La philosophie deleuzienne de Julian Assange

Publié par pilkingtonphil, sur fixingtheeconomists.wordpress.com

Bien, je ne sais pas quel est votre avis – mais, je deviens vraiment malade de voir tout ce cirque qui a lieu autour d’Assange. Même les publications les plus sérieuses ont un intérêt pour ce qui est clairement une farce. Qui plus est, je vois maintenant des citations typiquement affectées de Hitchens, ce vieil importun et pseudo-intellectuel épuisé, qui apparaissent dans les différents articles que je lis (« Il appartient à Assange de considérer qu’en tant que membre de notre humble espèce et de notre auguste culture, il devrait faire preuve d’on ne peut plus de respect devant l’autel de notre royale et magnifique Civilisation qui continue de s’affirmer » – bon, ce n’est pas la citation exacte, en fait c’est probablement dans un style moins prétentieux et moins lourd de thésaurus que l’original… mais vous comprenez l’idée).

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Julian Assange: Géométrie de la politique

Donc, j’en ai marre – réveillez-moi quand ce sera bientôt la fin.

Pendant ce temps, penchons-nous sur une chose bien plus intéressante : la philosophie générale d’Assange, comme il l’a lui-même écrite. Et dont on peut trouver une ébauche dans ces pages – écrites en 2006.

La première chose qui surprend le lecteur est le chevauchement entre une vaste spéculation théorique et des observations extrêmement terre-à-terre. Voilà le gros morceau baroque de la haute théorie « Assangienne » :

« Nous utiliserons des graphes connexes comme moyen de maîtriser la capacité de raisonnement spatial du cerveau dans la compréhension d’une nouvelle approche des relations politiques. »

La complexité du raisonnement repose clairement dans le fait de voir pour tous – que le langage vient, en effet, des neurosciences cognitives – mais comparez-le maintenant à l’un des passages les plus terre-à-terre de la réflexion :

« Plus une organisation cultive le secret ou l’injustice, plus les fuites induisent la peur et la paranoïa dans son leadership et dans son cercle décisionnaire. »

Nous partons des pensées très élevées d’un homme qui est clairement très intelligent et cultivé (qui a reçu une formation en sciences-physiques — une sorte d’expert en neuroscience cognitive et en science de l’ordinateur, semble-t-il), pour en arriver à une observation extrêmement intéressante. Ce cocktail d’habileté analytique, précise et incisive, et d’appels à l’action pragmatiques et bien planifiés, sont la caractéristique de l’approche entière d’Assange.

Sa construction globale est également intéressante. Il prend comme point de départ le modèle de la conspiration. Non, je ne veux pas dire qu’Assange commence sur une quête paranoïaque pour trouver une cabale d’acteurs malveillants de la société qui manipulent les choses depuis le sommet. Au lieu de cela, il essaie plutôt de conceptualiser le monde contemporain – qu’il voit comme étant principalement contrôlé par des structures de gouvernement corporate (à savoir l’alliance de compagnies transnationales et de gouvernements nationaux) – comme étant une sorte de conspiration informelle. Assange le formule lui-même dans son style inimitable :

« Là où sont connus les détails sur les activités internes des régimes autoritaires, nous voyons des interactions conspiratrices au sein de l’élite politique, pas seulement pour une promotion ou une faveur à l’intérieur du régime, mais comme la méthodologie d’un planning primaire derrière lequel se maintient ou se renforce le pouvoir autoritaire. »

Ce que veut dire Assange, c’est que les pouvoirs modernes – qu’il considère fondamentalement comme des pouvoirs autoritaires, dans leur tendance à prendre des décisions derrière des portes closes – s’engagent de manière systématique dans un comportement conspirateur. Pour Assange, les pouvoirs modernes ne peuvent pas agir ouvertement, ils estiment donc nécessaire d’agir en secret. Est-ce que ce sont là les vociférations dérangées d’un lunatique obsédé d’ordinateur ? Si les câbles diplomatiques ont bien prouvé une chose, c’est qu’il y a certainement une forte tendance au secret du côté des pouvoirs modernes.

Je dois faire ici une digression – qui, j’espère, éclairera le point de vue d’Assange. Quand les fuites ont été publiées, beaucoup ont dit qu’elles ne révélaient rien de nouveau. L’argument avancé était que n’importe quelle personne intelligente et éduquée connaissait déjà leur contenu avant leur publication. Tout d’abord, ceci était évidemment faux dans certains cas (comme les fuites concernant la Chine et la Corée du Nord, ou les fuites sur Poutine et Berlusconi). Mais dans les cas où cela s’est avéré vrai, nous pouvons dire que cela a mis en lumière une caractéristique très importante du pouvoir des gouvernements et des corporations dans le monde d’aujourd’hui : à savoir que nous connaissons l’extrême opacité de ces pouvoirs ; et nous savons que ce qu’ils disent faire ne sont que des mensonges et que nous devons utiliser nos forces analytiques pour en arriver à comprendre ce qui se passe autour de nous. Je vous demande : est-ce que cela ne confirme pas le point de vue central d’Assange ?

Assange affirme que pour arriver à sortir de ce réseau de conspiration du pouvoir, les gens doivent interrompre la capacité des cerveaux gris à communiquer entre eux :

« Nous pouvons faire éclater une conspiration, réduire ou éliminer une communication considérable entre quelques liens de poids ou entre plusieurs liens de moindre envergure. »

Ou encore :

« Nous pouvons tromper ou aveugler une conspiration, en déformant ou en limitant l’information qui lui est disponible.

Nous pouvons affaiblir le pouvoir de conspiration dans sa totalité via des attaques non-structurées sur ses liens, en les étouffant ou en les divisant.

Une conspiration suffisamment engagée dans cette voie n’est plus capable de comprendre son environnement ni de planifier des actions solides. »

Assange voit le pouvoir de l’entreprise et du gouvernement comme quelqu’un qui analyse un réseau d’ordinateurs. Si ce réseau est incapable de communiquer efficacement avec lui-même, des erreurs apparaissent et il commence à tomber en panne. Une analogie similaire peut être esquissée avec le cerveau humain. Si différents centres du cerveau humain sont incapables de communiquer entre eux – par exemple, à cause de la destruction de certains centres nerveux dus à une lésion ou à un coup – alors, des défauts cognitifs vont apparaître et la personne constatera qu’ils sont, en quelque sorte, hors service.

Assange voit les fuites d’information comme des lésions ou des coups portés sur le cerveau géant de la gouvernance unifiée. Chaque fois qu’une fuite est révélée, il en résulte une panne de communication entre les différents acteurs sur la scène nationale ou internationale. Si on prend en compte la détérioration des relations diplomatiques après les fuites, est-ce que cela ne peut être considéré, dans le schéma d’Assange, comme une rupture de la communication entre plusieurs « conspirateurs » ?

Il faut noter que ceci semble être le but d’Assange. La liberté de l’information – la raison pour laquelle beaucoup de gens, dont moi-même, donnent leur soutien à Assange – ne serait que secondaire.

Assange voit les « conspirations » – encore une fois, je vous rappelle qu’il s’agit d’une métaphore – comme étant des « systèmes-clos ». Les systèmes-clos sont des systèmes qui n’ont aucune porte d’entrée depuis le monde extérieur – ce serait donc un groupe de gens qui font des plans entre eux (ce groupe est le « système ») et ils ne prennent pas la peine de recueillir aucune information en dehors de leurs sources, par exemple, en observant ce qui se passe de manière générale dans le monde (cette information serait la donnée « entrante »).

Assange prétend qu’en détruisant la communication entre les conspirations – à savoir, les systèmes-clos – des systèmes plus ouverts vont se constituer. Ces systèmes ouverts étant, bien sûr, des systèmes qui font entrer des données depuis l’extérieur – ou, pour continuer dans notre exemple, des groupes de gens qui regardent le monde autour d’eux quand il s’agit de décider d’une action à entreprendre.

C’est donc la teneur essentielle de la philosophie d’Assange – à présent, intéressons-nous à la forme.

Comme nous l’avons déjà démontré, Assange emprunte largement aux sciences de l’information – et plus spécifiquement, à la neuroscience cognitive et à la science informatique. Ceci est extrêmement intéressant car cela conduit sa philosophie à ressembler à certaines philosophies contemporaines post-structurelles – plus spécifiquement celle de Gilles Deleuze, philosophe français du 20ème siècle.

Deleuze emprunte aussi largement aux sciences de l’information pour appuyer ses théories – et il parvient, sans surprise, à des conclusions politiques très semblables à celles d’Assange. Deleuze voyait les organisations politiques – et les organisations en général – en des termes où il faisait référence à des « structures » et à des « multiplicités ».

Pour Deleuze, les « structures » étaient des systèmes-clos – clos sur eux-mêmes et résistant à tout élément étranger venant de l’extérieur – alors que les « multiplicités » étaient des systèmes ouverts, qui communiquaient librement avec le monde qui les entoure. A travers les deux ouvrages de Deleuze sur la théorie politique, L’Anti-Œdipe et Mille Plateaux – tous deux écrits en collaboration avec le psychanalyste français Félix Guattari – il traite beaucoup d’idées semblables à celles qu’évoque Assange.

Deleuze, comme Assange, utilise des métaphores complexes dérivées des mathématiques et des sciences pour expliquer le monde qui l’entoure. Et comme Assange, il voit la solution au problème des « systèmes-clos » comme une tentative de percer les structures figées et de promouvoir la communication et la diffusion libre de l’information.

Je ne me laisserai aller à aucun jugement sur la politique d’Assange ou sur sa philosophie, autre que celui que j’apprécie sa délivrance de certaines informations et que je reconnais qu’il est un individu extrêmement intelligent. Mais je dirai que la philosophie d’Assange – et celle de WikiLeaks en tant qu’organisation – est peut-être l’une des plus pures manifestations d’un mouvement politique déleuzien qui ait jamais existé (Deleuze a fait référence à un tel mouvement politique comme étant une « Machine de Guerre »).

En dehors de cela, WikiLeaks est un chapitre fascinant de l’histoire des idées.

Source: http://fixingtheeconomists.wordpress.com/2010/12/19/the-deleuzian-philosophy-of-julian-assange/

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Julian Assange au gouvernement américain: « Arrêtez d’assassiner les gens »

Save Snowden:Save Freedom

Déclaration de Julian Assange après un an à l’Ambassade d’Equateur
Samedi 22 juin, 15h00 GMT

Cela fait maintenant un an que je suis entré dans cette ambassade et ai cherché refuge contre la persécution.

Suite à cette décision, j’ai pu travailler dans une relative sécurité, à l’abri d’une enquête d’espionnage américaine.

Mais aujourd’hui, l’épreuve d’Edward Snowden ne fait que commencer.

Deux processus dangereux et incontrôlables ont pris racine dans la dernière décennie, avec des conséquences fatales pour la démocratie.

Le secret du gouvernement a connu une expansion à une échelle terrifiante.

Dans le même temps, la vie privée des humains a été secrètement éradiquée.

Il y a quelques semaines, Edward Snowden a lancé l’alerte sur un programme en cours — impliquant l’administration Obama, la communauté du renseignement et les géants des services Internet — pour espionner chaque personne dans le monde.

Comme un mécanisme d’horloge, il a été accusé d’espionnage par l’administration Obama.

Le gouvernement américain espionne chacun et chacune d’entre nous, mais c’est Edward Snowden qui est accusé d’espionnage pour nous avoir informés.

Nous sommes arrivés à un point, où la marque de distinction internationale et le service rendu à l’humanité ne sont plus le Prix Nobel de la Paix, mais une accusation d’espionnage émise par le Ministère américain de la Justice.

Edward Snowden est le huitième lanceur d’alerte à être accusé d’espionnage sous ce président.

Le procès-spectacle de Bradley Manning entre dans sa quatrième semaine, lundi.

Après une litanie de torts qui lui ont été faits, le gouvernement américain essaie de l’inculper d' »aide à l’ennemi ».

Le mot « traître » a été jeté parmi beaucoup d’autres, ces derniers jours.

Mais qui est vraiment le traître ici?

Qui a promis « espoir » et « changement » à une génération, seulement pour trahir ces promesses avec lamentable misère et stagnation?

Qui a pris le serment de défendre la constitution américaine, seulement pour nourrir l’invisible bête de la loi secrète qui la dévore, vivant de l’intérieur?

Qui a promis de présider L’Administration La Plus Transparente de l’histoire, seulement pour écraser lanceur d’alerte après lanceur d’alerte, avec le talon des accusations d’espionnage?

Qui a combiné dans son exécutif les pouvoirs d’un juge, d’un jury et d’un exécuteur, et revendiqué la juridiction de la terre entière où pouvoir exercer ces pouvoirs?

Qui s’arroge le pouvoir d’espionner la terre entière — chacun et chacune d’entre nous — et quand il est pris en flagrant délit, nous explique que « nous allons devoir faire un choix ».

Qui est cette personne?

Soyons très prudents sur qui nous appelons « traître ».

Edward Snowden est l’un d’entre nous.

Bradley Manning est l’un d’entre nous.

Ils sont jeunes, des personnes dotées techniquement d’un esprit, issus d’une génération que Barack Obama a trahie.

Ils sont la génération qui a grandi avec Internet, et ils ont été façonnés par lui.

Le gouvernement américain aura toujours besoin d’analystes du renseignement et d’administrateurs de systèmes, et ils seront obligés d’embaucher ceux de cette génération et de celle qui suit.

Un jour, leur génération sera à la NSA, à la CIA et au FBI.

Ce n’est pas un phénomène qui s’éloignera.

C’est inévitable.

Et en essayant d’écraser ces jeunes lanceurs d’alerte avec des accusations d’espionnage, le gouvernement américain affronte une génération, et c’est une bataille qu’il va perdre.

Ce n’est pas la façon d’arranger les choses.

La seule façon d’arranger les choses, c’est la suivante:

Changez les politiques.

Arrêtez d’espionner le monde.

Eradiquez la loi du secret.

Cessez la détention indéfinie sans procès.

Arrêtez d’assassiner les gens.

Arrêtez d’envahir d’autres pays et d’envoyer de jeunes Américains pour tuer et se faire tuer.

Arrêtez les occupations et mettez fin aux guerres secrètes.

Arrêtez de manger la jeunesse: Edward Snowden, Barrett Brown, Jeremy Hammond, Aaron Swartz, Gottfrid Svartholm, Jacob Appelbaum, et Bradley Manning.

L’accusation contre Edward Snowden est destinée à intimider tout pays qui pourrait envisager de défendre ses droits.

Cette tactique ne doit pas être autorisée à fonctionner.

L’effort pour trouver asile à Edward Snowden doit être intensifié.

Quel pays courageux se lèvera pour lui, et reconnaîtra son service à l’humanité?

Dites à vos gouvernements d’aller de l’avant.

Allez de l’avant et tenez-vous près de Snowden.

Source: http://wikileaks.org/Statement-by-Julian-Assange-after,249.html

La banalité du « Ne faites pas le mal » de Google, par Julian Assange

Image – Matt Rota

Par Julian Assange, le 1er juin 2013

« Le Nouvel Âge Digital » est un schéma directeur étonnamment clair et provocateur pour l’impérialisme technocratique, de la main de deux de ses plus ardents marabouts, Eric Schmidt et Jared Cohen, qui construisent une nouvelle définition de la puissance globale des USA au 21ème siècle. Cette définition reflète la fusion toujours plus proche entre le State Department et la Silicon Valley, telle que personnifiée par Eric Schmidt, le directeur exécutif de Google, et M. Cohen, un ancien conseiller de Condoleeza Rice et de Hillary Clinton, aujourd’hui le nouveau patron de Google Ideas.

Les auteurs se sont rencontrés dans le Bagdad occupé de 2009, où le livre fut conçu. Se promenant à travers les ruines, le tandem fut tout excité par l’idée que la technologie consumériste était en train de transformer une société anéantie par l’occupation militaire US. Ils ont décidé que l’industrie de haute technologie pouvait être un outil puissant de la politique étrangère états-unienne.

Le livre fait la propagande du rôle de la technologie dans le remodelage des peuples du monde et de ses nations en ersatz de la superpuissance dominante mondiale, qu’ils veuillent se faire remodeler ou non. La prose est laconique, l’argument sûr de lui et la sagesse – vulgaire. Mais ce n’est pas un livre destiné à être lu. C’est une déclaration majeure destinée à susciter des alliances.

(suite…)

Julian Assange et la surveillance de masse

Julian Assange, Menaces sur nos libertés

Par Christophe Ventura, le 1 février 2013

Depuis sept mois, Julian Assange vit reclus à l’intérieur de l’ambassade de l’Equateur à Londres. La figure emblématique de « l’organisation médiatique à but non lucratif » WikiLeaks, fondée en 2007 [1], a bénéficié de l’asile « diplomatique » [2] du pays andin que préside Rafael Correa.

Julian Assange séjourne – ou campe pour être plus précis – dans une petite pièce d’un appartement victorien d’une centaine de mètres carrés occupé par la représentation diplomatique équatorienne dans le quartier de Knightsbridge. A deux pas du luxueux grand magasins Harrods, fournisseur officiel de la famille royale… L’exposition naturelle de la pièce à la lumière du jour a été condamnée pour ne pas l’offrir à la surveillance permanente de la police et des services britanniques postés autour du bâtiment. C’est dans un espace confiné d’environ 15 mètres carrés qu’il nous a reçu à la faveur d’une rencontre organisée le 6 décembre 2012 avec le dirigeant du Front de gauche Jean-Luc Mélenchon.

(suite…)

Note éditoriale de Julian Assange sur le changement, 4 avril 2012

Par Julian Assange, le 4 avril 2012

Nous vivons dans le monde que nous percevons. Nos limites sont celles de nos perceptions.

Cette génération en sait plus que toutes les générations qui l’ont précédée. Ses actes éclipseront ceux des générations passées. Nous changeons le monde en observant son comportement, en y réfléchissant et en agissant selon nos pensées.

Pour observer, nous devons ouvrir nos yeux.

Pour réfléchir, nous devons ouvrir nos esprits.

Pour agir, nous devons ouvrir nos cœurs.

Nos yeux n’ont jamais été aussi ouverts. Nos esprits n’ont jamais été aussi entraînés. Et le courage dans nos cœurs se répand comme une contagion.

Source: http://www.twitlonger.com/show/gq5p3c