La mort de Yasser Arafat a-t-elle été une « opportunité politique » pour l’Occident?

Yasser ArafatAlors que dix ans après, la thèse de l’empoisonnement de Yasser Arafat n’a toujours pas été officiellement reconnue et qu’il sera maintenant impossible d’aller plus loin dans l’enquête sur la mort du leader palestinien, à cause du « laps de temps limite pour déceler des traces de polonium » qui est maintenant écoulé, comme le précise le journal Le Monde, et même si Al Jazeera avait pourtant publié le rapport suisse (108 pages, PDF) confirmant des traces de polonium, et bien que les médecins français à l’époque aient eu du mal à expliquer « la cause d’une détérioration soudaine » de la santé d’Arafat, il reste néanmoins les câbles Wikileaks pour tenter d’y voir un peu plus clair dans les événements et se rendre compte par soi-même s’il y a pu avoir empoisonnement ou pas du leader palestinien Yasser Arafat.

Comme l’ont beaucoup dénoncé les Palestiniens, qui voyaient un complot contre leur dirigeant, un câble Wikileaks laisse supposer – mais sans apporter de preuves concrètes – que la mort de Yasser Arafat a, en effet, pu faciliter un agenda américano-européen pour continuer le processus de paix au Moyen-Orient. Il n’y a pas de preuves d’empoisonnement dans ce câble diplomatique, ni aucune information qui pourrait aller dans ce sens. Mais, loin d’inquiéter les représentants politiques occidentaux, la mort de Yasser Arafat est décrite – en date du 19 novembre 2004, soit 8 jours après son décès – selon les termes de Leena Aalto, correspondante européenne adjointe, au Ministère des Affaires étrangères, à Helsinki, comme « une fenêtre d’opportunité » pour la paix au Moyen-Orient.

Ce genre de réaction est plutôt étonnante, mais cela reflète bien l’esprit qui règne au sein de la sphère politique européenne et occidentale: la mort de Yasser Arafat est perçue comme une « opportunité » pour favoriser de futures négociations au Moyen-Orient, notamment parce que l’Etat d’Israël était opposé à des négociations tant que Yasser Arafat était au pouvoir. Dans un autre câble du 30 décembre 2004, le ministre des Affaires étrangères israélien, Silvan Shalom, juge en effet que « la situation s’est améliorée depuis la mort d’Arafat ». Et on ne s’étonne pas non plus de lire dans un autre câble que Netanyahu qualifie cette période comme un « moment d’opportunité » pour réengager la discussion avec les Palestiniens, en utilisant quasiment la même formulation que Leena Alto. Yasser Arafat est mort le 11 novembre 2004. Quelques semaines avant la mort de Yasser Arafat, la représentante finlandaise Leena Alto participait aussi, les 26 et 27 octobre 2004, à un grand séminaire organisé par la Finlande et appelé « GlobalEurope 2020 », « impliquant près de 450 diplomates de 28 ministères des affaires étrangères européens » et définissant le futur des relations extérieures de l’Union Européenne.

Même si les paroles et l’opinion d’une représentante politique telle que Leena Alto ne sont pas en soi une preuve d’un complot contre Yasser Arafat, on comprend bien aujourd’hui, avec le recul des événements, que si Yasser Arafat a effectivement été empoisonné – et si cela est prouvé un jour -, son assassinat n’aura malheureusement pas favorisé la paix au Moyen-Orient, contrairement à ce que pensaient plusieurs responsables politiques au moment de sa mort en 2004, et le peuple palestinien continue de souffrir tous les jours et d’être chassé de sa terre par l’armée israélienne.

Extrait du document 04HELSINKI1486:

Processus de paix au Moyen-Orient ————————-

2. (C) Aalto a déclaré que la première priorité pour la Finlande était la sécurisation d’un fort soutien de l’UE pour un nouveau processus électoral visant à élire une nouvelle génération de dirigeants palestiniens post-Arafat. Elle a dit que la mort d’Arafat a fourni une « fenêtre d’opportunité » où promouvoir un règlement pacifique de fond en Palestine, et que l’Union européenne et les États-Unis devaient coopérer étroitement pour profiter de cette opportunité. (Remarque: les remarques d’Aalto sur la « fenêtre » étaient presque identiques à celles faites par le ministre des Affaires étrangères Tuomioja le 8 novembre lors d’une réunion avec EUR A / S Jones à Helsinki).

Câbles Wikileaks:

Arafat dans un coma continu, peut-être irréversible: http://www.wikileaks.org/plusd/cables/04PARIS8063_a.html

Stratégie pour novembre du GAERC: http://www.wikileaks.org/plusd/cables/04HELSINKI1486_a.html

Le MAE israélien SHALOM offre une vue prudente sur les élections palestiniennes à CODEL LIEBERMAN/DAYTON: http://www.wikileaks.org/plusd/cables/04TELAVIV6651_a.html

Netanyahu et CODEL LIEBERMAN discutent de la réforme économique, les perspectives pour la paix: http://www.wikileaks.org/plusd/cables/04TELAVIV6632_a.html

Exclusif: Une étude suisse dit que du polonium a été retrouvé dans les os d’Arafat (Al Jazeera): http://america.aljazeera.com/articles/2013/11/6/swiss-study-poloniumfoundinarafatasbones.html

Le rapport suisse sur le décès de Yasser Arafat (PDF): https://s3.amazonaws.com/s3.documentcloud.org/documents/815515/expert-forensics-report-concerning-the-late.pdf

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WikiLeaks: Les États-Unis ont blâmé Israël pour avoir retardé la paix en 1975

Henry Kissinger parle au Washington Post

Photo: capture d’écran, Henry Kissinger parle au Washington Post.

Par ARIEL BEN SALOMON – 10/04/2013 05:08

Le ‘Post’ découvre un câble [révélé par WikiLeaks] de l’ambassade américaine en Arabie Saoudite qui analyse le conflit israélo-arabe, et sympathise  avec la position arabe.

WikiLeaks a publié et mis en ligne  1.7 millions de documents diplomatiques datés de 1973 à 1976. C’est leur plus importante parution à ce jour et elle a été baptisée d’après l’ancien secrétaire d’Etat américain Henry Kissinger parce que beaucoup de ces documents lui ont été adressés ou ont été écrits par lui.

Le Jerusalem Post a decouvert un câble envoyé par l’ambassade américaine en Arabie Saoudite le 9 janvier 1975, qui analyse le conflit israélo-arabe. Il a été conclu que c’était la position obstinée d’Israël qui freinait  l’accord de paix.

À un certain endroit de ce câble, il est dit : «Néanmoins, vu d’ici, le pessimisme israélien semble largement, sinon totalement, injustifié. Il semble basé sur un extraordinaire manque de compréhension de ce qui s’est passé dans le monde arabe  depuis un an et demi. Plutôt que de se préparer pour les cinquième, sixième, septième guerres israélo-arabes, les Israéliens pourraient examiner plus attentivement, un peu plus qu’ils semblent ne l’avoir fait jusqu’à présent, la possibilité d’un accord de paix  avec les Arabes. « 

Ce rapport des Etats-Unis documente également l’attitude pessimiste du public d’Israël envers la paix à la suite de la guerre du Yom Kippour. « Nous avons été frappés par le pessimisme croissant en Israël et dans les milieux juifs américains. Il semble être fondé sur l’axiome qu’on ne peut pas s’attendre à ce qu’Israël renonce à d’autres territoires arabes conquis en 1967 sans des garanties de sécurité de la part des Arabes envers Israël, le corollaire, que les Arabes ne donneront jamais de telles garanties, et la conclusion, qu’une autre guerre est donc inévitable. » Le rapport semble blâmer Israël pour ne pas avoir fait la paix avec les Arabes et montre également une certaine déception quant aux concessions faites  à Israël  lors  de la proposition  arabe  à Alger, concessions  qui sont allées trop loin.

« La décision arabe à Alger, de donner une reconnaissance des frontières de 1967 de facto à Israël, était peut-être une erreur. Annoncer, avant le début des négociations, quelle est votre position finale n’est généralement pas une bonne tactique de négociation », indique le rapport.

La mention d’Alger, la capitale de l’Algérie, fait référence très certainement au sommet de la Ligue Arabe qui s’est tenu là en 1973, et dont la résolution a appelé à un retrait israélien des territoires arabes occupés et de Jérusalem. La résolution  appelait  également à soutenir la résistance palestinienne par tous les moyens possibles.

Une « paix juste » basée sur  des exigences arabes  fut offerte sans conditions  si Israël accédait à ces demandes.

Le rapport poursuit en faisant  une critique cinglante de  la position israélienne.

« Avant de parler d’extermination, et avant de permettre les complexes de Massada ou de Samson de se développer  jusqu’à l’obsession, les Israéliens pourraient examiner leur propre position et celle des Arabes d’une manière constructive », indique le rapport, ajoutant que Le Caire et Damas aspirent fortement à la paix.

« Tous les rapports que nous avons entendus et lus de la part de l’Egypte et de la Syrie nous portent à croire que ces deux pays aspirent fortement à la paix et qu’ils aimeraient consacrer leurs énergies à la reconstruction de leur pays. » Toujours selon les câbles, le Premier Ministre de l’époque, Yitzhak Rabin, n’aidait pas les dirigeants arabes qui voulaient la paix.

« Les partisans de cette approche, cependant, n’ont pas été aidés par les déclarations de Rabin et d’autres en Israël pour qui le retrait prochain sera le dernier pour plusieurs années. » Le rapport se termine par une prédiction politique qui rappelle les controverses contemporaines.

« Les Palestiniens pourraient envisager un Etat démilitarisé comme humiliant ou nuisant à leur souveraineté, mais il est peu probable qu’ils obtiendraient beaucoup de sympathie ou d’aide de la part des Saoudiens s’ils essayaient de dérailler un accord. S’ils acceptaient, ils pourraient s’attendre à un soutien financier saoudien énorme  pour rendre leur minuscule nouvel Etat viable. La Jordanie et Israël en bénéficieraient indirectement. »

Source: http://www.jpost.com/Diplomacy-and-Politics/Wikileaks-US-blamed-Israel-for-holding-back-peace-in-1975-309306

Traduction française par mayya: http://www.wikileaks-forum.com/index.php/topic,18558.0.html

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