Bradley [Chelsea Manning]: « Nous avons oublié notre humanité »

Bradley-Manning-non-coupable-de-collusion-avec-l-ennemi_article_landscape_pm_v8[Bradley Manning a affirmé sa volonté de changer d’identité après son procès, et souhaite désormais se faire appeler Chelsea Manning]

Par Chelsea E. Manning, 21 août 2013

Mercredi, Chelsea (anciennement Bradley) Manning a été condamnée à 35 ans de prison. Suite à l’annonce de la sentence, la déclaration suivante de Manning a été lue lors d’une conférence de presse, par son avocat David Coombs. Jeudi, Chelsea Manning a publié un communiqué expliquant qu’elle voulait vivre comme une femme.

« Les décisions que j’ai faites en 2010 sont venues d’une préoccupation pour mon pays et pour le monde dans lequel nous vivons. Depuis les tragiques événements du 11/9, notre pays a été en guerre. Nous avons été en guerre avec un ennemi qui choisit de ne pas nous rencontrer sur aucun champ de bataille traditionnel, et de ce fait, nous avons dû changer nos méthodes de lutte contre les risques posés pour nous et notre mode de vie.

J’ai d’abord été d’accord avec ces méthodes et j’ai choisi de me porter volontaire pour aider à défendre mon pays. Ce n’est pas avant que j’aie été en Irak, et en lisant des rapports militaires secrets sur une base quotidienne, que j’ai commencé à remettre en question la moralité de ce que nous faisions. C’est à ce moment que j’ai réalisé que dans nos efforts pour répondre à ce risque posé à nous par l’ennemi, nous avons oublié notre humanité. Nous avons consciemment choisi de dévaloriser la vie humaine à la fois en Irak et en Afghanistan. Lorsque nous avons engagé la guerre contre ceux que nous percevions comme l’ennemi, nous avons parfois tué des civils innocents. Chaque fois que nous avons tué des civils innocents, au lieu d’accepter la responsabilité de notre conduite, nous avons choisi de nous cacher derrière le voile de la sécurité nationale et des renseignements classifiés afin d’éviter toute responsabilité publique.

Dans notre zèle pour tuer l’ennemi, nous avons débattu en interne la définition de la torture. Nous avons détenu des personnes à Guantanamo pendant des années sans procès. Nous avons inexplicablement fermé les yeux sur la torture et sur les exécutions commises par le gouvernement irakien. Et nous avons supporté d’innombrables autres actes au nom de notre guerre contre le terrorisme.

Le patriotisme est souvent le cri prôné, lorsque des actes moralement discutables sont préconisés par ceux qui sont au pouvoir. Lorsque ces cris de patriotisme noient toutes nos dissensions fondées sur la logique, il revient généralement à un soldat américain d’effectuer une mission mal conçue.

Notre nation a eu des moments sombres et semblables pour les vertus de la démocratie – la Piste des Larmes, la décision Dred Scott, le maccarthysme, les camps d’internement nippo-américains – pour en citer quelques-uns. Je suis convaincu que beaucoup de nos actions menées depuis le 11/9 seront un jour vues dans une lumière semblable.

Comme le regretté Howard Zinn l’a dit un jour: «Il n’est pas de drapeau assez grand pour couvrir la honte de tuer des innocents. »

Je comprends que mes actes ont violé la loi, et je regrette que mes actions aient causé du mal à quiconque ou heurté les États-Unis. Mon intention n’a jamais été de blesser qui que ce soit. Je voulais seulement aider les gens. Quand j’ai choisi de divulguer des informations classifiées, je l’ai fait par amour pour mon pays et par sens du devoir envers les autres.

Si vous refusez ma demande de grâce, je servirai mon temps en sachant que parfois vous devez payer un lourd tribut pour vivre dans une société libre. Je serai heureux de payer ce prix, si cela signifie que nous pourrions avoir un pays qui est vraiment conçu dans la liberté et dédié à la proposition selon laquelle toutes les femmes et tous les hommes sont créés égaux. »

Source: http://rabble.ca/news/2013/08/chelsea-manning-we-have-forgotten-our-humanity

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Lettre d’Edward Snowden pour demander l’asile politique en Amérique Latine

Edward SnowdenLes médias du Nicaragua ont révélé la lettre du fugitif américain Edward Snowden, où il demande à Managua [capitale du Nicaragua] de lui accorder l’asile politique sur le motif qu’il pourrait faire face à un procès et traitement injustes aux Etats-Unis qui peuvent l’emprisonner à vie ou même le condamner à mort pour avoir publié les documents du renseignement. Une copie de la lettre a été publiée sur la page web de Radio Ya samedi soir. La demande date du 30 juin en provenance de Moscou. Elle est écrite en anglais et s’adresse aux représentants de la République du Nicaragua dans les mêmes termes que la lettre adressée aux représentants de Pologne.

Aux Représentants du Pays de la République du Nicaragua,

Moi, Edward Snowden, citoyen des Etats-Unis d’Amérique, je vous écris pour demander l’asile à la République du Nicaragua, à cause du risque d’être persécuté par le gouvernement des Etats-Unis et leurs agents, en relation à ma décision de rendre publiques de sérieuses violations de leur Constitution de la part du gouvernement des Etats-Unis, plus spécifiquement de leur 4ème et 5ème amendements, et de plusieurs traités des Nations Unies qui sont l’obligation de mon pays. En conséquence de mes opinions politiques, et de mon désir d’exercer ma liberté d’expression, à travers quoi j’ai montré que le gouvernement des Etats-Unis intercepte la majorité des communications dans le monde, le gouvernement des Etats-Unis a publiquement annoncé une enquête criminelle contre moi.

Des membres éminents du Congrès et d’autres dans les médias m’ont accusé d’être un traître et ont appelé à ce que je sois emprisonné ou exécuté en conséquence d’avoir communiqué cette information au public. Certaines des accusations qui ont été présentées contre moi par le Ministère de la Justice des Etats-Unis sont liées à l’Espionage Act de 1917, l’une d’entre elles incluant la prison à vie parmi les sentences possibles.

Un précédent international pour accorder l’asile aux personnalités dans ma situation a déjà été établi, avec l’Equateur accordant l’asile au fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, en relation à ce genre d’enquête de représailles. Mon cas est aussi très semblable à celui du soldat américain Bradley Manning, qui a rendu publiques des informations du gouvernement à travers les crimes de guerre révélés par WikiLeaks, qui a été arrêté par le gouvernement des Etats-Unis et a été traité de manière inhumaine pendant sa période en prison. Il a été placé en détention solitaire avant son procès et le représentant des Nations Unies contre la torture a jugé que M. Manning a subi des actes inhumains et cruels de la part du gouvernement américain.

Le procès contre Bradley Manning est en cours maintenant, et des documents secrets ont été présentés à la cour et des témoins secrets ont témoigné. Etant donné ces circonstances, je crois qu’il est peu probable que je reçoive un jugement équitable ou un traitement approprié avant ce procès, et je dois faire face à la possibilité d’une peine de prison à vie ou même la mort.

Edward Joseph Snowden,

Moscou, 30 juin 2013

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Source: http://inserbia.info/news/2013/07/nicaraguan-media-revealed-snowdens-request-for-asylum-photo/

Une partie de la société américaine doit aussi être condamnée pour non-assistance au soldat Bradley Manning

Procès de Bradley Manning

(*cet article reflète un point de vue personnel et n’exprime pas les idées des autres traducteurs présents sur ce blog)

Dans le conflit idéologique et juridique qui oppose le jeune soldat Bradley Manning au gouvernement des Etats-Unis, il convient de rappeler que Bradley Manning n’est pas seulement opposé au gouvernement de son pays, mais il est aussi opposé à tous les citoyens américains qui soutiennent les guerres meurtrières et inhumaines qui ravagent le monde depuis des années. Il est opposé à tous ces citoyens qui soutiennent l’action injuste de leur gouvernement.

Si Bradley Manning est en prison, ce n’est pas seulement à cause du gouvernement américain. Ce n’est pas seulement à cause des lois. Si Bradley Manning est en prison, c’est aussi à cause de tous ces citoyens qui se taisent et n’osent plus défendre les Droits de l’homme, et n’osent plus le défendre, s’enfermant dans une approbation passive des actes de leur gouvernement.

Une partie de la société américaine doit aussi être condamnée pour non-assistance au soldat Bradley Manning. Si demain, 70% des Américains soutenaient Bradley Manning, le gouvernement serait obligé de le relâcher. Le gouvernement américain serait contraint par la pression du public.

Ainsi, les Américains, par leur passivité, leur ignorance ou leur incompréhension, sont aussi responsables de la situation inhumaine que vit Bradley Manning en prison, de la torture psychique, de son isolement et de la dégradation de sa santé. Ils sont responsables de laisser le gouvernement faire ce qu’il ne devrait pas faire.

Ne dites pas que cette décision de le libérer n’appartient qu’au gouvernement. Ne dites pas qu’en tant que citoyens, vous ne pouvez rien faire. Le sort de Bradley Manning est entre les mains de chaque citoyen qui aura le courage de le défendre. Le sort de Bradley Manning est entre les mains de chaque citoyen américain.

L’affaire Bradley Manning reflète finalement le problème fondamental de la société américaine, une société de consommation qui a oublié le sens des Droits de l’homme, une société qui a échangé le mot « liberté » contre celui de « surveillance massive », en exerçant par ailleurs des pressions pour faire taire les opposants, en envoyant en prison les lanceurs d’alerte, en réprimant les hackers et les militants Occupy, en qualifiant de « terroristes » tout ce qui n’est pas labellé par la fascisme bienveillant du gouvernement américain.

La société américaine est imprégnée, en effet, par un fascisme sournois (qui se cache sous la belle apparence des films et des publicités américaines), un fascisme presque invisible qui justifie le meurtre et la répression des populations au nom du terrorisme, partout dans le monde. Mais qui aurait jamais osé comparer la liberté citoyenne à un acte terroriste? Qui aurait osé enfermer Bradley Manning pour avoir dénoncé la corruption et l’inhumanité de l’armée américaine, si ce n’est un Etat fasciste qui ne souhaite plus donner de liberté d’expression à ses citoyens, et qui souhaite enrôler la totalité de la société dans une idéologie malsaine?

L’affaire Bradley Manning entache l’histoire des Etats-Unis, comme le dénonçaient encore récemment des journalistes américains. L’affaire Bradley Manning entachera les Etats-Unis pendant encore de nombreuses années, et ce sera une ombre indélébile dans l’histoire des Droits de l’homme. Cela montre aussi, de manière beaucoup plus large, les injustices, la corruption, l’égoïsme, la violence et la cruauté qui existent aux Etats-Unis, et la manière dont les Etats-Unis agissent et incitent à la violence dans les autres pays, notamment dans les guerres et les conflits.

Et ces injustices, et cette violence, sont aussi celle de la société américaine, de la société dans son ensemble — car nous vivons tous dans des sociétés où l’on se préoccupe de moins en moins du bonheur des individus et de la liberté des citoyens, au nom de la sécurité suprême des gouvernements et du bien-être de nos présidents.

Ecrit par kimono

Human Rights Watch: « Qui est Bradley Manning? »

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Posté le 7 juin 2013

Le mercredi 5 juin, Amnesty4Manning a demandé aux supporters de Pfc. Bradley Manning de participer aux APPELS POUR MANNING – une journée destinée à prendre son téléphone pour appeler les branches locales d’Amnesty International et Human Rights Watch. L’objectif était de recueillir des informations sur la manière dont les deux plus grandes organisations de défense des droits de l’homme évaluent les violations des droits humains, le soutien à Manning, et pourquoi il n’a pas été reconnu comme prisonnier politique ou prisonnier de conscience.

Plusieurs participants ont rapporté sur le compte Twitter @Amnesty4Manning que les représentants d’Amnesty International ont demandé leur nom et leur adresse e-mail promettant de revenir vers eux à un moment ultérieur. Plusieurs personnes ayant appelé ont été renvoyées au communiqué de presse d’Amnesty publié le premier jour du procès de Manning en cour martiale. Certains ont dit à @Amnesty4Manning que leurs appels sont restés sans réponse ou sont directement arrivés sur une messagerie vocale.

Ce qui suit est le récit d’un supporter de Manning qui a téléphoné aux branches américaines de Human Rights Watch:

« J’ai appelé plusieurs des bureaux de Human Rights Watch, hier, pour exprimer mon soutien de Bradley Manning et demander pourquoi HRW n’avait pas reconnu Manning comme prisonnier de conscience. Le bureau de New York a été particulièrement malhonnête les deux fois où j’ai appelé. La première fois que j’ai appelé, on m’a dit que le site de HRW a déjà abordé cette question, et qu’ils ont reçu « déjà plusieurs appels à ce sujet aujourd’hui ». L’associé de HRW m’a alors dit qu’il me serait plus utile de diriger ce type de demande à l’ACLU [Americain Civil Liberties Union]. Je lui ai répondu que, indépendamment de la position de l’ACLU au sujet de Manning, HRW avait l’obligation de prendre des mesures et de dire son soutien à Manning. Il n’a pas fallu beaucoup plus de temps avant que l’associé me réponde qu’il allait me transférer vers quelqu’un qui serait mieux capable de m’aider. J’ai ensuite été transféré vers un numéro qui a sonné pendant environ cinq minutes avant que je raccroche.

J’ai attendu environ une heure avant de rappeler le bureau de New York. Cette fois, j’étais un peu mieux préparé pour le détour par l’ACLU. Une femme a répondu au téléphone cette fois, et il est bien évident que je n’étais pas la première personne à qui elle avait parlé de Manning. Elle était nerveuse, et a rapidement pris la route de l’ACLU.

« Est-ce que Human Rights Watch a une affiliation quelconque avec l’ACLU? » demandai-je.

« Non. »

« Mais votre organisation dirige directement vers eux les appels du plaidoyer de toute manière? Que fait d’autre HRW pour les êtres humains qui ont besoin d’amnistie? »

« Je vais devoir vous mettre en attente. »

Quelques minutes plus tard, la belle dame est revenue en ligne et m’a dit qu’elle allait me transférer vers quelqu’un qui pourrait m’aider, car elle « ne pouvait pas me garder sur la même ligne avec elle ».

Après plusieurs minutes d’attente, une voix différente est venue au téléphone et a demandé comment elle pouvait m’aider. Je lui ai expliqué pourquoi la femme précédente avec qui je parlais m’a transféré vers elle. Elle m’a alors dit qu’elle était juste une secrétaire à la réception. Je l’ai entretenu pendant plusieurs minutes, juste pour m’assurer qu’elle connaissait les faits autour de l’affaire Manning. J’ai été poli, mais persistant. Je l’ai finalement remercié pour son temps accordé, et j’ai sollicité auprès d’elle, en tant que citoyen américain, de pouvoir parler à une personne de son organisation au sujet de Manning.

L’appel le plus troublant que j’ai fait a été de loin delui du bureau de Los Angeles de Human Rights Watch. Après que j’ai dit à l’associé qui a répondu au téléphone la raison de mon appel, j’ai reçu une réponse imprévue.

« Qui est-ce? »

« Bradley Manning. »

« Oui, qui est Bradley Manning? »

J’étais abasourdi. J’ai regardé mon téléphone pour m’assurer que j’avais composé le bon numéro.

« Est-ce que c’est Human Rights Watch? », ai-je demandé.

« Oui. »

« Et vous ne savez pas qui est Bradley Manning? »

« Non. Qui est-ce? »

Je devais rester calme. Ce que je voulais vraiment, c’était de dire à cette femme que les gens comme elle sont la vraie raison pour laquelle notre gouvernement s’en tire avec ce genre de choses, et qu’il n’y a rien de réel sur les femmes au foyer ou quoi que ce soit d’autre de l’enfer avec lequel elle remplit sa tête, quand elle devrait prêter attention aux droits du 1er amendement qui sont volés. Je voulais lui dire que sa compagnie me fait chier, et qu’elle me fait chier de ne pas avoir la moindre idée d’une chose si importante directement liée à sa profession. Cependant, blâmer cette femme pour son ignorance ne ferait rien pour le héros que je voulais aider. Alors, j’ai répondu rapidement et calmement.

« C’est un patriote, m’dame. Un vrai héros qui a exposé les crimes de guerre au monde, et maintenant le gouvernement US va l’enfermer pour le reste de sa vie. Les organisations comme la vôtre sont censées venir à son secours, mais il est désormais clair pour moi que HRW n’a même pas mentionné cette affaire à ses employés. »

Elle a poursuivi en expliquant que le bureau de Los Angeles était « juste un bureau de collecte de fonds », et n’avait aucune implication dans le choix des causes à plaider. Encore une fois, j’ai pris une profonde inspiration, puis j’ai expliqué lentement à la femme que nous, en tant que citoyens américains, nous devons défendre toutes les vies innocentes qui ont été perdues en exprimant notre soutien à Pfc. Bradley Manning. Après plusieurs minutes de harangue contrôlée, j’ai conclu ma conversation avec la femme en la remerciant de son temps, et en l’encourageant à parler avec quelqu’un de HRW à ce sujet.

Bien que tout cela me rende furieux, je ne suis pas surpris. Je suis en fait encore plus porté par cette expérience que tout le reste. Nous devons continuer à appeler ces organisations, et nous avons besoin d’ÊTRE GENTILS AVEC EUX quand nous remplissons notre objectif. J’ai travaillé dans un centre d’appels avant. C’était un centre d’appels pour une entreprise qui faisait des choses que je n’approuvais pas moralement. Cela étant dit, si je savais que le client avait été traité de manière injuste, mais que ce client m’avait traité comme un idiot, ce client aurait eu un moment beaucoup plus difficile à passer pour obtenir réparation. D’un autre côté, si le client était poli et qu’il avait compris le fait que j’étais juste un gars en plus en bas du totem qui se faisait défoncer par la même société, je faisais tout ce qu’il fallait pour cette personne à part entière. Avec un peu de chance, je peux parler à une personne avec le même esprit quand j’inonde ces organisations avec des appels.

« Oui, qui est Bradley Manning? » Il est difficile d’imaginer que la deuxième plus grande organisation des Droits de l’homme dirigerait ses membres à contacter l’ACLU, quand elle est interrogée sur le soutien à Manning. L’ACLU est une organisation avec laquelle ils affirment n’avoir aucune affiliation. Une recherche rapide sur leur site web affichera un résultat. Human Rights Watch a publié un article sur Pfc. Bradley Manning pendant les trois ans où il a été placé en détention. Un seul. Il a été écrit en mars 2011.

Source: http://amnesty4manning.wordpress.com/2013/06/07/hrw-who-is-bradley-manning/

« Si vous étiez témoins de crimes de guerre, qu’auriez-vous fait? »


« Je suis Bradley Manning »,
parce que je crois que le public mérite la vérité et que les lanceurs d’alerte méritent des procès équitables – 1106 jours de détention injuste, c’est assez! Abandonnez la charge d' »aide à l’ennemi »

Au milieu du secret de la salle d’audience, le lanceur d’alerte et nominé pour le Prix Nobel de la Paix, Bradley Manning, est jugé après trois ans de détention.

Les informations que Bradley Manning a transmis au public ont été un catalyseur pour les mouvements pro-démocratie dans le monde arabe, elles ont exposé la détention injuste de personnes innocentes à Guantanamo Bay, nous ont montré le vrai coût humain de nos guerres en Irak et en Afghanistan, et ont changé le journalisme pour toujours.

Il n’y a aucune preuve que quelqu’un soit mort à la suite de l’information qui a été publiée, mais Bradley fait face à la prison à vie ou peut-être la mort. La plus grande accusation contre lui est celle d’avoir « aidé l’ennemi », un crime capital. En tant que public ayant bénéficié de cette information, est-ce que cela fait de nous des ennemis? Quel prix vont payer les futurs lanceurs d’alerte?

Tweetez vos messages et envoyez vos photos sur le site: http://iam.bradleymanning.org/

Traduit de l’anglais depuis le site http://iam.bradleymanning.org/

Faire un don à la Freedom of the Press Foundation pour la transcription du procès de Bradley Manning: https://pressfreedomfoundation.org/

A écouter: Chris Hedges interviewe Julian Assange

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Posté le 5 mai 2013

Dans ces extraits audio de leur longue conversation à l’ambassade d’Equateur, Chris Hedges interroge Julian Assange au sujet de la stratégie juridique et les pensées du fondateur de WikiLeaks sur le Pfc. Bradley Manning.

Pour en savoir plus, y compris le commentaire approfondi de Hedges sur leur conversation, une chronologie interactive, des ressources et une illustration originale de M. Fish, visitez ce lien relatif.

Edition audio par Brittany Knotts. Transcription par Lucy Berbeo.

Interview, partie 1 (télécharger l’audio 1): Chris Hedges parle avec Julian Assange des stratégies légales de ses opposants.

Chris Hedges: Alors, qu’est-ce que vous, quand vous regardez tout ce genre de, vous savez, tout ce mouvement, que pensez-vous qu’ils essaient de faire? Comment veulent-ils essayer de vous faire sortir d’ici?

Julian Assange: Je pense que c’est un vrai désordre. Je ne pense pas qu’ils ont — il y a tellement de parties différentes avec des intérêts différents. C’est un vrai désordre. Le Royaume-Uni veut s’en dégager, mais il ne veut pas perdre son prestige par rapport à l’Equateur. La situation en Suède devient si difficile maintenant que… La Suède ne sera jamais contre les Etats-Unis. Aucun pays — ni le Royaume-Uni, ni la Suède, ne seront jamais contre les Etats-Unis. Mais dans ce cadre, la situation est si difficile maintenant en Suède —

CH: Que voulez-vous dire par si difficile?

JA: Politiquement, c’est — le chef de la Cour Suprême suédoise est sorti et a dit que l’affaire est un vrai désordre.

CH: Avez-vous eu aucun élément indiquant que les Américains ont essayé de manipuler l’affaire en Suède?

JA: Ils n’en ont pas besoin. … Nous avons quelques éléments. Le [L’] ambassadeur US d’alors, Louis Susman, a dit au début de 2011 qu’ils attendent l’après-affaire suédoise. The Independent [le journal] —

CH: Qu’ils attendent quoi?

JA: Quel est l’intérêt des Etats-Unis dans cette affaire? Il s’agit de mon extradition. Il ne l’a pas dit, mais c’est le contexte évident.

Assistante d’Assange: L’ambassadeur US du Royaume-Uni a donc dit, en début de —

JA: 2011

Assistante d’Assange: … début 2011, que les Etats-Unis attendaient de voir ce qui arrive avec l’affaire en Suède.

Michael Ratner, avocat d’Assange: Ils ne feraient pas les procédures en même temps, car alors il y aurait deux extraditions en concurrence — et alors, ils attendront jusqu’à —

CH: Oh, je vois. OK, je comprends.

JA: Sinon, il y en aurait eu un en attente, et l’autre serait venu, et alors le ministre de l’intérieur aurait eu comme sort de prendre une décision, une décision de cour révisable, une décision politiquement révisable, pour échanger le précédent avec ceux-ci.

MR: Donc ce qu’ils feraient, s’ils devaient le faire effectivement, si Julian avait gagné le recours contre l’extradition, ils seraient probablement à ce moment en train de déposer une demande d’extradition à la cour britannique.

JA: Oui, ou les droits à… si je vais en Suède. C’est donc ce qu’a dit l’ambassadeur, et également ce qu’a dit le correspondant diplomatique de The Independent à la fin de 2010, qu’il y avait déjà des discussions informelles entre la Suède et les Etats-Unis.

Assistante d’Assange: Le jour après, le jour après où tu es allé en prison.

JA: Oui.

CH: Des discussions informelles entre la Suède et les Etats-Unis. Donc vous — vous extrader en Suède et ensuite —

JA: Et les détails étaient que, je pense que dans cela il a dit que ce serait au terme, que ce serait à la fin de l’affaire suédoise. Et alors aux Etats-Unis, où je pense que l’équation politique est la plus intéressante. Vous avez des procureurs dans l’affaire [Pfc. Bradley] Manning qui sont clairement en train de se préparer pour un musical de Broadway long de 12 semaines, où ils ont leur diva étoile, qui est le mec de la Navy SEAL, et ils vont le faire chanter. Et c’est une si grosse machine — 141 témoins qu’ils ont énumérés pour la poursuite judiciaire. Et l’enquête du grand jury a été une si grosse entreprise; je veux dire, tellement de gens, tellement d’enregistrements, toutes sortes d’affaires devant les tribunaux à ce sujet; des choses n’ayant pas de rapport avec cela. L’EPIC [Electronic Privacy Information Center, ou Centre d’Information de la Vie Privée Electronique] a une affaire judiciaire en relation avec le FOI [Freedom of Information, ou Liberté de l’Information], ce qui est une information très intéressante, d’ailleurs, sur –

MR: Vous connaissez tout sur l’EPIC?

CH: Non.

JA: C’est une ONG située à Washington, l’Electronic Privacy Information Center [Centre d’Information de la Vie Privée Electronique]. Une sorte d’ACLU [American Civil Liberties Union] pour la vie privée. Et alors ils ont demandé tous les dossiers du FBI et du DOJ [Department Of Justice] concernant les listes des supporters de WikiLeaks. Ils font une attaque sous le principe des droits associatifs… Il y a eu une interférence, une potentielle interférence avec les droits associatifs. Mais de toute manière, dans le litige de cette affaire, la façon dont le FBI et le DOJ [Department Of Justice, Ministère de la Justice] défendent la chose, nous avons ces catégories de documents, et nous comptons le nombre de documents dans chaque classe, et ils forment des sortes de sections, comme la section du Ministère de la Justice qui a à voir avec l’extradition — c’est un point intéressant. Quoi qu’il en soit, vous pouvez voir qu’il y a vraiment une très grosse machine. Il y a, vous le savez, plus d’une douzaine de départements américains fortement impliqués. Mais cette machine est maintenant très difficile à arrêter, dans la mesure où il y a déjà des budgets prédéfinis. Par exemple, il y a eu un appel d’offres lancé par le Ministère de la Justice il y a environ un an pour un système informatique de gestion de l’affaire WikiLeaks. L’appel d’offres était de 1 à 2 millions de dollars pour ce système informatique, juste pour regarder les documents. Il y a toutes sortes d’intérêts professionnels de la part des procureurs, du FBI, et cetera, en gardant cette grosse affaire en marche. Ils veulent, vous savez, marquer des points. Maintenant, au niveau des avocats supérieurs, euh Eric Holder. En fait… en descendant juste d’un degré, Neil MacBride.

MR: Vous savez qui c’est?

JA: Le DA [Deputy Attorney, ou Procureur Adjoint] du Massachussets est devenu —

MR: Non, non. Neil MacBride, juste pour que vous le sachiez, c’est le procureur, le procureur américain pour le District Est de Virginie. … C’est un procureur fédéral américain.

JA: C’est celui qui est responsable des poursuites en matière de sécurité nationale et, en particulier, de la plupart des poursuites extraterritoriales des Etats-Unis. Il y avait un article hagiographique paru dans le Washington Post à son sujet, il y a peut-être quatre mois; cela vaut vraiment la peine de le lire pour comprendre l’aspect géopolitique de la partie juridique de l’affaire, que je n’avais en quelque sorte pas réalisé avant, mais il y a une sorte de combat juridique asymétrique qui se déroule au niveau de la loi américaine, pour appliquer le droit américain à autant de juridictions que possible. Et si vous avez le contrôle sur l’utilisation de la force dans une juridiction étrangère, cette juridiction fait partie par définition de votre Etat. Donc, il est impliqué dans ce projet d’amener le plus grand nombre possible d’Etats sous la loi américaine et de les remettre en route. Cet article dit qu’il y a quelque chose comme 60 territoires où ils arrêtent les gens et où ils les poursuivent à Alexandria, en Virginie. Il est également chargé de l’affaire Kim Dotcom.

JA: Il y a donc la question de savoir s’il existe déjà un acte d’accusation secret. S’il y a un acte d’accusation secret, nous le croyons à cause des nombreuses preuves à travers les fuites, mais surtout à cause du comportement du Ministère de la Justice et de Neil MacBride, et à travers les questions, qu’il existe un acte d’accusation secret.

CH: Qu’est-ce que cela veut dire, un acte d’accusation secret? En termes de, par exemple —

MR: S’il y a une mise en accusation et qu’ils ne donnent pas d’avis public à ce sujet —

CH: Pourquoi ne le feraient-ils pas?

MR: Eh bien, parce que dans ce cas, la personne est —

JA: C’est normal.

MR: Oui, c’est normal, si la personne est en dehors du pays —

JA: La personne n’a pas encore été arrêtée.

MR: Ils ne veulent pas télégraphier à cette personne, « vous avez été mis en examen. »

JA: Si la personne n’a pas encore été arrêtée, c’est normal. L’acte d’accusation est secret. Et aussi, du point de vue de la loi, c’est une infraction pénale pour tout responsable américain au courant de l’acte d’accusation secret de parler à toute personne, même à un autre responsable américain, de l’existence de l’acte d’accusation secret, sauf dans le cadre de l’exécution d’un mandat.

CH: Et pouvez-vous me dire s’il y a eu des indications publiques qui semblent faire allusion à l’existence d’un acte d’accusation secret?

JA: En vertu de leur propre procédure, si vous demandez « Êtes-vous un sujet, cible ou témoin d’une enquête du grand jury? », ils sont supposés vous le dire. Mais ils refusent de le faire.

MR: Vous ne pouvez pas aller au tribunal pour ça, mais leurs lignes de conduite disent —

JA: Leurs lignes de conduite disent —

CH: Si vous demandez donc est-ce que vous êtes un sujet, cible ou témoin du grand jury, ils devraient vous le dire.

JA: Ils sont supposés le faire. Les lignes de conduite, les principes de conduite des poursuites judiciaires sont qu’ils devraient vous le dire. Et ils refusent totalement de s’engager sur cette question.

CH: Vous leur avez posé la question?

JA: Oui, nous avons posé la question. Ils refusent de s’engager.

CH: Oh, c’est intéressant.

JA: Mais quand vous dites, « Avec qui devrions-nous parler à ce sujet? », ils disent « ce gars-là, ce gars-là » — vous savez, il y a un « gars » qui est chargé de répondre à cette question, mais il refuse de s’en mêler. Pourquoi? Eh bien, l’explication la plus simple est qu’il serait en violation de cette loi qui dit que vous ne le pouvez pas.

CH: Avez-vous une idée du moment où cet acte d’accusation secret a pu tomber?

JA: Il y a une fuite de Stratfor, qui était un mail interne de Stratfor, qui dit « merci de ne pas publier … il y a un acte d’accusation secret contre Assange. »

CH: Ah oui, je m’en souviens.

JA: Le vice-président.

CH: Je me souviens que —

JA: Il travaillait pour le Service de la Sécurité Diplomatique [des Etats-Unis], donc il a effectivement eu… d’autre part, c’est un gars qui est un peu rapide et imprécis avec les enregistrements, donc. …

CH: Avez-vous une idée du moment où cela est arrivé?

JA: Eh bien, si… cet email datait de 2011, début 2011. Quelqu’un a dit que, peut-être, ils avaient fait un acte d’accusation et qu’ils étaient tous prêts, parce que si je gagnais l’affaire ici, l’affaire d’extradition, alors ils avaient besoin d’agir rapidement. Ou bien il est possible qu’il s’agissait d’un projet de mise en accusation. Ils… ils ont toujours un projet de mise en accusation prêt à sortir au cas où ils en aient besoin. Alors peut-être que le projet de mise en accusation était toujours prêt à sortir et ils ne l’ont pas déposé avant la date prévue pour plus tard. Mais ce qui est très suspect, c’est que bien sûr, ils ont dit publiquement « l’enquête est en cours », mais ils refusent de suivre leur procédure et de confirmer mon statut, ce qui serait naturel s’il y avait un acte d’accusation secret.

Interview, partie 2 (télécharger l’audio 2): Julian Assange fait part de ses réflexions sur l’affaire Bradley Manning

Chris Hedges: Y a-t-il quelque chose qui vous a frappé, vous a surpris, dans la déclaration de Bradley Manning?

Julian Assange: Tout. [rires]

CH: Oh, vraiment? OK.

JA: Cela doit être ma réponse.

CH: Nous étions là-bas, et c’était très émouvant. Oh mon dieu, c’était tellement émouvant. Ca vous brisait le coeur. C’était vraiment —

Michael Ratner, avocat d’Assange: Incroyable.

CH: Oui, ça l’était vraiment. Et il était si posé.

MR: Oh, c’était remarquable!

CH: C’était vraiment remarquable, articulé.

JA: Je pensais que les médias traditionnels… ce que j’appelle — j’utilise différentes expressions pour cette bête. Je pense que cette semaine, je suis dans les « vieux médias ». La façon dont les vieux médias ont dressé son portrait consistait à lui enlever toutes les qualités héroïques. Et une qualité héroïque consiste à décider de faire quelque chose, contrairement à ce qui est une expression inconsciente et irraisonnée de la folie ou de la frustration sexuelle, ou quoi que ce soit d’autre. Personne ne peut vous suivre — vous ne pouvez pas suivre les pas de quelqu’un, à moins que la personne que vous suivez ait fait des choix, et vous pourriez peut-être —si elles [ces personnes] ont fait des choix et si elles ont accompli certaines choses, alors vous pourriez être en mesure également de choisir de faire la même chose. Mais si vous avez fait des choses parce que vous étiez un homosexuel fou, et personne ne peut choisir d’être un homosexuel fou. Alors, ils l’ont dépouillé — ils ont voulu le dépouiller de tout son raffinement.

CH: Vous savez, je sais très bien —

JA: Vous pourriez dire, regardez, c’est un événement rare. Pourquoi un événement rare se produit? Eh bien, que savons-nous? La plupart des gens ne sont pas capables de faire ça. Disons que peu importe qui était cette personne, si l’idée est que c’est Bradley Manning, alors que savons-nous au sujet de Bradley Manning? Nous savons qu’il a remporté trois prix scientifiques, autrement dit nous savons que ce mec est brillant. Nous savons qu’il était intéressé par la politique très jeune, et il était éloquent et franc, et il n’aimait pas le mensonge. Et nous savons qu’il était préoccupé par l’état du monde. Et nous savons qu’il était doué dans son travail d’analyste du renseignement. Et ces choses suggèrent que si vous allez dire, quoi, soyez prudent, que la combinaison des capacités et des motivations qui pourraient causer une action, alors voici les talents et les vertus qui pourraient perceptiblement donner lieu au phénomène. Mais au lieu de cela, les gens vont… ils regardent tout le, vous savez, ils disent: « Oh, c’est un homosexuel, c’est la réponse. » Dix pour cent, 10 pour cent de l’armée américaine sont des homosexuels; au moins 50 pour cent sont de familles brisées. OK? Vous prenez ces deux facteurs ensemble, ce qui vous ramène à 5 pour cent, on va dire; un pouvoir très instructif, il y a 5 millions de personnes avec des habilitations actives de sécurité, donc cela vous ramène à combien, 25? Non, cela vous ramène à 250 000 personnes. Vous devez maintenant descendre de 250 000 à un seul.

CH: Eh bien, disons que la manière la plus simple de survivre dans les médias, c’est d’adopter le stéréotype dominant et de courir avec, et si vous contestez le stéréotype — je parle juste comme quelqu’un qui a été à l’intérieur de cette organisation — vous, en tant que journaliste, vous allez prendre beaucoup de merde de vos éditeurs, mais surtout celle des autres journalistes qui colportent cette merde. Et ainsi c’est devenu, ils ont très habilement créé une sorte de fausse personnalité, complètement fausse, évidemment.

JA: C’est cette Côte Est — je pense que tout comme Freud est entré dans la Côte Est [rires] des Etats-Unis, ensuite ils ont commencé à travailler avec les fils et les filles des gens riches qui étaient perturbés. Et ensuite c’est devenu une icône de prestige d’avoir un psychiatre. Je veux dire, combien c’est absurde, combien c’est absurde que pour être une personne ayant correctement réussi, sur la Côte Est des Etats-Unis, en tant que femme, vous devez avoir un psychiatre, et en tant qu’homme, vous devez avoir un avocat?

Source: http://www.truthdig.com/avbooth/item/listen_chris_hedges_interviews_julian_assange_20130505/

« Le Confident Privé de Manning », par Bill Keller (New York Times)

Bill Keller, Le Confident privé de Manning

Par Bill Keller, 10 mars 2013

Au début de 2010, le PFC. Bradley Manning a méthodiquement envoyé un filon numérique principal de documents classifiés, militaires et diplomatiques américains aux insurgés Internet de WikiLeaks. Comme chacun le sait, WikiLeaks a rendu ces archives secrètes disponibles à quelques publications majeures de l’actualité, dont celle-ci. Beaucoup d’histoires troubles et éclairantes ont été publiées, et Washington a depuis grincé des dents.

Le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, d’aussi loin que nous pouvons le savoir, est toujours réfugié à l’ambassade d’Equateur à Londres, effrayé qu’il puisse être extradé pour son rôle dans cette hémorragie de secrets, bien que les seules allégations en suspens contre lui n’impliquent que des allégations de crimes sexuels en Suède. Pendant ce temps, Manning, un geek de faible intelligence, âgé de 25 ans, est en audiences préliminaires à Fort Meade, dans le Maryland. Il a plaidé coupable pour des crimes pouvant conduire jusqu’à 20 ans d’emprisonnement, et le gouvernement mise sur des accusations supplémentaires, incluant l’Article 104 du code militaire, « l’aide à l’ennemi », ce qui pourrait le mener à perpétuité sans libération conditionnelle.

Dans sa déclaration devant le tribunal militaire, Manning a dit qu’avant de tomber dans les guérillas anti-secrets chez WikiLeaks, il a essayé de livrer son trésor de documents dérobés au Washington Post et au New York Times. Au Post [Washington Post], il a été découragé par une journaliste qui lui a dit qu’avant de pouvoir s’engager dans quoi que ce soit, elle devait d’abord obtenir la décision d’un rédacteur en chef senior. Au Times [New York Times], Manning dit avoir laissé un message sur la boîte vocale, mais il n’a jamais été rappelé. C’est surprenant pour moi de voir qu’un expert doué en technologie, capable de gérer l’une des fuites les plus monumentales qui aient existé, n’ait pas réussi à résoudre comment envoyer un e-mail ou un message téléphonique au Times, un exploit réussi par des dizaines de lecteurs chaque jour.

Mais qu’en serait-il s’il l’avait fait? Qu’en serait-il s’il avait réussi à livrer ses documents dérobés au Times? Qu’est-ce qui aurait changé pour Manning et pour le reste d’entre nous?

Tout d’abord, je peux dire avec une certaine assurance que le Times aurait fait exactement ce qu’il a fait avec l’archive, quand celle-ci a été fournie par l’intermédiaire de WikiLeaks: affecter des journalistes à la recherche de matériel d’intérêt public véritable, prendre soin d’omettre les informations qui auraient pu faire tuer les troupes sur le terrain ou des informateurs innocents, et publier nos rapports avec grand geste. Les documents auraient fait l’actualité — la une de l’actualité.

Mais un peu moins que ça, en quelque sorte. Alors qu’en réalité le Times et le public ont bénéficié d’un partenariat collégial avec le Guardian de Londres et d’autres journaux qui ont pris part à la fête de WikiLeaks, je suis quasiment sûr que si nous avions été le seul destinataire, nous n’aurions pas partagé le cadeau de Manning avec d’autres organismes d’actualités. C’est en partie pour des raisons de concurrence, mais aussi parce que le partage d’un trésor de renseignement brut, en particulier avec des médias étrangers, aurait augmenté le risque juridique pour le New York Times et pour notre source. Ainsi, notre exclusivité aurait été un joli coup pour le Times, mais quelque chose aurait été perdu. En partageant les données de manière très large — y compris avec toute une gamme de médias locaux qui ont exploité le matériau sur des histoires qui avaient peu d’intérêt pour une opération globale d’informations — WikiLeaks a obtenu une répercussion kilométrique beaucoup plus grande de ses câbles secrets que nous ne l’aurions fait.

Si Manning était entré en contact avec le Times, nous nous serions retrouvés dans une relation, face à un jeune soldat de l’armée, inquiet, nerveux et en colère, qui n’offrait pas tellement de documentation sur les délits d’un gouvernement particulier, comme étant une chance de pouvoir pêcher dans une mer de secrets. N’ayant jamais rencontré Manning (il était en détention au moment où nous avons reçu les documents de WikiLeaks), je peux seulement deviner à quoi aurait pu ressembler cette relation. Compliquée. Probablement tendue. Nous aurions, bien sûr, respecté tout accord pour protéger son identité, même si Manning n’était pas si bon pour couvrir ses propres pistes. (Il a déversé l’histoire de sa fuite dans de longues conversations de messagerie instantanée, avec un ex-hacker qui l’a dénoncé.) Après qu’il ait été arrêté, nous aurions sûrement écrit un éditorial contre la brutalité de sa détention à l’isolement — comme le Times l’a déjà fait — et peut-être aurions-nous protesté contre l’excès inquiétant de l’accusation d’« aide à l’ennemi ». (Si la fuite de Manning a apporté un point de réconfort à l’ennemi, alors il en est de même pour toute histoire d’actualité sur les coupes dans les budgets de la défense, l’opposition aux attaques de drones, ou les revers en Afghanistan.) Au-delà de ça, nous nous serions assurés que Manning savait dès le départ qu’il était seul, comme nous l’avons fait pour le dernier lanceur de fuites de cette ampleur, Daniel Ellsberg, rendu célèbre avec les Pentagon Papers.

« Quand le gouvernement a décidé de poursuivre Ellsberg, nous ne nous sommes pas sentis obligés de l’assister », a rappelé l’autre jour Max Frankel, qui était à l’époque chef de bureau au Times à Washington. « Il était en train de commettre un acte de désobéissance civile et il savait sans doute que cela demandait d’accepter la punition. Nous étions heureux intérieurement de voir que les poursuites ont échoué en voulant aller trop loin, mais nous ne nous considérions en aucune manière comme son partenaire. »

La chose la plus importante qui n’aurait pas été trop différente si le Times avait été son journal, aurait été la responsabilité civile de Manning. La loi prévoit la protection du Premier Amendement pour une presse libre, mais pas pour ceux qui ont prêté serment à protéger les secrets des gouvernements. Cette administration a une intolérance particulière qui donne le frisson à l’égard des lanceurs de fuites — et les empreintes digitales les rendent plus faciles à attraper de nos jours — mais je ne peux pas imaginer qu’une autre administration aurait hésité à poursuivre Manning.

Mais si Manning avait été notre source directe, les conséquences auraient pu être légèrement atténuées. Bien que, du point de vue du droit, je sois certain que WikiLeaks et le New York Times sont protégés de manière égale par le Premier Amendement, il est possible que le jugement du tribunal envers le lanceur de fuites ait une couleur qui prenne compte du fait qu’il a livré les données à un groupe d’anciens hackers avec une sensibilité de hors-la-loi et une antipathie à l’égard des intérêts américains. Est-ce que cela va coûter à Manning au moment de la sentence? Je me le demande. Et cela pourrait expliquer l’accumulation de charges maximum. Pendant le pré-procès, la juge, Col. Denise Lind, a demandé si les poursuites se seraient appuyées sur les mêmes accusations, si Manning avait transmis les documents au Times. « Oui, M’dame », fut la réponse. Peut-être en aurait-il été ainsi. Mais je soupçonne le fait de Manning d’avoir choisi l’anti-système WikiLeaks en tant que collaborateur, comme ce qui a rendu le gouvernement encore plus avide à vouloir ajouter cette accusation douteuse d’« aide à l’ennemi ».

Si Manning avait livré son matériel au Times, WikiLeaks n’aurait pas été en mesure de publier les câbles inédits, comme il l’a fait au final, sans se soucier du risque pour les défenseurs des droits de l’homme, les dissidents et les informateurs qui y sont nommés. En fait, vous n’auriez peut-être pas entendu parler de WikiLeaks. Le groupe avait eu d’autres scoops médiocres, mais Manning les a rendus célèbres.

Et, en fin de compte, s’il avait traité avec le Times, nous aurions peut-être mieux compris Bradley Manning. Adulé par WikiLeaks et sa base de fans comme un lanceur d’alerte et un martyr, considéré comme un traître infâme par ses procureurs, il est devenu un duel de caricatures. Jusqu’aux procédures de la cour, la seule fenêtre donnant à voir la psyché de Manning était la transcription volumineuse de ses discussions en ligne avec l’ex-hacker Adrian Lamo, publiées par le magazine Wired. Cela dresse le portrait d’un jeune homme, selon ses propres mots, « émotionnellement fracturé » — un homme gay dans une institution où les gays ne sont pas les bienvenus, un homme fragile, solitaire, un peu satisfait de sa propre intelligence, un peu vague au sujet de ses motivations. Ses opinions politiques apparaissent comme inachevées. Quand on lui a posé la question, il avait des difficultés à se rappeler aucun des délits spécifiques qui devaient être exposés. Son motif était la « diplomatie ouverte », ou bien — peut-être, juste pour plaisanter — « l’anarchie mondiale ».

A Fort Meade, Manning a livré une explication plus cohérente de ce qui l’a motivé. Consterné par les dommages humains collatéraux du contreterrorisme et de la contre-insurrection, dit-il, il avait l’intention de « documenter le vrai coût des guerres en Irak et en Afghanistan. » Intrigué en lisant les câbles du Département d’Etat, il a senti le besoin de laisser entrer les contribuables dans « les négociations d’arrière-porte et de toute évidence l’activité criminelle » qui sont la face sombre de la diplomatie. Est-ce que ce sens de la mission était là depuis le début, ou est-ce que cela a été déterminé par la suite par les attentes des partisans de Free Bradley Manning? La réponse ne ferait probablement pas de différence pour la cour. Mais il se peut que cela aide à définir le verdict de l’histoire.

Source: http://www.nytimes.com/2013/03/11/opinion/keller-private-mannings-confidant.html?smid=tw-share

Voir le Tweet de Bill Keller

Amnesty International ne va pas compter Bradley Manning comme prisonnier politique

Jeff Mitchell New Zealand

Cet après-midi, WikiLeaks a accusé Amnesty International et Human Rights Watch d’être lâches et peu crédibles. Je suis d’accord. Voici le tweet de WikiLeaks:

Wikileaks "Both Amnesty and HRW refuse..."

« Amnesty International et Human Rights Watch refusent tous deux de nommer Bradley Manning comme étant un prisonnier politique. Ces organisations sont lâches et manquent de crédibilité. »

Ils ne nommeront pas Bradley Manning comme étant un prisonnier politique, mais ils soutiennent les Pussy Riot – évidemment – car Amnesty est toujours de mèche avec les intérêts politiques et économiques américains/britanniques. Amnesty International est prête à charger la ligne de propagande médiatique en critiquant Poutine, mais ils n’oseront pas critiquer Obama, oh non, il est le gentil homme noir qui va fermer la prison de Guantanamo Bay, c’est bien ça? Il y a un sarcasme évident ici, mes amis.

Source: http://jeff-mitchell-new-zealand.blogspot.fr/2013/03/amnesty-international-wont-list-bradley.html

Arrêt sur Images : Le témoignage de Manning devant la justice

Bradley-Manning

Wikileaks: Le témoignage de Manning devant la justice

La Freedom of the Press Foundation (fondation pour la liberté de la presse) diffuse l’enregistrement du témoignage, devant un tribunal militaire, du soldat Bradley Manning accusé d’avoir transmis des centaines de milliers de documents confidentiels à Wikileaks. L’occasion de découvrir les motivations de l’auteur d’une des plus importantes fuites de documents officiels de l’histoire.

Bradley Manning (25 ans) spécialiste du renseignement militaire, basé en Irak, avant d’être arrêté, à Bagdad, le 26 mai 2010, a témoigné pendant une heure et demie devant un tribunal militaire de la base de Fort Meade le 28 février dernier. Des journalistes étaient présents dans la salle. Malgré l’interdiction de toute photo, vidéo ou enregistrement, un enregistrement audio de ses propos a pourtant été effectué et diffusé cette semaine par la Freedom of the Press Foundation sur son site.

Cette audition précède le procès qui n’a pas commencé. Manning passera devant une cour martiale à partir du 3 juin prochain pour une durée de 12 semaines. Le 28 février dernier, Manning a plaidé coupable pour une dizaine des vingt deux chefs d’inculpation, pour lesquels il risque vingt ans de prison. Outre cette vingtaine d’accusations, s’il est reconnu coupable d’avoir « aidé l’ennemi » au titre de l’article 104, ce qu’il ne reconnaît pas, il risque la prison à vie, sans possibilité de remise de peine.

Plusieurs observateurs estiment que le gouvernement américain a choisi la charge plus grave (collaboration avec l’ennemi) pour dissuader tous ceux qui seraient tentés d’utiliser, comme Manning, des appareils de stockage amovibles ou Internet pour recopier et diffuser des documents officiels.

Il existait déjà des retranscriptions écrites (non officielles) des propos de Manning, mais c’est la première fois que l’on entend sa voix, que l’on découvre ses propos dans leur formulation exacte et dans leur intégralité. Manning a lu devant le tribunal, son témoignage écrit (35 pages). Il justifie son action par la volonté de provoquer un débat aux USA sur « la politique étrangère américaine« . Il ajoute qu’il a été en contact avec quelqu’un qu’il pense être Julien Assange, le fondateur de Wikileaks, mais qu’il a agi de son propre chef, et qu’il n’a jamais reçu de directives de Wikileaks.

Cette dernière précision n’est pas un détail, car un grand jury fédéral (juridiction civile contrairement à celle de Fort Meade qui est militaire) enquête, par ailleurs, sur une éventuelle conspiration de Julien Assange et les autres membres de Wikileaks, avec Manning.

Pour le New York Times, lorsqu’il a témoigné à Fort Meade, Manning a donné une explication cohérente des motivations de sa démarche. Il était horrifié par les dégâts humains collatéraux de la lutte contre l’insurrection et le terrorisme, et voulait, dit-il, dévoiler « le vrai coût des guerres en Irak et en Afghanistan ».

Avant de transmettre à Wikileaks les documents auxquels il avait accès, Manning dit avoir essayé de contacter le Washington Post, le New York Times, et le quotidien Politico, spécialisé dans la vie politique de Washington.

Le point de vue de l’ex-rédacteur en chef du New York Times

Dans un point de vue publié dans le New York Times, Bill Keller, rédacteur en chef du journal de 2003 à 2011, évoque les tentatives de Manning pour contacter la presse.

« Au Washington Post, Manning a abandonné quand une journaliste reporter qui a indiqué qu’elle ne pouvait rien faire sans l’accord d’un de responsables de la rédaction. Au New York Times, Manning dit avoir laissé un message sur un répondeur, mais personne ne l’a jamais rappelé« .

Keller s’étonne : « Je suis stupéfait de voir qu’un spécialiste du renseignement high-tech, capable d’organiser une des plus grandes fuites de documents secrets de tous les temps, ne sache pas comment envoyer un e-mail ou laisser un message vers un rédacteur en chef ou reporter du New York Times, alors que d’innombrables lecteurs le font chaque jour« .

Que se serait-il passé s’il avait réussi ? s’interroge Keller. « Le New York times aurait fait ce qu’il a fait quand Wikileaks nous a transmis les documents. C’est à dire que le journal aurait désigné une équipe de journalistes pour y trouver ce qui a un intérêt pour le public et ne pas publier ce qui pourrait mettre des vies en danger (…) Ces documents auraient fait les gros titres, mais un peu moins que ce ne fut le cas ».

Keller explique que son journal n’aurait pas partagé les documents avec d’autres médias comme le Guardian à qui Wikileaks les a aussi confiés.

Le New York Times se serait en effet mis dans l’illégalité en partageant ce trésor d’informations militaires confidentielles avec un média « étranger« , comme le Guardian britannique. Wikileaks a réussi à faire plus de bruit, que nous n’aurions pu en faire considère Keller. De plus, il estime que les relations avec Manning, jeune, perturbé, tendu, auraient été délicates.

Par contre, Keller pense que si Manning avait donné les documents au New York Times, il serait dans une situation moins grave qu’après les avoir transmis à une organisation d’ex-hackers, qui affiche une antipathie ouverte face aux intérêts américains, ce qui a peut-être conduit le gouvernement à ajouter l’accusation de collaboration avec l’ennemi.

Keller glisse au passage que si Manning avait donné les documents au New York Times, Wikileaks n’aurait pas pu les diffuser de manière brute, sans même prendre le temps de masquer les noms et les détails identifiant les militants des droits de l’homme, les avocats, les dissidents et les informateurs des Américains comme ce fut, malheureusement, le cas avec Wikileaks. Un argument repris également par l’accusation de Manning qui évoque le fait que les documents ont fini entre les mains d’Al-Qaïda. Reste à l’accusation de prouver ce dernier point, ce qui ne sera pas facile.

Des journalistes se battent pour un accès libre à la procédure contre Manning

En attendant le procès de Manning en juin, un groupe de journalistes représentés par le Center for Constitutional Rights (CCR) a engagé une procédure devant la justice pour obtenir un accès normal à cette affaire.

Le CCR souligne que le juge a lu les conclusions du tribunal pendant deux heures à toute vitesse (180 mots/minute) empêchant les journalistes de prendre correctement des notes, alors qu’il est interdit d’enregistrer, et que contrairement à l’habitude, ces conclusions n’ont pas été rendues publiques sous forme écrite.

Le CCR ajoute que les rares documents de la procédure contre Manning qui ont été rendus publics contiennent systématiquement des passages censurés de manière ridicule, alors qu’ils font souvent référence à des informations publiques, non couvertes par le secret.

Source: http://www.arretsurimages.net/vite.php?id=15284

Télécharger l’audio de la déclaration de Bradley Manning: https://pressfreedomfoundation.org/blog/2013/03/fpf-publishes-leaked-audio-of-bradley-mannings-statement

Lire la déclaration de Bradley Manning devant la justice: http://www.alexaobrien.com/secondsight/wikileaks/bradley_manning/pfc_bradley_e_manning_providence_hearing_statement.html

Lire les documents du procès de Bradley Manning: https://www.rmda.army.mil/foia/FOIA_ReadingRoom/Detail.aspx?id=83

L’endroit de la première soumission de documents de Bradley Manning à WikiLeaks

Barnes & Noble, Maryland

Par Kevin Gosztola, vendredi 1er mars 2013, 15h10

Ce qui constitue probablement les séries de fuites les plus importantes sur la sécurité nationale dans l’histoire des Etats-Unis a commencé ici-même, à cet endroit qui est photographié ci-dessus.

La première soumission de documents du PFC. Bradley Manning consistait en ce qui est communément appelé les Journaux de la Guerre en Irak et Journaux de la Guerre en Afghanistan. Dans les dernières semaines de janvier 2010, pendant une permission de mi-retour, Manning a essayé de contacter le Washington Post et le New York Times. Quand il s’est vu incapable d’entrer en contact avec quelqu’un d’intéressé par les informations qu’il avait, ou quand il a réalisé qu’il était trop nerveux pour rencontrer quelqu’un au bureau du Post [Washington Post], il a décidé de soumettre les Journaux de guerre à WikiLeaks, via le système de soumission de documents de l’organisation.

Il vivait avec sa tante, Debra Van Alstyne, à Potomac, dans le Maryland, et il a voulu soumettre les documents avant de perdre l’accès à « une bonne et rapide connexion Internet à haut-débit ». Une tempête de neige avait mis fin à la connexion, et Manning a dû aller à proximité de Barnes & Noble, à environ 5 miles et demi [environ 8km], à Rockville, dans le Maryland. Là, il a utilisé Internet pour télécharger les journaux de guerre qui ont finalement été publiés le 25 juillet (Journaux de la Guerre en Irak) et le 22 octobre (Journaux de la Guerre en Afghanistan) de la même année.

Source: http://dissenter.firedoglake.com/2013/03/01/the-site-of-bradley-mannings-first-submission-to-wikileaks/