Quand WikiLeaks accuse Google et l’USAID de faire du changement de régime pour le compte des Etats-Unis…

Renversement du Totum Arabe (Sherif Arafa)Caricature: Sherif Arafa (Cartoon Movement)

Quand WikiLeaks accuse Google et l’USAID de faire du changement de régimes pour le compte des Etats-Unis… peut-on le croire sincère? Alors que l’organisation WikiLeaks oeuvre plus ou moins à la même chose, en ayant par exemple directement influencé les événements du Printemps Arabe, notamment en Egypte et en Tunisie, où Julian Assange a affirmé en personne que les révélations diplomatiques ont eu un impact sur le changement de régime et les révolutions dans ces deux pays — comment peut-on interpréter les tweets de @wikileaks dénonçant l’action de Google et de l’USAID vis-à-vis des changements de régimes dans d’autres régions du monde, que ce soit en Amérique Latine, en Afrique, au Moyen-Orient ou même en Europe?

@wikileaks, 6 avril 2014: « Le bureau de l’USAID des « Initiatives de Transition » gère les programmes de changement de régime, ainsi en est-il de Google ».

Peut-être que Wikileaks aurait dû ajouter à ce tweet: « Ainsi est-il de l’organisation @wikileaks ». Politiquement parlant, WikiLeaks, Google et l’USAID fonctionnent dans un but relativement semblable en ce qui concerne la transition démocratique et l’effort pour rendre plus transparents des gouvernements étrangers où manquent certains principes de la liberté d’expression et des droits de l’homme, mais tout cela se fait, semble-t-il, avec des moyens et des méthodes différentes. L’USAID (Agence des États-Unis pour le développement international) dépend directement des Etats-Unis, Google est une société privée, mais avec le récent scandale de la NSA, on apprend aussi qu’en tant que géant d’Internet, Google dépend aussi du gouvernement des Etats-Unis, tandis que WikiLeaks est une organisation à part, une organisation secrète qui se dit indépendante des gouvernements, mais qui affirme en même temps avoir affaire à des services secrets, et on imagine mal comment Wikileaks pourrait publier des documents sensibles sans avoir un certain réseau de soutien au sein même des gouvernements.

En même temps, rien n’a jamais permis de dire si Wikileaks a été créé ou pas par le gouvernement américain, mais beaucoup de personnes pensent que cela aurait pu être un outil très utile pour servir l’agenda des Etats-Unis dans les efforts de transition démocratique dans plusieurs pays du monde, notamment au Moyen-Orient. De plus, dans l’article cité par @wikileaks dans ce tweet, il est question du changement de régime au Vénézuela: 

Un câble WikiLeaks publié en 2013 décrit la stratégie des États-Unis pour saper le gouvernement de Chavez par «pénétrer la base politique de Chavez», «en divisant le chavisme» et «en isolant Chavez internationalement. » (blog foreign policy)

Quand Wikileaks tweete le lien de cet article, cela ne veut aucunement dire qu’il est contre la stratégie américaine qui a consisté à déstabiliser un gouvernement au Vénézuela, alors qu’on sait que l’Amérique Latine rencontre beaucoup de problèmes de corruption, de pauvreté et d’injustice de manière générale, et qu’il en est de même au Vénézuela. Autrement dit, l’organisation Wikileaks pourrait très bien soutenir l’idée d’un changement de régime au Vénézuela et d’une ouverture démocratique, tout en pointant du doigt l’implication du gouvernement américain dans cette transition politique. C’est là tout l’art de Wikileaks, de ne jamais dévoiler les vrais enjeux de l’organisation.

D’autre part, on trouve aussi sur le site de l’USAID de nombreux projets et des articles liés à la transparence politique, le concept même défendu par Wikileaks et qui est une idée lancée par le gouvernement des Etats-Unis. On peut trouver également, en faisant une simple recherche avec le mot-clé « wikileaks », un document intitulé « TRANSPARENCY AND INTEGRITY PROJECT » qui prend même les câbles Wikileaks pour appui dans une analyse politique (p. 46), précisant que le câble Wikileaks a donné « un détail pertinent ». On voit donc à quel point la fuite des câbles diplomatiques a pu servir le gouvernement des Etats-Unis et leurs services secrets pour justifier les accusations de corruption d’un régime en place, pour authentifier des propos ou des rumeurs, et pouvoir ainsi continuer leur politique de changement de régime, grâce à une organisation comme Wikileaks où personne ne peut pour autant prouver si elle dépend ou non du gouvernement américain.

Nous avons déjà longuement analysé les liens possibles de Wikileaks et du gouvernement américain, ou d’autres services secrets occidentaux, mais aussi les liens possibles avec l’ONU. Quand Wikileaks s’attaque à Google, ou à d’autres sociétés ou organismes dépendants du gouvernement américain, on ne sait pas très bien s’il cherche effectivement à dénoncer l’influence négative que les services secrets américains ont pu avoir dans certains pays, ou si, au contraire, Julian Assange fait déjà de la promotion pour des projets de transparence politique, ou bien s’il s’agit de faire la promotion d’un dernier livre qui parle encore de Google… En dehors de ça, toute ressemblance entre Google, l’USAID et Wikileaks serait donc fortuite.

Voir le tweet de @wikileaks: https://twitter.com/wikileaks/status/452625240854904832

PRISM, Tempora: Les programmes de surveillance internet guettent la Tunisie

HuffPost Maghreb, 3 juillet 2013

Le 7 juin 2013, de nombreux détails des programmes de surveillance internet PRISM et Tempora, dirigés par l’américaine NSA (National Security Agency) et la britannique GCHQ (Government Communications Headquarters), sont portés au grand jour. A l’origine de ces révélations initialement publiées par le quotidien britannique The Guardian: Edward Snowden, ex-consultant pour la NSA et la CIA.

De quoi sont capables ces programmes de surveillance ?

Les allégations, fondées sur une série de documents classés top-secret et fournis par le jeune informaticien de 30 ans, concernent l’existence d’une back-door chez plusieurs géants de l’internet. Des multinationales comme Facebook, Microsoft ou encore Google auraient fourni un accès direct à leur système aux agences de sécurité gouvernementales.

Les gouvernements auraient ainsi accès, entre autre, au contenu de mails et de live chats, ainsi qu’aux conversations audiovisuelles via un accord avec Skype. Toujours, selon The Guardian, les multinationales mises en cause auraient, pour celles qui ont répondu, réfuté ces accusations.

Etant donné le caractère multinational de ces entreprises, de nombreux États craignent pour la protection des données privées de leurs consommateurs ainsi que celle de leurs institutions. La France a annoncé ne pas pouvoir « accepter ce comportement » qui doit cesser « immédiatement ». Un responsable européen a souligné une possible « rupture de confiance » au cas où les faits seraient avérés (AFP), tandis que The Guardian, révélait que l’Italie, la France ou encore la Grèce seraient parmi les 38 cibles privilégiées de la NSA.

La NSA défend les programmes de surveillance

Qu’en est-il de la Tunisie ?

Près d’un tiers des tunisiens sont utilisateurs de Facebook et nombre d’entre eux sont adeptes du service de boîte électronique de Google ou encore du logiciel de communication audiovisuelle Skype. Les risques constatés dans d’autres pays devraient donc également s’appliquer en Tunisie.

Selon le directeur de l’Agence tunisienne d’Internet (ATI), Moez Chakchouk, joint par le HuffPost Maghreb, les récentes révélations ne changent que peu l’état des choses, car les autorités « se doutaient probablement de l’existence de tels comportements » de la part des multinationales. Mais alors que la Commission nationale de l’informatique et des libertés française (CNIL) et son équivalente espagnol AEPD leur ont déjà promis des sanctions au cas où ces comportements persisteraient, le sujet reste étrangement absent des débats en Tunisie.

Moez Chakchouk admet que malgré « son nombre comparativement réduit d’internautes, la Tunisie, comme tout autre pays, est bien sûr concernée par ces révélations, surtout que l’usage des réseaux sociaux a atteint son apogée, notamment depuis la révolution et l’ouverture totale de l’Internet ». Mais il analyse également que les tunisiens « sont encore très sensibles au sujet de la censure du net » et ne se préoccupent donc pas de la protection de leurs données. Un débat en efface un autre.

Lors de la conférence 2013 de la Freedom Online Coalition (FOC), qui regroupe 21 pays et avait lieu à Tunis le 17 et 18 juin, les enjeux des libertés en ligne devaient être abordés sous tous leurs aspects. Mais les participants tunisiens « se sont peu intéressés pour les sujets de protection, et bien plus pour ceux de la censure », indique Moez Chakchouk. En revanche, un évènement annexe, hébergé par Nawaat, a été dédié exclusivement à une discussion autour de la surveillance internet, comme le rappelle Jillian C. York, directrice de l’EFF.

Même s’il identifie des risques non moins importants liés à la protection de données personnelles et à la garantie de la liberté d’expression sur internet, M. Chakchouk pense que les enjeux de ces révélations sont autre part.

« Moi aussi, je veux! »

Des « rapports de transparence » publiés par Google, Microsoft et bientôt Facebook font état de nombreuses demandes d’accès aux données personnelles de la part de plusieurs gouvernements. Pour le moment, « ces rapports ne mentionnent pas la Tunisie », précise Moez Chakchouk, « mais il y a là un véritable risque de contagion ». Ayant constaté l’accès privilégié offert aux américains par ces multinationales, il est en effet plausible que certains gouvernements songent alors à réclamer les mêmes privilèges. A titre personnel, il ne pense pas que « Google ou Facebook agiront dans ce sens, surtout dans les pays où il n’existe aucun garde-fou juridique pour garantir les droits de l’homme sur internet ». Quant à l’espionnage d’État tant craint par les grandes puissances, Moez Chakchouk ne croit pas que la Tunisie soit concernée, les « intérêts commerciaux y étant relativement faibles ».

Pour le directeur de l’ATI, il faut avant tout agir « à échelle internationale », notamment via l’adhésion à la convention 185 du Conseil de l’Europe sur la cybercriminalité mais aussi à la convention 108 relative à la protection des données personnelles. La Tunisie, en attendant, a d’autres priorités : « l’emploi, la croissance économique, la démocratie, etc… ». Et en ce but, « c’est dans le sens économique qu’il faut coopérer avec ces multinationales pour promouvoir l’innovation, avant de poser toute question liée à la sécurité nationale et les risques relatifs à l’usage d’internet ».

[…]

Source: http://www.huffpostmaghreb.com/2013/07/03/prism-tempora-surveillanc_n_3539309.html

Tunisie: Pourquoi Marzouki collabore-t-il avec Google?

Tunisie Numérique, 24 septembre, 2013 à 14:56

Lundi 23 septembre, Moncef Marzouki a donné une conférence à New York sur la constitution tunisienne. Il était invité par Google Ideas, une filiale du géant de la communication Google, à exposer l’expérience tunisienne en matière de démocratie.

Pour relater la conférence, le communiqué de presse officiel de la présidence de la république, désigne Google Ideas sous le nom de « fondation ». Or il serait fallacieux de dire que Google Ideas est seulement une fondation ou une société. C’est surtout un think tank créée par Google, c’est à dire un cercle de réflexion politique affilié à Google ou plus clairement un lobby à travers lequel Google veut influer sur les politiques internationales.

Le dirigeant de Google Ideas, Jared Cohen, élu par le magazine Times comme l’une des 100 personnalités les plus influentes du monde, est un ancien conseiller de l’ex-secrétaire d’état de Geoges .W. Bush: Condoleezza Rice. Il est soupçonné par le biais de  révélations de messages Wikileaks de collaborer avec la maison blanche dans un travail à la fois politique et technologique de Google Ideas à travers le monde, pour manipuler certains soulèvements et renverser des régimes opposés aux États-Unis.

Officiellement Google Ideas va créer un nouveau portail qui recense les constitutions du monde entier afin de permettre la comparaison entre elles, dans le but d’aider notamment les pays en transition politique. D’après un article du Figaro, « présent aux côtés des représentants de Google, le président tunisien Moncef Marzouki s’est dit « fasciné » par l’initiative, qui sera « extrêmement utile » pour des pays comme le sien, qui ont du mal à se doter d’une constitution ou d’une loi électorale. »

Mais cette fascination béate devrait être plus nuancée.

Premièrement parce que la crise politique en Tunisie qui a débouché sur le blocage de la rédaction de la constitution, a été provoquée par les agissements de la Troïka et son refus de l’aide des experts en droit constitutionnel. Les experts de la commission de Venise avaient d’ailleurs signalé toutes les fautes et les incohérences du projet de constitution rédigé par des députés sur lesquelles domine une Troïka majoritaire.  La Troïka dont fait partie le parti du président Marzouki, a toujours été contre l’intervention d’experts dans la rédaction.

Deuxièmement, parce que cette initiative a l’air d’être une façade pseudo-démocratique de ce think tank pro-américain appelé Google Ideas. Julian Assange n’a-t-il pas dit dans un article publié au New York Times, très critique envers un livre coécrit par Jarred Cohen et le patron de Google Eric Schmidt: « l’avancée des technologies de l’information incarnée par Google porte en elle la mort de la vie privée de la plupart des gens et conduit le monde à l’autoritarisme ».

Alors les question qu’on peut se poser sont:   Moncef Marzouki a-t-il lu l’article en question de Julian Assange avant de déclarer sa fascination ? Sait-il, lui l’anti-impérialiste, que des preuves comme ceux d’Edward Snowden accusent Google d’avoir collaboré à une gigantesque entreprise d’espionnage montée par les États-Unis ? D’autant plus que Marzouki s’était laissé interviewer avec enthousiasme par Assange, en 2012. A cette occasion, notre président, surfant sans doute sur la notoriété du fondateur de Wikileaks, avait déclaré qu’il « admirait son travail » et qu’il l’invitait à d’installer en Tunisie en cas de problème.

Peut-être sait-il tout cela mais tend-il simplement à concrétiser son projet personnel d’une cour constitutionnelle internationale. Seulement un président d’une république a-t-il le droit de côtoyer et de collaborer avec les dirigeants d’une grande entreprise privée, même pour des buts nobles?

Quoi qu’il en soit, en collaborant avec « la fondation » de Jarred Cohen, Marzouki, le défenseur des droits de l’homme et des libertés individuelles, se contredit sur plusieurs plans: sur le plan idéologique et sur le plan politique. Cette contradiction connote soit une naïveté face aux enjeux profonds de certaines entreprises qui le dépassent soit un machiavélisme visant à internationaliser des projets personnels soit une implication dans des consignes parachevées par la récente rencontre avec Barack Obama.

Un communiqué de la présidence se doit de répondre à ces questions sans langue de bois.

Source: http://www.tunisienumerique.com/tunisie-pourquoi-marzouki-collabore-t-il-avec-google/193707

Assange s’adresse aux Nations Unies: « Il est temps pour les Etats-Unis d’arrêter la persécution contre WikiLeaks »

Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks, a appelé les Etats-Unis à passer des mots à l’action, et à mettre un terme à leur persécution à l’égard de WikiLeaks, de leurs personnes et de leurs sources. Il a fait la déclaration pendant un discours adressé à une commission de délégués des Nations Unies.

En s’adressant aux représentants des pays membres des Nations Unies, le fondateur de WikiLeaks a évoqué la différence entre les mots et les actions, félicitant le président Barack Obama de ses mots.

« Nous admettons et nous sommes en accord avec les mots selon lesquels la paix peut être réalisée… Mais le temps des mots touche à sa fin. Il est temps pour les Etats-Unis d’arrêter la persécution contre WikiLeaks, contre nos personnes et contre nos sources. »

Assange a été hautement critique à l’égard de l’implication des Etats-Unis dans le Printemps Arabe, dénonçant l’audace d’Obama qui s’en est servi. Il a ajouté que c’est «irrespectueux pour les morts » d’affirmer que les Etats-Unis ont soutenu les forces du changement.

« N’est-il pas audacieux d’entendre le président des Etats-Unis dire que son pays a soutenu les forces du changement dans le Printemps Arabe ? L’histoire de la Tunisie n’a pas commencé en décembre 2010, et Mohamed Bouazizi ne s’est pas immolé par le feu pour que Barack Obama puisse être réélu », a dit Assange à la commission.

« Le monde savait, après la lecture de WikiLeaks, que Ben Ali et son gouvernement ont pendant de longues années apprécié l’indifférence, voire le soutien, des Etats-Unis, en toute conscience de leurs excès et de leurs crimes. Cela devrait donc être une surprise pour les Tunisiens de savoir que les Etats-Unis ont soutenu les forces du changement dans leur pays, et cela devrait être une surprise pour les adolescents égyptiens de savoir que l’administration des Etats-Unis a soutenu le changement en Egypte, eux qui ont lavé leurs yeux des larmes causées par les gaz américains. »

Julian Assange a aussi longuement parlé de Bradley Manning, le citoyen américain accusé d’avoir fourni des centaines de câbles diplomatiques militaires sensibles. Assange a accusé le gouvernement des Etats-Unis de détenir Manning sans charge et de le maltraiter, essayant même de faire pression sur lui en échange du témoignage de Manning contre Assange. Le fondateur de WikiLeaks a dit à la commission des Nations Unies que Bradley Manning, accusés de « crimes passibles de peines de mort », a subi « des traitements dégradants, a été maltraité et torturé psychologiquement. »

Il a ajouté que le FBI a produit 42 135 pages relatives à l’activité de WikiLeaks, dont pas moins de 8000 concernent Bradley Manning, rappelant qu’il croit que le citoyen des Etats-Unis est détenu de manière absurde.

Julian Assange a fait sa déclaration depuis l’ambassade d’Equateur à Londres, où il a trouvé refuge depuis le mois de juin, après avoir perdu une bataille juridique contre l’extradition en Suède. Le fondateur de WikiLeakscraint que la Suède, qui veut l’interroger pour des allégations d’agression sexuelle, permette son extradition vers les Etats-Unis, pour son rôle dans la fuite de milliers de câbles secrets diplomatiques et militaires.

Le Ministère des Affaires étrangères du Royaume-Uni maintient qu’il a l’obligation formelle d’arrêter Assange une fois qu’il quittera le territoire de l’ambassade. Le ministre des Affaires étrangères de l’Equateur, Ricardo Patino, a pendant ce temps affirmé que transférer Assange dans l’ambassade de leur pays en Suède serait un compromis acceptable pour toutes les parties engagées, étant donné qu’ « il resterait sous notre protection, tout en satisfaisant les demandes du système juridique suédois. »

Le ministre des Affaires étrangères de l’Equateur a aussi dit que le droit à la liberté d’Assange devait être respecté.

« Je ne connais aucun cas dans l’histoire où l’asile diplomatique n’ait pas fini par la liberté de la personne. J’espère que cela ne sera pas une exception dans l’histoire. Chaque pays doit respecter le droit d’un pays à accorder l’asile politique et respecter la personne à qui il a été accordé. »

Julian Assange a dit aux journalistes présents à l’Assemblée Générale de la commission des Nations Unies que « le Royaume-Uni et la Suède ont tous deux refusé d’offrir des garanties » qu’il ne serait pas extradé vers les Etats-Unis, où lui-même et WikiLeaks ont tous deux été déclarés « ennemis de l’Etat » par l’armée, et classés dans la même catégorie qu’Al-Qaïda et les Talibans.

Le Royaume-Uni et la Suède ont gardé le silence sur la possibilité d’un compromis, bien que tous deux aient affirmé publiquement qu’Assange ne devrait pas faire face à un traitement spécial, en mieux ou en moins bien par rapport à la normale, sous le coup de leur système juridique.

Traduit par kimono

Source:

http://rt.com/news/assange-addresses-un-human-rights-069/

WikiLeaks – Contrat entre Microsoft & le Gouvernement Tunisien: L’arrière boutique des négociations

Identifiant du Câble diplomatique: 06TUNIS2424
Origine: Ambassade de Tunis
Créé: 2006-09-22 10:44:00

1. (SBU) Résumé : Durant le Microsoft Government Leaders Forum s’étant tenu en Afrique du Sud les 11 et 12 Juillet, le Gouvernement Tunisien et Microsoft Corporation ont signé un accord de partenariat qui prévoit des investissements de Microsoft en matière de formation, de recherche et de développement, mais engage également le Gouvernement Tunisien à utiliser des logiciels Microsoft sous licence. Selon Salwa Smaoui, Directeur Général de Microsoft Tunisie, il s’agit d’un contrat gagnant-gagnant à la fois pour le Gouvernement Tunisien et pour Microsoft. Le processus de négociation et de l’accord consenti en lui-même illustrent les priorités du GT et le coût de faire des affaires en Tunisie. Fin du Résumé.

2. (SBU) L’accord entre Microsoft et GT a été signé en Juillet lors du Microsoft Government Leaders Forum tenu en Afrique du Sud. Bien que signé en Juillet, nous n’avons encore reçu aucune information en provenance du GT ni de Microsoft et, en dépit de nos demandes répétées, Microsoft ne nous a pas encore fourni une copie de l’accord final. Lors d’une Réunion tenue en septembre avec EconOffs, Salwa Smaoui – Directeur Général de Microsoft Tunisie – a fourni un aperçu des principaux points. L’accord final décrit une coopération avec le GT en matière de e-gouvernance, cyber-sécurité, droits de propriété intellectuelle et développement des capacités pour les programmes de technologies de l’information en Tunisie. Microsoft mettra en place un Centre d’Innovation Microsoft en Tunisie pour développer la capacité de production locale de logiciels en fournissant des services de formation et de conseil aux développeurs de logiciels. L’expansion du secteur TI tunisien est devenu une priorité pour le GT comme moyen d’absorber le nombre croissant de diplômés universitaires au chômage. Selon Smaoui, le GT investit environ un pour cent du PIB en recherche et développement dans le secteur des TI. Microsoft a également accepté de fournir une formation aux Tunisiens handicapés afin de leur permettre de rechercher un emploi dans le secteur des TI par le biais du télétravail. (Note : L’épouse du Président Ben Ali, Leila Ben Ali, gère une association caritative pour les Tunisiens handicapés. Fin de la Note.).

3. (U) Dans le cadre de l’accord, Microsoft aidera le GT à améliorer et moderniser ses ordinateurs et ses capacités réseaux. À son tour, le GT a accepté d’acheter douze mille licences pour la mise à jour des ordinateurs du gouvernement avec des logiciels Microsoft sous licence, plutôt que les versions piratées couramment utilisées jusqu’ici, selon un employé de Microsoft. Depuis 2001, le GT a adopté une politique de logiciels libres, utilisant uniquement des logiciels libres. En outre, les futurs appels d’offres pour les équipements TI du Gouvernement préciseront que les équipements doivent être compatibles avec Microsoft, ce qui est actuellement interdit par la politique des logiciels libres en Tunisie.

4. (SBU) L’accord porte également sur la sécurité Internet. Grâce à un programme sur la cybercriminalité, Microsoft formera les représentants du gouvernement au sein des ministères de la Justice et de l’Intérieur à l’utilisation des ordinateurs et d’internet pour lutter contre la criminalité. Dans le cadre de ce programme, Microsoft fournira au GT les codes source originaux de ses programmes. Interrogée par EconOff par rapport à d’éventuelles préoccupations que pourrait avoir Microsoft en fournissant ses codes sources, Smaoui a répondu que les codes source ne seront disponibles que pour un petit nombre de fonctionnaires. Néanmoins, l’accord contient un langage indiquant que Microsoft et le GT travailleront conjointement sur les droits de propriété intellectuelle. Cet accord prévoit également un accord séparé à signer pour l’instauration d’un programme de coopération sécuritaire qui fournira au public davantage de formation en matière de sécurité Internet générale.

5. (C) Selon Smaoui, l’accord est l’aboutissement d’un processus de négociation de cinq ans. Smaoui a été nommée Directeur général de Microsoft Tunisie il y a environ un an et, bien qu’encore hésitante quant à la divulgation intégrale des détails de l’accord final, a fourni des mises à jour fréquentes concernant l’avancement des négociations. Elle a signalé que, parfois, les soupçons du Gouvernement concernant Microsoft en raison de son «américanité» semblaient l’emporter sur l’évaluation technique de la proposition. Elle a rapporté que certains ministres du GT lui avaient demandé à plusieurs reprises pourquoi, en tant que Tunisienne, elle «travaillait pour les Américains», et que des soupçons frôlant souvent l’hostilité posaient sur les négociations. Smaoui a également noté que le Gouvernement Tunisien souhaitait un accord « sur mesure » plutôt qu’un programme préemballé qui serait «imposé» à la Tunisie. Cette attitude lors du processus de négociation imposait à Microsoft de se concentrer attentivement autant sur la forme que sur le fond.

6. (C) Dans un appel DCM, quelques jours avant le Forum de l’Afrique du Sud Forum, Smaoui s’inquiétait de se rendre au Forum sans un accord signé en main et ne pouvait même pas confirmer que le Représentant du Gouvernement s’y rendra. Elle appréhendait d’être amenée à avouer à Bill Gates qu’elle n’avait aucune raison de se rendre au Forum. Durant l’évènement, Khedija Ghariani, Secrétaire d’Etat pour l’Informatique, Internet, et les Logiciels Libres a assisté et signé l’accord au nom du GT. Malgré les négociations de longue haleine, Smaoui a déclaré que parvenir à un accord était «vital» pour Microsoft. Le fait que le gouvernement se soit appuyé sur les logiciels open source limitait drastiquement les affaires en Tunisie et empêchait Microsoft de participer aux appels d’offres du Gouvernement Tunisien. En outre, l’accord renforce un objectif commun à Microsoft et au GT – l’établissement d’une société de la connaissance. Smaoui a déclaré que même si Microsoft investissait en Tunisie, le montant de l’investissement sera inférieur au coût des achats du GT.

7. (C) Commentaire : Bien que l’accord ait été salué comme un triomphe pour les droits de propriété intellectuelle, les négociations et l’accord consenti révèlent une réalité plus compliquée. Microsoft a réussi à négocier l’accord final en séduisant les sensibilités du GT en matière de chômage ainsi qu’en s’adaptant aux réalités des affaires en Tunisie. Même si l’objectif de l’élargissement des possibilités d’emploi pour les Tunisiens handicapés constitue un objectif digne, l’affiliation du programme à l’association caritative de Leila Ben Ali est révélatrice des manoeuvres d’arrière-boutique parfois nécessaires pour finaliser un accord. La réticence de Microsoft quant à la divulgation intégrale des détails de l’accord met l’accent sur le fait que le GT fait prévaloir le secret à la transparence. En théorie, augmenter la capacité du gouvernement à appliquer la loi à travers la formation en TI est positif, mais étant donné la lourde interférence du GT en matière d’Internet, il est à se demander si cela ne va pas accroître la capacité du GT en matière de surveillance de ses propres citoyens. Finalement, pour Microsoft les bénéfices l’emportent sur les coûts. Fin du Commentaire.
BALLARD

Source: http://tobegoodagain.canalblog.com/archives/2011/09/04/21933939.html

Câble original: http://wikileaks.org/cable/2006/09/06TUNIS2424.html#

« The World Tomorrow », épisode 11: Interview de Noam Chomsky et de Tariq Ali

Julian:
Noam, Tariq – 2011/2012 a été une année historique pour les mouvements de libération dans de nombreux endroits à travers le monde. Vous attendiez-vous à cela?

Tariq:
Je n’avais pas vu cela venir. Je ne pense pas que la plupart des gens l’ont vu venir. Mais ce qui est intéressant, c’est que vous avez ces soulèvements arabes dans une partie du monde dont les commentateurs disaient «Les gens ne s’intéressent pas à la démocratie, les musulmans sont génétiquement hostiles à la démocratie»…

Julian:
Ouais.

Tariq:
… et vous avez ces éruptions et ensuite elles se propagent, parce que c’est l’occupation de la Place Tahrir au Caire qui a inspiré les activistes partout aux Etats-Unis, même en Russie. Qui se serait attendu à ces mouvements en Russie, venant soudainement défier l’autorité? Donc, le… le Printemps Arabe a été très contagieux, et continue encore de différentes façons.

Noam:
Non, je ne peux pas dire que je l’ai pressenti. Je pensais que, un jour ou l’autre, il y aurait une réaction populaire à l’amère lutte des classes qui… a été menée lors de la génération passée, et une lutte des classes très consciente qui a… par ceux qui ont toujours une conscience de classe, la bourgeoisie… qui pensait réellement jouer sur du velours. Aux Etats-Unis, par exemple, bien, nous connaissons tous les faits, lors de la dernière génération, il y a eu de la richesse créée, mais elle est allée dans très peu de poches. Donc, l’extrême inégalité aux Etats-Unis profite à littéralement 10% de la population, principalement les dirigeants des fonds alternatifs (hedge funds), les directeurs généraux des plus grandes entreprises, etc. Je parle des Etats-Unis, mais le phénomène est évidemment mondial. Le…Le mouvement qui a démarré avec les manifestations de la Place Tahrir il y a un an s’appelle le Mouvement du 6 Avril. Il y a une raison.Le 6 Avril 2008 a été le jour d’une protestation de grande échelle des salariés dans les plus importants sites industriels d’Egypte avec des manifestations, etc. Il y avait un petit groupe de professionnels férus de technologie qui ont essayé de… qui voulaient participer et les ont aidé en utilisant les  réseaux sociaux, etc. Ils ont été écrasés par la dictature, mais ce groupe était le Mouvement du 6 Avril, et le nom est resté. C’est une indication de combien ces manifestations sont enracinées… oui, il y avait des gens prêts à… beaucoup de gens… pour beaucoup c’était juste le moment de… une ouverture avec laquelle chacun peut faire quelque chose. Mais il y a eu… les choses étaient prêtes pour cela, et c’était quelque chose de similaire en Tunisie. Vous avez demandé si je l’avais prédit, non. Ce n’est pas le cas. Mais maintenant, ça arrive dans le monde entier sous une forme ou sous une autre.

Julian:
Tariq?

Tariq:
Je pense que Noam a raison, et je pense essentiellement que, ce dont nous avons été témoins tous deux avec l’économie néolibérale, est une contraction de la politique, dans le sens, j’en parle depuis quelque temps, que ce que nous avons dans les politiques Occidentales n’est ni l’extrême-gauche, ni l’extrême-droite, mais l’extrême-centre. Et cet extrême-centre englobe le centre-droit et le centre-gauche, qui sont d’accord sur les fondamentaux: mener des guerres à l’étranger, occuper des pays et punir les pauvres, faire adopter des mesures d’austérité. Ce n’est pas important quel parti est au pouvoir, soit aux États-Unis ou dans le monde occidental… les choses, vous savez, continuent comme avant. Il y a une continuité d’un régime à l’autre, ce qui affecte le fonctionnement des médias, qui est devenu de plus en plus étroit, donc il y a très peu de diversité, très peu de débats constructifs dans les médias traditionnels. Et ceci est une caractéristique importante maintenant, c’est une forme que je… c’est une dictature du capital qui est exercé à travers cet extrême-centre. Les pays arabes avaient des dictateurs soutenus par l’Occident depuis un certain temps, et la vitesse et l’ampleur de ces soulèvements ont certainement pris tout le monde par surprise. Aucun d’entre nous n’aurait pu le prévoir.

Julian:
Est-ce que… pensez-vous que le manque de prévisibilité est en fait une partie des raisons pour lesquelles ils ont réussi?

Tariq:
Sans aucun doute.

Julian:
Que si… que s’ils auraient pu être prédits, des mécanismes auraient été mis en place pour les empêcher d’arriver?

Tariq:
Ouais. Et des mécanismes assez extrêmes – ils auraient essayé d’arrêter des gens, d’écraser les gens, de torturer les gens, d’enfermer des militants, mais c’était devenu hors de contrôle très rapidement, et les États-Unis et les Français en Tunisie et en Egypte, par exemple, ne pouvaient pas le contrôler. Je veux dire, ils ont été surpris aussi. Je veux dire, ils n’ont agi ensemble que pour essayer de subvertir le processus quand il y a eu un bombardement durant six mois en Libye par un truc de l’OTAN, afin qu’ils puissent à nouveau exercer un certain contrôle sur le monde arabe tout entier. Mais c’est encore incroyablement volatile, et, vous savez, parfois les gens disent, euh, «Mais pas grand-chose a changé». Cela est vrai. Mais une chose a changé, c’est que les gens, les masses, se sont rendus compte que, pour apporter des changements, ils doivent se déplacer et devenir actifs. Et ceci est une grande leçon de ces soulèvements.

Julian:
Je veux considérer quels choix il y a vraiment. Est-ce que le choix est illusoire, ou est-ce que les nouveaux régimes doivent faire face à la situation qui est autour d’eux, les contraintes de base dans les relations avec les autres nations? Souhaitez-vous, par exemple, sachant que Cuba est à 90 miles (145 km)  de Miami – 90 miles de distance  d’une superpuissance agressive… qui diffuse de la propagande à Cuba – introduire de la censure? Souhaitez-vous introduire de la police d’Etat comme un moyen d’empêcher la fin de l’indépendance de Cuba? Parce qu’il me semble que ces questions sont celles que les nations qui luttent vont devoir affronter non seulement pour renverser leurs dirigeants, mais pour être indépendantes – comme nation – des puissances occidentales ensuite.

Noam:
Eh bien, Cuba est un cas très particulier. Donc, je ne… Je veux dire, dans une certaine mesure il a des caractéristiques comme d’autres petits pays, mais il est unique. Depuis 50 ans, les États-Unis se sont consacrés à étrangler et écraser Cuba. Et le conseiller de Kennedy sur l’Amérique latine a dit: «Le problème, c’est l’idée de Castro de prendre les choses dans ses propres mains, ce qui pourrait en conduire d’autres dans des circonstances similaires à essayer de suivre cette voie et bientôt l’ensemble du système de contrôle américain serait atteint». Donc, pour ces raisons qui persistent, les États-Unis ont effectué, tout d’abord, une campagne de terreur massive – Cuba a été la victime de plus de terrorisme que probablement tout le monde dans son ensemble, le terrorisme international – et au-delà, l’étranglement économique, d’une façon extraordinaire.

Julian:
Si vous êtes une population qui veut être indépendante, qui veut un État indépendant – on pourrait parler d’autres formes d’indépendance plus tard – mais un Etat indépendant, au mépris de l’OTAN ou si vous êtes près de la Chine, au mépris de la Chine ou de la Russie pour certains des anciens États soviétiques, alors il arrive que cela ait un coût. Dans le cas de Cuba, peut-être que ce coût est que vous êtes dans un état ​​de guerre… d’être dans un état ​​de guerre.

Noam:
Vous regardez à travers le monde, il y a des problèmes similaires, mais pas aussi graves que celui auquel Cuba fait face. Alors, allez un peu vers le sud – l’Amérique du Sud. Maintenant, l’un des développements les plus spectaculaires et importants de la dernière décennie, c’est que l’Amérique du Sud, pour la première fois depuis que les conquérants européens sont venus, pour la première fois en 500 ans, a fait un geste très significatif vers l’indépendance, vers l’intégration. Il ne reste pas une seule base militaire américaine en Amérique du Sud, ce qui est assez remarquable.

Julian:
Qu’en pensez-vous, Tariq?

Tariq:
Eh bien, je pense qu’au cours des dernières décennies, les modifications les plus significatives que nous avons vues sont venues de l’Amérique du Sud. Je veux dire, j’ai visité le Venezuela, la Bolivie, le Brésil… et l’ambiance est simplement différente, et beaucoup de gens disent: «C’est la première fois que nous nous sentons vraiment indépendants», quelles que soient les faiblesses que ces régimes peuvent avoir – et il y en a certaines qui existent – ce sont des États souverains et ils agissent en tant que tels, et quand Chavez, par exemple, dit quelque chose aux États-Unis, il est très franc et ouvert à ce sujet. Et il m’a dit une fois, il a dit: «Vous savez, j’ai prononcé un discours à l’ONU et beaucoup d’autres pays qui ne peuvent pas dire ceci en public viennent me féliciter et me dire: « Je vous remercie, vous parlez pour nous tous »», et il a dit: «je leur dis « mais vous pouvez parler aussi. Personne ne peut vous arrêter »», mais, vous savez… Le…

Julian:
Eh bien, c’est évident qu’ils pensent qu’ils ne peuvent pas parler.

Tariq:
Ils pensent qu’ils ne peuvent pas. Et… c’est maintenant un moule dans la plupart de l’Amérique du Sud, je veux dire, à l’exception de la Colombie, du Mexique, et, partiellement, du Chili. Ailleurs, les gens se disent « Nous sommes indépendants pour la première fois ». Je pense que cela va être un énorme problème pour les États-Unis. Je veux dire, ils sont obsédés par le monde arabe et la Chine – et maintenant l’Iran – mais en Amérique du Sud depuis…depuis une dizaine d’années, ou un peu plus, les États-Unis ne sont pas en situation de contrôle.

Noam:
Ça les inquiète énormément. En fait, le Conseil national de sécurité, un organisme de planification supérieur, a averti que «Si nous ne pouvons pas contrôler l’Amérique Latine, comment allons-nous imposer avec succès notre ordre sur le reste du monde?», ce qui signifie gouverner le reste du monde, «Donc, si nous ne pouvons même pas contrôler notre arrière-cour, comment allons-nous contrôler tout le reste?». Maintenant, il y a un point plus profond. Concernant le Moyen-Orient: la profonde préoccupation des États-Unis et des autres puissances impériales traditionnelles – la Grande-Bretagne et la France, en particulier – notre souci est que maintenant ils peuvent… le Moyen-Orient peut devenir hors de contrôle. Et c’est grave, beaucoup plus grave que l’Amérique du Sud. Maintenant…

Tariq:
Je suis d’accord. C’est pourquoi ils ont envahi la Libye, Noam, j’en n’ai aucun doute. C’était pour rétablir le contrôle.

Noam:
Je suis d’accord, mais je pense que les jeux sont faits. Ainsi, par exemple, si vous jetez un oeil à ce qui s’est passé dans le Printemps Arabe, les pays qui sont cruciaux pour les puissances impériales occidentales – les producteurs de pétrole – ils ont été soumis à une chape de plomb. En Arabie saoudite, le Koweït, les Emirats, les principales régions productrices de pétrole, le Printemps n’a jamais pris son envol. L’intimidation des forces de sécurité, soutenue par l’Occident, était si énorme que les gens avaient littéralement peur d’aller dans les rues de Riyad. L’Occident – principalement la France, en Tunisie, les États-Unis et la Grande-Bretagne, en Egypte – suivent un modèle très traditionnel. Il y a une règle de jeu que vous suivez… et qui vous donne une sorte de plan de match lorsque certains dictateurs favoris perdent la capacité à gouverner. Ce que vous faites est de les soutenir jusqu’à la dernière minute possible, quand il est impossible de le faire plus longtemps – peut-être l’armée se retourne contre eux – vous organisez votre classe d’intellectuels à émettre des déclarations sonnantes à propos de la démocratie, et puis vous essayez de restaurer l’ancien système, autant que possible – comme cela a été fait avec Samosa, Marcos, Duvalier, Mobutu, Suharto. Je veux dire, c’est la routine. Il faut le vouloir pour ne pas le voir.

Tariq:
Mais je pense que le vrai problème pour cela est que la démocratie elle-même est dans une situation très grave, à cause des entreprises privées. Lorsque vous avez deux pays européens, quand vous avez la Grèce et l’Italie, les politiciens abdiquent et disent: «Laissons les banquiers gérer»…

Julian:
Ouais.

Tariq:
… Je veux dire, où est-ce que ca va aller?… Vous savez, alors, ce à quoi nous assistons, c’est que la démocratie devient de plus en plus dénuée de contenu. C’est comme une coquille vide, et c’est ca qui énerve les jeunes, qui sentent «Quoi que nous fassions, quoi que nous votions, rien ne change», ce qui explique toutes ces protestations.

Julian:
Et… pensez-vous… pensez-vous que c’est… vous savez, ce problème, est-il dans les médias, est-il structurel, est-il… est-il dans la capacité accrue du centre de contrôler  la périphérie à la suite de télécommunications plus sophistiquées…?

Tariq:
C’est le…

Julian:
C’est quoi… qu’est-ce qui le motive?

Tariq:
Ce qui le motive est… une démocratie qui est devenue pétrifiée. Mais les médias sont devenus un pilier, un pilier central, désormais de l’établissement – beaucoup plus qu’ils ne l’étaient pendant la guerre froide. À ce moment-là, ils prouvaient aux Russes et aux Chinois: «Notre système est meilleur que le vôtre»…

Julian:
Ouais.

Tariq:
… Maintenant, ils ne ressentent pas le besoin de le prouver, donc ils fonctionnent comme ils veulent, un point c’est tout.

Julian:
Ou bien ils… ils utilisaient la liberté d’expression comme un bâton pour battre l’Union soviétique, et maintenant cela n’est pas nécessaire. Je pense que… vous avez eu cette, comme une alliance entre les libéraux et les militaires et les élites dans l’Occident, tous se rassemblant pour des intérêts mutuels afin de démontrer la supériorité de l’Occident par rapport aux Soviétiques, et que… ce genre d’alliance fortement contre nature est maintenant divisée.

Tariq:
a) elle est rompue, et b) bien qu’il soient le monde occidental, ils ont maintenant un tel contrôle sur les choses qu’ils peuvent littéralement se permettre le crime. Je veux dire, Obama a signé une loi, selon laquelle le président Américain peut décider d’autoriser la mise à mort d’un citoyen américain sans aucun recours à la loi. Sans procès, ce qu’aucun autre président US dans l’histoire n’a fait…

Julian:
Ouais.

Tariq:
… Même pendant la guerre d’indépendance, les gens qui ont essayé de tuer Lincoln – ou qui ont tué Lincoln – les conspirateurs – ont été traduits en justice, aussi grande soit leur faute. Plus maintenant. Maintenant vous pouvez ordonner que quelqu’un soit tué. Et cette attaque contre les libertés civiles est naturellement très dérangeante, parce qu’elle affecte réellement la démocratie.

Julian:
Je veux dire, croyez-vous que ces mouvements sociaux qui ont lieu en Amérique Latine…Si vous regardez comment…l’évolution technologique en Amérique Latine est semblable à ce qu’elle était aux US dans les années 70. Est-ce que….L’interaction sociale et politique qui a lieu dans ces pays est-elle le résultat des interactions technologiques qui s’y déroulent? Enfin, …peut-être qu’il n’est pas possible pour un pays plus industrialisé d’adopter le modèle d’un pays moins industrialisé? Devrions-nous….renoncer à l’industrialisation pour le faire?

Tariq:
Je ne pense pas. Je veux dire, la plupart des pays occidentaux sont fort heureusement devenus désindustrialisés et ont fait de la Chine le pouvoir économique dominant dans le monde, comme les Anglais l’étaient au 19ème siècle. Je veux dire, la Chine est l’atelier du monde…

Julian:
Oui

Tariq:
Il y a eu une énorme croissance… l’actuelle… la population active, pendant qu’elle déclinait en Occident, a augmenté de 1 milliard dans les années 70 et 80, à trois milliards aujourd’hui, à cause de ce qui a lieu en Chine, en Inde et dans certaines parties de l’Amérique Latine. Donc, je pense que les pouvoirs prétendument avancés auraient beaucoup à apprendre des bonnes choses qui se passent en Amérique du Sud, pourquoi pas?

Julian:
Noam, y a-t-il un modèle, un mode pratique de fonctionnement?

Noam:
Eh bien, je pense que Tarik a raison – il y a beaucoup de modèles – mais le… Je ne crois pas que les forces populaires qui essayent de changer leurs sociétés devraient chercher des modèles, je crois qu’elles devraient créer leurs propres modèles. Et c’est exactement ce qui se passe. Alors, les modèles en Amérique du Sud… disons que… Bon, il y a eu beaucoup de progrès. Il y a des modèles de développement en cours, par exemple en Bolivie, que vous avez mentionnée quelques fois, une des choses les plus significatives est qu’une des parties de la population la plus réprimée de tout l’hémisphère, la population indigène est entrée dans l’arène politique. Elle s’est, en fait, saisie du pouvoir politique, et elle défend ses propres intérêts. Cela existe aussi en Equateur et au Pérou. Bien, ils sont en train de développer des modèles nouveaux et significatifs, et il y a certains aspects de ces modèles que l’Occident ferait bien de prendre en compte très vite, au risque de s’écrouler et disparaître.

Julian:
Nous avons toujours eu cette idée que « le capitalisme et la démocratie vont de pair », et la Chine semble être le gros exemple que… il est plus efficace et facile d’être un pays capitaliste qu’un pays démocratique.

Tariq:
Bon, je n’ai jamais cru que le capitalisme et la démocratie allaient de pair. Les Chinois démontrent aujourd’hui que le pays capitaliste qui réussit le plus dans le monde, n’a pas une once de démocratie dans son fonctionnement. Mais, même historiquement, au cours des centaines d’années de son existence, le capitalisme a fonctionné sans démocratie jusqu’au début du 20ème siècle. Je veux dire, les femmes n’ont obtenu le droit de vote qu’après la deuxième Guerre mondiale, ainsi ni la démocratie, ni même une démocratie partielle ne s’accorde parfaitement avec le capitalisme, et cette notion que le capitalisme et la démocratie vont ensemble a été une construction intellectuelle de la Guerre froide, destinée à nuire aux… aux Russes et aux Européens des Pays de l’Est, et aux Chinois. Cela n’avait pas de base historique démontrée.

Julian:
Noam?

Noam:
Eh bien, je… d’abord, nous n’avons pas des sociétés capitalistes, nous avons l’une ou l’autre variété de capitalisme d’Etat, et c’est vrai quel que soit l’endroit où un système industriel fonctionne. Par exemple, aux Etats-Unis le rôle de l’Etat dans l’économie est énorme. Je veux dire, prenons ce que nous trois sommes en train de faire en ce moment, c’est basé sur la révolution des technologies de l’information… les ordinateurs, internet, les satellites, la micro-électronique et tout ça… et la plupart de tout ça a été développé par le secteur d’Etat. En fait, le lieu où je travaille au MIT est l’endroit exact où ces choses ont été développées dans les années 50 et 60 avec principalement des financements du Pentagone. Il y avait à la fois les financements, les subventions, l’invention, la création, les marchés… pendant des dizaines d’années, cela a été dans le secteur public avant d’être transmis au capital privé pour en faire la commercialisation et le profit. Et si on retourne en arrière…

Julian:
Ce progrès technologique…Vous voyez, dans les années 30, on… dans la littérature de cette époque, on voit souvent les Soviétiques dire combien leur système est simplement plus efficace, et par conséquent, en tant que système économique plus efficace, il doit dominer. On a vu également les Nazis exprimer exactement dans les mêmes termes qu’un investissement technologique massif produisant une industrie efficace est censé dominer les autres forces en présence. Est-ce que ce n’est pas une contrainte idéologique de base? Que, quel que soit le système que vous souhaitez, quoi que le peuple désire – que tous puissent être bons les uns envers les autres pour changer, quelque chose de très basique, simplement de l’éthique et de l’humanité – si ce système n’est pas efficace comparé à un autre, l’autre va simplement croître  jusqu’à tout dominer?

Tariq:
Eh bien, je… oui… mais seulement s’il se développe militairement. Vous voyez, les Etats-Unis sont faibles économiquement en ce moment. Vous voyez, ils sont énormément endettés, comme Noam l’a dit. Il y a une réelle crise structurelle, mais ils sont très dominants militairement, et utilisent leur puissance militaire pour dominer d’autres parties du monde, qui pourraient bien s’en sortir économiquement, mais n’ont pas cette puissance. C’est le problème que nous avons.

Julian:
Alors, ce conflit entre… entre le désir de faire quelque chose pour des raisons idéologiques et un genre de réalité pratique qui, comme le capitalisme totalitaire, peut simplement être plus efficace comme système, ce dernier va en conséquence dominer.

Noam:
Ce n’est pas un système efficace. En fait, regardez un peu la Chine. La croissance de la Chine a été spectaculaire, mais… La Chine s’est développée largement en tant que chaine d’assemblage. C’est originairement la chaine d’assemblage pour les pays industriellement avancés de sa périphérie, le Japon, la Corée du Sud, Taïwan… donc… Voyez par exemple Foxconn, cette énorme et détestable entreprise en Chine, où les conditions de travail sont parfaitement épouvantables. C’est une entreprise qui appartient à Taïwan, qui produit des ordinateurs Apple, des I-pods, des ordinateurs Dell, etc. Ce qui s’est passé pendant les dernières années est que la Chine a été la chaine d’assemblage pour les Etats capitalistes industriellement avancés de sa périphérie, et pour les multinationales occidentales. Maintenant, bien sûr, tôt ou tard, la Chine va commencer à bouger l’échelle technologique, en fait, pour certains aspects, c’est déjà en train d’arriver. La Chine a actuellement commencé à innover avec des cellules solaires qui surpassent toutes les autres partout ailleurs. Et cela va commencer à arriver dans tous les domaines, mais c’est un processus long et lent. La Chine reste…

Julian:
Tariq,  vous comme Noam, vous avez un long passé de militants. Quand vous regardez la génération actuelle en Occident, qui commence juste à se radicaliser politiquement, je pense que le terme de jeunesse radicalisée grâce à internet est la meilleure manière dont je peux les décrire, que… que voudriez-vous leur dire? Quelle expérience acquise au cours des luttes que vous avez menées depuis ces douzaines d’années voudriez-vous leur communiquer? Parce qu’il me semble que, il y a eu un moment, peut-être dans les années 80 ou 90, où il n’y a pas eu de continuité de cette tradition de lutte en Occident. Tariq?

Tariq:
J’essaie d’éviter de donner des conseils aux jeunes générations, parce que les générations sont si différentes les unes des autres, et vu que le monde a tellement changé, le seul conseil universel à donner est « Ne laissez pas tomber ». On vit de mauvais moments, et on sent, vous savez bien, que tout est perdu, et beaucoup de gens sont passifs, mais la passivité est… elle conduit généralement au désespoir. Et je crois qu’il est très important pour les jeunes qui deviennent adultes aujourd’hui de réaliser qu’ils doivent être actifs. Et actifs… l’activité est quelque chose qui conduit à l’espoir, et s’ils ne sont pas actifs eux-mêmes, personne ne va leur amener les choses sur un plateau. Ce sont les leçons de ces dernières années avec cette nouvelle radicalisation. Ne laissez pas tomber. Ayez de l’espoir. Restez sceptiques. Soyez critiques sur le système qui nous domine tous, et tôt ou tard, si ce n’est pas pour cette génération, ce sera pour les générations à venir, mais les choses vont changer.

Julian:
Noam?

Noam:
Bien, beaucoup de choses ont changé depuis ces années. Et elles ont changé souvent pour le mieux, elles ont changé parce que des gens s’y sont employés et… l’histoire n’est pas terminée. Il y a des changements en cours et nous pouvons y faire quelque chose. Et en fait, il y a de… très sérieux problèmes. Par exemple, si l’Espèce continue sa course actuelle, nous nous confronterons certainement avec la possibilité de survivre décemment, seulement à cause de choses comme l’utilisation d’énergies fossiles. Donc, c’est un sujet très préoccupant et c’est comme… vous voyez, des lemmings qui se jettent de la falaise.

Traduit sur le forum WikiLeaks par Irien et Arduenna Silva

Source: http://www.wikileaks-forum.com/index.php/topic,12631.0.html
http://worldtomorrow.wikileaks.org/episode-11.html

Les espions de Stratfor en Tunisie

Par | 1 mars, 2012

Traduit de l’arabe par Farhat Othman.

Petits papiers du renseignement mondial

Nawaat a été le premier site à publier les documents diplomatiques de WikiLeaks concernant la Tunisie, mis en ligne deux semaines avant le déclenchement de la Révolution tunisienne sur le site TuniLeaks. Aujourd’hui, Nawat ouvre avec WikiLeaks le dossier de STRATEGIC FORECASTING ou STRATFOR, l’une des sociétés privées américaines de renseignement les plus en vue au monde.

Wikileaks a entamé, lundi 27 février 2012, en coopération avec 25 médias dont Nawaat, la publication de ce que le site appelle Petits papiers du renseignement mondial (The Global Intelligence Files) ou les petits papiers du renseignement mondial, comprenant un peu plus de cinq millions de messages électroniques (ou courriels) de la société américaine STRATFOR spécialisée dans le renseignement et l’analyse stratégique et dont le siège est au Texas aux États-Unis. Ces courriels entre les informateurs et les analystes de l’agence du renseignement s’étalent sur une période allant de juillet 2004 à fin décembre 2011.

Ces correspondances, dont Nawaat a eu une copie intégrale, lèvent le voile sur l’activité de renseignement tous azimuts de cette société qui se vend comme étant un «éditeur du renseignement» alors qu’elle loue ses services stratégiques à un nombre important d’appareils privés du renseignement secret, aux entreprises multinationales géantes ainsi qu’à un certain nombre d’agences gouvernementales américaines, y compris le Département américain de la Sécurité intérieure (DHS), les Marines, l’Agence du renseignement pour la défense (DIA) et d’autres agences et organes spécialisés. Cette société a, entre autres objectifs, d’« apprendre aux institutions américaines du renseignement à acquérir sa manière de fonctionner ».

Le site de WikiLeaks avait publié une annonce assurant que les messages électroniques dévoilent le recours de STRATFOR «à un réseau d’informateurs, à une infrastructure pour financer des dessous-de-table, à des techniques de blanchiment d’argent et à des méthodes psychologiques de manipulation». Cette annonce ajoute aussi que « les documents démontrent le type de fonctionnement d’une agence privée du renseignement et comment elle prend pour cible des individus les manipulant pour le compte de ses clients privés et gouvernementaux ».

STRATFOR, qu’on appelle la CIA privée (The Private CIA) ou la CIA de l’ombre (Shadow CIA), a été fondée en 1996 et est devenue célèbre au cours de la guerre du Kosovo en 1999 puis à la suite des événements du 11 septembre 2001 et ce qui s’en suivit comme « guerre contre le terrorisme ».

STRATFOR se définit comme étant « le fournisseur à ses abonnés d’un service d’analyses géopolitiques (…) leur permettant la compréhension des relations internationales, de ce qui se passe dans le monde aujourd’hui et de ce qui se passera après ».

C’est après la guerre contre l’Irak en 2003 que STRATFOR a commencé à s’intéresser au Moyen-Orient en s’employant à mettre en place un réseau d’agents, d’informateurs et d’analystes dans la région. Le rythme d’activité de l’agence s’est accéléré et son réseau s’est étendu avec la précipitation des événements du Printemps arabe et la vague de révolutions qui a secoué la région. Témoin en est la correspondance secrète reproduite en fin d’article évoquant la revalorisation du salaire des espions dans la région arabe à partir du mois d’octobre 2011.

C’est le groupe de hackers Anonymous, lors d’une attaque de LulzXmas en décembre dernier, qui a réussi à pirater la messagerie de la société, mettant la main sur la liste des contacts et des millions de correspondances secrètes entre les agents, les responsables et les analystes de la société et qui les a remis à WikiLeaks.

Comment fonctionne STRATFOR ?

STRATFOR recueille les informations auprès d’un certain nombre de sources ouvertes comme les articles publiés sur Internet, dans les magazines, les sites sociaux et de chat ainsi que les études universitaires et gouvernementales non classées confidentielles. À cela s’ajoute un réseau de ressources humaines composé d’informateurs répartis autour du monde et ayant des antécédents dans le milieu sécuritaire, militaire, économique, informationnel ou académique. STRATFOR diffuse ses rapports sous forme de correspondances auprès de 300.000 abonnées et un peu plus de deux millions agents de courriels qui reçoivent gratuitement les «mises à jour» de la société.

Dans son activité du renseignement, STRATFOR compte sur un groupe d’agents appelés «sources» dont le travail consiste à recueillir les informations et à mobiliser d’autres agents. La «source» obtient un salaire modulable selon l’importance de l’information obtenue. Et ces «sources» travaillent selon la pratique traditionnelle du renseignement, soit sous couverture diplomatique, journalistique ou académique. Les rapports de la «source» sont envoyés périodiquement par le courrier électronique au secteur des «Analystes» qui procèdent à l’évaluation de l’information, son analyse et sa classification puis son envoi par courrier électronique à d’autres listes d’adresses selon la catégorie de l’information (économique, politique, sécuritaire, terrorisme, etc.), la localisation géographique (Moyen-Orient, Asie Centrale, Amérique Latine, etc.) et son importance (L’importance de l’information se classe entre des notes allant A à F, la note A représentant l’information importante et la note F l’information sans intérêt). Les sources sont, elles aussi, classées selon une gradation préétablie de conditions comme sa crédibilité et son degré d’investissement à servir la société en informations.

Le deuxième flux d’informations est véhiculé par les «Contrôleurs» (Monitors) qui compilent les articles et les études publiées sur les journaux et sur internet et les envoient à l’«Officier de contrôle».

Le travail de cet «Officier de contrôle» est central puisqu’il procède au filtrage et à la catégorisation des informations en provenance des «Contrôleurs» par le biais du groupe des «Analystes» et à partir des «sources». Par la suite, il se charge de les envoyer à un certain nombre de listings de courriels en vue d’évaluation et d’analyse. Certains de ces listings de messagerie sont confidentiels, réservés aux analystes et directeurs de la société, d’autres ne le sont pas, en ce sens qu’elles atterrissent chez tous les employés de la société en tant qu’information.

Ensuite vient le tour des analystes qui procèdent à la collecte de tous ces renseignements et informations puis les envoient au service de la rédaction se chargeant de la mission de mettre en forme les rapports de renseignement avant de les vendre aux clients de la société.

Cas de la Tunisie

Grâce à la coopération existant entre les sites Nawaat et WikiLeaks, Nawaat procédera les prochaines semaines, en partenariat avec le site de Julian Assange et 25 médias internationaux, à la publication de ce qui pourrait se révéler d’intérêt concernant l’activité de renseignement de cette société en Tunisie ainsi que la nature des sujets ayant retenu son attention et celui de ses espions dans notre pays.

Selon une première investigation dans le contenu de ces correspondances secrètes, Nawaat est parvenu à dénombrer quelque 5000 courriels ayant trait à la Tunisie parmi les cinq millions de courriels que comprend le corpus documentaire.

Le groupe Nawaat est aussi parvenu à identifier le principal agent des informateurs de cette société en Tunisie, un jeune d’origine européenne, apparemment de nationalité allemande, gérant son activité de renseignement à partir de la capitale et ayant le grade d’«Officier de contrôle» (Watch Officer).

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Augmentation du salaire de ME1
Date 17-10-2011 21:22:41
De: holly.sparkman@stratfor.com
À: bassetti@stratfor.com
Autres MessageId: <297576380.226029.1318879361850.JavaMail.root@core.stratfor.com>
En réponse à : 4E9C5652.3060306@stratfor.com
Texte
Est-ce que Don a eu ces e-mails? Il devrait.

De: “Rob Bassetti”
À: “payroll”
Envoyé le: Lundi, 17 octobre, 2011 11:22:42 AM
Objet: Augmentation du salaire de ME1

Vient juste recevoir un mot de Meredith pour augmentation salaire de ME1 à $6000 par mois, moitié imputée sur actuel département, moitié imputée sur 570 (Stratcap).

Source: http://nawaat.org/portail/2012/03/01/les-espions-de-stratfor-en-tunisie/
http://www.wikileaks-forum.com/index.php/topic,11578.0.html

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