Conférence à Paris, le 30 mars 2015: « La participation des citoyens: de l’échelon local au niveau européen »

Par Démocratie Ouverte

La participation des citoyens et l’OpenGov : vers une transition démocratique ? Retour critique sur « l’ouverture » de la démocratie et la place du citoyen dans les nouveaux processus et dispositifs participatifs.

Parlement & Citoyens : associer les citoyens à la rédaction de la loi L’expérience d’une plateforme permettant aux parlementaires d’associer les citoyens à l’élaboration de la loi ; et sa nouvelle version 2015 étendue à tous les parlementaires ainsi qu’une boîte à idées législatives pour les citoyens.

Territoires Hautement Citoyens : nouvelle place pour le citoyen, acteur de son territoire Comment l’échelon local peut-il permettre de nouvelles formes d’action citoyenne pour répondre aux gigantesques défis de notre siècle ?

L’Initiative Citoyenne Européenne peut-elle démocratiser l’Europe ? Unique instrument international de démocratie participative, l’ICE entame aujourd’hui un processus de révision. Comment la repenser ?

Source: http://us6.campaign-archive1.com/?u=98a4894d17e95be2fe4aac6cd&id=b934372b8b&e=67125f9c44

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Les questions que les journalistes d’Arte ne se posent pas dans leur communiqué sur les lanceurs d’alerte

640px-Open_Data_stickersJ’ai pu lire récemment sur Twitter ce beau tweet d’@ARTEInfo qui pose la question: « Les lanceurs d’alerte sont-ils les héros d’aujourd’hui? » en donnant le lien d’un communiqué publié en août 2014, « Alerte, whistleblowers en activité ». Bien sûr, la question mérite d’être posée, surtout à la télévision, où si peu de débats et d’émissions s’intéressent à ce sujet. Néanmoins, la plupart d’entre nous – nous, citoyens modernes – nous avons déjà la réponse à ce sujet. C’est dommage qu’Arte se limite à poser une question aussi simple sur les lanceurs d’alerte, alors qu’il y a des questions beaucoup plus complexes. Oui, les lanceurs d’alerte sont des héros et la majorité de la population souhaite que des citoyens, comme eux, mettent fin à la corruption, aux crimes et aux injustices commises au sein de nos gouvernements. Que les gouvernements soient directement responsables ou partiellement impliqués dans certaines affaires, il est évident que les lanceurs d’alerte accomplissent un acte utile envers la société, et qu’ils manifestent ainsi leur dévouement envers un idéal démocratique qui nous unit tous, plus ou moins.

Ce que les journalistes d’Arte ne posent pas comme question, c’est que les gouvernements eux-mêmes ont un intérêt à promouvoir la transparence politique, et à travers elle, les lanceurs d’alerte. Il en va de la survie de notre système démocratique. Tout d’abord, parce que la corruption coûte cher aux gouvernements et parce que les sommes qui sont détournées dans les affaires de corruption sont de l’argent public qui appartient à l’Etat et qui doit servir la collectivité. Les affaires de corruption dans un système démocratique sont comme des trous dans un morceau de gruyère: plus il y en a, plus le système est fragilisé. C’est pourquoi les Etats ont un intérêt certain à promouvoir la transparence politique et les lanceurs d’alerte dans cette lutte contre la corruption. Les Etats ont besoin d’économiser de l’argent, surtout en temps de crise économique, et de maîtriser les dépenses budgétaires.

Ensuite, les lanceurs d’alerte sont utiles aux gouvernements pour conduire les réformes politiques qui permettent d’améliorer notre système de gouvernance. L’open data et l’open gov ne sont pas des idées inventées par les lanceurs d’alerte, mais c’est au contraire l’idée que des gouvernements peuvent amener des réformes politiques en partageant les données publiques et en responsabilisant chaque entité de la société, où chaque citoyen peut ainsi devenir un lanceur d’alerte et un outil pour améliorer la démocratie. Quand le communiqué d’Arte dit qu’ « Assange […] semble avoir passé un deal avec le gouvernement du Royaume-Uni, dont le monde ignore encore les termes », les journalistes qui ont écrit ce texte oublient que ce « deal » avec les gouvernements peut avoir été fait bien avant l’asile politique de Julian Assange, tout simplement parce que WikiLeaks fait peut-être partie d’un programme gouvernemental destiné à promouvoir la transparence politique et la lutte contre la corruption.

En attendant, Arte annonce la diffusion de son émission, le 16 décembre: « Lanceurs d’alerte, coupables ou héros? »

Mais si vous voulez vous poser plus de questions sur les origines de la transparence politique, sur les lanceurs d’alerte et l’affaire WikiLeaks, vous pouvez en profiter pour relire nos articles:

Le présentateur américain Dan Rather estime que WikiLeaks rend un « service public » aux Etats-Unis

Pourquoi WikiLeaks est peut-être un projet gouvernemental en faveur de la transparence politique

Les liens de WikiLeaks et de l’ONU

Ce que les câbles Wikileaks ne nous disent pas

Julian Assange, en 2010: « Nous avons affaire aux agences de renseignement »

Derrière WikiLeaks, une enquête secrète sur les attentats du 11 septembre?

Julian Assange a-t-il été un hacker au service des gouvernements?

Un analyste russe pense que Julian Assange est un espion du Mi6

Comment le gouvernement US a créé WikiLeaks par inadvertance

Pourquoi WikiLeaks est peut-être un projet gouvernemental en faveur de la transparence politique

Nombreux sont ceux qui, au sein des gouvernements, et notamment au sein du gouvernement américain, accusent WikiLeaks de trahison et d’avoir porté atteinte à la sécurité des Etats. Pourtant, il n’y a rien de plus étrange que de porter de telles accusations, alors que la transparence politique est à l’origine une idée soutenue par les gouvernements occidentaux.

Open Data, Open Gov, ouverture des données publiques: tout ces concepts rejoignent l’idée de transparence politique. Il n’y a qu’à lire Wikipedia pour le comprendre: « En Europe et dans certains pays, des directives et lois imposent aux collectivités de publier certaines données publiques sous forme numérique. » (Article sur les « données ouvertes ») La transparence politique, c’est donc une idée gouvernementale. Le concept a aussi été développé en France et en Europe, avec des initiatives comme Démocratie Ouverte (traduction d’Open Gov). Mais l’organisation WikiLeaks, qui fait exactement la même chose que toutes ces organisations, en ouvrant des données au public, se fait bizarrement attaquer de tous côtés par le gouvernement américain et par d’autres acteurs du monde politique, alors que la transparence politique est une idée gouvernementale. On accuse WikiLeaks de trahison, alors qu’ils révèlent simplement les failles du système politique et que leur travail n’est pas différent de ces groupes qui, au sein des gouvernements, font la promotion de l’ouverture des données publiques.

Mais personne ne s’est jamais posé la question: et si WikiLeaks n’était qu’une émanation de ces programmes gouvernementaux qui défendent la transparence politique? et si WikiLeaks n’était qu’un outil parmi d’autres, pour lutter contre la corruption et améliorer le fonctionnement de nos démocraties corrompues et en pleine crise économique?… Comme le rappelle un article du Monde, L' »open data », un outil pour la transparence des administrations, il n’y a rien de mal à divulguer certaines informations collectées par les gouvernements: c’est un concept à la mode, un concept qui vient lui-même des Etats-Unis et qui est apparu en 2007 sous le nom de la loi « OPEN Government Act« . En 2009, Barack Obama lui-même relance le projet sous le nom d’Open Government Initiative. Pour résumer, les Etats-Unis, le pays qui déclare WikiLeaks comme un ennemi à la sécurité nationale (au même titre qu’Al-Qaïda), est en même temps le pays qui a inventé le concept d’Open Gov et qui a incité l’ouverture des données publiques. Si vous raisonnez de manière logique, vous auriez plutôt tendance à dire qu’en fait, WikiLeaks, loin d’être un ennemi des gouvernements, serait au contraire un outil très utile aux mains des Etats-Unis et des gouvernements qui ont enclenché des programmes d’Open Gov et d’Open Data.

Bien sûr, nous n’aurons pas tout de suite la réponse à cette question – de savoir si WikiLeaks est ou n’est pas au service des gouvernements en quête de transparence -, mais le mystère qui règne autour de l’organisation WikiLeaks est peut-être, en partie, une explication à ce problème. Si WikiLeaks était une organisation totalement indépendante des gouvernements, il y aurait sans doute beaucoup plus de facilité de contact. Or, on constate qu’il est très difficile de contacter cette organisation, qu’il n’y a pas d’email ni d’adresse officielle, et que les journalistes qui ont pu interviewer Julian Assange travaillent souvent pour des grands titres de presse, plus ou moins liés aux gouvernements. A partir de là, nous posons la question: est-ce que l’organisation WikiLeaks est si difficile à contacter, par mesures de sécurité, tout simplement parce que, derrière cette organisation, repose le travail de personnes liées à des services secrets et à des gouvernements impliqués dans le projet? est-ce que WikiLeaks est un projet gouvernemental an faveur de la transparence politique, mais un projet caché sous le nom d’une ONG « non-gouvernementale »? La réponse la plus évidente serait, en effet, que WikiLeaks a un rôle à jouer dans ces projets gouvernementaux concernant la transparence politique.

De plus, quoi de plus utile qu’une telle organisation pour réformer les systèmes de nos démocraties corrompues et vieillissantes? Les Etats-Unis devraient se réjouir du rôle de WikiLeaks qui, à travers l’affaire Manning, a révélé le dysfonctionnement de l’armée américaine et la déshumanisation de certains soldats, qui tirent aveuglément sur des victimes civiles ou des cibles terroristes. Les Etats-Unis devraient remercier l’organisation WikiLeaks de ce que ces révélations apportent à la démocratie américaine, à la prise de conscience de la population qui va peut-être permettre de changer les mentalités et de responsabiliser la classe politique face à leurs décisions et à leurs actions.

WikiLeaks est la meilleure des choses qui aient pu arriver aux Etats-Unis, le meilleur outil pour réformer le système politique, là où les Etats-Unis auraient dû dire, en soutien au travail de WikiLeaks: « si quelque chose ne va pas, nous allons le changer, heureusement qu’il y a des gens comme WikiLeaks pour révéler les failles de nos démocraties, car c’est grâce à eux que la démocratie américaine pourra continuer à exister ». Au final, les Etats-Unis ou plutôt une partie des responsables politiques ont attaqué et condamné WikiLeaks, ce qui est une réaction très décevante. Comme on peut le voir dans cette vidéo officielle, certains représentants aux Etats-Unis ont même appelé à l’assassinat de Julian Assange. Si les Etats-Unis avaient soutenu WikiLeaks dans ses publications, cela aurait donné un élan à la démocratie dans le monde et cela aurait redonné de l’espoir à beaucoup de gens déçus par la politique américaine. WikiLeaks était la meilleure des choses qui pouvaient aider à changer le système politique des Etats-Unis, malheureusement le gouvernement américain a pour le moment une attitude peu réceptive à l’égard de WikiLeaks, et comme on le voit aux réactions du Pentagone, l’escargot américain se replie dans sa coquille, au lieu de saisir la chance d’aller vers plus de démocratie.

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CC BY-SA