Révélation WikiLeaks: l’industrie pétrolière se prépare pour la plus importante campagne environnementale jamais connue

Hey, Big Oil-Go Frack Yourself!

MichelCollon.info, 15 décembre 2013

WikiLeaks, la plateforme des lanceurs d’alerte, a dévoilé récemment une série de documents qui révèlent à quel point les compagnies pétrolières se sentent acculées par les activistes. Les experts pensent que l’opposition aux projets dangereux pour l’environnement, notamment l’exploitation des sables bitumeux, pourrait à terme devenir la plus grande campagne pour l’environnement de tous les temps. Ces révélations éclairent les méthodes mises des multinationales pour appréhender la résistance (subdivisée en catégories allant de « réaliste » à « radicale »).

Alors que durant plusieurs décennies, les entreprises pétrolières et gazières ont pu jouir d’une certaine liberté de mouvement, elles doivent depuis quelques années faire face à une contestation toujours plus importante. Les multinationales impliquées dans le très controversé oléoduc Keystone-XL s’estiment d’ailleurs à ce point menacées par les activistes qu’elles encouragent leurs départements de relations publiques et de conseil à s’armer contre la critique.

La plus vaste campagne de défense de l’environnement jamais connue

Rendu public par WikiLeaks, le document « Oil Sands Market Campaigns«  de la société Strategic Forecasting est une présentation destinée à avertir les grands groupes pétroliers qu’en cas de contre-offensive tardive, l’hostilité à l’égard des activités du secteur pourrait se cristalliser dans la plus remarquable campagne pour l’environnement à laquelle ces grands groupes furent jamais confrontés. Bien qu’elle nie avoir sollicité les services de Strategic Forecasting, la société canadienne Suncor semble bien être le destinataire de cette présentation. WikiLeaks possède d’ailleurs quelques courriels dans lesquels des collaborateurs de Strategic Forecasting évoquent le payement par Suncor d’un montant de $ 14.890 pour deux projets achevés.

Radicaux, idéalistes, réalistes et opportunistes

Strategic Forecasting classe les opposants des compagnies pétrolières en différentes catégories (radicaux, idéalistes, réalistes et opportunistes) avant d’expliquer comment appréhender chacune de ces d’entre elles. Parmi les radicaux, on retrouvera des organisations militantes populaires telles que Rising Tide North America, Oil Change International et Indigenous Environmental Network. Greenpeace et Rainforest Action Network sont perçues comme deux entités hybrides, mi-radicales, mi-idéalistes. Sierra Club – le plus grand groupe environnemental américain, Amnesty International et Communities for a Better Environment demeurent des « idéalistes » ; et les différentes structures plus conventionnelles telles que le World Wildlife Funds, Natural Resources Defense Council et Ceres (une association du secteur non-marchand qui rassemble des entreprises, des investisseurs et des groupes d’intérêt publics) se rangent dans la classe des réalistes.

« En somme, ce que les activistes exigent, c’est une régularisation »

Selon Strategic Forecasting, bien que les activistes demandent l’arrêt des projets dangereux pour l’environnement, il apparaît que leur « exigence avérée » est l’application d’un code déontologique au secteur pétrolier. C’est pourquoi, la firme conseille aux compagnies concernées de poursuivre leurs activités tout en veillant à se fabriquer une image plus éthique destinée à atténuer la contestation. Elle préconise en outre de limiter les contacts avec les organisations de défense de l’environnement, de reporter sciemment les négociations, et d’établir des programmes environnementaux propres visant à éclipser les exigences des activistes. Il s’agit ni plus ni moins de museler l’opposition le plus longtemps possible, en tout cas tant que son influence politique est limitée.

Les compagnies pétrolières s’arment de longue date contre les activistes

Les révélations de WikiLeaks confirment l’ampleur toujours croissante des moyens mis en œuvre pour faire pression sur l’opinion publique afin de pouvoir poursuivre ses projets. Les travaux tels que le « fracking » et la pose d’oléoducs amènent les entreprises pétrolières toujours plus près des communautés locales – parfois jusqu’à littéralement envahir les jardins privés! Les citoyens inquiets rejoignent alors les rangs des activistes et donnent davantage de poids aux campagnes de protestation.

Une machine RP bien huilée, un outil essentiel pour une technologie contestée

En Roumanie, la société Chevron a demandé et obtenu l’aide de la police antiémeute pour investir ce mois-ci un camp de résistance pacifique. Activistes et riverains ont été dégagés manu militari pour permettre à Chevron de s’installer et de démarrer les travaux d’extraction du gaz de schiste. Dans le documentaire Gasland II traitant de l’extraction du gaz de schiste aux Etats-Unis, on apprend que des formations RP pour apprendre à appréhender les citoyens réfractaires et en colère, aux livres mettant en scène le « Gentil Frackosaure » et distribués aux enfants des écoles locales, l’industrie du gaz ne lésine pas sur les moyens pour tenter de manipuler le public. Craignant de voir la population locale s’opposer au fracking, Chevron aurait lancé en Pologne la campagne « We Agree », une énième manœuvre pour acheter l’opinion publique selon les activistes du groupe « Occupy Chevron »: « Chevron fournit des ordinateurs aux écoles locales, aménage des voies piétonnières et a même été jusqu’à faire reconstruire la maison d’un particulier qui se plaignait des dégâts causés par les vibrations des camions. Si ça, ce n’est pas de la corruption… »

Activistes: nos campagnes font de l’effet

Depuis qu’est la parution du document Strategic Forecasting, les mouvements de désobéissance civile et de protestation contre les sables bitumeux ont exercé une telle pression que le président Obama s’est vu contraint de postposer un arrêté portant sur le projet Keystone XL, du nom de cet oléoduc qui devrait assurer le transport du pétrole extrait des sables bitumeux canadiens vers les raffineries du Golfe du Mexique. D’autres actions de protestation ont également retardé l’aménagement d’autres oléoducs canadiens. Les campagnes de marketing élaborées par les compagnies pétrolières encouragent les activistes à poursuivre leurs actions. Scott Parkin, membre du Rainforest Action Network et de Rising Tide North America, déclarait à Inside Climate News: « Le fait que des sociétés telles que Strategic Forecasting nous étudient et nous ciblent est révélateur de l’influence de nos structures. Il va de soi que de tels documents n’étaient pas destinés à des non-initiés, mais nous ne nous laisserons pas intimider. Au contraire, cela nous encourage à exercer une pression encore plus forte. »

 Traduit par Olivier Porignaux pour Investig’Action

Source: http://michelcollon.info/Revelation-WikiLeaks-l-industrie.html?lang=fr

« WikiLeaks et Cantona servent-ils à quelque chose ? » Interview avec Michel Collon, Investig’Action (2010)


Pourquoi ces fuites ? Un complot contre les USA? 

Moi aussi je me pose beaucoup de questions. Mais le plus important, c’est de  comprendre. A mon avis, c’est mon interprétation, qu’en fait, la classe dirigeante des Etats-Unis est totalement divisée. Economiquement, c’est un pays, une économie complètement affaiblie. Ils sont incapables de gagner la guerre en Irak, en Afghanistan, ou en Palestine, au Liban, avec Israël. Et ce qui arrive maintenant, c’est que cette classe dirigeante est complètement divisée. « Faut-il continuer la guerre, faut-il chercher une porte de sortie ? » Et comme ils se divisent entre eux, il y a des fuites qui sortent. On sait que ça vient des Etats-Unis, ces fuites. On sait aussi que les infos sont basées sur des mémos des diplomates US. Donc, pas étonnant, c’est pas des révolutionnaires. On sait d’où viennent les fuites. Et moi je ferais un parallèle avec ce qui s’est passé durant la guerre du Vietnam. Pour les plus jeunes, les Etats-Unis qui étaient alors au sommet de leur puissance ont attaqué le Vietnam avec une guerre vraiment féroce, cruelle. Les vietnamiens ont résisté de façon héroïque. Il y a eu un mouvement de solidarité dans le monde entier. Il y avait des manifs partout, quand j’étais jeune. Et à un moment donné, une grande partie de la bourgeoisie des Etats-Unis  s’est dit « Cette guerre, on peut pas la gagner ». Ils ont pas dit « c’est immoral de faire la guerre et d’attaquer un pays ». Ils ont juste dit « On va perdre ». Et à partir de ce moment-là, ils se divisent et comme ils veulent mettre fin à la guerre, il y a des fuites qui sortent. Ca prouve juste une chose : les Etats-Unis sont affaiblis et ça doit encourager les gens à aller plus loin et à se battre contre cette guerre. 

Les informations de WikiLeaks sont-elles des scoops ? 

Je pense que… Il faut bien voir de toutes façons qu’il y a aux Etats-Unis, dans leurs documents, plusieurs niveaux de secret. Et là, on n’a que le premier niveau, le plus bas. Il semble que énormément de gens aux Etats-Unis étaient au courant de ces informations, de ces mémos diplomatiques, et que des gens honnêtes et dégoûtés les ont divulgués. Donc effectivement, le plus important, je pense, pour les progressistes, c’est d’aller plus loin, et à partir de là, à partir du fait qu’énormément de gens dans le monde se posent des questions sur les mensonges des Etats-Unis, il faut aller plus loin et dire « mais c’est quoi les stratégies des Etats-Unis, leurs vrais mobiles, leurs vrais objectifs, dans toutes ces guerres qu’ils déclenchent » Et là, on a publié ces interviews de Mohamed Hassan qui explique effectivement quels sont les vrais objectifs des Etats-Unis, des Européens, quand ils attaquent un pays au Moyen-Orient ou ailleurs dans le monde. 

Quels sont les objectifs de guerre des USA ? 

Si on prend l’exemple de l’Iran, il y a une énorme hypocrisie des Etats-Unis, bien sûr, les politiciens mentent, mais tout le monde le sait, mais aussi des médias qui recopient ce que les politiciens nous disent sur les Etats-Unis, à savoir que : « oui, il faut attaquer l’Iran parce que c’est une menace ». En réalité, les Etats-Unis et l’Europe ont toujours attaqué tout pays arabo-musulman, tout pays du Moyen-Orient, pour contrôler le pétrole, pour empêcher qu’ils soient indépendants et autonomes. Il faut qu’ils restent dépendants, il faut que le pétrole continue à profiter aux Etats-Unis et aux Européens. Et Israël, comme on l’a expliqué dans le bouquin «Israël, parlons-en», est le flic du Moyen-Orient, le flic du pétrole. Ca, c’est les vraies questions que les médias devraient poser à partir de cette soi-disant nécessité d’attaquer l’Iran. Evidemment que les dirigeants arabes sont d’accord avec les Etats-Unis pour attaquer l’Iran. La plupart d’entre eux sont des marionnettes des Etats-Unis, et ce qui est important, c’est que la rue arabe, elle, elle dit le contraire. Si vous interrogez dans le monde musulman, la majorité des gens disent : « Les Etats-Unis, c’est la menace. Israël, c’est la menace.  D’ailleurs, il agresse tous ses voisins, il agresse Gaza, il agresse même les humanitaires. L’Iran, c’est normal qu’il essaie de se défendre préventivement contre Israël. » Si les médias posaient les bonnes questions, le débat serait déjà beaucoup plus avancé. 

Que pensez-vous des informations diffusées par WikiLeaks? 

Le problème, c’est pas les infos qui sont données, je rappelle, ce sont des diplomates US qui parlent, ils défendent un point de vue évidemment, et ce sont des choses que nous disions depuis des années. Mais le problème, c’est la manière dont les médias traitent ces infos, et en fait, les filtrent. On nous parle que des choses archi-secondaires. Or dans les révélations WikiLeaks, il y a des choses intéressantes. Par exemple, les Etats-Unis disaient toujours que le coup d’Etat militaire au Honduras, c’était pas un coup d’Etat, que c’était une bataille entre deux camps, et voilà. Et l’ambassadeur lui-même dit « c’est un coup d’Etat ». Donc on prouve qu’ils ont menti. Ou bien, il y a ce caméraman espagnol qui a été assassiné en Irak, parce qu’il montrait des choses que les Etats-Unis ne voulaient pas, et là, on apprend officiellement que les Etats-Unis ont tout fait pour saboter l’enquête. Et des bonnes révélations, il y en a plein. Donc la question que les gens doivent se poser, c’est « Pourquoi les médias ne nous ont pas dit ça avant ? Est-ce que les médias ne font pas d’investigation ? » Ben non, il ne font pas d’investigation. Les grands médias, les médias dominants à la télé, ne nous disent que les choses qui arrangent leurs gouvernements. Et donc, la 2ème question, c’est : Où alors, on doit aller chercher l’info ? 

Et l’affaire Cantona, alors ? 

Ce qui m’a frappé, c’est que tous les grands économistes, ministres, banquiers, ont dit : « Cantona est stupide, c’est un footballeur, il ne comprend rien à l’économie et aux banques ». Ca veut dire « les simples gens ne doivent pas essayer de comprendre ce qu’il y a là en dessous ». Je pense qu’en fait, c’est parce qu’il y a beaucoup à cacher. Et à mon avis, Cantona a très bien compris où était le problème, la plupart des gens dans la rue aussi. Et le problème, il est simple : les banques nous escroquent. J’ai lu ces dernières semaines deux informations très intéressantes. La première : cette année-ci, aux Etats-Unis, donc en 2010, 1,2 millions de familles américaines en plus vont perdre leur maison à cause de la crise bancaire sur la spéculation américaine immobilière faite par les banques. 1,2 millions de gens à la rue à cause des banques. Et l’info suivante, la semaine passée : « Les banques américaines, en cette fin d’année, vont distribuer 144 milliards de dollars en bonus et autres primes à leurs dirigeants, à leurs traders », donc à toutes les crapules qui ont fait cette spéculation sur les pauvres gens qui perdent leurs maisons. Et eux, les banques, qui ont été sauvées grâce à l’argent de l’Etat, c’est-à-dire à l’argent des contribuables, ils vont distribuer 144 milliards de dollars en primes pour que leurs dirigeants et leurs traders continuent les mêmes spéculations et les mêmes escroqueries. Donc, Cantona et les gens dans la rue peuvent très très bien comprendre que c’est pourri, ce système, qu’il faut faire quelque chose, et je pense que c’est très positif. Les gens doivent absolument se mêler de cette chose-là, de ce problème-là. 

Mais ça a fait un flop ? 

L’important, c’est pas là. Oui, c’est pas la solution, c’est pas le remède miracle. L’important, c’est qu’énormément de gens se sont posés des questions sur les banques, et il faut faire quelque chose. A partir de là, il faut aller plus loin. Je pense qu’il faut analyser en profondeur, étudier, et c’est pas si compliqué. Nous, on fait des articles, on fait des livres, on explique ce genre de choses. Simplement, pour monsieur et madame tout le monde, il faut comprendre comment c’est possible que dans ce système capitaliste et bancaire, il y a une poignée de gens qui s’enrichissent énormément, et les autres, ça va toujours de plus en plus mal, et à partir de là aussi, réfléchir qu’il y a des alternatives, qu’évidemment on nous les cache, et que, en fait, il faut qu’un débat citoyen s’engage sur ces questions-là.

Source: http://www.michelcollon.info/Wikileaks-et-Cantona-servent-ils-a.html

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