Sarkozy et Erdogan, les maillons faibles du pouvoir

Lemaillonfaible_jeu_televiseAlors que l’affaire des écoutes Sarkozy bouscule l’opinion publique française, la Turquie, quant à elle, est déjà la proie, depuis fin février, d’un vaste scandale politique qui concerne le 1er ministre Recep Tayyip Erdogan et le système de corruption mis en place dans le pays. Ces deux affaires qui n’ont pas de lien direct ensemble révèlent pourtant des problèmes identiques au sein de nos démocraties: que ce soit en Turquie, ou en France, la corruption au plus haut niveau du pouvoir menace l’équilibre des pouvoirs et peut gravement nuire aux règles fondamentales de la démocratie.

Affaire Sarkozy/Affaire Erdogan: mêmes méthodes, même style de révélations

Même si Nicolas Sarkozy et Recep Tayyip Erdogan ne sont pas accusés des mêmes choses, on peut comparer ces deux personnages dans le fait qu’ils sont tous deux soupçonnés de corruption. Mises en évidence de la même manière, à travers des écoutes téléphoniques diffusées sur Internet, les affaires sont devenues très médiatiques. La manière dont les écoutes Sarkozy sont apparues sur le web rappelle, en effet, l’affaire des écoutes Erdogan en Turquie, puisque là-bas aussi, les écoutes ont été mises en ligne du jour au lendemain dans les médias, sans pouvoir identifier la source exacte des enregistrements. La seule différence, c’est qu’en France, on sait que c’est le conseiller de Nicolas Sarkozy qui avait enregistré les conversations avec un dictaphone, mais néanmoins on ne sait pas qui est à l’origine de la fuite de ces enregistrements dans la presse. En Turquie, les révélations et les écoutes sont apparues sur Twitter, à travers des comptes anonymes, ce qui a conduit Erdogan à appliquer une censure du réseau social.

Nicolas Sarkozy et Erdogan rejettent chacun de leur côté les accusations de corruption, chacun à leur manière: Nicolas Sarkozy choisit de s’exprimer à travers une tribune du Figaro, en s’adressant au public français; tandis qu’Erdogan a rejeté les accusations de corruption portées contre lui  lors d’un meeting, le jeudi 20 mars, et lors d’un autre meeting à Ankara, le 22 mars, en accusant l’opposition politique de « complot contre le gouvernement« .

Sarkozy et Erdogan se débattent à leur manière

Les deux hommes politiques se débattent chacun à leur manière face aux accusations qui les concernent, mais leur méthode consiste notamment à décrédibiliser ces accusations, même si le public aura bien compris que les enjeux de ces affaires sont sérieux et que la mise sur écoutes d’un ex-président ou d’un 1er ministre ne se fait jamais sans raison. Erdogan accuse l’opposition de « comploter contre le gouvernement en coopération avec le mouvement Gulen qu’il a appelé d’organisation terroriste », mais qui pourrait croire la validité de ces paroles? Quel rapport entre la lutte anti-corruption et le terrorisme, M. Erdogan? Tandis que pour dénigrer les écoutes et les procédés de la justice, Sarkozy accuse un système comparable à la Stasi: « Ce n’est pas un extrait du merveilleux film La Vie des autres sur l’Allemagne de l’Est et les activités de la Stasi. Il ne s’agit pas des agissements de tel dictateur dans le monde à l’endroit de ses opposants. Il s’agit de la France. » Toutes ces techniques visent seulement à impressionner l’auditoire, à nous donner le sentiment que ces hommes politiques ont de bons sentiments à notre égard, envers la population, mais leurs paroles ne reposent pas sur des arguments solides.

Quand Sarkozy parle du droit à la « vie privée » dans sa tribune, on aurait bien envie de lui demander: « mais de quel droit à la vie privée, si la justice enquête sur des crimes et des accusations très graves de corruption? » De plus, ne croyez pas que Sarkozy va défendre les citoyens français contre l’espionnage de la NSA: il dénonce l’espionnage pour autant que cela le concerne, mais il n’a jamais pris la parole pour dénoncer l’espionnage massif pratiqué par la NSA, ou même pour défendre Edward Snowden. M. Sarkozy, si vous êtes tellement attaché à la vie privée, pourquoi n’avez-vous pas demandé l’asile politique pour Edward Snowden en France? Si vous êtes un militant de la vie privée, alors soyez plus convaincant aux yeux des français. Mais si vous utilisez le prétexte du droit à la vie privée pour empêcher la justice de faire son travail, alors c’est indigne de votre rôle et de votre passé politique.

Dans les deux cas, il y a visiblement de la mauvaise foi de la part des hommes politiques qui peinent à admettre que la justice puisse faire son travail et que le peuple ait droit à la vérité sur les affaires et les crimes commis dans nos pays respectifs. Rappelons que plusieurs affaires de corruption planent autour de Nicolas Sarkozy, et pas seulement le scandale des écoutes: « les sondages de l’Elysée, l’affaire Bernard Tapie, le financement libyen de la campagne de 2007, le volet financier de l’affaire Karachi », comme le rappelle le Figaro. De son côté, Erdogan est aussi impliqué dans plusieurs affaires.

Sarkozy et Erdogan, les maillons faibles du pouvoir

Il est surprenant de voir à quel point des figures du pouvoir peuvent être affaiblies du jour au lendemain par ce genre de révélations retentissantes, alors que ces deux personnages sont plutôt caractérisés par une vision relativement autoritaire du pouvoir. En effet, Sarkozy a renforcé, du temps de sa présidence, les pouvoirs de la police et du parquet, et notamment le contrôle d’Internet, avec « à partir de 2008, des moyens colossaux d’écoute et de surveillance d’Internet, sans autre contrôle que celui du coordonateur du renseignement, un proche du chef de l’Etat », souligne Le Monde. De la même manière, le gouvernement islamo-conservateur dont fait partie Erdogan a aussi voté une loi de contrôle beaucoup plus strict de l’Internet. Même si le contenu n’est pas le même que celui de la loi française, on perçoit bien la volonté du pouvoir à vouloir contrôler la société, à partager une même volonté de contrôler l’information ou de mieux contrôler l’opposition politique, ce qui n’est pas toujours la meilleure des solutions pour améliorer la démocratie. Mais cette volonté de tout contrôler, y compris Internet, ne rend pas ces pouvoirs plus forts. Au contraire, elle en révèle la faiblesse et le manque de compréhension face aux vrais problèmes de la démocratie.

Erdogan, face au scandale de corruption qui a largement affaibli sa crédibilité, a récemment choisi la censure de Twitter, au mépris de tout respect de la liberté d’expression: « Nous allons éradiquer Twitter. Je me moque des réactions de la communauté internationale », a-t-il déclaré, il y a quelques jours, lors d’un meeting électoral. Il n’a pas manqué d’ajouter: « Ils verront alors la force de la Turquie », comme si les accusations de corruption portées contre sa propre personne étaient un coup porté à la souveraineté de la Turquie. En censurant Twitter, il a conduit et révélé son propre isolement face à la population turque. De la même manière, Sarkozy, dans la décision de publier une tribune médiatique et en attaquant directement le fonctionnement de la justice, un des symboles de la démocratie, a révélé, au contraire, sa faiblesse politique et son isolement face à la population: l’ex-président a tenté de se raccrocher à l’opinion publique comme à une dernière bouée de sauvetage, mais cette tribune n’aura aucun impact sur les enquêtes de la justice. Tout le jeu des politiciens consiste, comme on le voit, à décrédibiliser les accusations portées contre eux, à en éloigner la perspective et en minimiser les conséquences, à essayer de nous faire oublier les fondements de l’accusation, à faire croire que ce sont des rumeurs ou des complots, à faire croire qu’à travers eux, c’est le peuple qui est menacé. Et tout en prétendant dans un langage parfois excessif que les accusations sont fausses ou qu’il n’y a pas de preuves, ils se débattent pourtant dans les médias comme s’ils avaient commis quelque chose.

Ainsi, en tant que citoyens, nous pouvons seulement conseiller à M. Erdogan et à M. Sarkozy de laisser la justice faire son travail. Laissez faire la justice qui, pour le bien de la démocratie, a besoin d’enquêter sur la corruption qui existe dans nos pays, et n’essayez pas de manipuler l’opinion publique, en vous appuyant sur de belles paroles. Les premières victimes de la corruption, c’est le peuple et les citoyens. Nous ne sommes donc pas là pour soutenir le droit ou non à la vie privée de M. Sarkozy et M. Erdogan. Nous ne sommes pas là pour les protéger de ce qu’ils ont pu faire dans l’exercice de leur pouvoir. Nous ne sommes pas là pour empêcher la justice de faire son travail, mais au contraire nous soutenons le droit à la vérité. Les citoyens ne croient plus à la rhétorique. Le temps des rhéteurs qui enseignaient l’art de persuader dans l’antiquité est fini. Il n’est plus question de charmer l’auditoire, mais de pouvoir apporter des preuves et des arguments véritables.

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WikiLeaks: Quand l’Elysée rendait visite à Bachar al-Assad – Le Liban, Israël et l’Union Pour la Méditerranée

640px-Palais_de_l'Elysée_EntréeCâble n°08PARIS1139 du 16 juin 2008: « Lecture de la présidence française sur la visite Guéant/Levitte du 15 juin à Damas »

ns 1.4. (b), (d).

1. (C) Le conseiller NEA [New Enterprise Allowance] de la présidence française, Boris Boillon, nous a donné une lecture rapide de la visite du 16 juin effectuée à Damas, un jour plus tôt, par le SecGen [Secrétaire Général] de l’Elysée, Claude Guéant, le conseiller diplomatique Jean David Levitte, et Boillon. Le trio a rencontré le président syrien Bachar al-Assad pendant environ une heure, suivi d’un déjeuner organisé par le FM [Ministre des Affaires étrangères] Mu’allim. Assad, « comme d’habitude », était « sincère et un peu ouvert » sur le plan de son attitude générale. (Note: Les Français, en remontant à l’initiative de l’Elysée sur le Liban, l’année dernière, ont toujours décrit Assad en ce qu’ils reconnaissent comme des termes étonamment positifs.) Assad a commencé par soulever [la question de] l’Union pour la Méditerranée (UPM), confirmant sa présence au sommet du 13 juillet à Paris. Assad a demandé, cependant, le changement de nom, puisqu’«union» impliquait pour lui une relation politique normale de travail avec Israël. Boillon a déclaré que les français ont fermement refusé et ont souligné que l’union était moins une structure rigide qu’un cadre pour un «processus». Assad a ensuite demandé des références encore plus claires dans l’UPM au processus de Barcelone existant. Boillon a ajouté, avec un clair regret, qu’Assad a confié que le résultat-clé du récent mini-sommet de Tripoli serait probablement la présence de Kadhafi au sommet de Paris du 13 juillet pour qu’il puisse exprimer ses doutes au sujet de l’UPM en personne. (Commentaire: Boillon a qualifié cette perspective de «malheureuse», et cela rappelle sans doute de nombreux souvenirs amers de la lutte constante qu’il menait avec les Libyens sur la visite longue et controversée de Kadhafi en décembre dernier. Fin de commentaire)

2. (C) Sur les relations bilatérales, Assad a demandé une réunion bilatérale avec le Président français Nicolas Sarkozy avant les activités du sommet du 13 juillet. Boillon a déclaré que les français ont accepté en principe, mais ont dit qu’ils auraient à soumettre la question à Sarkozy. (Commentaire: Nous soupçonnons que, en plus de comprendre les optiques difficiles d’une telle réunion, les Français n’ont pas encore décidé de la manière de gérer des réunions bilatérales avec les nombreux chefs d’Etat dont la présence est attendue. Fin de commentaire) Assad a soulevé [la question] de l’amélioration des relations économiques, mis l’accent sur l’accroissement du commerce et de l’investissement français en Syrie, ainsi que la mise à niveau de l’accord d’association entre la Syrie et l’Union européenne pendant la présidence française de l’UE. La réponse française a été que les progrès dans tous ces domaines dépendent du contexte global des relations bilatérales et en particulier:

— Les progrès sur les relations diplomatiques complètes entre la Syrie et le Liban: Assad a dit qu’il attendrait un nouveau gouvernement libanais pour envoyer Mu’allim à Beyrouth pour inviter «les trois présidents» à Damas pour discuter et annoncer officiellement la mise en place de relations diplomatiques complètes. Selon Boillon, Guéant et Levitte ont soulevé avec Assad et Mu’allim des préoccupations partagées par l’USG [Gouvernement US]/France sur la renégociation des Syriens pour les accords actuels (par exemple, sur le commerce) qui étaient favorables au Liban. En outre, Boillon n’est pas certain de savoir comment les Libanais réagiront à l’engagement d’Assad d’éliminer le conseil suprême actuel entre la Syrie et le Liban qui gère efficacement la relation «bilatérale» et remplace l’établissement d’ambassades dans les capitales respectives.

— L’évolution des pourparlers Syrie/Israël: Assad les a ouvertement décrit comme «très sérieux» et dans l’intérêt de la Syrie. Il s’est dit optimiste sur leur progrès et a affirmé que la Syrie attend la réponse d’Israël à un document de deux pages sur des questions de sécurité (Boillon ne savait pas si cela incluait les frontières ou quelles questions spécifiques ont été couvertes) pour juger des intentions israéliennes. Selon Boillon, Assad a déclaré que la Syrie comptait sur un éventuel parrainage des États-Unis et/ou de l’Europe des possibles pourparlers directs. Mu’allim a indiqué que, afin de prévenir les problèmes de Palestiniens entravant les pourparlers Syrie/Israël, Damas était en contact avec le Hamas pour dire au Hamas, qu’il n’avait pas envie d’une escalade de la violence et pour encourager la libération du soldat israélien Gilad Shalit (un double national français/israélien).

— Geste positif sur les droits de l’homme: Guéant et Levitte ont dit à Assad que la France souhaite un geste positif sur les droits de l’homme avant le 14 juillet, une occasion qui en France, entre autres, célèbre la France comme le lieu de la naissance des conceptions occidentales des droits de l’homme. Ces gestes pourraient inclure la libération de détenus de l’opposition et permettre à Riadh Saif et à d’autres dirigeants malade de quitter la Syrie pour un traitement médical. Assad a répondu avec un non « ferme et sanglant », en faisant valoir que la France doit comprendre comment accepter la conduite de la Syrie sur les droits de l’homme et de traiter cela dans le contexte approprié. Il était, en tout cas, un non-starter, puisque les droits de l’homme sont une affaire interne. Lorsque nous avons demandé à Boillon ce qu’était la réponse française, il a indiqué que l’Elysée serait susceptible d’accepter qu’il n’y ait pas lieu d’appuyer cette question comme un préalable absolu à de meilleures relations.

3. (C) Sur le Liban, Assad a déclaré que la Syrie n’interférerait pas dans les efforts pour former un nouveau gouvernement et laisserait les Libanais arriver à un accord par eux-mêmes. Il a ajouté que sa compréhension de l’obstacle principal était l’insistance d’Aoun pour être nommé ministre des Finances, et que c’était à Aoun et Siniora de résoudre cette impasse.

4. (U) L’Elysée a publié un communiqué annonçant la visite Guéant/Levitte du 15 juin à Damas, et leurs rencontres avec Assad et Mu’allim. Il était noté que les envoyés avaient transmis à Assad un message du président Sarkozy et ont discuté des relations bilatérales, de la situation au Proche-Orient (en particulier le Liban, les contacts Israël/Syrie, et le «processus de paix»), ainsi que l’Union pour la Méditerranée. Le communiqué a caractérisé les discussions comme «utiles et constructives», avec les deux parties étant d’accord sur la nécessité de renforcer les relations bilatérales, de poursuivre les efforts coordonnés pour instaurer une paix juste globale dans la région, et de continuer à encourager les Libanais à appliquer l’accord de Doha.

5. (C) Commentaire: le grand absent de la lecture de Boillon était une mention de la spéculation des médias que Sarkozy espère organiser une réunion Assad/Olmert sur ​​les marges du sommet du 13 juillet. Fin de commentaire

STAPLETON

Source: http://www.wikileaks.org/plusd/cables/08PARIS1139_a.html

WikiLeaks: Quand Sarkozy disait son admiration pour George Bush

Avec l’actualité de l’affaire Buisson, qui ramène au devant de la scène politique française le personnage de Nicolas Sarkozy, ainsi que son entourage, nous avons retrouvé des documents qui parlent de l’ancien président français, dont le premier date de l’époque où celui-ci est encore ministre de l’Intérieur.

Extraits du câble diplomatique n°05PARIS5335, du 4 août 2005: « Allan Hubbard rend visite au ministre de l’Intérieur Sarkozy ».

Classifié par l’Ambassadeur Craig R. Stapleton

Sarkozy a exprimé son admiration pour le président Bush et a déclaré qu’il attendait avec impatience l’occasion de s’attaquer aux problèmes économiques et sociaux de la France avec la même franchise pour laquelle le Président est justement célèbre.

ADMIRATION POUR LE PRÉSIDENT BUSH —————————–

3. (C) Sarkozy a exprimé son admiration pour le président Bush. Sarkozy a dit que, comme le président, lui aussi était engagé à tenir sa parole et à traiter avec honnêteté les vrais problèmes du pays, « contrairement au reste de ces politiciens ». Tout au long de la réunion d’une heure, Sarkozy est revenu à plusieurs reprises sur l’importance de s’aligner avec les gens. Il a illustré son propos en disant que « le peuple français doit entendre la vérité – et ils veulent l’entendre. » Il a ajouté que la plupart des politiciens, et en particulier le président Chirac, se contentent d’enfiler les gens avec leur « tergiversation constante. » La présentation du directeur du Conseil économique Hubbard sur la manière directe du Président de s’attaquer avec principes aux principaux défis domestiques de l’Amérique (les impôts, la sécurité sociale, l’éducation), a attiré le haut compliment de Sarkozy qui, lui aussi, souhaite s’attaquer aux mêmes problèmes, de la même façon, pour la France.

Ce câble diplomatique a été entièrement analysé dans un article du Monde, du 30/11/2010: « WikiLeaks: Nicolas Sarkozy, l’Américain »

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War Diaries, journaux de guerre en Irak et en Afghanistan
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Gilles Munier: « Le Mossad a mis l’Elysée sur écoute »

France-Irak-Actualité.com, 27 octobre 2013

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Gilles Munier

NSA ou Mossad… qui écoutait Nicolas Sarkozy ? Qui écoute François Hollande ? Les deux, sans aucun doute. Après les révélations d’Edward Snowden sur l’attaque informatique dont l’Elysée a été victime en mai 2012 – entre les deux tours de l’élection présidentielle – deux hauts responsables des services français se sont rendu aux Etats-Unis pour demander des « explications » à la NSA. Selon un expert, l’attaque relevait d’une « volonté de s’installer à demeure sans se faire voir au cœur de la présidence ». L’agence étatsunienne a nié être à l’origine du piratage des ordinateurs de l’Elysée et a laissé entendre, insidieusement, que ce pourrait être le Mossad (Le Monde – 25/10/13).

C’est bien connu, la NSA partage ses informations avec les services secrets de pays alliés, du moins en leur donnant ce que bon lui semble. L’ISNU israélienne (Israeli Sigint National Unit) – la fameuse Unité combattante 8200 – reçoit donc sa part de « secrets », mais on sait moins qu’elle se sert aussi, directement et sans contrôle sérieux, dans les données brutes stockées par la NSA (1).

Lors de sa conférence de presse du 25 octobre, François Hollande a déclaré que les services français suivaient maintenant « plusieurs pistes ». Il suffit de lire les ouvrages sur les activités de la NSA publiés par James Bamford, ancien analyste de Marine américaine, pour savoir qu’une des plus sérieuses conduit à l’Unité 8200 ; ou d’ouvrir le quotidien londonien The Guardian du 11 septembre dernier pour connaître la nature de ses relations avec l’agence américaine (2).

François Hollande doit se rendre prochainement en visite officielle en Israël. Osera-t-il demander des « explications » à Shimon Peres ou à Benjamin Netanyahou sur les écoutes du PRISM israélien en France ? S’il en reçoit, s’en satisfera-t-il ? Oui, certainement, car il n’est pas dans sa nature de faire un esclandre. Alors, à quoi bon se plaindre… disons-le tout net : l’affaire des écoutes de l’Elysée par le Mossad est enterrée. Sous sa présidence, les cyber-guerriers israéliens poursuivront leur sale petit boulot en France, en toute impunité.

(1) Sur le même sujet, lire aussi :

Scandale NSA : l’Israeli Connection, par Gilles Munier

(Afrique Asie – octobre 2013)

http://0z.fr/kiOLv

(2)L’accord NSA – Unité 8200 :

http://www.theguardian.com/world/interactive/2013/sep/11/nsa-israel-intelligence-memorandum-understanding-document

Source: http://www.france-irak-actualite.com/categorie-12543497.html

Niger: des milliers de travailleurs et d’habitants manifestent contre Areva

mine-uranium

Coordination Anti-nucléaire, dimanche 13 octobre 2013, 14:43

A l’occasion de la ré-négociation des contrats d’exploitation de l’uranium du Niger par Areva, des milliers de Nigériens ont manifesté ce samedi 12 octobre 2013 dans la cité minière d’Arlit pour dénoncer l’impact environnemental causé par les activités du groupe nucléaire français accusé de polluer et contaminer la région depuis des décennies.

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Des milliers de manifestants ont défilé samedi dans la cité minière d’Arlit, dans le nord du Niger, contre le groupe nucléaire français Areva qui exploite depuis plus de 40 ans l’uranium dans ce territoire où vivent et se déplacent, traditionnellement, les nomades touareg. Les manifestants – élus locaux et membres de la société civile, auxquels se sont joints des habitants –, ont défilé dans les rues de la ville en scandant des slogans farouchement anti-Areva.

Les milliers de protestataires accusent Areva de polluer l’environnement et de ne n’avoir fait aucun cas des préoccupations quotidiennes des habitants. Eau d’irrigation et puits contaminés, déchets radioactifs entassés, air chargé de particules radioactives: la stratégie néo-colonialiste de l’Etat français et de ses fers de lance affairistes ronge la terre et ses habitants.

Azaoua Mamane, l’un des organisateurs, dresse un bilan accablant de la présence du groupe nucléaire français sur le sol nigérien depuis près d’un demi-siècle: « La population a hérité de 50 millions de tonnes de résidus radioactifs stockés à Arlit et Areva continue de pomper gratuitement 20 millions de mètres cubes d’eau par an pendant que la population meurt de soif. Les rues et les habitations d’Arlit sont construites à l’aide de résidus radioactifs et la nappe phréatique usée et contaminée s’assèche par la faute d’Areva ».

La manifestation qui a regroupé quelque 5 000 personnes veut montrer  » que nous en avons assez de cette domination et soutenir le nouveau gouvernement dans ses prochaines discussions avec Areva au sujet des ressources du pays», a précisé A.Mamane. Le Premier ministre du Niger, Brigi Rafini, a précisé le 6 octobre dernier que son pays allait « passer au peigne fin » ses contrats miniers avec Areva, jugeant le partenariat pour le moins « déséquilibré ».

Le Niger, qui compte parmi les grands producteurs mondiaux d’uranium mais reste l’un des pays les plus pauvres du monde, avait critiqué fin octobre 2012 le partenariat historique « très déséquilibré » avec Areva et réclamé des retombées plus importantes. Deux co-entreprises ont été monté par l’exploitant nucléaire avec l’Etat nigérien, la Cominak et la Somaïr, pour une production annuelle de l’ordre de 4.500 tonnes.

Les implantations d'Areva au NigerPhoto: Les Implantations d’Areva au Niger (source: Areva)

Le rouleau compresseur du colonialisme nucléaire écrase le peuple

Le Mouvement des Nigériens pour la justice (MNJ), mené par des Touaregs, a lancé un mouvement de rébellion en février pour demander une plus grande autonomie de la région nord du pays où est extrait l’essentiel de l’uranium nigérien. Une première rébellion touarègue avait eu lieu au début des années 90. Elle avait pris fin en 1995 par un accord de paix qui n’avait pas été totalement respecté par le gouvernement. Ce dernier refuse de négocier avec les rebelles qu’il n’hésite pas à qualifier de trafiquants de drogue et de bandits.

Un attentat suicide avait fait le 23 mai dernier un mort et 14 blessés parmi les employés d’Areva, tous nigériens sur le site de la Somaïr (Société des mines de l’Aïr,détenue à 64% par Areva et 36% par l’Etat du Niger). La production du site minier avait été suspendue, arrêtée et n’avait pu reprendre que 3 mois plus tard alors que le groupe nucléaire espérait ouvrir d’ici deux ans une nouvelle mine (géante) à Imouraren contre laquelle se battent les populations locales et nomades.

Depuis des mois les manifestations, notamment de jeunes, se multiplient tant contre le renforcement des dispositifs policiers et militaires à Niamey pour protéger les ambassades occidentales que contre les activités du lobby nucléaire français. « Nous sommes très en colère, ces barrières nous empêchent de nous rendre au centre-ville par la voie naturelle. Nos ambulances et corbillards sont obligés de faire de longs détours« , a expliqué un habitant à l’AFP qui précise qu’ils en ont assez des « tracasseries et contrôles sécuritaires humiliants« .

Corruption des institutions et dirigeants par le lobby nucléaire?

Fin 2012, l’Observatoire du Nucléaire révélait que la Loi de finance 2013 du Niger, alors étudiée par l’Assemblée nationale de ce pays, qui est supposé être indépendant après avoir été colonisé par la France jusqu’en août 1960, venait d’être subitement modifiée par le ministre des finances. Cette intervention, probablement illégale, a consisté à rajouter au budget national la somme de 17 milliards de FCFA (environ 26 millions d’euros) « offerte » au Niger par la société nucléaire française Areva, dont 10 milliards de FCFA (plus de 15 millions d’euros) directement affectés à l’acquisition d’un avion pour le Président du Niger, M. Issoufou.

L’organisation de veille sur le nucléaire déclarait: « Il s’agit donc clairement d’une manoeuvre de corruption, probablement sur le plan légal et assurément sur le plan moral, par Areva qui entend ainsi perpétuer sa mainmise sur les réserves d’uranium du Niger, pour continuer à alimenter les centrales nucléaires françaises. Par l’intermédiaire d’Areva (anciennement la Cogéma), la France pille l’uranium du Niger depuis des décennies, s’octroyant ce minerai à un prix ridiculement bas tout en causant de graves dommages à l’environnement et en nuisant aux populations locales… il n’est acceptable de voir Areva attribuer de son propre chef une somme au Niger, comme un « généreux donateur » venant au secours d’un déshérité. Et ce d’autant plus que la majeure partie de cette somme est d’ores et déjà affectée à l’achat d’un équipement de luxe et de prestige pour le Président du Niger. » L’opposition démocratique du Niger, regroupée dans l’Alliance pour la réconciliation nationale (ARN), avait dénoncé cette manœuvre.

Areva contrôle le gouvernement Nigérien et… Français

Le Président du Niger, M. Issoufou, est un … ancien directeur de la Somaïr… filiale d’Areva ! Son prédécesseur, Mamadou Tandja, a été renversé en 2010. Ayant fait modifier la constitution du Niger afin de rester au pouvoir, il n’avait lui-même rien d’un grand démocrate. Mais il avait aussi commencé à résister à l’ancien colonisateur français, jouant de l’intérêt des chinois pour l’uranium afin de faire augmenter le prix payé par Areva. Il n’est donc pas surprenant que M Tandja ait été renversé… et remplacé par un employé d’Areva.

Ce véritable putsch de la France sur le Niger a été supervisé par le Président français M Sarkozy, mais c’est aujourd’hui M. Hollande et son gouvernement qui sont au pouvoir… et qui laissent Areva corrompre le président du Niger. Signe des temps, l’un des premiers actes du Président Hollande fut de recevoir M. Issoufou à l’Elysée, le 11 juin 2012, pour s’assurer de la mise en exploitation par Areva, qui plus est avant même la date prévue de 2014, de la mine géante d’uranium Imouraren.

Rappel:  depuis le 16 septembre 2010, cinq employés d’Areva et de Vinci et deux Africains, enlevés à Arlit dans le nord du Niger, sont retenus en otage par Al-Qaida au Maghreb islamique.

carteareva-ffb52Carte: Areva en Afrique- au Niger, des mines en activité

Source: http://coordination-antinucleaire-sudest.net/2012/index.php?post/2013/10/13/Des-milliers-de-Nig%C3%A9riens-manifestent-contre-Areva

Stratfor Files: la France était prête à livrer un réacteur nucléaire à Kadhafi, en Libye

[OS] FRANCE/LIBYE – MoU [Memorandum of Understanding, Mémorandum d’Entente] sur le projet d’énergie nucléaire Re: [OS] FRANCE/LIBYE: Sarkozy signe des contrats avec Kadhafi

Email-ID 350244
Date 2007-07-26 11:25:52
From os@stratfor.com
To analysts@stratfor.com

http://in.reuters.com/article/2007/07/25/idINIndia-28656520070725

France et Libye signent un accord sur le projet d’énergie nucléaire

Jeu. 26 juil. 2007, 05h38 GMT

Accord sur le nucléaire entre Sarkozy et KadhafiTRIPOLI (Reuters) – La Libye et la France ont signé mercredi un mémorandum d’accord pour la coopération sur un projet d’énergie nucléaire au cours d’une visite du président français Nicolas Sarkozy, a dit un collaborateur de Sarkozy.

Sarkozy s’est rendu en Libye en cherchant à approfondir les relations avec le pays Nord-Africain, après avoir aidé à résoudre une impasse diplomatique qui a heurté les liens de l’exportateur de pétrole avec l’Occident.

« L’objectif est de coopérer afin de travailler sur l’installation en Libye d’un réacteur nucléaire pour fournir de l’eau potable à partir d’eau de mer dessalée, » a déclaré aux journalistes Claude Guéant, secrétaire général au palais présidentiel français.

Guéant a indiqué que la compagnie française Areva pourrait fournir le réacteur.

« Quant à ce qui concerne les centrales nucléaires, il n’y a pas 50 constructeurs en France. Il n’y en a qu’un seul, c’est Areva », a-t-il dit.

La Libye a déclaré en février qu’elle avait signé un protocole d’entente avec Areva lui permettant l’exploration et l’extraction d’uranium « à des fins pacifiques ».

Un communiqué libyen, à l’époque, n’a pas précisé si l’uranium, s’il est trouvé, serait utilisé à des fins nucléaires domestiques ou s’il serait exporté.

Areva est le premier fabricant mondial de réacteurs nucléaires et ses activités couvrent l’ensemble du cycle de l’énergie nucléaire, depuis l’extraction jusqu’aux déchets.

La Libye et la France ont également signé mercredi un accord de coopération sur un partenariat militaro-industriel et un accord sur la coopération dans les domaines de la recherche scientifique et de l’enseignement supérieur.

La Libye s’est débarrassé de plus d’une décennie d’ostracisme international en 2003, lorsqu’elle a accepté la responsabilité et a commencé à verser une indemnisation pour les attentats d’avions de ligne sur l’Ecosse et le Niger en 1988 et 1989.

Sarkozy a dit qu’il veut aider la Libye à revenir au «concert des nations» après avoir libéré six médecins étrangers déclarés coupables d’avoir infecté des centaines d’enfants libyens avec le VIH.

Source: http://search.wikileaks.org/gifiles/?viewemailid=350244

Affaire Snowden: la France aphone, par Eva Joly

EDWARD-SNOWDEN

Eva Joly,
Députée européenne EELV,
ancienne candidate à la présidentielle de 2012

Publication: 15/07/2013 06h29

Alors que Edward Snowden vient de demander l’asile à la Russie de Vladimir Poutine, il convient de rappeler que l’aspect feuilletonesque des tribulations du lanceur d’alerte ne doit pas nous faire oublier l’essentiel: nous ne sommes pas dans une fiction, et cette affaire jette une lumière crue sur la réalité des relations internationales et sur le rang qu’y tient la France.

Notre vieille nation aime à croire qu’elle est une grande nation; influente sur le cours du monde parce qu’écoutée dans le concert des nations. Plaident pêle-mêle pour cette thèse notre Histoire, le rôle central que nous jouons dans la construction européenne, notre statut de membre du conseil de sécurité à l’Onu, notre rang économique, la place particulière que nous occupons sur le continent africain, la capacité de résistance que l’on prête volontiers à nos dirigeants et la réputation d’être le pays des droits de l’Homme.

A rebours de cette vision par trop optimiste, nombre d’esprits préfèrent entonner l’éternel refrain du déclin de la France. Rien ne me porte à rejoindre leurs rangs, car je connais la vitalité démocratique de notre pays, et ce, d’autant plus que parcourant le monde, je sais quels espoirs le simple mot de France peut susciter partout sur la planète. Mais je dois constater avec tristesse que la manière dont l’actuel gouvernement a agi dans sa gestion de l’affaire Snowden illustre une forme de renoncement à tenir notre rang qui ne présage rien de bon.

Je rentre du Brésil: le récent comportement du gouvernement français y a suscité doutes, interrogations, inquiétudes et déception. Comment expliquer que nous ayons pu interdire à Evo Morales de survoler notre territoire au motif, au demeurant erroné, que l’avion présidentiel aurait pu transporter Edward Snowden? Cette décision constitue une triple faute.

En premier lieu, elle est signe de faiblesse. Nous venons de donner l’impression que la France est devenue l’auxiliaire de police du gouvernement des Etats-Unis, et que celui-ci peut à sa guise nous dicter notre conduite. Rappelons quand même que nous venons de découvrir que la France faisait partie des pays espionnés par les Etats-Unis. De manière hallucinante, notre réponse ne fut pas de trouver une réponse à la hauteur du problème ni même de seulement tendre l’autre joue: elle fut de céder complaisamment aux demandes impérieuses d’un Etat qui n’était pourtant pas en situation d’exiger de nous une telle chose, au regard de son comportement inamical. Ce réflexe de soumission est dévastateur.

En second lieu, il s’agit d’une faute stratégique: pour faire plaisir à Barack Obama, nous venons d’envoyer un bien mauvais signal à l’Amérique latine. Nous fâcher avec les pays d’Amérique latine en humiliant inutilement le président bolivien est une erreur majeure. Quelle méconnaissance de notre histoire ! Alors que dans les années 70, la France fut terre d’accueil pour nombre de réfugiés politiques chiliens, argentins ou uruguayens, nous voilà aujourd’hui aidant à la traque d’un homme dont le seul crime, jusqu’à ce qu’on nous apporte la preuve du contraire, est d’avoir dénoncé des actes scandaleux de la part de son gouvernement. Pensons-nous que l’Amérique latine a oublié le tristement célèbre plan Condor et est disposée à accepter que nous nous fassions dicter notre politique par les Etats-Unis quand il s’agit d’agir pour les droits de l’Homme? Je gage que notre image est durablement écornée par le mauvais road-trip aérien que nous avons imposé au président d’une nation dont la dignité vaut bien celle des Etats-Unis d’Amérique.

En dernier lieu, je considère qu’il était moralement infondé d’agir de la sorte. Loin de participer à une chasse à l’homme, la protection des lanceurs d’alerte devrait au contraire être un objectif naturel d’un pays tel que le nôtre. Nous aurions dû offrir l’asile politique à Snowden au lieu de concourir, même de manière indirecte, à le pourchasser. Je crois à un monde multipolaire, et je milite pour un rééquilibrage des relations internationales. Les Etats-Unis sont nos alliés. En aucun cas nous ne devons admettre de devenir leurs vassaux. Entre les coups de menton cocardiers de l’ère Sarkozy et la génuflexion contrite du président Hollande, il existe une autre voie, qui est celle d’une France offensive dans la défense de ses valeurs et réaliste dans la défense de ses intérêts. Les choses sont parfois plus simples qu’on ne le croit. Quand on hésite sur le chemin à suivre, souvenons-nous que le courage peut servir de boussole. Sur la scène internationale, le premier acte de l’existence, c’est la résistance. Dans l’affaire Snowden, la France doit quitter les rivages du silence embarrassé, et faire enfin entendre sa voix. C’est une question de valeurs autant que de géopolitique.

Source: http://www.huffingtonpost.fr/eva-joly/affaire-snowden-la-france-aphone_b_3595768.html?utm_hp_ref=international

Lire aussi: « EELV demande à François Hollande d’accorder l’asile politique à Edward Snowden »
http://eelv.fr/2013/07/01/eelv-demande-a-francois-hollande-daccorder-lasile-politique-a-edward-snowden/

WikiLeaks révèle les dessous de la crise ivoirienne

Cameroon Voice, le 10 avril 2013

Nom de code : PLUS D. L’association Wikileaks dirigée par Julian Assange, et qui s’est spécialisée dans la mise à la disposition du public de câbles diplomatiques classés confidentiels et/ou secret défense, a encore frappé.

Hier, elle a mis en ligne des informations de la diplomatie américaine. Qui permet d’avoir accès à 1,7 millions de documents secrets qui, pour certains, éclairent l’histoire récente d’un jour nouveau. Certains d’entre eux avaient déjà été « balancés » en 2010, mais étaient perdus dans le cafouillage incroyable créé par la profusion des données.

Cette fois-ci, grâce à un efficace moteur de recherches, l’accessibilité est améliorée et des documents intéressants surgissent. Sur la crise ivoirienne en particulier, un certain nombre de câbles diplomatiques se révèlent très intéressants à lire.

(suite…)

Les sales blagues de Bachar el-Assad

Le 18 juillet 2012

Les #SyriaFiles de WikiLeaks révèlent qu’avant le déclenchement de la révolution, Bachar el-Assad draguait son assistante avec des blagues salaces, et raillait, auprès de son beau-père, la taille respective des pénis de Nicolas Sarkozy, Benyamin Netanyahou et Barack Obama. Quand la révolution syrienne a commencé, il a cessé de blaguer, et viré conspirationniste.

Le 26 février 2011, 15 jours après la fuite (et la démission) d’Hosni Moubarak, qui dirigeait l’Égypte depuis 1981, Bachar el-Assad envoie un mail intitulé “Un nouveau mot dans le dictionnaire” :

Moubarak (verbe) : accrocher, coller quelque chose. Exemple : “je vais te frapper et te moubaraker au mur”, ou “tu peux moubaraker les différentes pièces pour les faire tenir ensemble”.
Moubarak (adjectif) : long à apprendre ou comprendre. Ex : “Pourquoi avez-vous besoin d’être aussi moubarak ?”
Moubarak (nom) : ex-petite amie psychotique qui n’arrive pas à comprendre que c’est fini.

Sur les 2 434 899 mails des Syria Files révélés par WikiLeaks et auxquels Owni a eu accès, on trouve 538 e-mails envoyés par sam@alshahba.com, l’adresse e-mail utilisée par Bachar el-Assad. La majeure partie d’entre-eux ont été envoyés avant le début de la révolution en Syrie, et concernent la gestion d’affaires internes, ainsi que de nombreux échanges avec la traductrice personnelle d’el-Assad.

On n’y trouve aucun secret d’État, pas de révélations sur la main-mise des services de sécurité syriens, non plus que sur le soutien de la Russie, de la Chine ou de l’Iran. Par contre, on y trouve des blagues, plusieurs dizaines, pour la plupart en anglais, que le président-dictateur syrien envoyait à ses proches collaborateurs, et notamment à sa traductrice.Certaines sont plutôt drôles ou raffinées, la majeure partie graveleuses et misogynes. A mille lieues de l’image glamour que le régime syrien et ses communicants cherchaient à donner du couple el-Assad en mettant en avant la belle et jeune Asma, épouse de Bachar, ces blagues révèlent un homme adepte de ces blagues que s’échangent les hommes d’un certain âge au sujet de leurs femmes vieillissantes, et d’un humour peu respectueux de la femme, tout comme de l’islam. Florilège.

Une pastèque dans le c…

En février 2010, dans un email intitulé “Les femmes qui savent rester à leur place” il raconte comment la journaliste américaine Barbara Walters s’était étonnée de voir les femmes afghanes continuer à marcher plusieurs pas derrière leurs maris, comme du temps des Talibans :

Pourquoi semblez-vous si heureuse de perpétuer cette vieille coutume que vous cherchiez pourtant désespérément à abolir ?

La femme regarde Mme Walters droit dans les yeux et, sans hésitation, lui répond : “les mines antipersonnelles”.

Moralité de l’histoire : derrière chaque homme, il y a une femme intelligente !

Le 16 mars 2010, Bachar el-Assad envoie une série de blagues en arabe, se moquant notamment de Haifa Wehbe, laissant entendre que le jour où la diva d’origine libanaise mourra, elle saura enfin de ce que cela fait de se coucher toute seule… entre autres plaisanteries de bon goût.

On y trouve aussi l’histoire d’un homme qui ne parvient pas à se défaire des vers qui rongent ses viscères. Un médecin lui propose alors de couper une pastèque en deux et de s’asseoir dessus, afin que son nectar attire les vers. L’un d’entre-eux vient de fait goûter la pastèque qui, effectivement, a très bon goût. Mais plutôt que d’attirer les vers, ces derniers crient au premier : “ramène-nous la pastèque !

Cochon entier et petite saucisse

Le 8 août à 18h24, Bachar el-Assad faisait suivre une chaîne mail intitulée “Longue vie aux célibataires“, compilation de citations anti-mariage :

Je n’ai pas peur du terrorisme. J’ai été marié pendant deux ans.

J’emmène ma femme partout, mais elle arrive toujours à retrouver le chemin du retour.

Nous nous tenons toujours par la main. Si je la laisse aller, elle entre dans les magasins.

Quatre minutes plus tard, à 18h28, Bachar el-Assad envoie un autre e-mail, titré “femmes âgées“, évoquant le fait que “pour chaque femme magnifique, intelligente, bien coiffée et sexy de plus de 40 ans, il y a un chauve bedonnant qui porte des pantalons jaunes et autres reliques en guise de vêtements, et qui devient gaga devant des serveuses de 22 ans” :

Mesdames, je suis désolé. A tous ces hommes qui disent : “mais pourquoi acheter une vache quand on peut avoir du lait gratuitement ?” sachez qu’aujourd’hui, 80% des femmes sont contre le mariage. Pourquoi ? Parce qu’elles réalisent que ce n’est pas la peine d’acheter un cochon entier pour n’avoir qu’une petite saucisse !

Le 20 octobre 2010, il envoie à sa traductrice “quelques calculs mathématiques“, que l’on retrouve sur le web sous l’intitulé Romance Mathematics :

Homme intelligent + femme intelligente = Romance
Homme intelligent + femme bête = aventure
Homme stupide + femme intelligente = mariage
Homme stupide + femme bête = grossesse

Un homme qui réussit gagne plus d’argent que sa femme ne peut dépenser.
Une femme qui réussit est celle qui peut trouver un tel homme.

Le 23 décembre, il fait suivre une série de blagues “Mari vs Femme” elle aussi copiée-collée sur les interwebs :

La femme : j’aimerais être un journal, pour être dans tes mains tous les jours.
Le mari : moi aussi j’aimerais bien que tu sois un journal, histoire d’en avoir un nouveau chaque jour.

Le 5 novembre, il transmet un “guide hormonal à scotcher sur le réfrigérateur” que “les femmes comprendront (et que) les hommes devraient mémoriser“, dont la version poster est beaucoup plus explicite et qui, en résumé, explique que pour ne pas avoir de problèmes avec les femmes, le mieux est encore de les enivrer :

Le 15 décembre, Bachar el-Assad transfert un mail intitulé “générosité britannique” que lui avait envoyé Fawaz Akhras, son beau-père, et qui raille l’aide internationale apportée au Pakistan après un tremblement de terre (imaginaire) ayant fait 2 millions de mort :

Les USA envoient des troupes. L’Arabie Saoudite du pétrole. La Nouvelle-Zélande des moutons, des bovins et de la nourriture. Les pays d’Asie du sud est de la main d’œuvre pour rebâtir les infrastructures. L’Australie du matériel et des équipes médicales.

Pour ne pas être en reste, la Grande-Bretagne renvoie ses deux millions de Pakistanais. God Bless British generosity…

Le Guardian, qui a consacré un article au sujet des conseils donnés par Fawaz Akhras à son beau-fils pour minimiser la portée du nombre de morts civils en Syrie, évoque également le fait que Bachar lui avait envoyé plusieurs autres blagues depuis son iPhone, dont une portant sur la taille respective des pénis de Nicolas Sarkozy, Benyamin Netanyahu et Barack Obama.

La blague postée en date du 28 décembre est tout aussi courte, percutante, que déplacée. Une nonne va voir sa mère supérieure pour lui annoncer qu’elle a été violée :

– Que dois-je faire ?
– Buvez ce thé, amer et sans sucre
– Cela me rendra-t-il mon honneur et ma pureté ?
– Non, mais cela devrait effacer l’expression de bonheur qu’arbore votre visage.

Le 31, une histoire où un gars vient demander à Bush et Obama, qui sont assis dans un bar, ce qu’ils sont en train de préparer :

Bush : Nous préparons la 3ème guerre mondiale.
le gars : vraiment, mais qu’est-ce qui va se passer ?
Bush : cette fois, nous allons tuer 140 millions de gens, ainsi qu’Angelina Jolie.
le gars : Angelina Jolie ? Mais pourquoi Angelina Jolie ?
Bush se tourne alors vers Obama : tu vois ? Je te l’avais bien dit, tout le monde s’en fout de ces 140 millions de gens !!!!!!!!!

“Woo-hoo, quelle aventure !”

Le 20 janvier, ce n’est pas une blague, mais une vidéo en noir et blanc, et en pièce jointe, façon comédie italienne d’antan, que Bachar el-Assad envoie par mail un spot publicitaire de la société Belgacom incitant ses abonnés à ne pas la quitter. On y voit une femme en-dessous s’affoler de l’arrivée de son mari, et son amant se cacher dans une valise. Le mari, croyant que sa femme le quittait, prend la valise et la jette par la fenêtre.

Le 25, Bachar el-Assad envoie une autre vidéo en pièce jointe : Reopen911.wmv (4.1MiB), résumé de plusieurs des thèses conspirationnistes entourant les attentats du 11 septembre.

Le lendemain, Hasan Ali Akleh s’immole par le feu afin de protester contre le gouvernement syrien, évènement considéré comme annonciateur, et en tout cas emblématique, du printemps syrien.

Le 1er mars 2011, 15 jours après les premières manifestations en Libye, et une semaine après le fameux discours télévisé où Mouammar Kadhafi où il promettait de “nettoyer la Libye maison par maison” de tous ces “mercenaires, rats, bandes criminelles et drogués” manipulés par Al-Qaïda et les Américains, Bachar el-Assad envoyait un nouvel e-mail :

Kadhafi a dit :
. hé, les gens, sans électricité, nous nous assiérons pour regarder la TV dans le noir
. je ne suis pas un dictateur qui bloque Facebook, mais j’arrêterais tous ceux qui s’y connecteront
. vous pouvez protester autant que vous le voulez, mais n’allez ni dans les rues ni dans les places
. je resterai en Libye jusqu’à ma mort, ou mon destin viendra à moi.

Le 2 mars 2011, Bachar el-Assad fait suivre les conseils d’un médecin qui préconise la sieste plutôt que l’exercice, conseille de boire de l’alcool (parce que le vin et la bière sont faits à partir de fruits et de céréales), de ne pas se restreindre sur les fritures et le chocolat (parce que faits à partir de légumes), déconseille la nage (“si la nage est bonne pour la ligne, expliquez-moi les baleines“) :

La vie ne doit pas être un long voyage destiné à arriver dans sa tombe avec une ligne et une condition physique excellente, mais plutôt une virée zigzaguante (du Chardonnay dans une main, du chocolat dans l’autre) où l’on crierait “woo-hoo, quelle aventure !” afin d’en finir complètement usé et épuisé.

Le 27 mars 2011, alors que le mouvement de libération prend de l’ampleur, et que l’AFP avance que plus d’une centaine de manifestants ont été tués par la police, un proche collaborateur de Bachar el-Assad lui envoie un mail particulièrement obséquieux lui expliquant qu’une étude aurait démontré que le cœur de la quasi-totalité des 24 millions de Syriens battrait pour Bachar el-Assad, et qu’il est impossible de geler ses avoirs puisqu’ils ne sont pas en Suisse, mais dans le cœur des Syriens…

Le 28, Bachar el-Assad fait suivre une image montrant comment la photo de gens manifestant avec le drapeau syrien en soutien au président syrien a été manipulée pour que l’on croit qu’ils réclament son départ.

Le 31, un autre collaborateur lui envoie un mail intitulé ‘J’ai aimé cette chanson” avec, en pièce jointe, une chanson (sirupeuse) attribuée (à tort) à Mick Jagger composée sur un vieux synthé et répétant (en anglais) “Bashar, We Love You“.

Le 25 juillet, il fait suivre la version traduite en arabe d’une vidéo, en français, intitulée “Sarkozy, combien d’enfants as-tu tué cette nuit ?“, l’accusant d’être responsable de la mort d’enfants tués lors d’un bombardement de l’OTAN en Libye, réalisée par Michel Collon, un journaliste belge considéré comme proche des réseaux français au service de la Syrie1 qui, après avoir publié un essai sur les “médiamensonges” de l’OTAN en Libye, a récemment préfacé un ouvrage similaire consacré, cette fois, au plan “Syriana” de remodelage du Moyen-Orient par la CIA.

Le 24 septembre, il envoie un lien vers une vidéo (en arabe) sur la proximité supposée entre Al Jazeera et la CIA. Censurée depuis, on la retrouve facilement en cherchant les mots-clefs “الجزيرة والمخابرات الأمريكية.. مين بيلعب فى دماغنا ؟؟“.

Le dernier e-mail de Bachar el-Assad présent dans les #SyriaFiles de WikiLeaks est un copié-collé d’un article de Wayne Madsen, un ancien militaire américain devenu journaliste spécialiste des services de renseignement, proche du Réseau Voltaire et conspirationniste.

Dans cet article, basé sur “plusieurs sources fiables“, Madsen affirme que l’ancien ambassadeur des États-Unis en Syrie a été chargé de recruter des “escadrons de la mort” auprès d’unités affiliées à Al-Qaïda et de les envoyer se battre contre les soldats et policiers fidèles au régime syrien. Il affirme également que ces terroristes ne se sont pas contentés d’attaquer les forces loyalistes, mais également de massacrer des civils, afin d’accuser, avec l’aide du Mossad, le gouvernement syrien.

Et cette histoire de CIA qui recrute des terroristes d’Al-Qaïda pour tuer des civils avec l’aide du Mossad, pour Bachar el-Assad, ce n’était pas une blague.


A noter que le Fonds de Défense de la Neutralité du Net, émanation du French Data Network, premier FAI indépendant français, vient de faire sauter le blocus financier de Wikileaks, et qu’il est donc de nouveau possible de lui faire un don par carte bancaire.Merci à Salam Houssam Aldeen, pseudonyme d’un journaliste syrien en exil à Paris (qui cherche du travail : contactez presse AT OWNI.fr), ainsi qu’à Pierre Leibovici (@pierreleibo sur Twitter), qui m’ont beaucoup aidé à plonger dans ces #SyriaFiles.
Photo trouvée dans les mails de Bachar el-Assad, illustration et couverture par Loguy pour Owni /-)

  1. l’auteure de cet article, Hala Kodmani, une journaliste franco-syrienne, ex-rédactrice en chef à France 24, et responsable de la rubrique Syrie à Libération, est aussi la sœur de Bassma Kodmani, porte-parole du Conseil national syrien -organe de l’opposition syrienne basé à Paris-, et préside l’association française Souria Houria -Syrie Liberté-, “groupe de soutien à la révolte du peuple syrien” qui milite pour le renversement du régime de Bachar el-Assad. []

Source: http://owni.fr/2012/07/18/les-sales-blagues-de-bachar-el-assad/ et http://www.wikileaks-forum.com/index.php/topic,13062.0.html