Etats-Unis/Israël: Les signes d’une politique commune, dès 2008, pour éliminer les figures-clés du régime syrien et de ses alliés

Syria.BasharAlAssad.02Photo: Affiche avec le portrait du président Assad, avec l’inscription « Que Dieu protège la Syrie » (2006).

Dans des révélations récentes de The Intercept, on apprend que la mort mystérieuse d’un général de Bachar al-Assad, en 2008, a été opérée par les services secrets israéliens, d’après des documents émanant de la NSA américaine. Mais cette mort et cet assassinat, replacés dans un contexte politique plus large, font voir d’autres choses importantes: le rapport conflictuel entre la Syrie et Israël, l’intérêt commun de certains pays (Etats-Unis, Arabie Saoudite, Qatar, Turquie) pour faire tomber le régime Assad, mais aussi les défaillances internes au régime syrien, les purges au sein des services secrets et la fissuration d’un système qui allait tomber irrémédiablement vers une guerre généralisée.

C’est cette fissuration de l’intérieur qui a conduit à la situation actuelle en Syrie et qui a facilité l’expansion de la guerre, du chaos et de la terreur — le tout favorisé par une alliance de l’Occident, de pays arabes et de l’Etat israélien contre le régime Assad. Ce sont encore aujourd’hui ces fissurations idéologiques qui empêchent la paix en Syrie et qui empêchent tous les groupes opposés idéologiquement de trouver un terrain d’entente pour revenir à une situation « normale » d’avant-guerre.

Le régime syrien, semblable à un mur en béton, a subi des pressions venant de toutes parts – de l’intérieur même des services secrets, des opposants au régime, et de l’extérieur, venant de pays occidentaux ou arabes opposés à Bachar al-Assad – et il n’a pas tenu face à la contestation civile qui allait l’emporter dans une chute totale. Le problème, c’est qu’en s’effondrant, le régime syrien est retombé par morceaux entiers sur une population sans défense et que ce qui a émergé de ces ruines, c’est l’Etat Islamique.

Les assassinats d’Imad Mughniyeh et de Mohammad Suleiman: Israël et la CIA

L’assassinat d’Imad Mughniyeh est évoqué dans un des documents Wikileaks, les Stratfor Files. Stratfor, une société privée du renseignement américain, fait un rapport sur la mort d’Imad Mughniyeh, présenté comme « un des piliers du Hezbollah », et mort dans une explosion de voiture le 12 février 2008. Le rapport de Stratfor (traduit ici en français), établi grâce à une source israélienne, attribue l’attentat contre Imad Mughniyeh aux services secrets israéliens, le Mossad. Le plus étonnant, c’est qu’Imad Mughniyeh, décrit comme « un partisan de la guerre clandestine et un théoricien de l’attentat à la voiture piégée » (Wikipedia) est lui-même mort assassiné dans un attentat, dans l’explosion de sa voiture — comme si le Mossad avait voulu lui jouer une revanche en choisissant son moyen de lutte privilégié pour le tuer.

Mais, dans un article du Washington Post, daté de janvier 2015, on apprend que le Mossad a été assisté de l’aide de la CIA américaine pour réaliser l’élimination d’Imad Mughniyeh, notamment en ce qui concerne la mise au point de la bombe:

Les États-Unis ont aidé à construire la bombe, a dit l’ancien fonctionnaire, et l’ont testé à plusieurs reprises dans un établissement de la CIA en Caroline du Nord pour s’assurer que la zone de l’explosion potentielle soit contenue et n’entraînerait pas de dommages collatéraux.

Ces éléments qui ont été révélés il y a quelques mois montrent qu’il y a bien eu une volonté commune entre les Etats-Unis et Israël pour éliminer certaines figures-clés liées au Hezbollah et au régime syrien, les deux étant soutenus par l’Iran. Cette politique d’élimination et d’assassinats qui a eu lieu en 2008, bien avant le début de la guerre civile en Syrie, montre la montée de la tension politique au Moyen-Orient: les tentatives de paix entre Israël et la Palestine échouent, l’Etat israélien sent monter la menace d’une agression à ses frontières et s’empresse dans la panique de faire assassiner toute une liste de personnalités jugées dangereuses pour la sécurité de l’Etat d’Israël. Imad Mughniyeh en faisait partie, tout comme le général syrien Mohammad Suleiman.

Il y a deux interprétations à cette série d’assassinats ciblés: soit ces assassinats ont été menés comme une alternative pour éviter la guerre, autrement dit comme un moyen de pression pour forcer le gouvernement syrien à ne plus soutenir le Hezbollah et à négocier avec Israël, soit ces assassinats ont été menés par Israël et les Etats-Unis comme une préparation à une guerre planifiée avec la Syrie dès 2008, dans le but d’affaiblir à l’avance le régime syrien en éliminant les chefs militaires et les soutiens proches de Bachar al-Assad, comme Imad Mughniyeh et Mohammad Suleiman.

D’autre part, ce qui montre le lien entre ces deux assassinats comme le reflet d’une politique commune entre les Etats-Unis et Israël, c’est l’intervalle de temps — 6 mois à peine — qui séparent la mort d’Imad Mughniyeh et celle de Mohammad Suleiman. Comme le souligne The Intercept dans son article sur la mort de Mohammad Suleiman, le général qui était une figure-clé du régime de Bachar al-Assad:

L’assassinat israélien de Suleiman est venu moins de six mois après qu’une équipe conjointe de la CIA et du Mossad a assassiné un haut membre du Hezbollah dans le coeur de Damas, selon plusieurs responsables actuels et anciens de l’armée et du renseignement américain. L’implication américaine et israélienne dans cette attaque, qui visait l’agent du Hezbollah Imad Mughniyeh, a été rapportée en tout premier et en détail par le Washington Post.

On peut donc fortement soupçonner que l’assassinat d’Imad Mughniyeh, le 12 février 2008, puis celui de Mohammad Suleiman, le 1er août 2008, faisaient tous deux parties d’une liste commune au Mossad israélien et à la CIA américaine pour contrer et affaiblir le régime syrien et ses alliés, même si le lien à la CIA pour Mohammad Suleiman n’est pas démontré.

Le régime Assad, un régime fissuré de l’intérieur

En 2008, des sources citées par des journalistes faisaient déjà le lien entre la mort de Mohammad Suleiman et celle d’Imad Mughniyeh (sans parler encore d’une responsabilité du Mossad ou de la CIA). Ces articles soulevaient plutôt la question d’une vengeance au sein des services secrets syriens, en effet:

Des membres internes du régime indiquent que le meurtre de Mughniyeh, qui a causé au leader syrien un sérieux embarras avec ses alliés iraniens et le Hezbollah, a déclenché une purge dans les rangs supérieurs des services de renseignement en Syrie. Certains spéculent que ces purges ont pu créé un motif de revanche pour le meurtre de [Mohammad] Suleiman.

Ces affaires concernant les services secrets ont pu affaiblir de l’intérieur le régime syrien et conduire, peut-être, à une forme de trahison et de contestation accrue contre le régime de Bachar al-Assad avant de mener à la guerre civile.

D’autre part, le régime syrien était fragile de l’intérieur, comme l’ont constaté les diplomates américain, dès 2006, dans un câble publié par Wikileaks (06DAMASCUS5399). Les Etats-Unis avaient conscience de ces failles dans le régime syrien. Le cercle du pouvoir de Bachar al-Assad est très restreint à ce moment: le pouvoir est détenu par un nombre très limité de personnes, un « cercle intérieur » qui est fragile et vulnérable, ce qui laisse penser que Bachar al-Assad pouvait être facile à renverser:

Les actions qui conduisent Bachar à perdre l’équilibre et augmenter son insécurité sont dans notre intérêt, parce que son inexpérience et le cercle de décision extrêmement petit du régime le rendent sujet aux trébuches diplomatiques qui peuvent l’affaiblir à l’échelle nationale et régionale.

La question qui reste à l’esprit est la suivante: Est-ce que les Etats-Unis, Israël et leurs alliés qui voulaient faire tomber le régime Assad avaient planifié une guerre en Syrie dès 2008, en conduisant des politiques d’assassinats (est-ce que l’objectif de faire tomber le régime Assad était clairement défini et décidé?) —, ou bien est-ce que la révolution et la guerre civile en Syrie se sont produites comme une conséquence de l’échec répété des négociations de paix au Moyen-Orient, forçant les pays occidentaux à soutenir les rebelles et à s’enliser dans une guerre indéfinie contre le régime syrien? Les politiques d’assassinats ont peut-être été imaginées au départ comme une alternative à la guerre, un moyen d’affaiblir le régime syrien par étapes, en déconstruisant les bases du pouvoir de Bachar al-Assad, plutôt que de l’affronter directement dans des combats militaires, terrestres ou aériens.

Les Etats-Unis ont toujours eu conscience du rôle-clé et de la position stratégique de la Syrie pour l’avenir du Moyen-Orient. Ils avaient tout à fait conscience que la Syrie était un pays qui pouvait déstabiliser l’ensemble de la région, comme en témoigne l’extrait d’un rapport daté de 2008 et destiné au congrès américain:

Malgré la faiblesse de son armée et son économie morne, la Syrie demeure essentielle dans la géopolitique du Moyen-Orient. Le régime Assad a ses mains dans chacune des quatre grandes zones actives ou potentielles de conflit dans la région (Liban, Israël-Palestine, Irak, et Iran). […] D’autres pensent que l’Administration devrait aller encore plus loin pour faire pression sur le gouvernement syrien et devrait même envisager la mise en œuvre de sanctions économiques plus sévères contre celui-ci. (Résumé, p. 2)

Dans tous les cas, les Etats-Unis et Israël étaient impliqués idéologiquement face à la Syrie, bien avant le début de la guerre civile. Et il n’y a sans doute jamais eu de réelle « passivité » politique du côté israélien à l’égard du régime syrien, contrairement à ce que peut sous-entendre, par exemple, un article récent du Huffington Post:

La position de l’Etat hébreu, autre puissance régionale, sur le dossier syrien est quand à elle assez ambiguë et a évolué depuis le début de la crise. Si Israël a été d’une relative passivité durant les deux premières années, elle soutient désormais officiellement militairement et logistiquement les différents groupes armés rebelles présents dans les zones proches de la frontière israélo-syrienne

Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’Etat d’Israël a été actif dans les affaires syriennes, bien avant la guerre civile, à travers les assassinats de figures soutenant de près ou de loin Bachar al-Assad, ou de personnalités liées au régime. On ne peut donc pas dire que l’Etat hébreu « a été d’une relative passivité » dans l’analyse de ces faits. Des assassinats et des opérations secrètes ont été menés. Mais l’implication de l’Etat hébreu n’explique pas à elle seule la chute du régime de Bachar al-Assad, car on constate que ce régime était miné de l’intérieur idéologiquement et qu’il pouvait difficilement contenir une montée croissante de l’opposition.

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La Maison Blanche doit rester ferme à l’encontre de Netanyahu

netanyahu:obama

Les relations déjà frileuses entre le président Barack Obama et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu sont de nouveau au plus bas, créant ainsi une opportunité de parvenir à un véritable accord de paix entre Israël et les Palestiniens.

James Zogby, 1er novembre 2014

Au cas où vous ne l’auriez pas remarqué, l’administration américaine de Barack Obama est au milieu d’une prise de bec très publique avec le gouvernement de Benjamin Netanyahu en Israël. Les échanges de représailles ont été relevés dans la presse, avec des journalistes et certains analystes fournissant des motivations banales pour l’aigreur.

Certains commentateurs ont suggéré une «vengeance» – en montrant le soutien de M. Netanyahu pour le rival de M. Obama à l’élection de 2012, Mitt Romney. D’autres se sont appuyés sur l’ancienne norme de Washington: la « mauvaise alchimie ». Je crois que ce serait une erreur d’attribuer les paroles amères et les mauvais sentiments à des préoccupations personnelles banales, car il peut y avoir un but stratégique servi par ce drame.

Lire la suite: http://www.thenational.ae/opinion/comment/20141101/white-house-must-stand-firm-against-netanyahu

La mort de Yasser Arafat a-t-elle été une « opportunité politique » pour l’Occident?

Yasser ArafatAlors que dix ans après, la thèse de l’empoisonnement de Yasser Arafat n’a toujours pas été officiellement reconnue et qu’il sera maintenant impossible d’aller plus loin dans l’enquête sur la mort du leader palestinien, à cause du « laps de temps limite pour déceler des traces de polonium » qui est maintenant écoulé, comme le précise le journal Le Monde, et même si Al Jazeera avait pourtant publié le rapport suisse (108 pages, PDF) confirmant des traces de polonium, et bien que les médecins français à l’époque aient eu du mal à expliquer « la cause d’une détérioration soudaine » de la santé d’Arafat, il reste néanmoins les câbles Wikileaks pour tenter d’y voir un peu plus clair dans les événements et se rendre compte par soi-même s’il y a pu avoir empoisonnement ou pas du leader palestinien Yasser Arafat.

Comme l’ont beaucoup dénoncé les Palestiniens, qui voyaient un complot contre leur dirigeant, un câble Wikileaks laisse supposer – mais sans apporter de preuves concrètes – que la mort de Yasser Arafat a, en effet, pu faciliter un agenda américano-européen pour continuer le processus de paix au Moyen-Orient. Il n’y a pas de preuves d’empoisonnement dans ce câble diplomatique, ni aucune information qui pourrait aller dans ce sens. Mais, loin d’inquiéter les représentants politiques occidentaux, la mort de Yasser Arafat est décrite – en date du 19 novembre 2004, soit 8 jours après son décès – selon les termes de Leena Aalto, correspondante européenne adjointe, au Ministère des Affaires étrangères, à Helsinki, comme « une fenêtre d’opportunité » pour la paix au Moyen-Orient.

Ce genre de réaction est plutôt étonnante, mais cela reflète bien l’esprit qui règne au sein de la sphère politique européenne et occidentale: la mort de Yasser Arafat est perçue comme une « opportunité » pour favoriser de futures négociations au Moyen-Orient, notamment parce que l’Etat d’Israël était opposé à des négociations tant que Yasser Arafat était au pouvoir. Dans un autre câble du 30 décembre 2004, le ministre des Affaires étrangères israélien, Silvan Shalom, juge en effet que « la situation s’est améliorée depuis la mort d’Arafat ». Et on ne s’étonne pas non plus de lire dans un autre câble que Netanyahu qualifie cette période comme un « moment d’opportunité » pour réengager la discussion avec les Palestiniens, en utilisant quasiment la même formulation que Leena Alto. Yasser Arafat est mort le 11 novembre 2004. Quelques semaines avant la mort de Yasser Arafat, la représentante finlandaise Leena Alto participait aussi, les 26 et 27 octobre 2004, à un grand séminaire organisé par la Finlande et appelé « GlobalEurope 2020 », « impliquant près de 450 diplomates de 28 ministères des affaires étrangères européens » et définissant le futur des relations extérieures de l’Union Européenne.

Même si les paroles et l’opinion d’une représentante politique telle que Leena Alto ne sont pas en soi une preuve d’un complot contre Yasser Arafat, on comprend bien aujourd’hui, avec le recul des événements, que si Yasser Arafat a effectivement été empoisonné – et si cela est prouvé un jour -, son assassinat n’aura malheureusement pas favorisé la paix au Moyen-Orient, contrairement à ce que pensaient plusieurs responsables politiques au moment de sa mort en 2004, et le peuple palestinien continue de souffrir tous les jours et d’être chassé de sa terre par l’armée israélienne.

Extrait du document 04HELSINKI1486:

Processus de paix au Moyen-Orient ————————-

2. (C) Aalto a déclaré que la première priorité pour la Finlande était la sécurisation d’un fort soutien de l’UE pour un nouveau processus électoral visant à élire une nouvelle génération de dirigeants palestiniens post-Arafat. Elle a dit que la mort d’Arafat a fourni une « fenêtre d’opportunité » où promouvoir un règlement pacifique de fond en Palestine, et que l’Union européenne et les États-Unis devaient coopérer étroitement pour profiter de cette opportunité. (Remarque: les remarques d’Aalto sur la « fenêtre » étaient presque identiques à celles faites par le ministre des Affaires étrangères Tuomioja le 8 novembre lors d’une réunion avec EUR A / S Jones à Helsinki).

Câbles Wikileaks:

Arafat dans un coma continu, peut-être irréversible: http://www.wikileaks.org/plusd/cables/04PARIS8063_a.html

Stratégie pour novembre du GAERC: http://www.wikileaks.org/plusd/cables/04HELSINKI1486_a.html

Le MAE israélien SHALOM offre une vue prudente sur les élections palestiniennes à CODEL LIEBERMAN/DAYTON: http://www.wikileaks.org/plusd/cables/04TELAVIV6651_a.html

Netanyahu et CODEL LIEBERMAN discutent de la réforme économique, les perspectives pour la paix: http://www.wikileaks.org/plusd/cables/04TELAVIV6632_a.html

Exclusif: Une étude suisse dit que du polonium a été retrouvé dans les os d’Arafat (Al Jazeera): http://america.aljazeera.com/articles/2013/11/6/swiss-study-poloniumfoundinarafatasbones.html

Le rapport suisse sur le décès de Yasser Arafat (PDF): https://s3.amazonaws.com/s3.documentcloud.org/documents/815515/expert-forensics-report-concerning-the-late.pdf

Des rabbins anti-sionistes expliquent les dangers du sionisme en présence de Dieudonné

Rabbins antisionistes « Neturei Karta » et Dieudonné

En plein débat sur la quenelle de Dieudonné, les médias et le gouvernement français, dont François Hollande (ainsi que tous ceux qui attaquent un humoriste apprécié de beaucoup de français) auraient dû rappeler que Dieudonné a participé en 2004 à une conférence avec des rabbins juifs qui dénoncent eux-mêmes le sionisme comme une chose contraire et potentiellement dangereuse pour la religion juive. Anti-sionisme et anti-sémitisme sont donc deux choses très différentes — alors, sans prendre part pour ou contre Dieudonné, nous demandons: sur quoi repose aujourd’hui le fond du débat?

Transcription de la vidéo:

Novembre 2004, Paris – 4 rabbins au théâtre de la Main d’Or

Au moment du décès de Yasser Arafat, 4 rabbins ultra-orthodoxes viennent se recueillir à Paris devant la dépouille du président défunt. Leurs paroles, politiquement très incorrectes, ne trouvant aucun lieu pour s’exprimer — Dieudonné, au nom de la liberté d’expression, leur propose son théâtre pour une conférence de presse.

Dieudonné: « Ceci n’est pas un sketche, ne pas confondre »

Quelques rares journalistes y assistent, pas un article n’a été publié.

La présentatrice: « Nous avons le plaisir d’accueillir ici 4 rabbins extraordinaires qui représentent le mouvement « Neturei Karta », les protecteurs de la cité, qui sont radicalement anti-sionistes, et qui ont tout de suite accepté l’invitation de venir ici dans le théâtre de Dieudonné, parce qu’ils savent que dans le monde entier on essaye d’empêcher les gens de réfléchir et d’agir selon leur intuition, selon leur bonté, leurs qualités spirituelles, en les accablant sous les accusations d’anti-sémitisme. Donc, même sans connaître Dieudonné, ils étaient persuadés que c’était une accusation infondée, et donc je pense qu’il y a beaucoup d’échanges qui peuvent avoir lieu entre toutes les sensibilités tellement variées que nous représentons. »

Le rabbin Weiss: « Etant donné la raison de ma présence parmi vous, je pense qu’avant d’aborder les sujets que je vais traiter, je me dois d’évoquer la mémoire du président Abou Ammar Yasser Arafat, qui était un homme exceptionnel, sortant de l’ordinaire. Pour le peuple juif, contrairement à la croyance populaire, c’était également une personne à l’esprit clair. Il avait une vision de l’avenir, une compréhension très profonde de ce qu’est vraiment le judaïsme et de ce qu’est le sionisme. Il avait compris que le judaïsme est une sainte religion, pluri-millénaire, et il n’avait absolument aucune forme d’animosité d’une quelconque façon à l’encontre du judaïsme ou du peuple juif; au contraire, il savait que le sionisme est très différent, c’est ce que j’expliquerai brièvement.

Les sionistes, bien entendu, le dépeignirent sous les traits d’un anti-sémite, comme ils le font de n’importe qui, en Europe ou ailleurs dans le monde, qui tenterait de se dresser contre l’Etat criminel d’Israël et contre les agissements criminels qui émanent de l’Etat d’Israël. Ils affirment de manière automatique que cet opposant est anti-sémite, afin d’étouffer son opposition, en la faisant passer pour une lutte contre Dieu. Ils donnent à croire que toute personne qui s’oppose au sionisme et à Israël serait quelqu’un qui blasphémerait la Bible et nourrirait de la haine envers les juifs.

Maintenant, je vais vous expliquer brièvement ce qu’est le sionisme. Comme je vous l’ai dit, le judaïsme est une religion pluri-millénaire, elle remonte aux patriarches, Abraham, Isaac et Jacob. Le sionisme est à peine centenaire, créé par Théodor Herzl et ses amis, des gens totalement athées, des gens qui étaient totalement étrangers à la religion, qui détestaient la religion.

D’après la croyance juive, depuis la destruction du temple, il y a près de 2000 ans, c’est-à-dire depuis l’exil du peuple juif, Dieu a fait jurer au peuple juif de ne point tenter de retourner en masse sur la terre d’Israël, nous ne devrions jamais nous rebeller contre une quelconque nation et nous ne devrions jamais rien tenter afin de mettre un terme au décret exilique émanant de Dieu. Seul Dieu, sans la moindre intervention humaine, peut mettre un terme à cet exil, et Dieu est très compatissant. Il regarde tous les peuples qu’il a créés, et donc le peuple juif parmi eux, dans l’exil, et c’est quand il jugera le moment opportun qu’il mettra immédiatement un terme à l’exil. Il se produira alors une révolution métaphysique dans le monde. Le monde entier reconnaîtra qu’il n’y a qu’un seul Dieu, et il le servira, rassemblé dans l’harmonie et la paix. Nous n’utiliserons pas les armes, ni ne lancerons une offensive militaire pour convaincre les gens qu’il n’y a qu’un Dieu unique — simplement, nous nous léverons tous ensemble pour servir Dieu, ce à quoi un juif aspire, ce qu’il espère, ce pour quoi il prie.

A l’époque, au début du sionisme, ses prémices, les rabbins se sont insurgés unanimement. Ils protestaient disant « c’est un blasphème, c’est de la rébellion contre Dieu, si cette idéologie est mise en application, nous en souffrirons terriblement. » Malheureusement, les sionistes ont réussi: tout d’abord, ils voulurent aller en Ouganda. Là-bas, il y avait des terres vierges, mais ils comprirent que la nation juive ne les suiverait pas. Aussi, se jouèrent-ils et abusèrent-ils des espoirs et des aspirations que pouvaient entretenir tout juif à retourner à Jérusalem, et ils leur dirent: « Nous sommes en train de vivre les prémices de la rédemption. Viens, suis-nous. Retournons ensemble sur la terre d’Israël. » S’ppuyant sur l’ignorance des multitudes non-juives dans le monde entier, ils abusèrent de leur compassion, espérant qu’elle prendrait pour argent comptant ce que dit la Bible, à savoir que cette terre appartient aux juifs, et dirait « qu’on leur donne la terre ». Ils ont utilisé ces sentiments afin de poursuivre leur entreprise, de marquer des points sur le terrain, dans l’objectif de s’accaparer la Palestine.

La Palestine était un pays peuplé d’êtres humains, les Palestiniens, c’est-à-dire les arabes habitant cette contrée, ainsi que des juifs orthodoxes qui craignent Dieu. Et tous dirent comme un seul homme: « Nous ne voulons pas d’un Etat d’Israël. Nous ne voulons pas de ça. Et étant donné que les sionistes ont usurpé la terre, qu’ils sont allés en Palestine et qu’ils l’ont volé au peuple palestinien, ils ont soumis ce peuple par la force des armes, puis ils l’ont expulsé. C’est là une seconde grande tragédie, une transgression, une rébellion contre Dieu, un agissement criminel contre Dieu. Et tous les rabbins étaient contre ces exactions, ils étaient ulcérés, révoltés par ce que ces juifs non-religieux avaient fait. Je terminerai par ceci: je tiens à dire simplement que les sionistes, bien loin d’être les protecteurs des juifs et les garants d’un havre de sécurité pour eux, sont en réalité les principaux responsables de l’antisémitisme dans l’ensemble du monde. Là où l’antisémitisme n’existe pas, les sionistes le fabriquent. Ils sont les principaux responsables des dissensions et de la haine envers les juifs dans le monde entier. Nous prions, nous demandons à tout le monde de prier pour la liberté de la Palestine et pour la venue du jour où la gloire de Dieu sera révélée au monde entier et où nous pourrons tous le servir dans la paix et l’harmonie, dans un futur proche. Amen.

Al-Qaïda, nouveau prétexte à une propagande contre le Moyen-Orient – mais faut-il leur rappeler qu’il y a des solutions pour sortir du terrorisme?

En tant que responsable de ce blog, je voudrais sensibiliser les lecteurs à la continuelle propagande qui est faite contre le monde musulman, et notamment sur les causes du terrorisme international, surnommé Al-Qaïda. Un titre récent m’interpelle: « Al-Qaïda, plus forte et dangereuse que jamais, selon les experts« , peut-on lire dans plusieurs titres de presse. Les médias occidentaux, semble-t-il volontairement ou involontairement, quelques jours après le vote de la LPM [Loi de Programmation Militaire] en France, continuent de relayer une propagande qui vise à effrayer les citoyens du monde entier face à la menace terroriste, à influencer nos esprits pour nous faire croire qu’il existe toujours une guerre de civilisations et que les lois sur l’espionnage sont ainsi justifiées, mais sans pour autant expliquer les vraies raisons du terrorisme et sans expliquer qu’il y a des solutions faciles à trouver pour que tout le monde vive en paix sur cette planète, à l’abri du terrorisme. Nos médias, si intelligents et souvent complices des gouvernements, oublient de mentionner qu’il y a des solutions pour éradiquer le terrorisme, mais que si celui-ci n’est pas éradiqué, c’est que les réseaux terroristes sont utiles parfois aux intérêts des gouvernements pour renverser des régimes et pour évincer du pouvoir les gens qui font obstacle à certains. Les civils, que ce soit en Occident ou au Moyen-Orient, ne veulent plus du terrorisme, et nous ne voulons pas non plus que le terrorisme serve de prétexte aux gouvernements pour censurer l’internet, interdire des manifestations, accroître l’espionnage et réduire les droits à la liberté d’expression, où que ce soit dans le monde.

Al-Qaïda est utilisé aujourd’hui, comme c’était le cas il y a dix ans, avec l’Irak et l’Afghanistan, comme un prétexte pour attiser la haine entre les populations, pour nous faire croire que le Moyen-Orient est un ennemi de l’Occident, au risque de nous faire oublier qu’Al-Qaïda a eu des liens avec les Etats-Unis dans les années 80, comme l’affirmait Hillary Clinton. Au contraire, n’avez-vous pas compris que les seuls ennemis, ce sont les gouvernements qui ne cessent de se livrer des guerres entre eux? Le terrorisme, c’est une affaire d’Etat: ce sont des Etats qui se livrent une guerre pour le pouvoir et qui règlent leurs comptes personnels sur le dos des civils qui meurent et qui sont les victimes de tous ces attentats. Nous ne connaissons même pas les vrais enjeux de tous ces actes terroristes, mais certainement, il n’y a derrière tous ces attentats aucun prétexte religieux, et si les terroristes étaient religieux, ils devraient savoir qu’il n’y a rien de plus précieux que la vie pour un être humain et que la religion donne pour principe d’aimer la vie, et non de la détruire. Ceux qui tuent et commettent des attentats terroristes ne croient pas en la vie, ils ne croient pas en la démocratie et ils ne respectent pas la vie des civils qui meurent aux quatre coins de la planète. Le terrorisme ne sert en fait que l’intérêt des gouvernements et de gens haut placés au sein des gouvernements, et ceci leur permet de manipuler l’opinion publique et de faire passer toutes sortes de lois.

Mais parce que l’Occident persiste à fermer les yeux sur les vraies causes du terrorisme, nous, en tant que citoyens, nous leur disons: Il y a des solutions pour mettre fin à tous ces attentats et tous ces crimes. Et si vos services secrets ne sont pas en mesure de trouver des solutions efficaces pour mettre fin au terrorisme, malgré tous les moyens diplomatiques et technologiques que vous possédez, malgré tout l’argent que vous investissez, alors nous allons vous les donner, ces solutions qui sont pourtant si simples à trouver:

Premièrement, arrêtez d’opprimer les peuples du Moyen-Orient et de les rendre responsables du terrorisme. Traitez-les de manière égale aux peuples occidentaux, car les civils ne sont en rien la cause du terrorisme. Les civils au Moyen-Orient veulent la paix, comme nous voulons aussi la paix ici en Europe et ailleurs. Nous sommes solidaires avec eux, car ils veulent aussi le développement économique et le bien-être de leur société. Ils ne sont pas responsables de ce que des fous islamistes prétendent faire en leur nom ou au nom de la liberté. Que l’Occident traite ces peuples avec respect, et ce n’est pas parce que leur civilisation est moins développée économiquement, que vous avez le droit de les menacer diplomatiquement ou d’envoyer des embargos contre leurs nations.

Deuxièmement, aidez les peuples du Moyen-Orient à développer les droits de l’homme avec des aides économiques, au lieu de consacrer des millions de dollars à financer des armées et le développement militaire de ces pays. Si ces pays ne maîtrisent pas encore clairement le concept des droits de l’homme à la manière de l’Occident, il faut arrêter de leur livrer des armes ou des logiciels d’espionnage de leur population, ces choses ne faisant qu’accroître le manquement aux droits de l’homme et mettant en péril des milliers de civils. Actuellement, l’économie au Moyen-Orient a surtout pour destination l’intérêt des multinationales, le pétrole et les technologies de surveillance, alors que l’intérêt de l’économie devrait être centré sur la promotion des droits de l’homme et de la liberté des citoyens.

Troisièmement, arrêtez d’envoyer des drones sur les civils et de tuer les gens dans des pays qui détiennent des terroristes sur leur territoire. Tout civil a droit à la vie, même s’il est terroriste ou présumé terroriste. Il est préférable d’arrêter un terroriste et de le juger de manière démocratique, pour qu’il puisse faire face aux accusations de manière responsable face à la société. Les Etats-Unis envoient des drones sur des civils, sans même savoir si ceux-ci sont effectivement des terroristes, sans même qu’ils aient été arrêtés ou jugés. Certains sont tués par erreur. Comment voulez-vous que des réseaux comme Al-Qaïda n’exploitent pas la détresse des civils dont les proches ou les enfants ont été tués par erreur par vos armes ou par vos drones? L’Occident ne fait que donner des raisons à Al-Qaïda d’attiser la colère des populations et de recruter encore plus de terroristes, parce que ce sont des politiques inefficaces. La politique du drone est une politique de la violence, qui n’apportera que la violence au sein des populations dans le monde. La promotion de la paix au Moyen-Orient doit se faire dans le dialogue, et non dans le meurtre de la population par des moyens de haute-technologie.

Quatrièmement, incitez les multinationales étrangères à faire la promotion des droits de l’homme et à investir une partie de leurs énormes profits pour développer les droits de l’homme au Moyen-Orient. Incitez les multinationales étrangères à montrer l’exemple et à être digne des valeurs démocratiques de l’Occident. Quand les multinationales sont à l’étranger, leurs dirigeants devraient appliquer et respecter les mêmes droits que ceux qu’ils respectent quand ils sont dans leur pays: ils ne devraient pas chercher à exploiter la population locale, ils devraient appliquer une égalité dans les salaires et accorder des conditions de travail respectables à leurs salariés, respecter l’écologie et au besoin intervenir pour prévenir des catastrophes environnementales. La terre est un bien commun à tous. En Occident ou au Moyen-Orient, les multinationales doivent se rendre responsables de leurs activités face aux populations, afin de permettre le développement au sein de ces pays, et non pas pour freiner les droits et la liberté d’expression des habitants. Moralisez les multinationales internationales, et peut-être que le monde deviendra un peu plus moral et respectueux des droits de l’homme.

Enfin, demandez aux médias internationaux d’arrêter de relayer les propagandes en faveur de la guerre. Les médias ont un poids de conscience dans la construction d’un conflit entre les civilisations de l’Occident et du Moyen-Orient. Les médias propagent la haine entre les cultures du monde, parce qu’ils obéissent aux ordres des gouvernements et parce qu’ils ne comprennent pas l’intérêt de donner une vraie information aux citoyens dans le monde. Les médias ne donnent pas non plus d’informations sur les problèmes, les causes et les origines réelles du terrorisme international, qui fut utilisé et financé par les Etats-Unis comme un instrument de lutte contre l’influence soviétique, notamment en Afghanistan. On veut nous faire croire aujourd’hui que l’Occident est plus sûr, – grâce à vos systèmes d’espionnage qui portent atteinte à notre vie privée -, et l’Orient moins sûr avec Al-Qaïda. Mais les problèmes sont les mêmes partout: il n’y a pas un Moyen-Orient avec ses problèmes particuliers, et un Occident avec d’autres problèmes. Les civils font partout sur terre face aux mêmes problèmes de pauvreté, de logement, de crise et d’austérité, face à des gouvernements qui investissent dans les guerres, au lieu de développer l’éducation et la santé, et face à des gouvernements de plus en plus oppressifs quand aux libertés accordées aux citoyens. Al-Qaïda, encore un prétexte pour attiser le nationalisme en Europe et envoyer des soldats se faire tuer au Moyen-Orient? Les médias devraient nous apporter des solutions pour faire face au terrorisme, au lieu de nous répéter sans cesse qu’il y a des problèmes. Les médias piaillent comme des poules dans un poulailler pour nous alerter sur du vent, mais nous citoyens, nous aimerions entendre parler des êtres humains dotés de conscience et faisant pleinement face aux problèmes et aux défis de la société future. Arrêtez de nous faire peur avec Al-Qaïda, en agitant l’ombre de vos médias, et présentez-nous des vraies solutions, pacifistes et humaines à la fois, pour mettre fin au terrorisme et à l’extrémisme religieux. Les solutions sont à la portée de tous, il ne manque que le courage à ceux qui nous gouvernent pour les appliquer.

La paix peut exister en ce monde, si seulement nous pouvons être gouvernés par des gens intelligents – qui vivent les yeux ouverts sur les problèmes du monde, et non le regard fermé face aux enjeux et aux espoirs de l’avenir -, des gens emplis de sincérité et de courage qui devront nécessairement avoir pour principe premier le respect des droits de l’homme et le droit à la vie de chaque être humain sur la terre. Le droit à la vie est un principe inébranlable dans la construction et la diffusion des valeurs de  la démocratie. Ni peine de mort, ni torture, ni drones, prisons secrètes ou répression politique ne peuvent remplacer cela, de même que l’espionnage mondial ne pourra pas non plus améliorer la démocratie. L’avenir de la démocratie est dans les mains de l’Occident, c’est à nos dirigeants de changer la donne et de redonner un sens à ce mot partout dans le monde.

Un câble Wikileaks de 2009 montre que l’armée israélienne a visé les infrastructures civiles, avant de viser le Hamas

Bombardements à Gaza

Voici un extrait du câble diplomatique 09JERUSALEM17, daté du 2 janvier 2009, où on apprend, grâce au témoignage d’une collaboratrice de l’USAID, Manal al-Bashti, que les raids israéliens ont visé, d’après ce qu’elle dit, à détruire les infrastructures civiles et gouvernementales des palestiniens, plutôt que de lutter contre le Hamas et les ennemis présumés de l’armée israélienne. Son témoignage offre un autre regard sur la situation du conflit israélo-palestinien:

7. (C) Manal al-Bashti, gestionnaire de programme d’un projet de société civile/démocratie financé par l’USAID [Agence des États-Unis pour le développement international], a dit au personnel de l’USAID que des frappes aériennes israéliennes ont fréquemment visé des institutions gouvernementales, telles que le bâtiment du Ministère de l’Enseignement du PA [Autorité Palestinienne] et le siège du PLC [Conseil Législatif Palestinien], qui n’ont aucun lien avec les forces militaires ou les roquettes du Hamas. Elle a indiqué que la campagne militaire israélienne semblait plus dirigée à détruire l’infrastructure civile palestinienne, plutôt que dégrader les capacités du Hamas à attaquer Israël. Elle a dit que les modérés et les civils souffrent le plus des combats.

Source: http://www.wikileaks.org/plusd/cables/09JERUSALEM17_a.html

Pour retrouver la citation dans le câble original: http://www.wikileaks.org/plusd/cables/09JERUSALEM17_a.html#efmBfrBoc

Wikileaks: Le point de vue des diplomates américains sur les réformes politiques au Yémen

ID de Référence: 04SANAA1193
Sujet: GME [Grand Moyen-Orient]: REFORME DU STYLE YEMENITE
Origine: Embassade Sanaa, Yémen Classification: CONFIDENTIEL
Créé: 18 Mai 2004 Publié: 30 Août 2011
Tags: DEMOCRATIC, KDEM, PGOV, PREL, REFORM, YM

Ce document est un extrait partiel du câble d’origine. Le texte intégral du câble d’origine n’est pas disponible.

Classé par: Ambassadeur Edmund J. Hull pour les raisons 1.5 (b, d)

1. (C) Résumé: L’ambassade de Sanaa continue à engager les leaders du gouvernement, de la société civile et des entreprises sur les projets de proposition du Grand Moyen-Orient [GME: Greater Middle East] (réf. A). Alors que la plupart des interlocuteurs expriment une opposition à l’idée d’une réforme étant « imposée de l’extérieur de la région », la discussion générée par le GMEI, ou Greater Middle East Initiative  [Initiative sur le Grand Moyen-Orient], semble avoir encouragé une attention accrue sur les efforts de réforme au sein du Yémen. L’acceptation du président Saleh pour assister au sommet du G-8 et pour accueillir la proposition de projet pilote sur la microfinance (refs c et d), ainsi que les efforts de réforme par des acteurs non-gouvernementaux, indiquent une plus grande volonté de permettre aux considérations pratiques de l’emporter sur la réticence provenant de la colère sur l’Irak, le MEPP, ou Middle East Peace Process [Processus de Paix au Moyen-Orient] et le scandale de la prison d’Abou Ghraib. Les efforts de réforme en cours au Yémen, y compris la réforme économique et l’attention accrue, récente, du parlement sur ​​la corruption du gouvernement, illustrent le fait que les graines de la réforme sont déjà
croissantes au Yémen. Quelques interlocuteurs ont indiqué des opinions
sur l’une des propositions spécifiques, préférant faire des remarques générales et/ou se concentrer sur ce qui est nécessaire au Yémen. Fin de Résumé.

REACTION DU LEADERSHIP POLITIQUE

2. (C) L’ambassadeur a rencontré le conseiller présidentiel senior et l’ancien Premier ministre Dr. Abdul Karim al-Iryani le 11/5. Iryani a dit qu’il voit une « évolution positive » dans les attitudes arabes envers le GMEI [Initiative sur le Grand Moyen-Orient] qu’il s’attend à voir se refléter dans les résultats du sommet arabe du 22 au 23 mai. Il a déclaré qu’il comprenait que les Ministres des Affaires étrangères arabes aient convenu d’une position généralement positive sur la réforme, sans nécessairement faire référence au GMEI. Il a noté qu’un point d’achoppement a été (et reste peut-être) le refus saoudien d’approuver la démocratie multipartite. Iryani a noté un « ferment sain » sur la réforme au Yémen. Il a soulevé deux préoccupations sur le GMEI [Initiative sur le Grand Moyen-Orient]. Il a demandé s’il y avait « aucune viande » pour les propositions , auquel l’ambassadeur a remarqué qu’il y avait l’initiative de microfinance (ref d). Il a déclaré que l’opinion publique arabe continue de percevoir le GMEI [Initiative sur le Grand Moyen-Orient] comme une esquive pour s’engager sérieusement sur la question palestinienne, si c’est oui ou non le cas.

3. (C) A l’exception du Premier ministre Ba Jammal, les réactions du ROYG [République du Gouvernement du Yémen] aux niveaux les plus élevés sont révélateurs d’un soutien, avec l’acceptation du président Saleh de l’invitation à Sea Island et le soutien écrit du vice-premier ministre Sofan dans une lettre (réf. c et d). Le PM [Premier Ministre], cependant, a fait une
déclaration à la presse que la seule réforme dont le Yémen a besoin, c’est l’unification. Commentaire: Le PM [Premier Ministre] est tristement célèbre pour la fabrication de déclarations en dehors du ROYG [République du Gouvernement du Yémen] et est actuellement sous pression pour un scandale de corruption. Fin de commentaire.

4. (U) Le conseil consultatif (ou Shura), la chambre haute du Yémen composée de 111 membres, a tenu une conférence les 17-18/05 pour discuter le Rapport 2003 sur le développement humain arabe et les documents du GMEI [Initiative sur le Grand Moyen-Orient] en présence des responsables de haut rang de la ROYG [République du Gouvernement du Yémen], (y compris le Vice-Premier Ministre Sofan, le Ministre des Affaires Etrangères Qirbi et al-Iryani), les partis politiques, les ONG, les universitaires et autres.

LES ONG ET LES THINK TANKS ACTIFS SUR LES QUESTIONS ; LES PARTIS POLITIQUES

5. (U) Plusieurs ONG et think tanks ont récemment tenu des séminaires et des débats sur les réformes au Yémen. Par exemple, l’Institut du Yémen pour le développement démocratique [The Yemeni Institute For Developing Democracy] (YIDD) a tenu un atelier fin avril, en présence des partis politiques, des journalistes et autres intellectuels où le Ministre des Affaires Etrangères s’est exprimé. Le teneur du discours s’est centrée autour de l’alimentation de la réforme au sein du Yémen, tout en ne permettant pas que la réforme soit imposée de l’extérieur. Un leader éminent du think tank, Dr. Fares al-Saqqaf, a tenu des discussions avec le gouvernement, l’opposition et des Yéménites non-partisans, avec des Emboffs, ou Embassy Officers [Officiers d’Ambassade], invités à écouter. Même si quelques références ont été faites à l’absence de solutions entre Israël-Palestine dans l’initiative et au rejet de la réforme venant de l’extérieur, la grande partie de la discussion s’est pratiquement concentré sur ​​les réformes nécessaires au sein du Yémen. Le Dr. al-Saqqaf a dit au représentant Pol/Econ [Economie Politique] qu’il a formé un comité de leaders venant du gouvernement, des partis politiques et des ONG, incluant le Vice-Ministre des Affaires Etrangères Mustafa Noman (ref b), afin de formuler une « Initiative nationale pour la réforme politique. »

6. (C) Un leader important d’ONG, Izzedine al-Asbahi, de l’Information and Training Center for Human Rights [Centre pour l’Information et la Formation aux Droits de l’Homme] (HRITC), a fait écho à plusieurs autres interlocuteurs quand il a dit représentant de l’Economie Politique qu’il était soucieux du fait que les récents scandales concernant des abus à Abou Ghraib ont amoindri la crédibilité des Etats-Unis dans la promotion des réformes, et qu’il considèrait cela comme une évolution décevante pour la région.

7. (U) Les partis politiques de l’opposition ont profité de l’occasion présentée par le GMEI [Greater Middle East Initiative] pour faire pression sur le ROYG pour la poursuite d’une réforme au sein du Yémen, bien que la plupart des partis ont rejeté publiquement toutes les initiatives de réforme venant de l’Occident. Le Parti Socialiste du Yémen (YSP) est le plus favorable parmi les partis politiques. Le Secrétaire général du YSP [Parti Socialiste du Yémen], Ali Saleh Obad Muqbil, était cité dans un discours prononcé à son Comité Central le 6/05 (publié dans le journal du parti), « cette proposition créée par les initiatives internationales en faveur des réformes dans la région fournit une occasion précieuse pour la volonté de réforme et de changement aux niveaux nationaux de tous les Etats arabes et musulmans. Par conséquent, nous devons nous précipiter pour saisir le moment afin de générer une importante force de pression pour accomplir des réformes réelles. » Les dirigeants du YSP [Parti Socialiste du Yémen] à Taiz, la troisième plus grande ville du Yémen, ont fait écho à ce sentiment au représentant de l’Economie Politique, en remarquant que la pression venant de l’extérieur était utile dans leur lutte pour la réforme du Yémen, mais ont aussi exprimé l’espoir que les initiatives seraient mises en pratique, et non simplement rhétoriques. Le deuxième plus grand parti d’opposition Islah a affiché un scepticisme au niveau central sur la question de savoir si le GME [Greater Middle East] « mettrait fin au soutien du régime ou aux demandeurs de réforme », tandis que les modérés d’Islah à Taiz ont exprimé un soutien prudent au représentant de l’Economie Politique.

COMMENTAIRE

8. (C) Les interlocuteurs de l’Ambassade semblent divisés entre la volonté de soutenir le GMEI, ou Greater Middle East Initiative  [Initiative sur le Grand Moyen-Orient] pour leurs propres raisons, à savoir l’arrosage des graines de la réforme du Yémen, et le fait d’être réticents à soutenir toute initiative qui vienne de l’extérieur. Plusieurs ont remarqué un manque décisif de crédibilité découlant du scandale récent des abus de la prison en Irak et de l’absence de la question palestinienne. L’exploration généralisée de l’agenda des réformes provient tout de même probablement d’une volonté typiquement yéménite d’avoir des calculs politiques pratiques, internes et externes, et le désir du Yémen de maintenir ce qu’il perçoit comme son leadership dans la réforme politique de la région. Fin de commentaire.
HULL

Source: http://www.cabledrum.net/cables/04SANAA1193