Julian Assange, en 2010: « Nous avons affaire aux agences de renseignement »

Câbles secrets américains-WikileaksQuels sont les liens de l’organisation WikiLeaks avec les services secrets, et plus largement avec les gouvernements? Ceci est une des questions que toute personne pourrait se poser, sans être forcément un analyste politique ou un journaliste confirmé. Dans le passé, Julian Assange avait lui-même déclaré « avoir affaire aux agences de renseignement ». C’était dans une interview du 15 août 2010, publiée sur le site d’informations suédois The Local. La phrase complète de Julian Assange disait:

Nous avons affaire à des organisations qui n’obéissent pas à la loi. Nous avons affaire à des agences de renseignement. (Source: The Local)

Depuis, il est assez étrange de contaster que le fondateur de WikiLeaks n’a jamais vraiment éclairci ces propos, car jusqu’à présent on ne sait pas exactement ce qu’il voulait dire par « avoir affaire » à des services secrets. S’agissait-il de simples négociations en vue de la publication d’un certain type de documents secrets, publiés en accord avec des personnes travaillant au sein des services secrets? Est-ce que des agences de renseignement ont donné des documents à WikiLeaks (comme cela a d’ailleurs été le cas avec le FBI pour les Syria Files, via l’intermédiaire du hacker Sabu)? Ou s’agissait-il, au contraire, de négociations par rapport à l’installation de WikiLeaks en Suède, qui pouvait poser problème aux services de renseignement face à une possible pression politique venant des Etats-Unis? L’article n’est pas suffisamment précis à ce sujet, et c’est dommage de voir qu’aucun journaliste n’a pensé depuis toutes ces années à poser directement ces questions à Julian Assange:

Quels sont vos liens avec les services secrets? Est-ce que WikiLeaks travaille depuis le début avec les services secrets? Quel est le but réel des publications? Y a-t-il un agenda gouvernemental derrière les révélations de WikiLeaks, comme on a pu le voir avec les événements du Printemps Arabe qui ont coïncidé avec la publication des câbles diplomatiques américains?

La question de certains supporters – sur l’un des forums principaux qui publient des informations sur WikiLeaks – est totalement justifiée, quant aux Syria Files:

Pourquoi WikiLeaks, sachant que les emails des Syria Files avaient été recueillis par un groupe de hackers des Etats-Unis/FBI, a tout de même publié les documents avec le risque que ceux-ci auraient pu être une fuite sous contrôle du gouvernement US? (Source: Wikileaks Forum)

Ceci nous ramène à l’interview du 15 août 2010 en Suède, avec ces propos de Julian Assange: « Nous avons affaire à des agences de renseignement. » Il est tout à fait possible que Julian Assange ait voulu dans ces propos faire allusion à des hackers qui, comme dans le cas des Syria Files, ont transmis des documents à WikiLeaks, tout en le faisant pour le compte d’un gouvernement. On ne saura sans doute jamais à quel niveau l’organisation WikiLeaks a établi des liens avec des services secrets ou avec des gouvernements. Ce qui est sûr, c’est que les représentants politiques font très peu de déclarations au sujet de WikiLeaks – et c’est donc d’autant plus difficile de savoir si les gouvernements se sentent réellemment menacés par cette organisation, ou bien s’ils l’utilisent plutôt comme un outil pouvant mener à des réformes et à des changements politiques.

Articles consultés:

« WikiLeaks va demander une licence suédoise » (TheLocal, 15 août 2010)

« Le chat entre Siggi et Sabu, et comment WikiLeaks a obtenu les Syria Files, et son implication avec Sabu » (Wikileaks Forum)

Publicités

Quand WikiLeaks accuse Google et l’USAID de faire du changement de régime pour le compte des Etats-Unis…

Renversement du Totum Arabe (Sherif Arafa)Caricature: Sherif Arafa (Cartoon Movement)

Quand WikiLeaks accuse Google et l’USAID de faire du changement de régimes pour le compte des Etats-Unis… peut-on le croire sincère? Alors que l’organisation WikiLeaks oeuvre plus ou moins à la même chose, en ayant par exemple directement influencé les événements du Printemps Arabe, notamment en Egypte et en Tunisie, où Julian Assange a affirmé en personne que les révélations diplomatiques ont eu un impact sur le changement de régime et les révolutions dans ces deux pays — comment peut-on interpréter les tweets de @wikileaks dénonçant l’action de Google et de l’USAID vis-à-vis des changements de régimes dans d’autres régions du monde, que ce soit en Amérique Latine, en Afrique, au Moyen-Orient ou même en Europe?

@wikileaks, 6 avril 2014: « Le bureau de l’USAID des « Initiatives de Transition » gère les programmes de changement de régime, ainsi en est-il de Google ».

Peut-être que Wikileaks aurait dû ajouter à ce tweet: « Ainsi est-il de l’organisation @wikileaks ». Politiquement parlant, WikiLeaks, Google et l’USAID fonctionnent dans un but relativement semblable en ce qui concerne la transition démocratique et l’effort pour rendre plus transparents des gouvernements étrangers où manquent certains principes de la liberté d’expression et des droits de l’homme, mais tout cela se fait, semble-t-il, avec des moyens et des méthodes différentes. L’USAID (Agence des États-Unis pour le développement international) dépend directement des Etats-Unis, Google est une société privée, mais avec le récent scandale de la NSA, on apprend aussi qu’en tant que géant d’Internet, Google dépend aussi du gouvernement des Etats-Unis, tandis que WikiLeaks est une organisation à part, une organisation secrète qui se dit indépendante des gouvernements, mais qui affirme en même temps avoir affaire à des services secrets, et on imagine mal comment Wikileaks pourrait publier des documents sensibles sans avoir un certain réseau de soutien au sein même des gouvernements.

En même temps, rien n’a jamais permis de dire si Wikileaks a été créé ou pas par le gouvernement américain, mais beaucoup de personnes pensent que cela aurait pu être un outil très utile pour servir l’agenda des Etats-Unis dans les efforts de transition démocratique dans plusieurs pays du monde, notamment au Moyen-Orient. De plus, dans l’article cité par @wikileaks dans ce tweet, il est question du changement de régime au Vénézuela: 

Un câble WikiLeaks publié en 2013 décrit la stratégie des États-Unis pour saper le gouvernement de Chavez par «pénétrer la base politique de Chavez», «en divisant le chavisme» et «en isolant Chavez internationalement. » (blog foreign policy)

Quand Wikileaks tweete le lien de cet article, cela ne veut aucunement dire qu’il est contre la stratégie américaine qui a consisté à déstabiliser un gouvernement au Vénézuela, alors qu’on sait que l’Amérique Latine rencontre beaucoup de problèmes de corruption, de pauvreté et d’injustice de manière générale, et qu’il en est de même au Vénézuela. Autrement dit, l’organisation Wikileaks pourrait très bien soutenir l’idée d’un changement de régime au Vénézuela et d’une ouverture démocratique, tout en pointant du doigt l’implication du gouvernement américain dans cette transition politique. C’est là tout l’art de Wikileaks, de ne jamais dévoiler les vrais enjeux de l’organisation.

D’autre part, on trouve aussi sur le site de l’USAID de nombreux projets et des articles liés à la transparence politique, le concept même défendu par Wikileaks et qui est une idée lancée par le gouvernement des Etats-Unis. On peut trouver également, en faisant une simple recherche avec le mot-clé « wikileaks », un document intitulé « TRANSPARENCY AND INTEGRITY PROJECT » qui prend même les câbles Wikileaks pour appui dans une analyse politique (p. 46), précisant que le câble Wikileaks a donné « un détail pertinent ». On voit donc à quel point la fuite des câbles diplomatiques a pu servir le gouvernement des Etats-Unis et leurs services secrets pour justifier les accusations de corruption d’un régime en place, pour authentifier des propos ou des rumeurs, et pouvoir ainsi continuer leur politique de changement de régime, grâce à une organisation comme Wikileaks où personne ne peut pour autant prouver si elle dépend ou non du gouvernement américain.

Nous avons déjà longuement analysé les liens possibles de Wikileaks et du gouvernement américain, ou d’autres services secrets occidentaux, mais aussi les liens possibles avec l’ONU. Quand Wikileaks s’attaque à Google, ou à d’autres sociétés ou organismes dépendants du gouvernement américain, on ne sait pas très bien s’il cherche effectivement à dénoncer l’influence négative que les services secrets américains ont pu avoir dans certains pays, ou si, au contraire, Julian Assange fait déjà de la promotion pour des projets de transparence politique, ou bien s’il s’agit de faire la promotion d’un dernier livre qui parle encore de Google… En dehors de ça, toute ressemblance entre Google, l’USAID et Wikileaks serait donc fortuite.

Voir le tweet de @wikileaks: https://twitter.com/wikileaks/status/452625240854904832

Pourquoi WikiLeaks est peut-être un projet gouvernemental en faveur de la transparence politique

Nombreux sont ceux qui, au sein des gouvernements, et notamment au sein du gouvernement américain, accusent WikiLeaks de trahison et d’avoir porté atteinte à la sécurité des Etats. Pourtant, il n’y a rien de plus étrange que de porter de telles accusations, alors que la transparence politique est à l’origine une idée soutenue par les gouvernements occidentaux.

Open Data, Open Gov, ouverture des données publiques: tout ces concepts rejoignent l’idée de transparence politique. Il n’y a qu’à lire Wikipedia pour le comprendre: « En Europe et dans certains pays, des directives et lois imposent aux collectivités de publier certaines données publiques sous forme numérique. » (Article sur les « données ouvertes ») La transparence politique, c’est donc une idée gouvernementale. Le concept a aussi été développé en France et en Europe, avec des initiatives comme Démocratie Ouverte (traduction d’Open Gov). Mais l’organisation WikiLeaks, qui fait exactement la même chose que toutes ces organisations, en ouvrant des données au public, se fait bizarrement attaquer de tous côtés par le gouvernement américain et par d’autres acteurs du monde politique, alors que la transparence politique est une idée gouvernementale. On accuse WikiLeaks de trahison, alors qu’ils révèlent simplement les failles du système politique et que leur travail n’est pas différent de ces groupes qui, au sein des gouvernements, font la promotion de l’ouverture des données publiques.

Mais personne ne s’est jamais posé la question: et si WikiLeaks n’était qu’une émanation de ces programmes gouvernementaux qui défendent la transparence politique? et si WikiLeaks n’était qu’un outil parmi d’autres, pour lutter contre la corruption et améliorer le fonctionnement de nos démocraties corrompues et en pleine crise économique?… Comme le rappelle un article du Monde, L' »open data », un outil pour la transparence des administrations, il n’y a rien de mal à divulguer certaines informations collectées par les gouvernements: c’est un concept à la mode, un concept qui vient lui-même des Etats-Unis et qui est apparu en 2007 sous le nom de la loi « OPEN Government Act« . En 2009, Barack Obama lui-même relance le projet sous le nom d’Open Government Initiative. Pour résumer, les Etats-Unis, le pays qui déclare WikiLeaks comme un ennemi à la sécurité nationale (au même titre qu’Al-Qaïda), est en même temps le pays qui a inventé le concept d’Open Gov et qui a incité l’ouverture des données publiques. Si vous raisonnez de manière logique, vous auriez plutôt tendance à dire qu’en fait, WikiLeaks, loin d’être un ennemi des gouvernements, serait au contraire un outil très utile aux mains des Etats-Unis et des gouvernements qui ont enclenché des programmes d’Open Gov et d’Open Data.

Bien sûr, nous n’aurons pas tout de suite la réponse à cette question – de savoir si WikiLeaks est ou n’est pas au service des gouvernements en quête de transparence -, mais le mystère qui règne autour de l’organisation WikiLeaks est peut-être, en partie, une explication à ce problème. Si WikiLeaks était une organisation totalement indépendante des gouvernements, il y aurait sans doute beaucoup plus de facilité de contact. Or, on constate qu’il est très difficile de contacter cette organisation, qu’il n’y a pas d’email ni d’adresse officielle, et que les journalistes qui ont pu interviewer Julian Assange travaillent souvent pour des grands titres de presse, plus ou moins liés aux gouvernements. A partir de là, nous posons la question: est-ce que l’organisation WikiLeaks est si difficile à contacter, par mesures de sécurité, tout simplement parce que, derrière cette organisation, repose le travail de personnes liées à des services secrets et à des gouvernements impliqués dans le projet? est-ce que WikiLeaks est un projet gouvernemental an faveur de la transparence politique, mais un projet caché sous le nom d’une ONG « non-gouvernementale »? La réponse la plus évidente serait, en effet, que WikiLeaks a un rôle à jouer dans ces projets gouvernementaux concernant la transparence politique.

De plus, quoi de plus utile qu’une telle organisation pour réformer les systèmes de nos démocraties corrompues et vieillissantes? Les Etats-Unis devraient se réjouir du rôle de WikiLeaks qui, à travers l’affaire Manning, a révélé le dysfonctionnement de l’armée américaine et la déshumanisation de certains soldats, qui tirent aveuglément sur des victimes civiles ou des cibles terroristes. Les Etats-Unis devraient remercier l’organisation WikiLeaks de ce que ces révélations apportent à la démocratie américaine, à la prise de conscience de la population qui va peut-être permettre de changer les mentalités et de responsabiliser la classe politique face à leurs décisions et à leurs actions.

WikiLeaks est la meilleure des choses qui aient pu arriver aux Etats-Unis, le meilleur outil pour réformer le système politique, là où les Etats-Unis auraient dû dire, en soutien au travail de WikiLeaks: « si quelque chose ne va pas, nous allons le changer, heureusement qu’il y a des gens comme WikiLeaks pour révéler les failles de nos démocraties, car c’est grâce à eux que la démocratie américaine pourra continuer à exister ». Au final, les Etats-Unis ou plutôt une partie des responsables politiques ont attaqué et condamné WikiLeaks, ce qui est une réaction très décevante. Comme on peut le voir dans cette vidéo officielle, certains représentants aux Etats-Unis ont même appelé à l’assassinat de Julian Assange. Si les Etats-Unis avaient soutenu WikiLeaks dans ses publications, cela aurait donné un élan à la démocratie dans le monde et cela aurait redonné de l’espoir à beaucoup de gens déçus par la politique américaine. WikiLeaks était la meilleure des choses qui pouvaient aider à changer le système politique des Etats-Unis, malheureusement le gouvernement américain a pour le moment une attitude peu réceptive à l’égard de WikiLeaks, et comme on le voit aux réactions du Pentagone, l’escargot américain se replie dans sa coquille, au lieu de saisir la chance d’aller vers plus de démocratie.

kimono

CC BY-SA

WikiLeaks: Russia Today publie l’intégralité du documentaire MEDIASTAN

Documentaire Mediastan

Qu’auraient en commun un ancien détenu de Guantanamo, un journaliste dans un petit journal d’Asie centrale et un éditeur d’une grande publication occidentale? Ils obtiennent des documents de Wikileaks sur la politique de la région, mais que vont-ils faire avec?

En savoir plus: http://rt.com/news/mediastan-wikileaks-asia-release-505/
et http://wikileaks.org/Watch-MEDIASTAN.html

Révélation WikiLeaks: l’industrie pétrolière se prépare pour la plus importante campagne environnementale jamais connue

Hey, Big Oil-Go Frack Yourself!

MichelCollon.info, 15 décembre 2013

WikiLeaks, la plateforme des lanceurs d’alerte, a dévoilé récemment une série de documents qui révèlent à quel point les compagnies pétrolières se sentent acculées par les activistes. Les experts pensent que l’opposition aux projets dangereux pour l’environnement, notamment l’exploitation des sables bitumeux, pourrait à terme devenir la plus grande campagne pour l’environnement de tous les temps. Ces révélations éclairent les méthodes mises des multinationales pour appréhender la résistance (subdivisée en catégories allant de « réaliste » à « radicale »).

Alors que durant plusieurs décennies, les entreprises pétrolières et gazières ont pu jouir d’une certaine liberté de mouvement, elles doivent depuis quelques années faire face à une contestation toujours plus importante. Les multinationales impliquées dans le très controversé oléoduc Keystone-XL s’estiment d’ailleurs à ce point menacées par les activistes qu’elles encouragent leurs départements de relations publiques et de conseil à s’armer contre la critique.

La plus vaste campagne de défense de l’environnement jamais connue

Rendu public par WikiLeaks, le document « Oil Sands Market Campaigns«  de la société Strategic Forecasting est une présentation destinée à avertir les grands groupes pétroliers qu’en cas de contre-offensive tardive, l’hostilité à l’égard des activités du secteur pourrait se cristalliser dans la plus remarquable campagne pour l’environnement à laquelle ces grands groupes furent jamais confrontés. Bien qu’elle nie avoir sollicité les services de Strategic Forecasting, la société canadienne Suncor semble bien être le destinataire de cette présentation. WikiLeaks possède d’ailleurs quelques courriels dans lesquels des collaborateurs de Strategic Forecasting évoquent le payement par Suncor d’un montant de $ 14.890 pour deux projets achevés.

Radicaux, idéalistes, réalistes et opportunistes

Strategic Forecasting classe les opposants des compagnies pétrolières en différentes catégories (radicaux, idéalistes, réalistes et opportunistes) avant d’expliquer comment appréhender chacune de ces d’entre elles. Parmi les radicaux, on retrouvera des organisations militantes populaires telles que Rising Tide North America, Oil Change International et Indigenous Environmental Network. Greenpeace et Rainforest Action Network sont perçues comme deux entités hybrides, mi-radicales, mi-idéalistes. Sierra Club – le plus grand groupe environnemental américain, Amnesty International et Communities for a Better Environment demeurent des « idéalistes » ; et les différentes structures plus conventionnelles telles que le World Wildlife Funds, Natural Resources Defense Council et Ceres (une association du secteur non-marchand qui rassemble des entreprises, des investisseurs et des groupes d’intérêt publics) se rangent dans la classe des réalistes.

« En somme, ce que les activistes exigent, c’est une régularisation »

Selon Strategic Forecasting, bien que les activistes demandent l’arrêt des projets dangereux pour l’environnement, il apparaît que leur « exigence avérée » est l’application d’un code déontologique au secteur pétrolier. C’est pourquoi, la firme conseille aux compagnies concernées de poursuivre leurs activités tout en veillant à se fabriquer une image plus éthique destinée à atténuer la contestation. Elle préconise en outre de limiter les contacts avec les organisations de défense de l’environnement, de reporter sciemment les négociations, et d’établir des programmes environnementaux propres visant à éclipser les exigences des activistes. Il s’agit ni plus ni moins de museler l’opposition le plus longtemps possible, en tout cas tant que son influence politique est limitée.

Les compagnies pétrolières s’arment de longue date contre les activistes

Les révélations de WikiLeaks confirment l’ampleur toujours croissante des moyens mis en œuvre pour faire pression sur l’opinion publique afin de pouvoir poursuivre ses projets. Les travaux tels que le « fracking » et la pose d’oléoducs amènent les entreprises pétrolières toujours plus près des communautés locales – parfois jusqu’à littéralement envahir les jardins privés! Les citoyens inquiets rejoignent alors les rangs des activistes et donnent davantage de poids aux campagnes de protestation.

Une machine RP bien huilée, un outil essentiel pour une technologie contestée

En Roumanie, la société Chevron a demandé et obtenu l’aide de la police antiémeute pour investir ce mois-ci un camp de résistance pacifique. Activistes et riverains ont été dégagés manu militari pour permettre à Chevron de s’installer et de démarrer les travaux d’extraction du gaz de schiste. Dans le documentaire Gasland II traitant de l’extraction du gaz de schiste aux Etats-Unis, on apprend que des formations RP pour apprendre à appréhender les citoyens réfractaires et en colère, aux livres mettant en scène le « Gentil Frackosaure » et distribués aux enfants des écoles locales, l’industrie du gaz ne lésine pas sur les moyens pour tenter de manipuler le public. Craignant de voir la population locale s’opposer au fracking, Chevron aurait lancé en Pologne la campagne « We Agree », une énième manœuvre pour acheter l’opinion publique selon les activistes du groupe « Occupy Chevron »: « Chevron fournit des ordinateurs aux écoles locales, aménage des voies piétonnières et a même été jusqu’à faire reconstruire la maison d’un particulier qui se plaignait des dégâts causés par les vibrations des camions. Si ça, ce n’est pas de la corruption… »

Activistes: nos campagnes font de l’effet

Depuis qu’est la parution du document Strategic Forecasting, les mouvements de désobéissance civile et de protestation contre les sables bitumeux ont exercé une telle pression que le président Obama s’est vu contraint de postposer un arrêté portant sur le projet Keystone XL, du nom de cet oléoduc qui devrait assurer le transport du pétrole extrait des sables bitumeux canadiens vers les raffineries du Golfe du Mexique. D’autres actions de protestation ont également retardé l’aménagement d’autres oléoducs canadiens. Les campagnes de marketing élaborées par les compagnies pétrolières encouragent les activistes à poursuivre leurs actions. Scott Parkin, membre du Rainforest Action Network et de Rising Tide North America, déclarait à Inside Climate News: « Le fait que des sociétés telles que Strategic Forecasting nous étudient et nous ciblent est révélateur de l’influence de nos structures. Il va de soi que de tels documents n’étaient pas destinés à des non-initiés, mais nous ne nous laisserons pas intimider. Au contraire, cela nous encourage à exercer une pression encore plus forte. »

 Traduit par Olivier Porignaux pour Investig’Action

Source: http://michelcollon.info/Revelation-WikiLeaks-l-industrie.html?lang=fr

Au moins 13 agences gouvernementales canadiennes ont eu des contrats avec Stratfor, révèle WikiLeaks

786250-ressources-naturelles-securite-publique-grc

Ressources naturelles et de la Sécurité publique, ainsi que la GRC et la Commission canadienne de sûreté nucléaire, entre autres, ont des abonnements aux services de Stratfor.

Des agences canadiennes en lien avec une firme américaine privée

Publié le 15 décembre 2013 à 17h03

Ben Makuch
La Presse Canadienne
OTTAWA

Au moins 13 agences gouvernementales canadiennes avaient des contrats avec la firme américaine privée de renseignement Strategic Forecasting Inc., ou Stratfor, révèlent des courriels tout juste publiés sur le site WikiLeaks.

Stratfor a fait parler d’elle récemment, après qu’un document destiné à une société pétrolière suggérant des manières de contourner les groupes environnementaux, dont Greenpeace, eut filtré.

Les courriels indiquent que les agences canadiennes ont dépensé au moins un demi-million de dollars pour les services de Stratfor.

Des correspondances entre janvier 2009 et février 2011 contiennent des factures de 13 125 $ et de 13 725 $ pour des contrats d’un an du ministère des Affaires étrangères, du Commerce et du Développement, qui ne les a pas rendues publiques.

Selon une politique de divulgation proactive, le gouvernement doit pourtant publier sur Internet les transactions de plus de 10 000 $.

Le porte-parole des Affaires étrangères, Jean-Bruno Villeneuve, affirme que c’était un simple oubli clérical.

Il ajoute que ces abonnements étaient «largement utilisés dans le département pour apporter de l’information pour le développement de politiques et l’analyse».

Stratfor n’a pas voulu commenter la récente fuite, dirigeant plutôt La Presse Canadienne vers une politique de l’entreprise qui stipule qu’elle ne commente pas sur les documents de WikiLeaks.

«Certains courriels peuvent avoir été falsifiés ou modifiés pour inclure des inexactitudes, certains peuvent être authentiques, dit la politique. Nous ne confirmerons pas dans un cas comme dans l’autre. Nous n’expliquerons pas non plus la philosophie derrière les courriels. Notre propriété a été volée; nous n’allons pas être victimes une seconde fois en nous soumettant à des interviews sur le sujet.»

Un expert en renseignement canadien affirme que certains ministères fédéraux retiennent les services de firmes privées pour améliorer leur base de renseignement.

«Je pense que c’est plutôt commun, particulièrement pour les gens du domaine de l’analyse de renseignement du gouvernement canadien, d’avoir des contrats de temps en temps avec des firmes du secteur privé pour certains types de problèmes analytiques, ce que fait Stratfor, à la base», affirme Wesley Wark.

Dans d’autres courriels, on apprend que le Collège des Forces armées canadiennes à Toronto s’est abonné pour trois ans au portail «Premium» de Stratfor, ce qui donne accès à 10 utilisateurs différents à des analyses sophistiquées et des prévisions géopolitiques. Ce contrat a coûté 240 600 $ sur trois ans et l’armée l’a rendu public.

En plus des Forces armées, les ministères des Transports, de l’Industrie, de la Citoyenneté et de l’Immigration, des Ressources naturelles et de la Sécurité publique, ainsi que la GRC et la Commission canadienne de sûreté nucléaire, entre autres, ont des abonnements aux services de Stratfor.

Un pirate informatique et membre du groupe de piratage Anonymous, Jeremy Hammond, a plaidé coupable pour le vol de ces cinq millions de courriels et reçu une sentence de dix ans d’emprisonnement aux États-Unis.

M. Wark ne croit pas que Stratfor ait accès à de l’information confidentielle.

«Les gens qui travaillent pour Stratfor sont pour la plupart d’anciens membres de la communauté du renseignement américain. Ils ont des connexions. Mais je pense qu’ils travaillent principalement avec des données du domaine public.»

Source: http://www.lapresse.ca/international/dossiers/fuites-de-wikileaks/201312/15/01-4721198-des-agences-canadiennes-en-lien-avec-une-firme-americaine-privee.php

WikiLeaks: Deuxième publication de documents secrets sur l’Accord de Partenariat Trans-Pacifique

Communiqué de WikiLeaks

Lundi 9 Décembre 2013, 02:40 GMT

Le 13 Novembre 2013, WikiLeaks a publié le projet de texte du chapitre crucial de la propriété intellectuelle de l’Accord du Partenariat Trans-Pacifique (TPP), à l’approche de la réunion des négociateurs en chef du TPP à Salt Lake City, les 19-24 novembre 2013. Aujourd’hui, 9 décembre 2013, WikiLeaks a publié deux autres documents secrets du TPP qui montrent l’état des négociations, alors que les douze pays du TPP ont entamé des négociations censées être définitives à la réunion des ministres du commerce à Singapour, cette semaine.

L’un des documents décrit les profondes divisions entre les Etats-Unis et d’autres nations, et « une grande pression » exercée par les négociateurs américains pour amener d’autres pays à leur position. Les autres documents établissent la liste, pays par pays, des nombreux points de désaccord restants. Cela couvre [le chapitre de] la propriété intellectuelle et treize autres chapitres du projet d’accord. Cela donne à penser que les négociations du TPP ne peuvent se conclure que si les pays d’Asie-Pacifique reculent sur les principales questions d’intérêt national, sinon le traité sera un échec total.

Source: http://wikileaks.org/Second-release-of-secret-Trans.html

TPP-extraits de Salt Lake (PDF)

TPP-positions de Salt Lake (PDF)

Voir la première série de publications du TPP par Wikileaks: https://wikileaks.org/tpp/

Révélations WikiLeaks: La CIA a participé à l’arrestation de Mandela en 1962

Histoire et société, 7 décembre 2013

Nelson MandelaLe site internet WikiLeaks a divulgué ce samedi un article publié en 1990 par le journal états-unien The New York Times, qui révélait alors la participation de la CIA dans l’arrestation du leader sud africain Nelson Mandela.

Mandela, qui est mort hier à 95 ans, à Johannesburg, a été la cible de l’Agence Centrale d’Intelligence (CIA), le site a publié les archives dans lesquelles est décrite la manière dont un haut gradé de cette agence a notifié la nouvelle de l’arrestation de Mandela en août 1962.

Selon ce texte, au moyen d’un agent infiltré dans l’ANC au Congrès National Africain, l’agence a aidé les services sud-africains de Renseignement à arrêter Mandela.

Un ex-fonctionnaire sud-africain, Gerard Ludi, a raconté qu’un responsable de la CIA est entré dans son bureau et il lui a dit qu’ils avaient livré Mandela au département de Sécurité de l’Afrique du Sud.

« Nous leur avons donné tous les détails ycompris les vêtements qu’il porterait, à l’heure et au lieu où il serait (Mandela) », ont-ils déclaré à Ludi.

Le 5 août 1962, après un déjeuner clandestin avec d’autres activistes dans Durban, Mandela, qui à l’époque était habillé en chauffeur, a été reconnu et arrêté, et libéré 27 ans après, en février 1990, grâce à la pression internationale.

La mort du premier président noir de l’Afrique du Sud, Prix Nobel la Paix (1993) et un héros des luttes anti-apartheid a provoqué une vague de solidarité parmi les gouvernements, dans les peuples, les secteurs intellectuels et civils du monde entier.

Radio del Sur traduit par Danielle Bleitrach pour Histoireetsociete

Source: http://histoireetsociete.wordpress.com/2013/12/07/revelations-wikileaks-la-cia-a-participe-a-larrestation-de-mandela-en-1962/

Un câble Wikileaks de 2009 montre que l’armée israélienne a visé les infrastructures civiles, avant de viser le Hamas

Bombardements à Gaza

Voici un extrait du câble diplomatique 09JERUSALEM17, daté du 2 janvier 2009, où on apprend, grâce au témoignage d’une collaboratrice de l’USAID, Manal al-Bashti, que les raids israéliens ont visé, d’après ce qu’elle dit, à détruire les infrastructures civiles et gouvernementales des palestiniens, plutôt que de lutter contre le Hamas et les ennemis présumés de l’armée israélienne. Son témoignage offre un autre regard sur la situation du conflit israélo-palestinien:

7. (C) Manal al-Bashti, gestionnaire de programme d’un projet de société civile/démocratie financé par l’USAID [Agence des États-Unis pour le développement international], a dit au personnel de l’USAID que des frappes aériennes israéliennes ont fréquemment visé des institutions gouvernementales, telles que le bâtiment du Ministère de l’Enseignement du PA [Autorité Palestinienne] et le siège du PLC [Conseil Législatif Palestinien], qui n’ont aucun lien avec les forces militaires ou les roquettes du Hamas. Elle a indiqué que la campagne militaire israélienne semblait plus dirigée à détruire l’infrastructure civile palestinienne, plutôt que dégrader les capacités du Hamas à attaquer Israël. Elle a dit que les modérés et les civils souffrent le plus des combats.

Source: http://www.wikileaks.org/plusd/cables/09JERUSALEM17_a.html

Pour retrouver la citation dans le câble original: http://www.wikileaks.org/plusd/cables/09JERUSALEM17_a.html#efmBfrBoc

Le cinquième pouvoir: un film malhonnête sur WikiLeaks et Julian Assange

IRIB, 24 novembre 2013

Le Cinquième Pouvoir [titre original The Fifth Estate] est la deuxième sortie majeure cette année portant sur le sujet du site de lanceurs d’alertes WikiLeaks.

Capture d’écran de la vidéo "Collateral Murder"Ce film n’est pas une amélioration par rapport au premier, le dérisoire documentaire d’Alex Gibney, We Steal Secrets: The story of WikiLeaks. Ce n’est pas une mauvaise direction ou la faiblesse du jeu d’acteurs qui posent problème dans Le Cinquième Pouvoir. C’est plutôt que le scénario de ce film commandé et produit par DreamWorks et écrit par Josh Singer est basé sur deux livres très tendancieux, tous deux hostiles à WikiLeaks et à son fondateur, Julian Assange.

En s’appuyant sur des sources politiquement suspectes et erronées, le projet était irrémédiablement condamné à ne pas représenter la réalité. Même si le réalisateur et d’autres personnes impliquées dans le tournage du film Le Cinquième Pouvoir déclarent qu’il ne s’agit pas d’une attaque contre Assange, cela n’empêche pas qu’il s’agit d’une œuvre tendancieuse qui a adopté une orientation politique bien précise.

Une œuvre faisant un portrait honnête de WikiLeaks, cette organisation qui a des ennemis jurés aux plus hauts échelons de l’élite américaine, aurait les plus grandes difficultés à obtenir un financement suffisant et serait plutôt tuée dans l’oeuf. Les responsables du film Le Cinquième Pouvoir n’ont rencontré aucun de ces problèmes, le film a été financé à hauteur de 30 millions de dollars par DreamWorks et Disney en a assuré la distribution.

L’histoire est en grande partie racontée à travers les yeux de Daniel Domscheit-Berg, un ex-volontaire allemand de WikiLeaks qui a été suspendu de l’organisation en août 2010. Il a raconté son histoire dans Inside WikiLeaks : My Time with Julian Assange at the World’s Most Dangerous Website [article en anglais], livre publié en 2011 et applaudi dans les médias précisément parce qu’il s’acharnait contre Assange.

Les circonstances qui entourent l’exclusion de Domscheit-Berg de WikiLeaks sont remarquables pour dire le moins. Sa première action a été de saboter la plateforme qui permettait aux lanceurs d’alerte de contacter WikiLeaks, la rendant inutilisable, ce qui l’a fait fermer pour un long moment. Domscheit-Berg est également parti avec une quantité de documents non publiés qui, d’après WikiLeaks, «comprenaient des preuves que plus de 60 femmes et enfants avaient été massacrés en Afghanistan par des forces américaines.»

Domscheit-Berg a admis avoir détruit 3000 documents soumis par des lanceurs d’alertes concernant les activités de Bank of America. Peu après il a créé son propre projet «OpenLeaks», qui n’a jamais publié un seul document.

Domscheit-Berg a affirmé, comme le fait le film, qu’il a perdu ses illusions sur Assange en grande partie parce que ce dernier ne voulait pas travailler en équipe et était «imprudent» en ce qui concerne la protection des sources. Ces commentaires ne sont pas sincères. En réalité, son départ de WikiLeaks a coïncidé avec la chasse aux sorcières mondiale contre Assange qui a commencé à la mi-2010.

C’était après que WikiLeaks ait déjà rendu publique la vidéo «Meurtre collatéral», qui montre l’armée américaine en train de tuer des civils innocents en Irak depuis un hélicoptère, ainsi que les «fichiers de la guerre d’Afghanistan», sur les meurtres de civils et les autres violences des forces spéciales américaines et alliées. L’élite dirigeante était unie dans sa détermination à stopper WikiLeaks et son fondateur. C’était la base de l’invention d’accusations de violences sexuelles contre Assange, pour des motifs politiques, durant son voyage en août 2010.

Domscheit-Berg a été suspendu de WikiLeaks le 26 août 2010. Le 25 août, en suivant ses directives, des techniciens responsables de la maintenance du site Web avaient fermé son moteur de publication, et changé le mot de passe du système d’e-mails et du compte Twitter. Ces événements ont eu lieu quelques jours seulement après que deux femmes ont déposé plainte contre Assange en Suède le 20 août.

Domscheit-Berg a déclaré à Der Spiegel le 27 septembre 2010 que l’offensive judiciaire contre Assange était «une attaque personnelle contre lui, mais qu’elles [les accusations] n’ont rien à voir avec WikiLeaks directement.»

Domscheit-Berg était expressément hostile aux révélations par WikiLeaks des crimes commis par les États-Unis et d’autres grandes puissances impérialistes. Il a déclaré au Times le mois suivant, «L’objectif de la plateforme quand elle a commencée en 2006 était d’informer des gens intelligents et de leur fournir un socle de faits solides pour prendre des décisions intelligentes. Mais c’est devenu un problème dès que nous avons commencé à prendre parti.»

La deuxième source du film, WikiLeaks: Inside Julian Assange’s War on Secrecy [article en anglais], a été publié en février 2011 par le Guardian et écrit par les journalistes David Leigh et Luke Harding. Ce livre venait couronner la campagne du Guardian contre Assange qui a débuté en novembre 2010. Le quotidien britannique avait dans un premier temps passé un accord avec Assange pour l’aider à publier les communications diplomatiques secrètes.

Le soutien du Guardian à l’extradition d’Assange vers la Suède, et la description de ce dernier comme un égocentrique en ont rapidement fait la version «officielle» de l’histoire de WikiLeaks.

Assange n’a jamais été approché par quelqu’un de DreamWorks ni autorisé à présenter sa propre version des faits. Il a refusé une demande de l’acteur Benedict Cumberbatch de le rencontrer pour l’aider à incarner son personnage dans le film. Comme il l’a expliqué dans une longue lettre [en anglais] à Cumberbatch, «DreamWorks a construit toute sa production sur les deux livres les plus discrédités disponibles sur le marché […] Pour se justifier, on va affirmer que le film est une œuvre de fiction, mais ce n’est pas une fiction. C’est une vérité déformée sur des gens vivants qui se battent contre des adversaires titanesques. C’est une œuvre d’opportunisme politique, d’influence, de revanche, et surtout, de lâcheté.»

Cumberbatch a dit que la lettre d’Assange l’avait au moins forcé à réfléchir à sa participation au film. Il a déclaré, «je voulais faire un portrait en trois dimensions d’un homme bien plus diffamé dans la presse tabloïde qu’il ne l’est dans notre film.»

Un article paru dans Vogue notait qu’après avoir lu un des premiers scripts, «Cumberbatch a réalisé que certaines des craintes d’Assange étaient justifiées. “Sur une bonne partie de la direction d’acteurs, nous avons été en confrontation parce que Bill [Condon] semblait vouloir le présenter comme ce mégalomane antisocial.”»

L’histoire du film Le Cinquième Pouvoir manque de cohérence. Par moments, elle semble changer de sujet au gré de la bande-son qui est parfois assourdissante.

Les crimes de grande ampleur révélés par WikiLeaks semblent largement sans importance aux producteurs du film Le Cinquième Pouvoir. Il passe des activités actuelles d’Assange en divers endroits aux images d’un Assange solitaire dans son enfance. Une scène prétend de manière mensongère qu’il a fait partie d’un «culte» dans son enfance dans lequel «les enfants se teignaient les cheveux en blanc.»

Le contenu réel des révélations de WikiLeaks, en particulier à partir de «Meurtre collatéral», est traité brièvement et d’une manière désordonnée. Un certain nombre d’histoires mineures sont introduites, dans le but de prouver, faussement, que WikiLeaks mettait des vies en danger de manière inutile avec ses révélations.

Vers la fin du film, le personnage de Domscheit-Berg rencontre le journaliste Nick Davies du Guardian (David Thewlis), le lien original entre le journal et Assange.

Davies, consultant pour le film, pontifie sur les origines de la presse libre en Grande-Bretagne et la manière dont le «quatrième pouvoir» – les grands médias – a émergé au détriment de ceux qu’il a martyrisés. Il dit à Domscheit-Berg que «la révolution de l’information» lance un nouveau «cinquième pouvoir,» déterminé à «détruire son prédécesseur». C’est un plaidoyer pour un journalisme «responsable», c’est-à-dire politiquement compromis et favorable à l’élite dirigeante qui n’oublie pas de faire une mise en garde sur les dangereux individus du genre d’Assange qu’il faut mettre à l’écart.

«Daniel, vous et Julian nous avez donné un échantillon de ce que pourrait être le futur,» déclare Davies. C’est à vomir. Davies a beaucoup fait pour légitimer la campagne sans précédent pour «attrapper Assange» afin d’écraser WikiLeaks, avec son article calomnieux paru en décembre 2010 dans le Guardian, « 10 days in Sweden: the full allegations against Julian Assange.»

Assange s’est vu refuser ses droits fondamentaux durant plus de trois ans. Il a été contraint à demander l’asile à l’ambassade de l’Équateur à Londres. Sa vie et sa liberté sont toujours menacées par des ennemis immensément puissants. Il est la victime, celui que l’on persécute. Tout cela est simplement négligé. Condon a épuré les trois dernières années de son histoire de WikiLeaks. Tout ce qui suit la détention d’Assange en décembre 2010 à Londres est couvert en moins de cinq minutes, réduit à quelques intertitres, en alternance avec le personnage d’Assange s’exprimant depuis l’ambassade équatorienne. Le Cinquième Pouvoir est un projet malhonnête, et tous ceux qui y sont impliqués, artistiquement ou financièrement, devraient en avoir honte.

Robert Stevens

Source: http://french.irib.ir/info/item/293540-le-cinqui%C3%A8me-pouvoir-un-film-malhonn%C3%AAte-sur-wikileaks-et-julian-assange?