la censure ———————-

8. (SBU) Bien qu’aucun des blogueurs n’ait eu des expériences avec le Gouvernement du Koweït [GOK] pour essayer de les arrêter ou de censurer ce qu’ils disent, certains d’entre eux ont admis l’auto-censure sur certains de leurs blogs. Ce n’était pas clair, cependant, de savoir si les préoccupations des blogueurs concernaient les pouvoirs publics du Koweït ou les sensibilités de leur public au Koweït. Lorsqu’on leur a demandé, aucun des blogueurs ne pensait que le Gouvernement du Koweït censurerait jamais un de leurs blogs, mais aucun ne l’a totalement exclu comme une possibilité. La plupart des blogueurs savaient comment contourner la censure du Gouvernement du Koweït pour les autres sites.

L’avenir: Continuez le Blogging —————————-
9. (U) La plupart des blogueurs présents avaient des plans spécifiques concernant leur avenir, y compris des objectifs de carrière, et même ceux sans plans spécifiques avaient une attitude positive pour leur avenir et l’avenir du Koweït. Aucun n’a exprimé un intérêt pour quitter le Koweït. Au contraire, quelques-uns étaient récemment revenus de l’étranger, soit depuis les États-Unis ou depuis des emplacements du Golfe comme Dubaï, pour poursuivre des opportunités d’affaires au Koweït.

Source: http://wikileaks.org/plusd/cables/05KUWAIT514_a.html

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