Gail Malone: « Pourquoi WikiLeaks est un don à l’histoire »

Lundi 16 juillet 2012

Gail Malone

Gail Malone, militante de « Support Assange and WikiLeaks Coalition », a donné ce discours au rassemblement du 16 juillet à Sydney, en Australie.

WikiLeaks est un don à l’histoire. Nous avons maintenant, et pour la première fois, la possibilité d’écrire l’histoire, avec un autre regard, différent de celui des vainqueurs. WikiLeaks est devenu un pont mettant à égalité le peuple et le gouvernement. Ils ont marqué le début d’une ère, où nous, le peuple, nous avons désormais accès à l’information qui était connue de leurs yeux seulement.

Pendant des années, l’Australie a participé, sans donner de justification, à des guerres brutales, non-nécessaires, en invoquant la démocratie et la liberté, comme si les gouvernements successifs étaient incapables de dire non aux Etats-Unis. Grâce au travail courageux de WikiLeaks, nous avons une ressource intarissable qui nous permet de mettre en perspective ces guerres et de nous informer des décisions, une ressource qui nous permet de décider si, nous, le peuple australien, nous estimons que cet engagement est intelligent et s’il est dans notre intérêt national. Les fuites sur les guerres d’Afghanistan et d’Irak ont toutes deux témoigné d’une histoire bien différente de celle que notre gouvernement et les médias dominants avaient bien voulu nous faire croire. Il devient évident que l’idée de l’intérêt national vue par le gouvernement est en conflit avec notre propre vision des choses. Nous avons appris ainsi que la terrible situation que traversent des personnes cherchant l’asile convient à certains membres du parlement. Les câbles des ambassades des Etats-Unis révélés par WikiLeaks ont découvert l’agenda véritable qui se cache derrière la rhétorique du « arrêtez les bateaux ».

Nous savons qu’un cartel de 5 pays, l’Australie, les Etats-Unis, le Canada, l’Afrique du Sud et la Suisse, ont joint leurs forces pour promouvoir des intérêts miniers au détriment des populations indigènes et de leurs terres.

Rassemblement à Sydney en faveur de WikiLeaksNous avons appris de la fuite des emails de Stratfor que notre gouvernement est juste un peu trop copain avec les Etats-Unis et nous savons quels ministres correspondaient avec les Etats-Unis d’une manière que certains verraient comme de la trahison et/ou de l’espionnage. Nous avons appris que les « hommes – jadis – sans visage » du Labor Party ont senti que Julia Gillard serait plus pragmatique comme 1er Ministre que Rudd. Nous avons appris que notre gouvernement a été heureux de livrer Julian Assange aux Etats-Unis, sans prendre en compte son innocence ou sa citoyenneté australienne. Nous avons appris, et cela ne peut être contesté, que notre gouvernement est admiratif à l’extrême à l’égard des Etats-Unis et que nous sommes bien plus qu’un Etat-client, avec un gouvernement manquant à ce point de maturité qu’il est incapable de penser pour lui-même, en dépit de ce que veulent les Australiens.

Nous n’avons que récemment à prendre connaissance des « Syria Files », les dernières fuites de Wikileaks. Ces révélations nous permettent non seulement de voir les machinations du big business et des gouvernements à l’égard de la Syrie, mais il s’agit, comme pour les fuites précédentes, d’une ressource remarquable qui permet d’apprendre et de se former. Ces choses, c’est le don que WikiLeaks fait à l’histoire.

Nous nous trouvons, ici aujourd’hui, dans l’œil du cyclone de l’histoire. L’Australie devrait être fière de WikiLeaks et de son rédacteur en chef, Julian Assange, qui est en lutte non seulement pour la liberté d’expression, mais pour la liberté en général. Nous avons besoin d’apporter notre soutien à WikiLeaks et à Julian Assange.

Notre gouvernement a essayé de nous ignorer. Nous avons écrit, appelé, envoyé des emails à nos députés et à nos sénateurs, en devant souvent les informer des irrégularités de l’affaire. Nous avons utilisé des moyens tels que la plateforme justice4assange.com pour faire connaître les faits. Notre nombre augmente, il nous dicte combien de temps vont-ils encore nous ignorer ; nous devons continuer à parler aux autres et à les informer, occuper les rues comme nous le faisons aujourd’hui, ad nauseam.

Rassemblement à Sydney en faveur de WikiLeaksVous pouvez vous inscrire à la liste de diffusion « Support Assange and WikiLeaks Coalition » pour être tenu au courant des actions, tout ce que vous devez savoir se trouve sur les flyers qui sont en train de circuler. Notre gouvernement doit savoir que nous ne voulons pas perdre un citoyen aussi important pour le simple caprice de leur carrière. Vous pouvez aider en achetant le CD WikiLeaks ou faire un don sur le site « wikileaksbeattheblockade ». Il y a aussi une sélection de produits de qualité sur wikileaks.org, vous pouvez aussi jeter quelques pièces dans les pots aujourd’hui, ou acheter un badge.

C’est une activité qui revient très cher, de lutter contre de fausses accusations et contre un embargo financier injuste, et de s’occuper en même temps de la source du média le plus prolifique que le monde ait jamais connu. Même s’il y a eu une victoire en Islande vis-à-vis de Visa, ils ont déposé un appel. Gardez Julian Assange et WikiLeaks dans vos cœurs ; aidez-les, aidez-nous à laisser le monde libre pour les générations futures.

Le mois dernier, le sénateur Ludlam a plaidé pour le retrait des affirmations nuisibles faites par les membres seniors du gouvernement, avec le soutien de la Coalition. J’ai demandé au Senateur Ludlam sur twitter « est-ce qu’il y a un laps de temps possible pour Gillard et consorts, afin qu’ils se rétractent des affirmations nuisibles à l’égard de Julian Assange et de WikiLeaks ? » Il a répondu : « Bien, je pense que leur limite de temps est jamais ». Ainsi, votre devoir est de commencer à écrire, de dire au Premier ministre, au ministre de la Justice, comme Robert McClelland et Nicola Roxon ont été impliqués, et au ministre des Affaires Etrangères, d’honorer cette motion et de demander qu’ils protègent Julian Assange.

L’histoire s’écrit de la main des vainqueurs, c’est pourquoi nous ne pouvons pas nous permettre de perdre cette bataille. Que la liberté soit victorieuse.

* WikiLeaks Australian Citizens Alliance : http://wikileaksaustraliancitizensalliance.net/

Dow avait payé des entreprises américaines pour espionner des activistes de Bhopal: les e-mails WikiLeaks

Par Priscilla Jebaraj | 27 février 2012

Même pendant que Dow Chemical a résisté à toutes les demandes d’indemnisation à l’égard de la fuite de gaz catastrophique de l’Union Carbide à Bhopal, la firme a trouvé l’argent pour embaucher une société de renseignements privée pour surveiller intensivement toutes les ONG et activistes qui travaillent sur la question.

Ce lundi, WikiLeaks a publié une cache de 5,5 millions d’e-mails de Stratfor, une agence de renseignements basée au Texas, qui a révélé que les rapports de suivi réguliers des activités des ONG ainsi que la couverture médiatique ont été envoyés à Dow et aux directeurs de la communication de Union Carbide.

Dow Chemical, qui a acheté Union Carbide en 2001, insiste qu’il ne porte aucune responsabilité pour indemniser les victimes ou pour nettoyer le site contaminé par la catastrophe en 1984. Toutefois, ces e-mails prouvent qu’ils sont encore très investis dans le suivi des retombées de la catastrophe, et de son impact sur l’image de Dow.

Un rapport de suivi typique commence avec un tour d’horizon de tous les articles d’actualités faisant référence à Dow, Union Carbide ou Bhopal dans les dépêches, journaux, chaînes de télévision et sites web d’actualités d’Inde et de l’étranger. Il comporte un dossier complet sur les activités militantes – qui couvre des affaires judiciaires, pétitions en ligne, projections de films, collectes de fonds et événements publicitaires, communiqués de presse, blogs, articles sur des forums de discussion, e-mails à des listes de diffusion, et des pages de Facebook et des fils d’actualités Twitter. Aucune activité ou déclaration ne semble avoir été trop obscure pour Allis Information Management, l’entreprise basée au Michigan qui a préparé les rapports de suivi pour Dow. Des analystes de renseignement qui vont jusqu’à suivre des signataires de pétitions, des commentateurs sur des blogs, ou ceux qui auraient pu re-tweeté un article lié à Dow. Des noms comme ceux des activistes de Bhopal Rachna Dhingra et Satinah Sarangi sont fréquemment mentionnés, ainsi que les Yes Men, les farceurs anti-corporatistes. Dans la dernière partie de 2011, beaucoup d’attention a été accordée à la campagne qui proteste contre le parrainage des Jeux Olympiques de Londres par Dow.

Dans le cadre des préparatifs du 25e anniversaire de la catastrophe de Bhopal, les analystes de Stratfor ont également discuté ses tendances dans les stratégies activistes, spéculant si des joueurs ONG principaux seront capables de connecter Bhopal à la grande question de l’irresponsabilité des entreprises, la question « d’autres Bhopals ».

Les activistes Yes Men ont accusé Dow d’utiliser des « tactiques sinistres d’espionnage » et de paranoïa corporatiste. « Ces fuites semblent montrer que ce dont le pouvoir corporatiste a le plus peur est tout ce qui révèle le ‘plus grand ensemble’ et les ‘thèmes plus vastes’, c’est-à-dire tout ce qui amène les comportements criminels systémiques à la lumière », dit une déclaration faite lundi par les Yes Men.

Pourtant, tandis que la surveillance était extensive et intensive, il ne semble pas y avoir de preuves d’espionnage, ou de toute activité illégale par Dow dans cette cache de courriels. Toutes les données extraites par l’entreprise de recherche de renseignements semble être dans le domaine public, et ouvertement à la disposition de toute personne intéressée.

http://www.thehindu.com/news/national/article2939308.ece
https://www.wikileaks-forum.com/index.php/topic,8808.msg30069.html#msg30069

Traduit sur WikiLeaks par Arduenna Silva

« The World Tomorrow » – épisode 7, Julian Assange interviewe des membres éminents d’Occupy New York et Occupy London

Alexa O’Brien est une activiste new-yorkaise et journaliste citoyenne. En 2011 elle a commencé la campagne #USDayofRage, appelant à une réforme du système électoral des États-Unis. Cette campagne déborda dans le mouvement #OWS (Occupy Wall Street). En conséquence directe de sa campagne #USDayof Rage, O’Brien a été sujette au harcèlement des autorités US, et est une plaignante dans la procédure Stop The NDAA, obtenant récemment une injonction temporaire contre la provision de détention à durée indéfinie dans le National Defense Authorization Act de 2012. Elle apporte une couverture sans égale et en profondeur des auditions de Bradley Manning sur son site web, alexaobrien.com

David Graeber est un anthropologue des États-Unis basé à Goldsmiths’, à l’Université de Londres. Il est l’auteur de Debt : The First Five Thousand Years (Dette : les premiers cinq mille ans, ndt), une monographie historique sur l’usage et le rôle de la dette dans les mouvements historiques et les révolutions. Un vétéran des manifestations anti-mondialisation depuis le tournant du siècle, Graeber était un participant originel des manifestations Occupy Wall Street, et est reconnu comme son porte-parole intellectuel. Depuis, il est devenu l’un des porte-paroles les plus en vue du mouvement, et son théoricien le plus éminent.

Naomi Colvin est la force motrice derrière UK Friends of Bradley Manning (Amis du Royaume-Uni de Bradley Manning, ndt), un groupe de soutien qui a gagné une publicité significative pour la défense de Bradley Manning, le présumé lanceur d’alerte américain. Colvin est depuis devenue une activiste-clé et une porte-parole régulière du groupe Occupy London, articulant ses objectifs et principes généraux au plus grand public à la télévision et lors d’interviews à la radio. Elle a publié pour The
Guardian à la fois sur Occupy et sur l’affaire Manning.

Aaron Peters est doctorant à Royal Holloway, Université de Londres. Il écrit sur les mouvements sociaux dans le contexte d’internet, et a été l’un des commentateurs les plus perspicaces sur les grands mouvements de masse des dernières années. Étudiant activiste, Peters est à la fois analyste avisé de et participant aux mouvements de masse balayant le monde. Peters est co-éditeur de Fight Back ! et contributeur régulier sur openDemocracy.net.

Marisa Holmes est une activiste et une réalisatrice de documentaires indépendants. Elle était une des participantes d’origine des manifestations d’Occupy Wall Street, passant depuis le début la nuit à Zuccotti Park. Au huitième jour, elle fut brutalement arrêtée par le NYPD parce qu’elle filmait en public, légalement et paisiblement. Holmes est une porte-parole de premier plan pour le mouvement, et a été largement interviewée à propos des objectifs et des aspirations d’Occupy.

Transcription

Julian :

Bienvenue à un épisode spécial de « Le Monde Demain ». Normalement je le fais depuis le lieu où je suis assigné à domicile mais aujourd’hui, à cause du nombre de personnes impliquées dans le Mouvement Occupy, nous avons décidé de le faire ici dans l’ancienne Deutsche Bank de Londres, qui est contrôlée par des amis d’Occupy.

Nous avons Marisa Holmes d’Occupy New York. Alexa O’Brien d’Occupy New York et US Day of Rage. Aaron Peters d’Occupy London, Naomi Colvin d’Occupy London et David Graeber d’Occupy New York.

Julian :

Alors je veux diviser cette émission en plutôt deux parties en fait. La première partie, parce que je veux comprendre comment Occupy est né – le genre de personnes qui étaient impliquées, l’environnement politique pour l’organiser et conduire ses affaires et le répandre… et ensuite de voir où cela va aller

David, d’où pensez-vous que venait ce mouvement qui a fini par causer l’occupation de Zuccotti Park et s’est répandu à travers tous les États-Unis ?

David :

Hé bien, je pense qu’il y a eu une sorte de mouvement mondial, je veux dire, je dirais qu’il a commencé en Tunisie et a comme soufflé de l’autre côté de la Méditerranée : la Grèce, l’Espagne. Donc c’est en fait le même mouvement qui a frappé les États-Unis. Il y a beaucoup de gens de Grèce ou d’Espagne qui étaient impliqués dans les tous premiers jours et même avant l’occupation de Zuccotti Park où nous n’avions pas encore fini de nous organiser. Donc je… je pense qu’il y a vraiment un ferment mondial

Julian :

Alexa, tu as participé à cet US Day of Rage (Journée US de Colère, ndt) en mai 2010, mais vois-tu ceci comme le moment d’entrer comme dans la transition du cyber-espace au monde réel, ou y a-t-il un précédent similaire ?

Alexa :

Oh, je… je pense c’est sûr, je veux dire, je regarde OPBart et d’autres petites activités activistes en « essaim ». Les médias sociaux et la transformation de l’organisation des médias aussi ont joué un rôle au cours de l’année passée à Occupy Wall Street.

Julian :

C’est clair que… clairement, il y avait un sentiment émergeant du Printemps Arabe et…

Aaron :

Je veux dire, c’est… il y est très rarement fait allusion – l’Égypte de 2008 obtient de la banque Mondiale la première place comme type de pays réformateur dans le monde en développement et, en termes de réformes néolibérales, l’Égypte était imbattable en Afrique du Nord et au Moyen Orient du point de vue de la banque Mondiale et du FMI. Le plus… le plus gros phénomène au sens large qui se passe ici est qu’après la Seconde Guerre Mondiale l’état-nation est communément vu comme le dépositaire de la responsabilité démocratique, et depuis la fin des années ’70 c’est en train de partir et dans quelques lieux ça n’a jamais existé, pas vrai ? Mais c’est maintenant un phénomène mondial. Nous avons désormais assimilé que les objectifs des politiques publiques ne se réalisent pas, au niveau national, et que les faiseurs de politiques ne sont pas en réalité ceux qui sont dans les parlements nationaux, ils sont ailleurs, et ceux qui dictent la politique ne sont de toute façon pas responsables ou, tu sais, ce ne sont pas des représentants démocratiques. Et c’est un phénomène mondial et qui est en Inde, qui est en Chine, qui est aux USA, qui est au Royaume-Uni.

Alexa :

Nous n’avons même… nous n’avons pas juste une crise financière mondiale, nous avons une crise politique mondiale parce que nos institutions ne fonctionnent plus.

Aaron :

Ouais, exactement.

David :

Et c’est un des points du mouvement de justice global, qui est qu’il y a ces espèces de mécanismes administratifs glo… de mécanismes politiques planétaires nouvellement créés…

Julian :

Comme l’OMC ?

David :

Comme l’OMC, comme le FMI, les gens – en tout cas dans des endroits comme les USA – nous n’étions même pas censés savoir qu’ils existaient, mais en fait ils dirigeaient le monde. Je veux dire, c’est la première bureaucratie planétaire vraiment effective, qui est créée au nom de l’espèce d’idéologie de liberté des marchés qui est censée se dresser contre elle – la bureaucratie – mais qui a en réalité fait exactement l’inverse. Et donc la révolte est toujours au nom de la démocratie, car c’est la chose qui est évidemment manquante. La crise financière l’a juste confirmé dans les esprits, surtout sur le sujet de la dette, je crois – où, tu sais, c’est devenu très clair que les dettes des gros joueurs pouvaient être renégociées par ces… à travers ces mécanismes mondiaux, mais la vôtre ne le peut pas, parce que vos politiciens sont redevables envers eux et pas envers vous.

Julian :

Donc, je veux descendre jusque dans la, pour ainsi dire, la genèse pratique – alors ce sont en gros les grands événements qui se passent en toile de fond… mais si nous y revenons… quelques-uns des ingrédients clés d’Occupy New York. Dans notre recherche nous voyons ces, comme, « Ah, nous avons les 99% », mais en fait le phrasé n’était pas Nous Sommes Les 99%, ce n’était pas encore tout à fait au point… et ensuite il y a eu, tu sais, ces espèces de tâtonnements en compétences de représentation qui se sont finalement rassemblées en quelque chose.

David :
C’est un bel exemple du processus collectif. Je crois que j’ai sorti, comme, « Pourquoi ne faisons-nous pas un truc avec 99% ? » et quelqu’un d’autre, je crois des Espagnols, ont dit « Nous, les 99% », et après je crois que Chris a monté cette page Tumblr. En fait, il y a mis le « are », donc c’était en fait différentes personnes qui ont contribué chaque mot, mais cela s’est mis ensemble magnifiquement.

Julian :

Naomi, as-tu vu ce genre de… de processus de cheminement, où… quelque chose s’est élevé. Ce n’est pas né tel un éclair d’inspiration dans le cerveau d’une seule personne, cela semble avoir été une chose qui en fait a évolué à travers tous ces processus.

Naomi :

Je pense que c’est exact. Je pense qu’il y a différents courants identifiables qui nourrissent Occupy et Occupy est presque un moment galvanisant quand des gens qui faisaient en réalité des choses bien différentes ont réalisé qu’ils peuvent coopérer ensemble et créer quelque chose qui est vraiment extraordinaire. Si vous voulez bien voir Occupy London spécifiquement, le déclic est clairement l’exemple d’Occupy Wall Street – l’idée que cette chose extraordinaire pouvait se produire de l’autre côté de l’Atlantique, là où tu ne te serais jamais attendu(e) à ce que ce soit possible, et donc tu dois faire quelque chose à Londres. Mais tu as aussi, qui alimente le tout, ce qui s’est passé ailleurs en Europe. Ce qui se passe à Londres n’est pas possible sans l’exemple de ce qui s’est passé en Espagne. C’est vraiment un instant où tout se cristallise.

Julian :

Combien le mouvement Indignados espagnol a-t-il apporté en pratique, en termes de soutien logistique ou de personnes présentes, pour Occupy New York ?

Marisa :

Hé bien, il y avait beaucoup de membres des Indignados qui étaient en fait à New York pour une raison ou une autre à l’approche du 17 septembre, où ils sont venus aux premières assemblées générales et, ma foi, nous ont donné la fondation et le contexte pour ce que nous faisions. Donc nous avons beaucoup appris grâce à eux.

Alexa :

Il y avait même des Égyptiens. En fait, nous avons reçu des e-mails d’Égypte disant « Je vais à New York spécifiquement pour être là pour cette action particulière », alors je pense qu’en parlant du processus d’apprentissage sur le tas je peux dire, personnellement, qu’en regardant ce qui se passait en Europe, et aussi en conversation avec Take The Square sur comment en élargir l’échelle, de cette information pour les Occupations, c’était clairement pris de ce mouvement particulier.

Julian :

Naomi, à Occupy London il y avait une pancarte affichée « Tahrir Square » devant la cathédrale St. Paul…

Naomi :

Une des plus… une des pancartes les plus photographiées… je n’ai aucune idée qui l’y a mise… mais ouais, je dirais qu’il y avait… Clairement, les gens identifiaient ce qu’ils faisaient avec l’inspiration du Printemps Arabe. Pour ce qui est des personnes présentes sur place, c’est le mouvement européen qui alimente le plus Londres juste à cause du lieu où nous nous trouvons.

Julian :

Je m’y intéresse parce que je m’intéresse à une branche particulière de la philosophie sur la technique et la domination de la technique qui en dépit de… quoique nous essayions de faire politiquement dans un sens ou dans un autre nous devons le faire efficacement pour pouvoir gagner. Et pour le faire efficacement nous devons adopter des techniques efficaces, et donc tout le monde quelle que soit la direction dans laquelle ils vont commence à adopter des techniques efficaces et à la fin ce sont les techniques… les techniques qui gagnent. David ?

David :

Je pense qu’une partie de ces techniques, par contre, n’est pas juste les médias sociaux mais la… il y a eu une tradition pour – au moins depuis les années ’70 – de créer de nouvelles formes de démocratie – du consensus en modération, de la décentralisation, de la prise de décision – qui est profondément usuelle et, d’une certaine manière, il y a une sorte de synthèse… ou qui se définit en opposition à la manière dont tu agis sur les médias sociaux. C’est une sorte de synergie donc, d’une part, tu répands des informations de certains types sur les médias sociaux, mais en même temps il y a ces nouvelles formes de démocratie profondément personnalisées. Et cette tradition – le fait que nous l’avions pour y puiser – que des personnes savaient faire de la modération et des institutions comme le microphone du peuple avaient été développées depuis des années, qu’elles soient là pour y puiser était absolument crucial.

Julian :

Cette… cette culture méthodologique que visuellement nous connaissons bien venant d’Occupy, le microphone humain – ce test de micro – c’est comme un peu de théâtre de rue, d’un autre côté, il semble être pratique – assemblée générale, ces trucs de gestes de la main, qui pour moi quand je les ai vus pour la première fois m’ont semblé terriblement comme, faiblards et, tu sais, inefficaces mais je… je peux voir que si tu as beaucoup de gens et tu veux pouvoir entendre quelqu’un peut-être que ce n’est pas une mauvaise… une mauvaise solution. Aaron, as-tu étudié l’émergence de ces techniques ? Y a-t-il eu, en fait, des innovations en termes de technique ?

Aaron :

Alors, si tu retournes à cette notion du mème et de la mémétique, il y a un argument qui a toujours existé pour dire comment les êtres humains partagent leurs identités, comment ils en créent de nouvelles, comment ils se les approprient. Mais le fait est qu’avec ces nouveaux modes de communication ce processus est rapidement accéléré. Je pense qu’il y a vraiment une relation entre, surtout parmi les jeunes, une pratique en ligne et hors ligne où ils ne sont pas intéressés par des leaders, ils ne sont pas intéressés par des modèles de profit. Ils s’intéressent à la création de valeur mais fréquemment au-delà de la motivation du profit et de la contrainte de faire quelque chose, donc en quelque sorte c’est volontaire… une action volontaire collective.

Julian :

Les techniques utilisées à Occupy London, ont-elles été prises en voyant ce que les gens faisaient à New York, à Occupy New York, ou est-ce plus ancien ?

Naomi :

Je pense qu’il y a une tension intéressante entre la manière dont fonctionne le consensus en ligne, et il marche, si vous considérez comment… comment la situation de l’esprit de ruche fonctionne, c’est… c’est du consensus mais d’une manière beaucoup moins structurée. Et il y a une tension intéressante entre cela, qui est une espèce d’attitude avec laquelle beaucoup de personnes sont venues à Occupy, et la manière dont cette tradition… ce consensus plus traditionnel, si je puis dire, cette prise de décision sur un consensus plus structuré, fonctionne… marche sur le terrain. Mais c’est une tension que je pense que nous avons explorée à Occupy London sans totalement la résoudre.

Julian :

Nous pouvons voir pourquoi Occupy n’aurait pas eu lieu il y a dix ans… nous avions ces mouvements de contestation apparaissant à Seattle et Gênes etc. – et Crac ! Il y a eu le 11 septembre – et c’en était fini… Donc nous pouvons voir pourquoi cela ne se serait pas passé il y a dix ans, mais pourquoi cela ne s’est-il pas produit il y a cinq ans ?

Aaron :

Je pense… hé bien, tout d’abord les mouvements sociaux sont là… ils naissent toujours d’un grief et d’un sentiment de mécontentement, et je crois que ce sont simplement… ce qui se passe est simplement impossible sans la crise financière mondiale. Je veux dire, cela aurait vraiment pu être la fin du capitalisme tel que nous le connaissons. Nous aurions eu d’énormes problèmes avec la distribution de nourriture. Le problème avec les sociétés complexes c’est que quand quelque chose va mal, cela va vraiment mal, euh…

Julian :

Alors, tu penses que cela ne serait pas passé si ce n’avait été pour la CFM (crise financière mondiale, ndt) ? C’était… c’était un tel moteur… ?

Aaron :

Parce qu’il y a des cités de tentes aux États-Unis qui ne sont pas dans le mouvement Occupy. Il y a des gens qui sont tout simplement sans toit. Alors c’est… c’est un symptôme politique autant qu’un agent.

Julian :

David, Occupy a comme mijoté pour un moment, pendant la première semaine ou dix jours à peu près, jusqu’à ce qu’il y ait de la violence…

David :

Mmm. Hé bien oui, et alors que…

Julian :

Je veux dire, c’était de la violence policière, mais de la violence tout de même. Et la violence, c’est quoi ? Un mécanisme de marketing efficace. Les films d’Hollywood sont pleins de violence.

Marisa :

Hé bien, je… je veux dire, j’étais là, tu sais, vivant dans le Parc pendant la première semaine, et donc je peux attester du fait que nous n’avons pas mijoté. Nous avons manifesté toute la journée, toute la semaine, quoi. Nous avons occupé Wall Street, nous y allions, tu sais – la cloche d’ouverture et la cloche de fermeture tous les jours. Nous tenions deux assemblées générales par jour, nous étions, tu sais,

Julian :

Toujours est-il que la couverture des médias n’était tout simplement pas là et a vraiment commencé une fois qu’il y a eu de la violence.

Marisa :

Hé bien, d’accord. Mais notre but n’était jamais de… tu sais…

Julian :

Je suis juste… J’avance que peut-être cela devrait se baser sur l’expérience de cet événement. Que peut-être en fait… que provoquer la violence policière est quelque chose qui devrait vraiment être fait si vous…

David :

Mais nous n’avons pas vraiment besoin de provoquer quoi que ce soit – cela va arriver.

Marisa :

Je veux juste être claire que nous n’avons pas provoqué de violence policière, nous avons agi direct…

Julian :

Pour être sûrs d’enregistrer la violence policière.

Marisa :

Nous avons fait une action directe non-violente. Nous sommes allés occuper une place pour pouvoir avoir une assemblée populaire et avons commencé à parler du monde dans lequel nous voulions vivre, que nous voyions comme antinomique avec le monde dans lequel nous vivions à ce moment-là et les structures qui le gouvernaient. Alors, ouais, je veux dire j’imagine qu’en étant là et en faisant l’exercice d’un processus démocratique direct nous posions une menace et donc la police a du y répondre.

David :

En fait, il n’y a rien qui terrifie plus le gouvernement états-unien que la menace de la démocratie s’échappant des États-Unis… [rires] Ils sont sûrs de réagir violemment.

Aaron :

Le jour où Occupy LSX a démarré j’étais à l’extérieur de l’espèce de premier cordon de policiers, ok ? Et je pense que j’ai compté à peu près 20 fourgonnettes et, je veux dire, je l’ai vu suffisamment de fois maintenant. J’ai entendu les chiens en train de sortir. J’ai vu les équipes de renseignement complètes, ils y ont leurs caméras. Ok, c’est maintenant qu’ils mettent une rossée à tout le monde, et il n’y a aucun média ici et ils savent que s’ils ne stoppent pas ce truc aujourd’hui… cela pourrait très vite prendre de l’élan…

Julian :

Naomi, tu étais la coordinatrice pour la campagne pour Bradley Manning, et il y a une connexion assez intéressante et inhabituelle entre le nombre de personnes qui étaient de certaines manières impliquées dans le soutien à WikiLeaks ou Bradley Manning ou Anonymous et le mouvement Occupy. Mais Bradley Manning a été montré en exemple. Il n’a pas juste été arrêté et tout a été mis sous silence, je veux dire il a été montré en exemple bien visible pour agir comme une dissuasion, parce que l’autorité a besoin de donner des exemples bien visibles de ce qui arrive à ceux qui sont accusés d’avoir désobéi à l’autorité, afin de conserver l’autorité. Ces scènes de télévision de manifestants en butte à de la violence – dans une position de faiblesse vis-à-vis de la violence – pensez-vous que cela donne aussi un exemple sur le long terme, un exemple négatif ?

Naomi :

Hé bien, il y a une chose ou deux ici. Je crois que la première est que ce qui arrivait à Bradley à Quantico – il était vraiment maltraité là-bas, tu sais, ainsi que le Rapporteur Spécial de l’ONU est enfin venu déclarer… En termes de représentation médiatique de conflits je pense que c’est, comment dire, sans doute que la couverture de, tu sais, ce qui s’est passé les premiers jours à New York, c’étaient les… c’étaient les images qui ont fait le tour du monde mais ce n’était… ce n’était pas des médias traditionnels qu’elles venaient, c’était les médias citoyens, c’était du « livestream » donc… Et je crois qu’il y a… sûrement jusqu’à un certain point, que la présence des médias, le fait que quelque chose se passe qui soit à la vue du monde entier, qui est une chose vraiment importante qui se soit passée avec Occupy – le, tu sais, qu’il se documente sans cesse, est une sorte de force inhibitrice importante.

Marisa :

Je veux dire, si ce n’était pour le livestream et pour nos propres équipes de médias sociaux, alors nous ne serions pas entrés dans les médias traditionnels. Nous avons poussé le dialogue d’une manière vraiment importante.

Julian :

Alexa, parle-moi de la règle du droit et d’Occupy. C’était une des… les exigences d’US Day of Rage semblent être la règle du droit, le respect de la procédure…

Alexa :
Absolument. Je veux dire, je pense que, tu sais, à la base de n’importe quelle sorte de… dans le cas des États-Unis une république démocratique, ou au moins il est dit que c’est une république démocratique, il y a beaucoup d’institutions. Il y a la place publique, il y a la presse et il y a des élections, et ensuite il y a… et quand ces choses sont entre les mains du peuple, les institutions trouvent plus ou moins leur équilibre, tu sais, parce qu’elles se contrôlent mutuellement. Je pense qu’en termes de règle du droit… je veux dire, mon expérience personnelle, euh… juste… si « un citoyen, un dollar, un vote », pour ainsi dire, est si radical que cela m’a faite décrire dans le magazine « Australian Security »… comme liée à al-Qaïda… et je reçois des messages privés d’autres firmes de sécurité qui ont des relations avec le FBI qui me disent que, tu sais, « Faites attention, vous… vous êtes pour une raison ou une autre reliée à al-Qaïda ». [les autres rient] Cela me dit tout de suite… Alors, c’est une tactique d’intimidation… tu sais, essentiellement…

Julian :

David, Occupy, avec ce nom, est venu au-devant de la scène mondiale comme conséquence d’Occupy à New York, mais il s’est répandu à travers les États-Unis. Peux-tu nous décrire un peu cette diffusion d’Occupy à travers les États-Unis continentaux ?

David :

Cela a été remarquablement rapide. J’étais époustouflé, j’étais épaté. Parce que, tu sais, tu rêves que ces choses se produisent mais tu ne crois jamais vraiment qu’elles vont se produire. Je dirais qu’en trois semaines nous avions quelque chose comme 800 Occupations, et d’accord que certaines de ces Occupations n’étaient qu’un mec avec une pancarte, mais beaucoup d’entre elles ne l’étaient pas, beaucoup étaient de grands campements de personnes comme, tu sais, Missoula, Occupy Saskatchewan au Canada. Tu sais, ce déversement formidable et il s’est produit très, très vite.

Julian :

Je veux maintenant en venir à… à l’espace. Donc, pourquoi est-ce important d’occuper un quelconque espace…

Naomi :

Euh…

Julian :

Pourquoi ne… pourquoi ne pas rester à la maison ? Tu as ton Rolodex, tu as tes amis, tu as tes réseaux sociaux – pourquoi ne pas tout coordonner depuis les coulisses ? N’est-ce pas une perte de temps que de monter une tente, et tu ne peux pas faire les choses efficacement ?

Naomi :

Hé bien, c’est… cela remonte à la question de pourquoi un mouvement en ligne vient hors ligne de toute façon. Je pense qu’il y a un besoin humain naturel de communiquer face-à-face et, en réalité, c’est beaucoup plus profond. Je pense qu’en travaillant en ligne tu es un peu… c’est une histoire de coordonner des individus autonomes pour faire des choses, et tu as comme le sentiment que tu fais partie d’une communauté de personnes qui ressentent la même chose ou se sentent concernées par la même chose, mais cela n’a rien à voir avec être… tu sais, être dans un espace où, disons… tout le monde est présent et volontaire pour… tu sais, voulant se parler. Parce que c’est en réalité recréer la sorte de société que les gens désirent qu’il existe en permanence.

Alexa :

Je pense que c’est aussi une expérience pour voir jusqu’où tu peux pousser ton engagement avec… tu sais, dans l’espace public, c’est-à-dire, tu sais, quand l’espace public est le trottoir entre le Chuck E. Cheese et le Wal-Mart, ce qu’il est aux États-Unis dans beaucoup de cas et beaucoup même de petites villes, il y a un besoin de créer une « public-ité » qui ne soit pas privée, qui ne soit même pas reliée à son travail, qui soit… est le « nous », le « nous » qui se rassemble et s’occupe de Carlisle achetant notre eau ou quoique ce cela puisse être.

Julian :

David, l’espace doit-il être contesté ? Je veux dire, tout le monde pourrait aller dans… dans les Redwoods de Californie ou quelque part… et, en fait, le G8 a été déménagé à Camp David pour produire exactement cet effet, semble-t-il.

David :

En effet. Hé bien, je pense que oui. Je veux dire, je pense qu’il y a eu… depuis les 30 dernières années il y a eu cet assaut systématique contre la notion de communauté et… et l’idée de l’imagination, d’imagination politique. Et ceci est une manière de récupérer les deux à la fois. Donc je pense que cette idée de reprendre quelque chose est essentiellement importante.

Julian :

Est-ce… est-ce une démonstration de souveraineté, littéralement, sur une zone de terrain donnée ? Nous contrôlons physiquement cet espace à travers notre prise de décision politique… vous ne le contrôlez pas physiquement.

David :

Absolument, et c’est ce qui est crucial à ce sujet. En fait, c’est une stratégie à deux pouvoirs. Je veux dire, nous sommes en train de parler de force. Nous ne parlons pas des légalités – ils ne parlent pas de légalités et nous non plus. Chacun peut s’en servir comme d’une arme, mais ce que nous disons c’est « Ceci est notre espace, c’est notre… nous sommes le public. Ceci est un espace public. Nous allons le prendre », et ce simple acte de défi est extrêmement créatif. Je veux dire, tout en découle, et tout le reste de ce que nous avons fait vient du fait que nous commençons sans accepter les termes de l’ordre existant et avec la volonté d’en créer un autre.

Julian :

Naomi, dans la domination de cet espace physique , en créant votre propre mini-État à Occupy, ce qui est, je pense, le terme correct quand vous contrôlez physiquement un espace de terrain, quand vous détenez le monopole de la force coercitive, vous avez commencé à construire certaines structures sur comment vous gérer entre vous et comment vous coordonner entre vous et certaines méthodologies pour le contact avec la police, pour gérer les opportunistes à l’intérieur du mouvement Occupy, pour vous occuper des gens pris de folie, pour vous occuper de vos déchets.  Ces méthodologies dont vous vous êtes servis pour la prise de décision politique et vous occuper concrètement des choses, les voyez-vous comme un modèle pour la gestion de la société au sens large, ou sont-elles des méthodologies qui servent seulement pour – ou surtout pour – la gestion du problème en cours à résoudre, qui est d’occuper une place ?

Naomi :

Je ne crois pas que nous ayons jamais eu le monopole de la force au sein d’Occupy, et il eut été beaucoup plus simple si nous, tu sais, l’avions fait… en négociant réellement, quoi, ce que tu fais dans cette situation où en quelque sorte, en fait, quelle que soit la perturbation qui puisse survenir tu n’as… en fait tu n’as pas le pouvoir de contrainte, tu as le… le pouvoir de persuasion, tu as le pouvoir de montrer ce que, tu sais, ce que la majorité des personnes dans cet… dans cet espace pensent, mais en définitive non, tu n’as pas la contrainte, et cela c’est aussi, en fait, une éducation [inaudible]

Julian :

Tu as une personne perturbatrice sur place, ou c’est une personne folle… ils gâchent tout pour tout le monde, qu’est-ce que tu en fais ? Qu’est-ce que vous en faites dans Occupy ? Comment vous en débarrassez-vous ? Est-ce que vous appelez la police ?

David :

Nous ne faisons pas ça…

Marisa :

Non. En fait, nous avons utilisé une combinaison de choses, la désescalade, la médiation et la communication non-violente ont été les modes de gestion de conflits à l’intérieur du Parc.

Julian :

David… pour aller jusqu’au bout, à la fin j’en reste là : « Tes putains de règles ne s’appliquent pas à moi. Je veux faire de la percu’ quand je veux faire de la percu’. Je veux parler quand je veux parler. Je veux être tout nu quand je veux être tout nu » – n’avez-vous pas besoin que vos hommes forts arrivent à un moment donné et disent, « Écoute, bonhomme, allez, tu gâches tout pour tout le monde, casse-toi »?

David :

Il y a beaucoup de manières de faire pression sur les gens.

[rires]

Julian :

Comme ?

Marisa :

Comme pour avec les percussionnistes, par exemple – je veux dire, nous avons eu une assemblée où nous avons parlé de la situation du tambourinage. Nous l’avons négociée dans le cadre de l’assemblée.

Alexa :

C’est sûr qu’il y a des conflits et des tensions qui sont naturelles aux êtres humains dans des groupes comme Occupy. Ce n’est pas comme si l’espace que crée Occupy devient soudainement comme une Utopie, parce qu’il ne l’est pas.

Julian :

Aaron, au bout du compte, n’avez-vous pas besoin d’un mécanisme, un processus pour déployer une force de cohésion ?

Aaron :

Euh, c’est… En pratique, c’est une question qu’il faut bien traiter, bien sûr… mais…

Julian :

Seigneur, vous êtes tous si inconfortables avec ça, c’est super.

Aaron :

Non, c’est faux, je… vais vers une bonne… une bonne union… c’est une espèce de question générale existentielle…

Julian :

Ou tu peux les mettre en psychothérapie pendant dix ans…

Aaron :

Je ne suis pas pour ça personnellement.

Julian :

Hé bien, mets-les en psychothérapie pendant dix ans, mais en attendant, tu as quelqu’un dans ton foutu camp qui cause un problème.

David :

Il y a eu des personnes qui ont été exclues de réunions et des choses pareilles, c’est arrivé, mais… tu sais… d’une certaine manière nous… nous essayons d’éviter délicatement quelques sujets dont peut-être nous ne parlons pas beaucoup, ou qui sont de la subversion intentionnelle. Il y a eu des tentatives d’en somme nous lâcher des gens, il y avait, tu sais… alors, à un moment, la police prenait des prisonniers récemment relâchés et les apportaient en bus au Parc en disant « Hé, il y a de la nourriture gratuite ici. » Donc ce n’est pas juste la… sociopathie qui apparaît naturellement si tu as des gens dans un camp. Il y a eu une tentative très dirigée d’essayer de nous subvertir et de nous laisser le choix entre, tu sais, soit se faire déborder soit devenir comme une forme de modèle de charité sociale où nous nous occupons de ces personnes, ce qui est d’ailleurs ce qui a commencé à se produire.

Julian :

Comment Occupy London a-t-il empêché les gratteurs sociaux pathologiques qui étaient très libres dans leurs paroles, bons à dire une chose à une personne, une autre à une autre personne, répandre des rumeurs, semer la discorde, euh, de s’élever jusqu’en haut ? Ou l’a-t-il fait ?

Naomi :

Hé bien… [rires]

David :

Oui, et s’il y a une hiérarchie c’est très facile à faire mais si c’est un mouvement horizontal c’est vraiment très difficile. Et puis, il n’y a que tant de dommages qu’un sociopathe peut causer. Je veux dire, c’est ce que je dis toujours à propos de l’anarchisme quand les gens disent « Et pour untel… et pour, tu sais, les gens qui s’en moquent des autres et qui sont des connards égoïstes » et je réponds « Hé bien oui, mais au moins ils ne se retrouveront pas à la tête d’une armée », [rires] ce qu’ils font ici, tu sais. Il n’y a vraiment pas tant de dommages qu’une personne seule puisse faire s’ils n’y a pas de structure où pouvoir commencer à dominer, à s’élever vers le sommet. Une chose pour laquelle je suis d’accord avec William F. Buckley, il a dit un jour que « Je préfère être gouverné par les trois cents premiers noms de l’annuaire que par les gens qui veulent entrer au Congrès ». Je suis d’accord. Ils feraient sans doute du meilleur travail.

Julian :

Mais, je veux dire, à la fin quel… quelle que soit la manière dont nous nous gouvernons, nous devons être en compétition avec ceux qui voudraient nous gouverner autrement.

Alexa :

Tout à fait.

David :

C’est pourquoi un mouvement international est si important et c’est ce que nous voyons. Je veux dire, il y a un sentiment partagé que l’ennemi devient de plus en plus mondialisé et la seule manière dont il puisse être défié c’est par des mouvements mondiaux, donc en ce sens que les États soient ou non compétitifs entre eux devient de plus en plus sans objet.

Julian :

Aaron ?

Aaron :

Alors, nous avons la plus grande transformation de l’économie politique mondiale en termes de choses allant en… en Asie du Sud-Est… avec toute cette dette… je veux dire, cela ne va se terminer que d’une manière… Comme, clairement l’Occident est fini, mais c’est juste… c’est visible pour tout le monde sauf pour les faiseurs de politiques de l’Occident.

[rires]

Aaron :

C’est juste abondamment évident… Je veux dire, c’est ridicule

David :

Ce n’est pas clair qu’ils ne le sachent pas aussi.

Aaron :

Ouais, tu commences à parler de moments de 1989 et d’argent qui ne sortait pas des distributeurs et les gens te rient au nez. Tu vas, quoi, je sais pas… C’est plutôt évident que la fête est finie.

David :

Ça tombe sous le sens que le 1% va essayer de prendre toutes  les parts du gâteau s’il en reste moins à prendre, mais il semble très improbable si tu regardes ça historiquement qu’ils finissent avec…

[Fin]

Source: http://www.wikileaks-forum.com/index.php/topic,11781.0.html et http://worldtomorrow.wikileaks.org/episode-7.html

Traduit sur WikiLeaks par Setanta

OWNI: Le dir’com états-unien de la Syrie

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Bachar al-Assad avait recruté des « spin doctors » anglo-saxons. Ils avaient déclaré ne plus travailler pour le président-dictateur syrien. Or, les documents obtenus par WikiLeaks, et révélés par Owni, montrent qu’il n’en est rien et qu’ils ont continué pendant la répression.

En plein printemps arabe, le magazine Vogue publiait, dans son édition de mars 2011, un portrait élogieux d’Asma al-Assad, la femme du dictateur syrien, sobrement intitulé “Une rose dans le désert“.

Illustré de photographies de James Nachtwey et signé Joan Juliet Buck, ex-rédactrice en chef de la version française de Vogue, l’article a depuis été effacé du site web de Vogue (on peut le retrouver via archive.org).

Aux États-Unis, des dizaines d’articles avaient en effet dénoncé l’incongruité d’une telle publication, quelques jours seulement avant le déclenchement de la révolution syrienne, et la façon dont il cherchait à humaniser un dictateur en montrant à quel point sa femme était belle et raffinée.

Cet article n’aurait probablement jamais été rendu possible sans l’entregent de Mike Holtzman et de son employeur, le cabinet de relations publiques Brown Lloyd James.

Ex directeur des affaires publiques du Council on Foreign Relations, passé par le département d’Etat américain et le cabinet de Bill Clinton, désigné comme “officier de liaison” à Ground Zero en septembre 2001, Mike Holtzman s’illustra en aidant la Chine à remporter les jeux olympiques de 2008, ce qui lui valut d’être désigné comme la personnalité de l’année par PRWeek, le magazine des relations publiques, et d’être recruté dans la foulée par Brown Lloyd James.

Créé par Peter Brown, l’ancien assistant des Beatles, et Sir Nicholas Lloyd, un ancien journaliste du Daily Express, ce cabinet de relations publiques, qui a notamment aidé le Qatar à emporter la coupe du monde de football 2022, travaille tout aussi bien pour Russia Today que pour Disneyland Paris, la principauté de Monaco et Al Jazeera, avec un focus sur les pays arabo-musulmans.

En 2002, Mike Holztman faisait ainsi paraître une tribune libre appelant à la privatisation de la diplomatie, afin d’améliorer les rapports entre les États-Unis et le Moyen-Orient, puis une seconde, en 2003, fustigeant la propagande américaine dans les pays arabo-musulmans.

En 2009, Brown Lloyd James se faisait également remarquer en travaillant pour la Libye, afin de permettre à Kadhafi de publier une tribune libre dans le New York Times, de faciliter son célèbre voyage au siège des Nations-Unis (où il avait accusé le Conseil de sécurité d’être un “Conseil de la terreur car le terrorisme ce n’est pas seulement al-Qaida“), ou encore de favoriser une rencontre entre George Bush et le fils Kadhafi.

Brown Lloyd James a toujours refusé de répondre aux questions de la presse. Mais un mémo de la Justice américaine a révélé que le cabinet avait bien été sous contrat avec la Syrie, afin d’améliorer l’image de marque d’Asma al-Assad à l’étranger, la société tenant cela dit à préciser n’avoir “fourni aucun service à la famille Assad depuis décembre 2010“, date à laquelle elle avait organisé, selon The Guardian une interview avec Asma al-Assad.

Ce même mois de décembre 2010, Paris Match avait lui aussi rencontré la femme du dictateur syrien, à l’occasion d’une visite officielle des époux al-Assad à Paris, et publié une interview de 4 pages intitulée “Deux amoureux à Paris“. Contacté par Owni, Régis Le Sommier, le journaliste de Paris Match qui avait signé le papier, répond n’avoir jamais “été en contact avec Brown Lloyd James, ni avec Mike Holtzman“.

Pourtant, un des 2 434 899 emails obtenus par WikiLeaks dans le cadre de l’opération Syria Files, estampillé “classified“, révèle la présence de Mike Holtzman à Paris en compagnie d’Asma al-Assad en décembre 2010.

Surtout, d’autres e-mails et documents montrent qu’il a bel et bien continué à conseiller le dictateur syrien, jusqu’en janvier 2012, et alors que la répression faisait des centaines, voire des milliers de morts.
Un “super-héros” musulman, et amputé.

Plusieurs emails, révélés par les Syria Files et confirmés par un article du magazine Foreign Policy, montrent par ailleurs que Mike Holtzman, censé avoir cessé de travaillé pour la Syrie depuis décembre 2010, s’était rendu à l’Opéra Dar al Assad de Damas pour une conférence le 9 février 2011.

Dans un premier email, Rachel Walsh, qui travaille pour Brown Lloyd James au Qatar, écrit à Sondos Sosi, chargée des relations avec la presse au ministère syrien des Affaires Présidentielles, que sa “collègue Sheherazad Jaafari lui a conseillé d’envoyer des documents à propos de la conférence du 9 février“.

Sheherazad Jaafari n’est pas n’importe qui : fille de l’ambassadeur de Syrie aux Nations Unies et conseillère en communication de la famille al-Assad, elle avait effectué un stage chez Brown Lloyd James, et Mike Holtzman avait été son “chef“. Dans un message envoyé à Sondos Sosi dans la foulée, elle joint un tableau recensant les sièges réservés pour la conférence du 9 février. Aux premiers rangs, des places destinées aux membres du gouvernement syrien ainsi qu’à des ambassadeurs étrangers, mais également à Asma Al Assad, épouse de Bachar, à côté de laquelle est installé Mike Holtzman.

Quelques heures plus tard, Sondos Sosi fait parvenir par email le programme de la soirée à Luna Chebel, une autre conseillère en relations presse de Bachar al-Assad et ancienne journaliste à Al Jazeera. Mike Holtzman y est présenté comme le “maître de cérémonie de la soirée“, chargé d’introduire tous les invités.

Ironie de l’histoire, et alors que le soulèvement syrien allait débuter un mois plus tard, Mike Holtzman venait y présenter “Le Scorpion d’Argent“, une bande dessinée qui raconte l’histoire d’un jeune arabe amputé des deux jambes après avoir sauté sur une mine antipersonnel, écrite par de jeunes handicapés américains et syriens, et produite par l’ONG Open Hands Initiative -dont Mike Holtzman fait partie du comité consultatif- afin d’ouvrir “une nouvelle phase diplomatique” entre les États-Unis et les pays arabo-musulmans…
“Il n’est pas nécessaire de détruire le pays”

Les Syria Files révèlent un autre document, encore plus embarrassant : le 19 mai 2011, Mike Holtzman envoyait, en effet, à Fares Kallas, proche collaboratrice d’Assam al-Assad, un “Memorandum” intitulé “analyse de la communication de crise“, lui expliquant ce qu’il conviendrait de faire pour que l’image de la Syrie ne soit pas trop entachée par la répression, qui avait débuté deux mois plus tôt :

« Il est clair, au vu des déclarations du gouvernement américain depuis le début des manifestations en Syrie, que l’administration Obama veut la survie du régime actuel. Contrairement à ses réactions aux manifestations dans d’autres pays de la région, il n’y a eu aucune demande de changement de régime, ni d’intervention militaire. »

Le mémorandum n’en souligne pas moins que la position des États-Unis pourrait évoluer en fonction, notamment, de la couverture médiatique, tout en déplorant l’approche déséquilibrée de la communication” de la Syrie depuis le début de la “crise” :

 » S’il est nécessaire de se reposer sur un pouvoir fort afin de réprimer la rébellion, le soft power est nécessaire pour rassurer le peuple syrien ainsi que le public extérieur sur le fait que la réforme se poursuit rapidement, que les griefs légitimes sont pris en compte et au sérieux, et que les actions de la Syrie visent essentiellement à créer un environnement dans lequel le changement et le progrès peuvent avoir lieu. »

Début mai, alors que Michael Hotzman rédigeait ce mémorandum, les ONG estimaient que plusieurs centaines de personnes avaient d’ores et déjà été tuées par l’armée, et que des milliers avaient été arrêtées. Hotzman se borne, lui, à alerter le président syrien sur les risques de dérive et d’instabilité si d’aventure les manifestants étaient renvoyés chez eux par la peur plutôt que par “la conviction que leur gouvernement est sensible à leurs préoccupations” :

 » La Syrie semble communiquer avec deux mains. Une qui propose la réforme, l’autre l’autorité de la loi. L’autorité de la loi est un poing. La réforme une main ouverte. A ce jour, le poing semble, pour l’opinion publique internationale, et probablement pour de nombreux Syriens, 10 fois plus fort que la main tendue. Elles doivent être mieux équilibrées. »

Brown Lloyd James propose ainsi au président syrien de communiquer plus souvent, tout en estimant “nécessaire que la First Lady rentre dans le jeu : la clef est de montrer force et sympathie en même temps“, comme ce fut le cas avec les précédents papiers de Vogue et de Paris Match.

La société de conseil propose également de lancer une campagne de presse internationale expliquant les difficultés rencontrées par Bachar al-Assad dans sa volonté de réforme, mais également d’améliorer sa communication “sur le plan de la sécurité“, en le montrant prendre des sanctions publiques envers les forces de sécurité qui, ne respectant pas ses ordres, tirent sur des civils désarmés.

 » Cela permettrait de montrer sans équivoque possible que toute personne qui enfreint la loi – qu’il s’agisse de manifestants ou de soldats – devront faire face à leurs responsabilités. »

Afin de contrer la mauvaise publicité faite par les “figures de l’opposition syrienne” vivant à l’étranger, mais également de contrecarrer le “torrent quotidien de rumeurs, de critiques et de mensonges“, Brown Lloyd James propose également de mettre en place une cellule de veille 24h/24 afin de surveiller les médias, voire de contre-attaquer :

 » Les réseaux sociaux devraient être surveillés et les faux sites poursuivis en justice et effacés. »

En conclusion, Brown Lloyd James suggère d’en appeler au patriotisme des Syriens afin de mettre l’accent sur le fait qu’”il n’est pas nécessaire de détruire le pays pour atteindre l’objectif partagé par tous : vivre dans un pays libre et prospère“, et met l’accent sur deux recommandations :

. reconnaître que la violence qui a lieu en ce moment est regrettable. Mais ce ne sont pas les responsables syriens qui l’ont cherché. Ses dirigeants sont obligés de protéger la Syrie, afin de créer les conditions de calme nécessaire à la mise en place de la réforme.
. continuer à exprimer sa confiance dans l’avenir, et dans le fait que la crise est sur le déclin.

“On ne tue pas sa population”

Début janvier 2012, Fares Kallas, à qui avait été adressé le mémorandum de Mike Holtzman, faisait fermer 11 faux comptes Twitter usurpant l’identité du couple al-Assad (@FirstLadysyria, @Asma_AlAssad, @Bashar_alAssad, @SyrianPresident, etc.).

En mars 2012, le quotidien britannique The Guardian révélait des échanges d’e-mail entre Sheherazad Jaafari et Mike Holtzman, son “ancien chef” chez Brown Lloyd James.

Dans ces emails, datés du 11 janvier 2012, la fille de l’ambassadeur de Syrie aux Nations Unies, devenue conseillère en communication des époux al-Assad, évoque un meeting à Damas où Bachar al-Assad martela, devant des dizaines de milliers de supporters, qu’il voulait faire du rétablissement de la sécurité “la priorité absolue“, promettant de frapper les “terroristes” d’une main de fer :

« Je suis venu pour puiser la force auprès de vous. Grâce à vous, je n’ai jamais ressenti la faiblesse. Nous allons triompher sans aucun doute du complot. Leur complot approche de sa fin, qui sera la leur aussi. »

Dans cette série d’emails, Sheherazad écrit à Mike que “cet homme est aimé par son peuple“, ce à quoi le communiquant américain lui répond “je suis fier de toi. J’aimerais être là pour (vous) aider“, avant de préciser :

« Nous avons besoin d’une nouvelle politique américaine. Quels idiots. »

Ce jour-là, le journaliste Gilles Jacquier du magazine télévisé « Envoyé spécial » était tué à Homs pendant un tournage autorisé par les autorités syriennes. Et la répression avait d’ores et déjà fait plusieurs centaines de morts, et des milliers de Syriens avaient été arrêtés, et torturés.

Sheherazad Jaafari est depuis tombée en disgrâce, et retournée aux États-Unis, pour avoir tenté de mettre en pratique les conseils de son “ancien chef“.

D’autres emails, obtenus par Anonymous et publiés en février 2012 par Haaretz, révèlent en effet qu’elle avait expliqué à Bachar al-Assad que “la psyché américaine peut facilement être manipulée“, afin de le préparer à la désormais célèbre interview où il allait déclarer à la télévision américaine ABC qu’”il n’y a pas eu d’ordre demandant de tuer ou d’être violent“, et qu’il avait “fait de son mieux pour protéger la population“, contestant le chiffres de 4000 morts dressés par l’ONU, pour affirmer que “la majorité” des personnes tuées étaient “des partisans du régime et non l’inverse” :

«On ne tue pas sa population… Aucun gouvernement dans le monde ne tue son propre peuple, à moins d’être mené par un fou.»

L’affaire a rebondi début juin avec la publication dans le Telegraph d’autres e-mails échangés cette fois entre Sheherazad Jaafari et Barbara Walters, la journaliste qui avait interviewé Bachar al-Assad pour ABC, révélant comment cette dernière avait cherché à pistonner la jeune syrienne afin qu’elle soit embauchée par CNN, ou qu’elle intègre la Columbia School of Journalism… ce qui a poussé la vénérable journaliste, prise en flagrant délit de conflit d’intérêts, à présenter ses excuses.

Mike Holtzman, si prompt à aider ses clients, dictateurs compris, à manipuler la presse, a toujours refusé de répondre aux questions des journalistes.

Enquête réalisée avec Pierre Leibovici (@pierreleibo sur Twitter).

Voir l’article original ici :
http://owni.fr/2012/07/06/le-dir-com-americain-de-la-syrie/

Une société italienne vend à la Syrie des radios sécurisées pendant l’embargo

Les compagnies ont travaillé à contourner les sanctions imposées par les États-Unis et l’Union européenne pour construire un réseau sécuritaire « d’urgence ».

Pendant que les États-Unis et l’Europe imposaient des sanctions de plus en plus sévères à la Syrie, des compagnies de haute technologie occidentale travaillaient toujours avec le gouvernement syrien et des sociétés sous son contrôle. Ceci est selon des courriels obtenus par WikiLeaks datant de 2006 jusqu’à mars 2012. Les courriels sont maintenant publiés par vague par WikiLeaks sur son propre site web et avec la collaboration d’organisations journalistiques.

La première vague de courriels mis en ligne – 25 sur plus des deux millions obtenus par WikiLeaks – met l’accent sur le réseautage italien et la compagnie SELEX (une division de Finmeccanica – qui, par coïncidence,  possède aussi Agusta qui est le constructeur lié au développement de l’hélicoptère chinois d’attaque Z-10)  et la compagnie d’intégration réseau grecque Intracom Telecom. Des courriels échangés entre des représentants des deux compagnies publiés par WikiLeaks démontrent comment ils ont travaillé à contourner les sanctions commerciales de plus en plus dures imposées à la Syrie pour y exécuter un projet commun. Le projet? Un système de radio logiciel sécurisé pour le gouvernement syrien basé sur  les radios à ressources partagées TETRA.

Le VS-3000 et l’AS-3000 TETRA, livré en vertu du contrat — pour ce qui avait été annoncé comme un réseau de « sécurité publique » d’urgence et de réponse aux catastrophes – permet de transmettre les conversations et des données aux véhicules terrestres, les bateaux de la garde côtière et des aéronefs. Ils sont reliés à un réseau national de stations au sol lié par un réseau de fibre optique. Mais à partir de mai de l’année dernière, le projet a augmenté de son budget originel, de 40 millions d’euros, de plus de 25 %. Une facture datant du mois de février chiffre le projet à plus de 66 millions d’euros. Ces expansions sont venues en même temps que le gouvernement syrien a demandé le système de cryptage TEA3 pour son système de radio et a commencé à le déployer à la police.

Le travail des deux sociétés a continué durant la répression violente des dissidents en Syrie pendant le mois de février de cette année. Cela comprenait un voyage à Damas par les ingénieurs de SELEX pour aider à l’installation de radios et d’accessoires (certains ont été remis personnellement par les ingénieurs). Tout au long du projet, SELEX a continué à trouver des moyens alternatifs d’obtenir les composants pour le projet, alors que les sanctions successives ont commencé à créer des problèmes avec la chaîne d’approvisionnement de l’entreprise.

Les produits de SELEX sont tombés dans une zone grise à la suite des sanctions de septembre 2011 imposées par l’Union européenne (UE). Les sanctions permettent le commerce dans le domaine des télécommunications, mais interdisent l’exportation de matériel ayant des implications militaires. Mais le contrat a officiellement été conclu avec la Syrian Wireless Organization (SWO) et a été signé par Imad Abdul-Ghani Sabbouni (ministre syrien des Communications). Sabbouni a été nommé dans les sanctions de l’UE en février 2012 pour avoir participé à la censure et à la surveillance de l’accès à Internet des Syriens. Bien que n’étant pas, techniquement, en violation des sanctions de l’UE (du moins jusqu’en février), il y a eu quelques problèmes pour obtenir l’équipement nécessaire.

Comme la plupart des connecteurs pour fibre optique commandés par la Syrie à SELEX étaient fabriqués aux États-Unis, la société a également dû contourner les interdictions américaines sur l’exportation d’équipement technologique à la Syrie. Dans un courriel d’octobre 2011, la gestionnaire de programme de SELEX, Simone Bonechi, et le gestionnaire de projet chez Intracom, Mohammad Shoorbajee, discutent d’un délai dans la livraison de composantes de fibre optique à cause de ses interdictions – spécialement pour les pièces utilisées pour moduler la lumière étant transmise sur un réseau en fibre optique. Shoorbajee écrit “Le client commence à devenir suspicieux du fait que nous n’envoyons pas le câble. Recommandez-vous que je leur dise quelque chose? “

Bonechi a répondu qu’il y avait eu un retard, car “nous avons eu à gérer un problème inattendu avec quelques connecteurs, des parties de la marchandise qui devait être envoyée sont fabriquées aux États-Unis. “ SELEX a eu de la difficulté à trouver un autre fournisseur pour les connecteurs. Shoorbajee rapporte que les représentants de la SWO “devenaient de plus en plus inquiets chaque jour“ que les sanctions allaient bloquer la finition du projet.

Dans une déclaration accompagnant les documents, WikiLeaks a dit que les courriels “révèlent comment l’Ouest et les compagnies occidentales disent une chose et font autre chose. “ Des courriels additionnels seront publiés par vague au courant des deux prochains mois.

Liens d’origine: http://www.wikileaks-forum.com/index.php/topic,12729.0.html et http://arstechnica.com/tech-policy/2012/07/wikileaks-italian-firm-sold-syria-secure-radios-as-crackdown-raged/

Traduit sur le Forum WikiLeaks par Nicolas1

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