Matthew Dunn, ancien agent du MI6, parle des services secrets agissant en Libye en 2011

Vidéo mise en ligne le 26 août 2011

Texte de présentation sur youtube:

Tiré de la télévision néerlandaise – les extraits dans lesquels Michael Dunn parle sont en anglais. Dans le Paradigme Fantaisiste de l’OTAN, il est parfaitement normal d’avoir des services secrets en Libye qui travaillent pour lutter contre le méchant dictateur.

Dans le nouveau paradigme, c’est un autre exemple de la façon dont l’Occident fait tout son possible pour prendre le contrôle des biens de la Libye, en donnant un entraînement à l’opposition et en ignorant les nombreuses personnes en Libye qui ne veulent pas de l’OTAN et de leurs Rebelles. Il n’y a pas justification pour cela de la part du Conseil de sécurité des Nations Unies, mais personne ne semble se faire de soucis du lavage de cerveau qu’ils ont avec le Paradigme de l’OTAN.

Dans une autre vidéo, vous pouvez entendre [des informations] sur le rôle des agents du MI6 et de la CIA dans la lutte contre les journalistes indépendants qui ne sont pas d’accord avec le Paradigme de l’OTAN.

Voici quelques extraits de l’interview de Matthew Dunne:

« Je suis Matthew Dunne, je suis un ancien agent de terrain du renseignement britannique du Mi6. J’ai passé 5 ans à voyager autour du monde typiquement dans des positions ennemies. Si j’avais été au tribunal, j’aurais été torturé et exécuté.

J’ai la permission de parler à un certain niveau, mais évidemment je dois être très courtois au sujet de ce que je dis. Mais oui, c’est la première interview à la télévision avec un ancien agent du Mi6. Oui, certainement pour ce qui est de ma génération.

Ce que je peux dire, et ceci sans trahir aucun secret particulier, c’est que la situation en Libye serait suivie de très près par le Mi6 et évidemment d’autres services secrets occidentaux. Tout le monde sait qu’ils auraient probablement placé des gens sur le terrain, et qu’il y aurait d’autres manières de contrôler la situation sur place. Beaucoup de ce qu’ils essaient de faire serait de recueillir du renseignement, des informations secrètes, pas uniquement au sujet des actions spécifiques qui sont menées, comme les combats à Tripoli, à Benghazi ou ailleurs en Libye, mais aussi d’essayer vraiment de comprendre les groupes d’opposition.

La situation en Libye est une situation inhabituelle. Une chose que je peux dire, car tout le monde le sait, c’est qu’un agent du Mi6 avec son équipe de protection de 12 hommes du SAS ont été attrapés, si je puis dire, en allant en Libye aux premières étapes du conflit avec le but de chercher à engager un dialogue avec les groupes rebelles sur place. Cette situation était assez inhabituelle pour un agent du Mi6, parce qu’il allait là, non seulement pour recueillir de l’information de leur part, mais il était aussi clairement un représentant du gouvernement britannique.

Les Britanniques, les Américains, les Européens ont tous appris dans le passé qu’envoyer de l’argent, des armes ou de l’aide dans une situation, peut parfois rendre une situation plus difficile, à moins de la cibler de manière spécifique et de comprendre les gens que vous ciblez. Est-ce que les gens qui vont utiliser cet argent, ces armes ou n’importe quoi d’autre, vont les utiliser de la bonne manière?

J’aurais pensé que de nouveau, avec la vitesse des événements, il me semble que les rebelles avaient renouvelé un sens de l’objectif, ils ont été rassemblés, ils semblaient être hautement motivés, et ceci a manqué pendant les derniers mois. Et je pense qu’il y a une force motrice, et que cela aurait pu venir du soutien du Mi6, aussi bien que d’autres organisations.

Vous devez comprendre que, chaque fois que des questions sont soulevées au sujet du Mi6, le commentaire sera toujours celui qui a été fait et il n’y aura en effet pas de commentaire, donc ce commentaire [officiel, selon lequel il n’y a personne sur le terrain] ne me surprend pas du tout. Il peut y avoir des conséquences sévères: des opérations peuvent échouer, mais aussi des vies peuvent être perdues.

Oui, c’est un risque pour tout le monde. Vous opérez à l’étranger, vous n’êtez pas en territoires sûrs: tout le business de l’espionnage est extrêmement sérieux et extrêmement dangereux. Beaucoup de gens qui font partie du personnel ne feraient jamais l’actualité, parce que clairement en tant qu’agent, vous faites des choses que vous espérez ne jamais voir dans l’actualité pour des raisons évidentes. Donc oui, j’y pense. Est-ce que cela me manque? Non. Mes conditions sont très différentes maintenant. J’aimais faire ce travail à ce moment, mais mes conditions ont désormais changé. Je pense que ce serait très difficile de revenir vers ce monde.

Je ne peux pas commenter sur ce que le Mi6 fait en ce moment, mais en termes de savoir si Kadhafi sera trouvé, oui, il sera trouvé. Il n’y a pas de doute sur cette question. Au moment où le pays aura tout un plan, où plus de soldats loyalistes rejoindront le côté des rebelles, que les populations dans les villes et les villages se rendront compte qu’ils ne peuvent plus être persécutés, alors Kadhafi n’aura plus nulle part où aller, et il pourrait être trouvé dans un village par un berger avec un fusil, ou piégé par des soldats spécialisés, des forces spéciales, ou des agents du renseignement. »

[Comme le prédit Matthew Dunne dans cette interview, Kadhafi a effectivement été capturé par la suite, le 20 octobre 2011, à Syrte, où il meurt suite aux échanges de tirs].

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Stratfor et TrapWire sont partenaires commerciaux – les preuves par l’écrit

« Qu’est-ce que tu regardes? »

Stratfor, la firme de collecte de renseignements dont les courriels ont été hackés par Anonymous puis publiés par WikiLeaks, n’a pas fait que des commentaires sur TrapWire dans ses courriels: an août 2009 elle a signé avec le projet TrapWire à travers un accord de partenariat avec Abraxas Applications. Et voici le document pour le prouver. L’accord cite explicitement que Stratfor fournira des renseignements à TrapWire directement d’une manière continue. Pour voir des analyses approfondies des relations commerciales de Stratfor avec TrapWire (et le conflit d’intérêt qui en découle) cliquez ici et ici.

Alors voilà. Un autre morceau du puzzle. Cette histoire devient de plus en plus énorme…

En Australie, le Sénateur des Verts, Scott Ludlam, a essayé de poser une question au Sénat pour savoir si TrapWire était déployé en Australie. Il n’y fut pas autorisé (le Sénat vota de ne pas répondre à des questions à ce sujet). Le Bureau du Sénateur Ludlam publia plus tard un communiqué expliquant que le Sénateur poursuivait le sujet par d’autre méthodes d’enquête.

Par ailleurs, un preprésentant de Cubic Corporation a posté un commentaire sur l’article de Darker Net disant, « SAN DIEGO, Calif. 13 août 2012 – Cubic Corporation (NYSE: CUB) a acheté Abraxas Corporation le 20 décembre 2010. Abraxas Corporation n’a aujourdhui comme alors aucune affiliation avec Abraxas Applications maintenant connue comme TrapWire, Inc. »

Un peu d’explication de fond est nécessaire…

Aujourd’hui, TrapWire software appartient à TrapWire, Inc., une entreprise de Reston, en Virginie. Mais depuis toujours. Abraxas Corporation a créé TrapWire à travers sa firme subsisiaire, Abraxas Applications, Inc.. Abraxas Corporation a enregistré le software de TrapWire dans un dossier auprès de l’U.S. PTO (office des brevets états-uniens, ndt) en 2006. Abraxas Corporation appartient maintenant à Cubic Corporation, qui a acheté la firme en novembre 2010 pour 124 millions $ en espèces. Selon un rapport, Cubic fit l’acquisition d’Abraxas après que TrapWire ait été réorganisé comme entité à part et qu’un des termes de cette acquisition était de « causer que le nom de marque d’Abraxas Applications, Inc, soit changé en un nom qui ne comporte pas ‘Abraxas’ ou une quelconque variation du mot ». Aussi, selon un article de mars 2007 dans le Washington Business Journal « Abraxas Corp., une entreprise de technologie de gestion de risques, a élaboré une enseigne de logiciels se concentrant sur la vente d’un nouveau produit. La filiale – nommée Abraxas Applications – vendra TrapWire, qui prédit des attaques contre des infrastructures critiques en analysant les rapports de sécurité et la vidéo-surveillance ». Et l’article poursuit: « Abraxas Corp. avait auparavant remporté des contrats pour tester TrapWire… »

Davantage d’analyse est fournie par Public Intelligence (connu pour son exactitude): « Un titre de propriété produit par TrapWire, anciennement Abraxas Applications, décrit le produit comme « un logiciel unique et prédictif conçu pour détecter des schémas de surveillance préliminaires à une attaque. » Dans une interview en 2005 au Northern Virginia technology Council (Conseil sur la Technologie de la Virginie du Nord, ndt), le PDG d’Abraxas Corporation, Richard « Hollis » Helms, dit que le but de TrapWire est de « collecter des informations sur les gens et les véhicules qui soit plus précise que la recognition faciale, extraire des schémas, et accomplir des évaluations de menace de zones potentiellement sous l’observation de terroristes… La nouvelle firme [Abraxas Applications] peut aussi puiser dans le travail d’Abraxas [Corporation] avec des agences du renseignement et de la défense et les contacts du fondateur et PDG d’Abraxas Richard Hollis Helms, à qui appartiennent les deux firmes. »

Donc Cubic Corporation peut-elle légitimement prétendre ne pas être propriétaire d’Abraxas Applications (qui dirige TrapWire)? Si nous nous fions strictement aux dates d’acquisition, oui – ainsi que des systèmes de transport intelligents et même des intérêts dans la gestion de cartes de crédit. Un mélange étrange qui en lui-même devrait inquiéter. Par exemple, Cubic est listée comme directeur organisationnel de Ntrepid, une organisation obscure qui « fournit des clients des forces de l’ordre et de la sécurité nationale avec du software, du hardware, et des services de gestion pour des cyber opérations, analyses, traductions, pose de mouchards et pistage [en ligne]. » La liste des cadres de Ntrepid présente à son tour l’ancien PDG et fondateur d’Abraxas, Richard Helms, comme directeur et administrateur, et Wesley Husted, l’ancien Trésorier. De plus, quelques unes des personnes chez Anonymizer, qui migrèrent plus tard vers Abraxas, quittèrent à l’origine Cubic pour démarrer une nouvelle firme de renseignement mais sont désormais listés comme dirigeants de l’organisation de Ntrepid. Tout cela est assez circulaire, à tout le moins…

Posté par Darkernet, le 15 août 2012

Source: http://darkernet.wordpress.com/2012/08/15/trapwire-and-stratfor-are-business-partners-documentary-evidence/

Traduit depuis le web par willsummer

Stratfor Files – Re: Bonjour de Stratfor, pensées sur la Côte d’Ivoire

Yamoussoukro, capitale politique de la Côte d’Ivoire – sa cathédrale

Email-ID 5042962
Date 2011-01-28 17:40:36
From nidrapol@gmail.com
To mark.schroeder@stratfor.com

Suit ci-dessous la traduction d’un courriel envoyé par Nidra Poller à Mark Schroeder, analyste de Stratfor en charge de l’Afrique sub-saharienne (voir l’article précédent sur Wikileaks Actu). Nous constatons qu’il y a échange d’informations entre ces deux individus; Mme. Poller accepte un dialogue et envoie dans son message le texte de deux articles – le premier en anglais (aussi traduit par mes soins) et le deuxième en français – qu’elle a écrits au sujet du changement de régime en Côte d’Ivoire et de l’implication de la France dans ce contexte.

Il est important de noter que, bien que les article énoncent des informations exactes mais présentent, à titre accusatoire, une interprétation très peu reluisante de la diplomatie française, ils s’inscrivent dans le contexte particulier que sont les opinions personnelles de Mme. Poller, qui sont le fruit de ses affinités personnelles. Bien qu’elle mette en lumière de manière crue et correcte des travers de la diplomatie française et leurs effets sur le terrain en RCI (République de Côte d’Ivoire) comme d’un point de vue de réputation internationale, son ton et ses références au conflit israélo-palestinien laissent transpirer, à l’image de ce qui est parfois reproché aux Français, un « anti-gallicanisme primaire » (sic) et une opinion tranchée en faveur du camp sioniste atlantiste contre le camp palestinien dans l’affaire du Moyen-Orient. Ce qui la place tout droit dans les carnets d’amis de Stratfor et de leurs commanditaires…

Ce qu’il est intéressant de voir à travers cette communication – à mon avis – c’est l’état d’esprit dans lequel se trouvent non seulement les adversaires de la liberté et de l’indépendance  ivoiriennes – ici, tous ceux qui ne sont pas originaires de Côte d’Ivoire: Français, États-Uniens, Burkinabés, Maliens… – à travers le prisme de l’interprétation renseignée mais biaisée d’une écrivaine états-unienne vivant à Paris depuis 1972, mais aussi et surtout celui de ceux qui, chez Stratfor, dans les cercles de leurs contacts, employeurs et connaissances, travaillaient à décoder la politique française à cette époque, cherchant le moment propice pour avancer leurs propres pions…

Aujourd’hui Alassane Ouattara est au pouvoir en RCI, et les témoignages recueillis par WikiLeaks via les Stratfor Files elles-mêmes démontrent que c’est un autocrate sanguinaire, dans la « tradition » de la longue mélopée de la souffrance africaine; il est reçu à l’Élysée mais tout le monde sait que ses affinités logent à Washington – n’a-t-il pas impulsé une politique d’austérité et de privatisations tous azimuts, comme un bon élève du néo-capitalisme? De là à dire que les USA ont pu aider les Burkinabés et les Maliens Dioulas (comme Ouattara) à envahir le nord de la Côte d’Ivoire pour y placer un fantoche qui amène ses valises à Paris mais offre des contrats à l’oncle Sam, il n’y a qu’un pas… qui est celui de passer de cette conjecture à une accusation. Où je ne m’avance pas encore; mais où que je porte le regard, là où je vois des troubles, je vois la patte de Washington et de la clique qui s’y agite, dont les griffes sont pleines du sang d’innocents.

willsummer

Cher Mark Schroeder,

Merci pour votre note et votre invitation au dialogue. Commençons en regardant en arrière vers deux articles que j’avais écrits dans les premiers stades du conflit en Côte d’Ivoire, quand les forces rebelles ont attaqué le gouvernement légitime depuis le nord. La dispute actuelle autour des élections présidentielles est la suite de cet affrontement. Le gouvernement Sarkozy ne va pas défendre Ouattara avec davantage que des mots. Comme je l’ai dit dans mon message à Courtenay Weldon, les froces qui soutiennent Ouattara ne sont pas européennes, même si la France rejoint la « communauté internationale » en déclarant que Ouattara a gagné les élections L’animosité de Chirac envers Laurent Gbagbo s’est transposée dans le gouvernement actuel mais je soupçonne que cela vienne davantage du Quai d’Orsay que du président.

Cordialement,

Nidra Poller

FRANCE ON AN IVORY COASTER (jeu de mots avec Ivory Coast, Côte d’Ivoire, et ivory coaster, caboteur transportant de l’ivoire, ndt)

Qu’est-ce que c’est que cette histoire? La France, la France de Jacques Chirac, chef des faiseurs de paix, est dans un combat mano a mano avec Laurent Gbagbo, président démocratiquement élu de RCI. La querelle mijotait depuis des années. Et je n’ai pu m’empêcher de prendre parti pour Gbagbo (Yamoussoukro mon amour, http://www.menapress.com février 2003), parce que nous avons traîné ensemble aux veux jours où il s’habillait en pulls à col roulé et se cachait de l’ire de Houphouët-Boigny, l’homme providentiel, le genre de leader stable favorisé par les intérêts français installés.

Alors que se passe-t-il maintenant et quel est le rapport avec les troubles au Moyen-Orient?

Il y a quelque chose de plus satisfaisant que de rire depuis son ventre en voyant l’armée française tirant sur des foules en colère. Usage excessif de la force, vous vous souvenez? Il y a quelque chose de plus noble que de jubiler sur les jubilateurs. Quelques soient les privilèges dont ils aient pu jouir dans les années déclinantes du néo-colonialisme, les Français vivant en RCI ne méritent pas d’être dépouillés de tout ce qui leur appartient, tabassés, effrayés à mort et chassés comme des rats. Il y a beaucoup à apprendre de cet aspect d’une situation qui reflète curieusement les thèmes inclus dans le gouffre allant s’élargissant franco-états-unien.

Le fiasco de la RCI n’est pas une anecdote exotique, c’est le dessous de la réprimande hautaine dirigée aux USA et à Israël, les archi-ennemis de la France. Il nous a été dit que le 11 septembre était de notre faute, l’intifada d’Al Aqsa était de notre faute, les attentats-suicide sont exactement ce que les Israéliens avaient demandé, la guerre en Irak est une exploitation scandaleuse du néo-néo-colonialisme, le bourbier est de notre faute et bien mérité. Nous avons été accusés de ne pas respecter le droit international, la Convention de Genève, les Droits de l’Homme, et les règles de l’étiquette.

De quoi sommes-nous coupables dans ces yeux gallicans? de manque de savoir-faire? Non. Pire. Nous sommes coupables de ne pas être français. Et n’étant pas français, de ne pas laisser les Français diriger la barque.

Et voici un spectacle qui est tout pour la frime et regardez ce qu’ils ont fait. Une vraie bagarre, du grabuge, un exode de masse, un gros bordel. la base française sur la ligne de la « zone de confiance » qui divisait le pays a été bombardée et neuf soldats tués; les Français ont répliqué, détruisant tous les avions du président Gbagbo; ceci a révolté la population, la population a rabattu sa colère sur les résidents français, les Français ont envoyé des renforts, ont tiré sur les foules, tuant et blessant des civils, et maintenant ils lâchent tout et fuient. Est-ce que ce n’est pas triste à voir?

Mais la honte et la défaite ne mettent pas un terme aux poncifs. Le but ultime, nous sommes informés, est de rétablir l’ordre, de revenir à la table des négociations, et de forcer tout le monde à vraiment appliquer les Accords de Marcoussis, un accord de paix français modèle. Quand des rebelles armés ont essayée un coup d’état en 2002, la France tricha sur ses obligations par traité de défendre le gouvernement démocratiquement élu et à la place fit pression sur Laurent Gbagbo pour qu’il fasse des concessions aux rebelles. Les rebelles prirent le contrôle du nord, le pays était divisé, l’ambiance dégénérait, l’économie en pâtissait et l’opinion publique française était maintenue à l’écart alors que l’attention était détournée sur les méfaits de Bush et de Sharon. de temps en temps une maigre bribe d’info, tordue de façon à servir les intérêts du Quai d’Orsay, était lâchée sur les ondes. Les rebelles étaient dénommés les ex-rebelles, alors même qu’ils menaçaient de marcher sur Abidjan. Ensuite ils sont devenus les Forces Nouvelles. C’est-y pas beau, ça? Les Forces Nouvelles. Une bouffée d’air frais venue du nord. Des journalistes africains rapportaient que Qaddafi était derrière la rébellion. Un petit peu d’Islam pour épicer les Forces Nouvelles. Naturellement elles n’étaient pas financées par le Burkina Faso, l’un des pays les plus pauvres d’Afrique.

Guillaume Soro, le chef rebelle, fut interviewé avec le même respect exagéré que les journalistes français accordent aux leaders du Hamas. Il parla comme un imbécile ou un accro au crack ou les deux mais cela ne fit pas un pli à sa réputation. Tout devait être symétrique: personne ne savait comment prononcer le nom de Gbagbo (c’est Babo, pas G’bag’bo), personne ne savait qu’il est historien et écrivain. C’était le méchant et le chef rebelle devait être traité comme s’il sortait tout droit de la Sorbonne.

Mais ce n’était pas assez pour conserver la paix. Janvier 2003: entrent les fameux Accords de Marcoussis. C’est la « French Touch » en diplomatie. Un conflit doit être résolu cérémonieusement dans des salons recouverts de dorures dans des palais du gouvernement à Paris ou, d&ans le cas de Marcoussis, dans des châteaux magnifiques. (Vous voyez pourquoi Camp David devait capoter?) Opération média du début à la fin. Des sourires avec des épingles à cravate dans tous les coins. Des grosses voitures de luxe qui arrivent, qui s’en vont. Un semblant de discussion et, sous la table, un règlement sévère imposé par celui qui à l’avantage.

Les Accords de Marcoussis étaient une pilule amère qu’aucun président digne de soi ne pouvait accepter. Quels que puissent être les griefs légitimes troublant le coeur de la société ivoirienne, ils ne pouvaient pas être réglés en amenant les rebelles à l’intérieur du gouvernement. ceci n’est pas un accord de paix, c’est un coup d’état. Et c’est ce qui a été imposé à Gbagbo: non seulement devait-il consentir à laisser entrer les rebelles dans son gouvernement, il a dû leur donner les ministères de la défense et des forces armées, et de l’intérieur.

Cela semble-t-il familier? C’est la même diplomatie qui insiste d’inclure le Hamas, le Hezbollah et d’autres organisations terroristes dans les négociations de paix israélo-arabes et d’éventuels gouvernements palestiniens. C’est la puissance qui se veut mondiale qui veut inviter les « résistants » irakiens à la conférence internationale sur l’avenir de l’Irak. c’est le raisonnement derrière les mouvements pacifistes qui étaient toute la mode au printemps 2003. Que faites-vous avec les brutes? Nommez-les chefs de la police!

Aujourd’hui, quand la politique française est immergée dans des passions douteuses et la vérité grignotée par l’acide de la haine, le gouvernement et les médias travaillent main dans la main pour assassiner leur proie choisie. George W. Bush et Ariel Sharon ne peuvent être secoués par la haine vicieuse qui est déversée sur leurs têtes. Même Tony Blair résiste. Mais Laurent Gbagbo est africain. Quand il a fait un effort de le dernière chance pour réunifier son pays divisé cela a déclenché une explosion de simagrées qui révèlent l’hypocrisie du prosélytisme pour la paix de la France.

Sous les termes de la Feuille de Route de Marcoussis, les rebelles étaient censés rendre les armes. Ceci n’est pas arrivé. L’armée de l’air de Gbagbo a attaqué leur place-forte. Le lendemain – volontairement ou accidentellement – a bombardé une base aérienne française, tuant 9 soldats et en blessant des douzaines. L’enfer n’a pas de pitié.

Le Premier Ministre Jean-Pierre Raffarin (cité dans Le Monde du 10 novembre 2004) déclara: vous ne pouvez pas tuer des soldats français sans vous attendre à des représailles immédiates. Ah bon? Je croyais qu’Israël avait tort et était maudit et condamné parce que ses soldats tiraient quand ils se faisaient tirer dessus. Et les USA avec cette attitude de cowboy, pensant que quelques milliers de morts le 11 septembre 2001 pouvaient justifier une folle aventure en Afghanistan et un Vietnam plein de sable en Irak? Les djihadistes ne devraient pas s’attendre à des représailles immédiates? Pour ce qui est des civils français fuyant pour sauver leurs vies, le Premier Ministre explique qu’ils s’en vont volontairement.

Ce qui ne veut pas dire que des foules en délire brandissant des machettes doivent être admirées. Pas plus que des shebabs meurtriers. Ou des coupeurs de têtes djihadistes. Et, pendant qu’on y est, des terroristes comateux pompeusement reçus comme des chefs d’état.

Toutefois, tout ce désordre pourrait être mis à profit si la vue de la population ivoirienne fondant sur les derniers restes des intérêts français en Afrique pouvait briser le mur de la rhétorique qui emprisonne la société française. Selon des sources ivoiriennes 64 manifestants et plus d’un millier blessés à Abidjan au cours de ces derniers jours. Comment ces manifestants ont-ils été tués? Par qui? les médias français rapportent le décompte de victimes avec une indifférence désincarnée. Les premières victimes de l’ainsi nmmée Intifada d’al-Aqsa ont été tuées plusieurs fois, de façon grotesque, sanglante, dans la presse française. Leurs morts ont vécu, respiré pendant des jours, des mois, jusqu’à ce jour.  Les émeutiers palestiniens morts ou blessés de l’année 2000 ont été brandis pour justifier des atrocités contre des civils israéliens. Elles ont justifié le refus de feu Arafat de négocier, d’être ferme avec les terroristes, de cesser de financer des attaques terroristes.

le Ministre des Affaires Étrangères français Michel Barnier appelle la destruction de la lilliputienne armée de l’air ivoirienne de la « légitime défense ». Quand les forces de défense israéliennes détruisent le domicile d’un terroriste kamikaze, elles sont accusées de crimes de guerre et pire. C’est le Michel Barnier qui a insisté pour visiter Yasser Arafat à sa première visite au Moyen-Orient comme chef du Quai d’Orsay. Il a fait un second voyage pour voir Ariel Sharon et déclarer qu’Israël doit négocier avec Yasser Arafat, le dirigeant légitime du peuple palestinien; il ne peut y avoir de paix sans négociation, pas de négociation sans Yasser Arafat.

Ceci est le vrai visage d’un gouvernement français qui était prêt à laisser faire les rebelles moitié-fous moitié-islamiques qui menaçaient de renverser le gouvernement ivoirien, et qui maintenant tire sur les Ivoiriens enragés se soulevant contre les derniers restes de ce qu’ils appellent l’Occupation française. Ce sont les méthodes d’un gouvernement français qui a pratiquement coupé ses liens avec les USA – accusés de rouler des mécaniques eu Moyen-Orient – et préfère conclure des accords avec des manieurs de couteau coiffés de keffiehs.

Alors que les citoyens français déboussolés fuyant la RCI arrivaient à l’aéroport de Roissy avec rien de plus que ce qu’ils avaient sur le dos, le terroriste Yasser Arafat s’est vu offrir un départ en grande pompe à Villacoublay. Est-ce une surprise que les nationalistes à Abidjan agitaient des bannières étoilées? Et les foules enfiévrées massées à l’intérieur de la Mouqata pour les funérailles de l’archi-terroriste brandissaient, côte à côte avec les drapeaux de la Palestine, du Hamas et du Djihad Islamique, le Tricolore de la République Française.

C’est la honte.

12 novembre 2004

Nidra Poller

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Yamoussoukro mon amour ! (info # 011202/3)

Par Nidra Poller à Paris© Metula News Agency

J’ai des liens affectifs avec la Côte d’Ivoire. Une histoire d’amour déçu. Je connais personnellement le président actuel de la Côte d’Ivoire, Laurent Gbagbo. Voici d’ailleurs un scoop : son nom se dit tout simplement « Babo. » Les « g » ne se prononcent pas en Côte d’Ivoire et le fait qu’aucun journaliste français n’a fait l’effort de cueillir ce petit brin d’information en dit long sur l’état de nos médias. Il en sera question ici, de l’état de nos médias et de la médiatisation des faits et gestes de l’Etat français face à cette crise majeure dans un pays africain, où sont installés quelques 16 000 Français, que personne n’a pensé à qualifier de colons. C’est l’occasion d’assister, en temps réel, à une démonstration exemplaire de la finesse française adaptée à l’exercice de la politique internationale et, d’après ce qu’on voudrait nous faire croire ici, il s’agirait d’un savoir-faire cruellement déficient chez les Américains. Je devrais dire j’ai connu Laurent Gbagbo car je n’ai pas fait copain-copine avec le Président. C’est Laurent, le professeur d’histoire, col roulé, mal rasé, coiffé en afro indiscipliné, la voix rouée de tristesse, que j’ai connu au début des années 80. Obligé de fuir son pays, comme tant d’intellectuels africains menacés de mort pour avoir exprimé une opinion. N’importe quelle opinion, d’ailleurs! Les présidents à vie des indépendances ne souffraient alors aucune expression d’opinion. Pour ne pas se fatiguer à faire le tri entre les bonnes, les moyennes et les mauvaises, ils les exorcisaient toutes. Il faut savoir canaliser les énergies si on veut vivre longtemps en demeurant président en Afrique ! Laurent, professeur, auteur et un peu homme politique dans une opposition qui n’existait pas, vivait un exil ingrat, ici à Paris, car figurez-vous, les droits de l’hommistes ne se souciaient guère des victimes de Houphouët-Boigny. On leur disait : « la Côte d’Ivoire ce n’est pas la Guinée-Sekou Touré voyons ! » Un peu comme on nous dit maintenant qu’une poignée de synagogues brûlées ne fait pas une Kristallnacht.Je naviguais alors dans ces eaux africaines, antillaises, noir américaines, je côtoyais des musiciens et des écrivains célèbres, ratés, ou prometteurs, je partageais les peines et les joies de mes amis noirs, en leur laissant l’exclusivité du temps de parole afin qu’ils expriment leurs doléances et autres énumérations de droits bafoués.Le meilleur, le plus fin, le plus élégant et intelligent, le plus authentique, le plus traditionnel, le plus moderne, c’était NXE.

Ce journaliste, brillant, dont la carrière exceptionnelle fut brisée par la colère du Grand Chef, a fini par rentrer en Afrique. par amour pour sa terre, disait-il, et parce qu’il ne supportait pas le racisme français, et encore parce que nos médias français – les mêmes qui assassinent aujourd’hui mon identité juive au nom des damnés de la terre – n’avaient pas de place pour un génie ivoirien. Je pourrais donner des noms mais il vaut mieux ne pas exciter les vipères à l’heure qu’il est. C’est par NXE que j’ai connu Laurent Gbagbo. Chacun à son tour, confiné dans exil imposé, puis rentré en Côte d’Ivoire, avec la différence que NXE est mort dans un accident de voiture à l’africaine et Laurent est encore président. Je l’ai croisé un jour, Laurent, à l’aéroport de Roissy, en costume de dignitaire à fines rayures blanches, rasé de près, les cheveux rentrés dans l’ordre, la silhouette affinée, le même sourire attendrissant, innocent. On commençait à parler de lui comme leader d’un parti qui compte, il a adhéré, si je ne me trompe, à l’un de ces gouvernements douteux de la période trouble. Je suivais sa carrière, de loin, sans pouvoir juger du bien fondé de la déception ressentie par nos amis d’autrefois: les intellectuels sont rarement contents quand leurs pairs sont au pouvoir !La première Guerre du Golfe a bouleversé mon paysage social. Mon African connection n’y a résisté que partiellement. Je restais pourtant à me faire des soucis pour mes amis, à l’époque où la Côte d’Ivoire semblait tomber dans une spirale de coups d’Etat, suivant vaguement le contentieux avec Alissane Ouattera, mais mon attention se focalisait de plus en plus sur une question que j’avais crue réglée une fois pour toutes en Europe : la question juive. Et l’Afrique, que j’ai tant aimée, jalouse de mes autres préoccupations, s’est réveillée en me donnant des gifles. Durban, certainement, mais aussi le soutien quasi-unanime pour les thèses radicalement antisionistes de la part des journalistes, notables, intellectuels, étudiants, reçus désormais à bras ouverts par les mêmes médias qui ne voulaient pas de NXE.

Aujourd’hui les Africains hurlent avec les loups et mes amis africains n’ont pas un mot, pas une pensée pour moi. Ni la montée de l’antisémitisme, ni les attentats du 11 septembre n’ont provoqué la moindre manifestation de leur part. Preuve que je n’existais pas pour eux comme juive ou comme américaine mais uniquement comme sympathisante de leur cause. Et voilà, qu’à quelques semaines de l’opération militaire en Iraq, le conflit en Côte d’Ivoire nous offre une démonstration inouïe de la mise en ouvre de la politique internationale française. Exemple éblouissant s’il en fut ! Comme d’habitude, c’est par la radio que je prends le pouls de la République. Les rebelles prennent les armes, il y a des accrochages, l’armée française débarque, décrète le cessez le feu, se positionne sur la ligne de démarcation, alors je dresse l’oreille. On tend la micro au chef des rebelles, on colporte des rumeurs de fosses communes, des mercenaires venus prêter mains fortes aux loyalistes, et surtout, on empêche le gouvernement élu du président, mon ami Laurent Gbagbo, d’avancer pour écraser la rébellion. J’apprends, lors d’une émission de la presse africaine sur RFI, que la rébellion est soutenue par Khadafi, les pourparlers de paix à Lomé c’est Khadafi qui en est l’architecte et le propriétaire de l’hôtel où ils se déroulent, c’est, vous l’aurez deviné, lecteurs avisés de la Ména, encore Khadafi. En dehors de ces vérités qui nous parviennent par bribes, on n’a droit qu’à une version épurée des informations sur le conflit. (La relation des événements de Côte d’Ivoire, telle qu’elle est proposée par les médias audiovisuels français est absolument et volontairement inintelligible Ndlr.)

La position française est claire : non à la guerre ! Il faut régler le conflit par la négociation (et je me dis que les rebelles, pendant ce temps, s’installent, le pays est divisé, les armes et les guerriers peuvent s’infiltrer tranquillement.). Malgré le tout Khadafi, malgré le CDAO et les chefs d’Etats plus sages les uns que les autres, les pourparlers sont bloqués. Les troupes de Laurent font un pas de côté, les autorités françaises tapent sur les doigts des loyalistes. Un nouveau vocabulaire médiatique ad hoc se met en place. Le président élu, l’Etat souverain, la démocratie même disparaissent pour laisser place à un conflit entre rebelles et loyalistes. Deux communautés qui s’affrontent quoi ! Chacun a ses raisons, la France a toujours raison et l’enchaînement se termine par une invitation au Château.Vous connaissez la partition. Il faut retourner à la table des négociations, ne pas envenimer la situation en ripostant aux attaques avec force – excessive, par définition -, la communauté internationale doit intervenir. Une conférence internationale -à Paris of course- s’impose ! Laurent ne peut pas faire comme Arik. Il doit accepter l’invitation et j’ai de la peine pour lui. J’aimerais l’inviter à dîner comme autrefois mais je sais qu’on ne le laisserait pas quitter le château. Les dépêches tombent en langue de bois intégrale : tout se passe à merveille à Marcoussis, le problème est en gros réglé, restent quelques détails et à mettre le champagne au frais. Les rebelles sont devenus les forces nouvelles. Et pourquoi pas, si le Hezbollah est bien, pour la France, un important organisme de bienfaisance ! Des forces nouvelles contre les loyalistes, tiens, on sera presque tenté de choisir les premiers, loyalistes ça fait un peu vieux jeu, non ?Des dépêches dégoulinantes de complaisance tombent et se suivent.

Un petit contrecoup cependant, le président de l’assemblée ivoirienne quitte le château en claquant la porte. Surprenante anicroche, alors qu’officiellement tout s’arrange pour le mieux : on parle d’un gouvernement d’union nationale, d’élections anticipées et d’autres raffinements du même genre. La carte de séjour est supprimée, les lois foncières réécrites. Je ne nie pas qu’il existe des vrais problèmes sous-jacents, des injustices faites aux Burkinabés et tout le reste. Mais le Burkina Fasso prend de drôles de positions de nos jours et tout cela commence à nous rappeler la situation nigériane.On attend Kofi Annan, on attend le président Gebagebo, des chefs d’Etat divers, la photo sur le parvis. Les trompettes sonnent à tous vents. Sur RFI, c’est tout juste si on n’annonce pas en toutes lettres le pied de nez à Bush : nya nya nya tu vois, péquenot-cowboy, c’est comme ça qu’on fait de la vraie diplomatie! Soudain le centre de gravité passe de Marcoussis à Kléber, où l’on apprend que Laurent a été dépouillé de tout sauf son nom écorché. On lui impose un Premier ministre rebelle, la France attribue les ministères de la défense et de l’intérieur aux forces nouvelles, tout le reste, tout ce qui compte, à son opposition et on lui laisse les caisses vides et l’armée démilitarisée. Les forces nouvelles, interviewées comme elles le méritent, annoncent qu’elle viendront nombreuses avec armes et bagages protéger leur ministres à Abidjan. Il y a justement un peu de grabuge à Abidjan, on se demande pourquoi, et on essaie de faire croire que Laurent a sauté le déjeuner pour sauter plutôt dans un avion afin de calmer les esprits et de commencer au plus vite sa nouvelle vie.Je me demande, quant à moi, s’il ne s’est pas sauvé encore une fois pour s’éloigner d’un tyran en colère ?A présent on essaie de le finir. Tantôt en le sommant solennellement de se prononcer clairement pour la réconciliation et de mettre en place le nouveau gouvernement, tantôt en lui envoyant des flèches empoisonnées. Qui sait ici que Laurent Gebagebo est l’auteur de Côte d’Ivoire : économie et société à la veille de l’indépendance (1940-1960), Côte d’Ivoire : pour une alternative démocratique, Soundjata, Lion du Manding ? Entre temps, si je comprends bien, il n’a plus d’armée. Leçon à méditer. J’ai appris par une source fiable, qu’une publicité parue dans le Washington Post, quelques jours après la signature des accords (désaccords ?) de Marcoussis, supplie les Américains d’intervenir et de protéger le gouvernement légitime. J’ai perdu mon souffle en entendant que mon gouvernement s’est prononcé en faveur de leur application. Mais ouf ! Le commis chargé des affaires africaines à Washington a enfin réussi à joindre le chef, le tir est rectifié, les Américains demandent maintenant la renégociation de l’accord.Justement, boys, ne voyez-vous pas que cette histoire est une affaire en or?

La France, qui fait la danse du ventre sur la scène internationale, priant clémence et miséricorde envers le misérable Saddam Hussein, la France qui gronde et qui tonne qu’il ne faut rien régler par la force des armes et qu’on peut tout régler dans la paix du seigneur en se mettant autour d’une table ; la France qui ne touchera à une goutte de pétrole sans demander la permission de l’ONU ! Cette même France, qui transforme des bandes armées en forces nouvelles et leur donne la moitié d’un pays et les moyens de prendre l’autre moitié, pour les récompenser d’avoir pris les armes et attaqué l’Etat de droit. Des mommas manifestant dans la rue à Abidjan le disent avec leur accent de Treichville : « aucun gouvernement accepte ça. »Et la France, paisible, pacifiste et faiseuse de paix, que fait-elle quand des bandes armées de pierres de gourdins et de machettes s’attaquent à ses citoyens en Côte d’Ivoire, pillent leurs maisons, les malmènent, les menacent ? Elle fait, mes chers lecteurs, le silence radio. Vous avez droit à des directs de Jalalabad du matin au soir, quand des enragés d’Allah promettent de brûler des Américains par milliers, aux nanas-journalistes, qui répercuter les cris de guerre des shahidin en herbe lors des fêtes du Hamas, mais les reportages d’Abidjan, pendant qu’elle vit ses heures les plus dures, sont d’une rareté extrême, je dirais même, d’une insuffisance impudique. Air France a doublé ses vols journaliers en provenance d’Abidjan: deux à la place d’un. Le prix aussi a doublé ! La France n’a pas les moyens d’évacuer 16 000 ressortissants si jamais le besoin s’en faisait sentir. A leur place, j’aurais encore plus peur de l’arrivée des forces nouvelles que des agissements des patriotes. Et Laurent, que va-t-il faire sans armée pour défendre son pays ? On ne le dit pas trop souvent, mieux vaut, semble-t-il, être conspué pour l’utilisation de force excessive que démoli par manque de force adéquate. J’espère que ça ne se terminera pas ainsi, en flash-back et certainement pas en bain de sang. Il doit rester quelques divisions de Marines à dispatcher en Côte d’Ivoire, en attendant la nouvelle résolution du Conseil de Sécurité. Qu’ils viennent, qu’ils renvoient les forces nouvelles à leur expéditeur, qu’ils parlent avec Laurent d’homme à homme : Hé mon frère, tu
ne peux décidément pas frapper ces Burkinabés sur la tête, essayons de régler ce problème en frères ! Mais d’abord il reste des fesses à botter. Ce ne seront pas les rebelles de Kadhafi qui vont te faire des misères, Babo !

Nidra Poller
nidrapol@gmail.com

Source: http://wikileaks.org/gifiles/docs/5042962_re-hello-from-stratfor-thoughts-on-cote-d-ivoire-.html

Traduit depuis le web par willsummer

Les USA espionnent l’Afrique: Les courriels de Stratfor révèlent l’espionnage en Côte d’Ivoire

Le quartier du Plateau, à Abidjan

Des courriels entre analystes du renseignement révèlent comment la guerre avait été prévue et les atrocités cachées en Côte d’Ivoire.

« La lumière du soleil est le meilleur désinfectant / Dans une société civilisée, tu sais »

Faisant un commentaire sur un article publié par le Daily Maverick, un lecteur enthousiaste comparait le boulot de Stratfor au journalisme d’investigation. Un autre allait jusqu’à dire que Stratfor n’enfreint aucune règle ou limite morale en espionnant des individus et leurs communications pour de grandes sommes d’argent.

Laissez-moi vous donner mon avis dès le départ: les corporations et autres institutions sont les ennemis du peuple. Agissant dans ses meilleurs intérêts? De qui se moque-t-on? Depuis que les GI Files ont fait surface, plusieurs articles désignaient Stratfor – une agence de renseignements privée qui travaille pour de grosses entreprises et espionne ses « ennemis », a travaillé pour le gouvernement US, fournissant des renseignements au Department of Homeland Security (Ministère de la Sécurité Intérieure, rejeton de la politique post-9/11, ndt), la Defense Intelligence Agency (service de renseignements du Ministère de la Défense US) et les Marines – et en espionnant des contestataires aux USA. Stratfor affirme qu’elle fait de « l’analyse géopolitique globale ». Eh bien sa portée va beaucoup plus loin que cela.

Tout de suite après la lutte électorale en Côte d’Ivoire, les agences de médias occidentaux, en français et en anglais, n’ont pas de scrupules à imposer la responsabilité de toute la crise à Laurent Gbagbo. Leur assurance m’énervait pour tout vous dire; comme s’ils avaient eu un accès exclusif à certaines informations. Peut-être quelqu’un les avait-il renseignés.

L’institution d’espionnage (aucun autre terme n’est aussi simple et précis à la fois pour décrire cette institution) Stratfor n’a pas seulement couvert de très près les événements tels qu’ils se déroulaient en Côte d’Ivoire, mais a probablement caché un énorme mensonge. Que les médias classiques soient complices n’est pas un scoop; après tout ils dépendent de sources de revenus qui n’aiment pas ce genre d’histoire. Jugez par vous-mêmes.

Pourquoi Stratfor s’intéresse-t-elle à la Côte d’Ivoire?

Des fruits et fèves de cacaoyer

La RCI (République de Côte d’Ivoire) mène la production, ainsi que l’exportation mondiale des fèves de cacao utilisées dans la fabrication du chocolat depuis 2009, fournissant 30% du cacao produit sur la planète. De grands producteurs de chocolat comme Cadbury’s, Hershey’s et Nestlé achètent des productions et des options de cacao ivoirien. Stratfor aussi a de jolis intérêts dans le cacao de Côte d’Ivoire (mail 1039966).

J’ai suivi les traces d’un certain ‘Mark Schroeder, Directeur de l’Analyse pour l’Afrique Sub-Saharienne’ pendant un temps et cet e-mail ne fit que confirmer mes pensées. Pour moi il est celui qui déniche les informateurs africains. Plusieurs courriels le montrent continuellement « gardant le contact » avec eux, où qu’ils soient (5048229, 4980860, 5083146, 5264354, 5114217, 4980457, 5138296, 5141941, 5150875, 5135143, 4984588).

Un autre m’amena à la possible conclusion que Cargill, la multinationale commercialisant des produits agricoles, pouvait être un client de Stratfor (5079189).

La plupart des rapports, deux semaines après le début du conflit, dépeignaient un Gbagbo avec « un ferme contrôle de l’armée » et un Ouattara qui « est largement acclamé et reconnu comme le président de Côte d’Ivoire ». Ils ont cependant omis d’exprimer la position des citoyens sur le sujet. « Des résultats officiels ont dit qu’Alassane Ouattara avait gagné le deuxième tour ». Pourtant, il a essayé une fois ou deux de rassembler des soutiens et de faire face à Gbagbo sans succès. De plus, Abidjan est restée calme deux semaines après le showdown électoral; le coeur des soutiens de Ouattara étant concentré au nord de la RCI, où ils ont essayé de mobiliser des manifestations au cours des quelques derniers jours, mais se sont faits disperser par les forces de sécurité du gouvernement. Un courriel nous éclaire gracieusement sur quelques faits « secrets » sur les factions politiques en RCI (4980408).

L’analyse des sources: Nom de Code CIXXX

La plupart des sources sur la RCI ont présenté une histoire différente de celle mise en images par les médias occidentaux. un tableau Excel intitulé « Africa Source List » que j’ai récupéré donne une longue liste de noms et d’adresses de sources Stratfor en Afrique. Les informateurs comprennent des présidents, des ambassadeurs, des ministres d’état, des représentants de l’ONU, du personnel d’ambassade, des entrepreneurs, des cadres de grandes entreprises, un grand nombre de reporters et de journalistes, des activistes, des étudiants et beaucoup plus (1232132).

Sept personnes ont fourni des renseignements de première main à Stratfor sur ce qui s’est réellement passé sur le terrain en RCI. Leurs compte-rendus de la situation sont choquants et s’orientaient dans une direction très éloignée de celle montrée par les médias. Voici un rapport d’un « missionnaire » en Afrique (952799):

Presque tout ce que vous entendez de la part de la France et de l’ONU est faux. La vie à Abidjan n’est même pas près d’être normale. Il y a des cadavres à chaque carrefour qui pourrissent au soleil pendant des jours. Des bandes armées de criminels en maraude libérés des prisons pour rejoindre son armée (plus de 30000 au dernier compte) par les hommes de Ouattara tuent au hasard à travers tout Abidjan. Ils pillent, tuent, violent, pénètrent dans les habitations et prennent ce qu’ils veulent, volent des voitures et des 4×4. Les hommes de Ouattara vont de maison en maison en prenant les jeunes hommes de plus de 15 ans et en les tuant sur place ou les emmenant quelque part d’où ils ne sont jamais revus. La nourriture commence à manquer, l’eau aussi à certains endroits. Le courant électrique est toujours branché mais n’est pas constant. Les Français essayent toujours de tuer Gbagbo. Ils ont encore bombardé sa maison aujourd’hui. Ils n’attendent pas de l’affamer. Ils attaquent quotidiennement. Ne croyez pas les nouvelles du soir mon ami. Les Français et l’ONU ont tué des milliers de jeunes qui ont offert leurs vies pour protéger leur président sans armes, quand ils ont encerclé sa résidence et le palais présidentiel. Saviez-vous que les Français et l’ONU ont tué beaucoup de civils à la base militaire d’Akouedo. Cette base était la résidence de centaines de familles de soldats. Plus de 2400 hommes, femmes et enfants ont perdu la vie. Notre famille connaît des familles qui y ont été tuées.

Alors, vous me l’avez demandé. Et voilà. Que ferez-vous avec cette information. Quelqu’un écoute-t-il le Sénateur Jim Unihofe? Il a les données et tout ce que nous avons vu sur internet est exact. Allez à http://groups.yahoo.com/group/osint/message/141423

Dans un autre courriel, il souligne ceci (1401516):

Les choses sont vraiment en train d’empirer. Ce que je vous dis vient de gens qui vivent dans ces zones ou ont des amis et de la famille qui y vivent. À Abobo [un quartier pro-Alassane Ouattara d’Abidjan qui a été le décor principal des affrontements], les forces rebelles ne sont pas des civils, ainsi que les principaux réseaux d’informations le rapportent. Ce sont des militaires entraînés du Burkina Faso, du Mali et d’autres pays. C’est l’ONU qui les transporte jusque dans Abobo et ailleurs, et qui les arme. Beaucoup d’entre eux sont des adorateurs de démons et ils tranchent la gorge de quiconque semblant soutenir Gbagbo, et utilisent le sang et les organes pour un culte sacrificiel brûlant plusieurs fois les gens vivants. […]

Les forces ivoiriennes ont désormais nettoyé la plus grande partie d’Abobo, depuis que le gouvernement a déclaré une zone d’exclusion aérienne. L’ONU a essayé d’amener davantage de troupes dans Abobo par hélicoptère mais le FDS leur a tiré dessus, les manquant volontairement mais tirant tout autour pour les dissuader. Ils sont repartis et n’ont pas essayé de revenir.

L’embargo économique ne fonctionne pas pour la communauté internationale. Les gens ne se rebellent pas et quelques banques sont ouvertes et servent les gens. La seule partie de l’embargo qui fonctionne est l’embargo sur les médicaments. Beaucoup de personnes sont en train de mourir parce qu’ils n’ont pas accès aux médicaments. Des enfants et des personnes âgées qui meurent du paludisme sans le remède simple. Pourtant, ils ne se révoltent pas.

Certains jours vous ne sauriez même pas qu’il y a un conflit. Les gens travaillent, vont à l’école, se marient, vivent la vie. S’ils s’attendent à ce que les gens se rebellent ils se leurrent. Ils ont choisi Gbagbo comme président et ne se révolteront jamais contre lui. Chaque fois que lui ou l’un de ses hommes appelle à une réunion ou un rassemblement, des centaines de milliers de personnes affluent. Si Ouattara appelle pour quoique ce soit, rien ne se passe. Ceci devrait indiquer à tout le monde ce qu’est la vérité. Vous savez, je parle à beaucoup de gens; à ceux à qui je demande, « Et si Gbagbo était tué ou décidait de quitter le pouvoir? Que pensent-ils qu’il se passerait? »

Sans hésiter ils me disent tous qu’ils se battraient jusqu’à ce que le dernier Ivoirien soit mort avant que de laisser Ouattara prendre le pouvoir. Ils disent qu’il devra marcher par-dessus leurs cadavres pour entrer à l’intérieur du palais présidentiel.

Mark, toute cette situation est absurde. Jusqu’où la communauté internationale ira-t-elle pour installer leur homme à la Présidence. Combien devront mourir pour qu’ils puissent contrôler les ressources de ce pays. Ce qui est vraiment triste est que s’ils voulaient vraiment aider le peuple ivoirien, ils pourraient négocier tout ceci, permettre une nouvelle élection et alors les gens les laisseraient volontiers venir dans le pays et aider à amener un réel développement qui bénéficie à tout le monde. Ceci ne donnerait-il pas les mêmes résultats sans tuer tant de monde. Veulent-ils vraiment voir toute cette mort et cette destruction?

S’il vous plaît, comme j’ai déjà demandé, ne révélez jamais mon nom ou d’où vous avez eu ces informations. Ma vie est entre vos mains. Déjà ces terroristes ont tué des journalistes ivoiriens chez eux la nuit pour avoir imprimé ces vérités. Quiconque veut connaître la vérité peut venir ici et la découvrir. Elle n’est pas cachée. Les gens supplient les médias de rapporter la vérité. Mais personne n’écoute. Si qui que ce soit dit la vérité ouvertement sur Ouattara, il envoie ses assassins après eux. Même le président Zuma s’est fait attaquer en quittant le Golf Hotel pour avoir semblé soutenir Gbagbo. Tous les Mauritaniens se font attaquer et leurs commerces se font piller et brûler. Ils quittent maintenant la RCI parce que leur président a soutenu une solution pacifique et une nouvelle élection. »

D’autres commentaires de sa part sont accessibles – 1116097 et 5080310.

Un autre informateur, un professeur de sociologie portant le nom de code CI004 a élaboré sur les intérêts français en RCI (1105024):

La France doit aller si loin pour sortir un président parce que c’est vital pour sa survie…

Si [le président sortant] Gbagbo résiste suffisamment et apporte du changement en RCI (en nationalisant des entreprises françaises, en retirant la RCI du la Banque Centrale d’Afrique de l’Ouest , la BCEAO, par exemple) la France va perdre énormément d’argent. 85% de l’argent de cette banque centrale est déposée à la Banque de France et la RCI fournit 60% de cet argent. Alors imaginez la catastrophe si la RCI sort de la BCEAO. Hier soir j’ai écouté un des ministres de Gbagbo et il a dit ceci: « En nous excluant de la BCEAO, la France et ses partenaires africains nous aident vraiment beaucoup. Nous allons imprimer notre propre argent et contrôler notre économie »…

Donc, quand je dis que c’est vital pour la France c’est parce que d’autres nations pourraient suivre l’exemple de la Côte d’Ivoire; un geste qui, à long terme, peut affaiblir l’économie française.

La prédiction d’une crise?

Tout en analysant la base de données et en cherchant certains termes, un schéma se dessina entre plusieurs courriels différents. Dans une communication (1147942) datée du 1er mai 2010 (à peu près six mois avant le début du conflit), une source personnelle de Stratfor connue pour être le père de Lauren Goodrich, l’analyste senior pour l’Eurasie de Stratfor, de retour d’un voyage à Abidjan et d’un dîner avec l’ancien Premier Ministre et désormais ministre des affaires étrangères Daniel Duncan – qui a juré de poursuivre les politiques économiques de Ouattara d’austérité et de privatisations – rend son évaluation de la situation à Abidjan.

Plus tard, cette conversation peut être lue entre l’analyste Stratfor pour l’Afrique et Marko Papic, l’un des analystes politiques pour l’Eurasie de Stratfor (1141240):

Marko Papic:

Les français mènent deux opérations sur le théâtre africain… Je veux dire je sais, c’est juste 900 hommes en RCI empêchant les pillages et ils étaient déjà déployés dans la région.

Mais quand-même. Ne comparez pas ceci aux USA. La France n’est pas les USA. Comparez-là à ses voisins en Europe. Merde, la Russie pourrait-elle faire un truc pareil?

À quoi mon Mark répond:

Mais les troupes françaises ont été à Abidjan depuis des décennies. C’est comme une deuxième maison pour eux. J’imagine que les traités de défense mutuels ne sont pas honorés cette fois-ci.

Une fois que Gbagbo ait rendu clair qu’il ne quitterait pas le pouvoir et que les troubles ont éclaté, Stratfor avait de sérieuses dents contre Laurent Gbagbo. Dans un courriel, Mark Schroeder discute des besoins que le père de Goodrich peut avoir pour renforcer le dossier de la RCI et ajoute (5025331): « nous observons pour voir comment le camp de Gbagbo réagit, s’ils vont nous faire le coup du Kenya et essayer d’imposer des résultats favorables, ou si les résultats sont défavorables, les bloquer et gérer les retombées, même si cela prend des mois. »

Les bombardements français et onusiens qui se sont ensuivis doivent être considérés d’un point de vue critique. Le changement de régime est en haut de l’agenda de tous les pays occidentaux pour l’Afrique et ils se sont servis du soi-disant Printemps Arabe pour instiller des idées de dissension parmi les Africains sub-sahariens. Au long de tout le conflit, Paris et Washington ont fermé les yeux sur des massacres de civils significatifs par les supporters de Ouattara – dont un seul de jusqu’à 1000 personnes dans un seul village. N’oublions jamais qu’aucune résolution de l’ONU, que ce soit en Libye ou en Côte d’Ivoire, n’a donné d’autorisation formelle d’attaquer de quelque manière que ce soit.

Pour citer une personne, « dans ce monde surréel du « renseignement global », qui a apparemment prédit la date du commencement de la guerre d’Irak, la tentative d’insurrection au Venezuela, le changement de régime aux Philippines. » la RCI est une cour de récré pour eux; le soutien de forces rebelles attaquant un gouvernement légitime depuis le nord.

C’est la honte.

Oh! Joyeuse Fête de l’Indépendance à la Côte d’Ivoire! Beaucoup d’amour à vous! Je le pense…

NOTE: Cet article fut écrit en résultat d’un partenariat d’investigation organisé par WikiLeaks. Toutes les références de données ont été obtenues par WikiLeaks.

Publié par François-Xavier

Source: http://irandpolitics.wordpress.com/2012/08/06/spying-africa-stratfor-emails-reveal-spying-in-cote-divoire/

Traduit depuis le web par Will Summer

Willsummer: Les suites du rassemblement de Saint-Michel du 10 août à Paris

Dimanche 12 août 2012


C’est ce soir que se terminent les premiers Jeux Olympiques ouvertement cyberpunk de l’histoire, où des athlètes se font sponsoriser en se faisant tatouer le logo d’une marque sur le corps, et où des sandwicheries londoniennes ont été contraintes de changer le nom de leur enseigne, parce qu’il contenait l’adjectif « olympique ».

Alors que des drones armés provenant d’un Etat se déclarant en guerre contre un ennemi invisible ravagent les zones tribales du Waziristan tuant hommes, femmes et enfants non-combattants, des « féministes » occidentales paradent sur Tower Bridge à Londres pour appeler à l’exclusion des pays pratiquant la Charia des JO, et à l’obscénité de la sur-consommation érigée en sacro-saint modèle, s’ajoute le foulement aux pieds des principes olympiques: ce sont les USA qui empochent le plus grand nombre de médailles, et ils sont « en guerre » à travers le monde, soit ouvertement soit par moyens détournés.

Ceci est une réalité que depuis maintenant plusieurs années WikiLeaks et Julian Assange ont contribué à rendre évidents par des éléments devenus irréfutables, et qui constituent un faisceau de présomptions tellement large et solide qu’il contient de quoi faire trembler jusqu’à ses bases l’infernal édifice de la bestiale mentalité prédatrice qui infecte la société des hommes tel un cancer.

Car WikiLeaks est une organisation journalistique. En tant que telle, elle s’est donné la mission de fournir au grand public les informations qu’il réclame: la vérité, de quoi lui faire comprendre les événements qui interviennent dans sa vie et celle de ses pairs, de manière à ce qu’il puisse agir en connaissance de cause, pour la présence et le maintien d’un environnement propice à son épanouissement et à celui de sa famille, comme de ses pairs.

Or, voici que l’organisation dont Julian Assange est l’un des co-fondateurs nous explique depuis des années, preuves à l’appui (ces fuites par millions n’ont pas été contestées, et les poursuites contre Manning et Assange sont la preuve de leur véracité), que ce gouvernement à l’aigle chauve, dont le siège du pouvoir est à Washington, qui se présente dans nos foyers à travers la petite lucarne de nos téléviseurs comme le parangon de la justice – fût-elle armée jusqu’aux dents, de la défense des opprimés et des Droits de l’Homme, se révèle être le plus grand assassin en masse que l’histoire contemporaine ait portée.

Qu’ils flattent la docilité du peuple pour lui imposer une loi féroce – faire garder des moutons par des loups – et lui mentent sur toutes les informations qu’ils lui laissent voir au travers de sa petite lucarne pour lui en servir une version adaptée à leur discours et à la gloutonnerie de leurs entreprises. Qu’ils n’ont cure de la valeur d’une vie humaine, qu’ils sont capables de dévaster des régions entières pour l’accès aux ressources et de violer des sociétés dans leur plus profonde intimité pour y asseoir une mainmise tentaculaire…

Il y a des centaines de milliers de CableGate Files, d’Iraq et d’Afghanistan War Logs, cinq millions et demi de Stratfor Files et plus de deux millions de Syria Files. Il y a quelques sites web composés de journalistes professionnels, et d’autres personnes actifs et actives à éplucher, examiner, vérifier ces documents afin d’en extraire ce qui en fait la moëlle épinière: les éléments qui ne pourront pas être contestés devant un tribunal. Lorsqu’elle sera entre nos mains, nous la jetterons sur la place publique pour qu’elle y soit brûlée vive sous le regard furieux de la population…

Nous venons chacun(e) de notre horizon particulier, pour défendre Assange, Manning et WikiLeaks (et Jeremy Hammond, hacker Anonymous risquant 20 ans de prison pour avoir aidé WikiLeaks); nous partageons certaines choses, et pas d’autres: les goûts et les couleurs, c’est une affaire personnelle. Mais nous sommes unis par l’indéfectible refus de l’injustice, du mensonge et de l’irrespect de la vie humaine. Julian Assange est notre ami, et nous sommes à ses côtés. Devant la volonté du peuple de savoir, il n’y a pas de secret qui tienne: les affaires, leurs ramifications et implications sont beaucoup trop graves, et notre silence équivaudrait à une complicité.

Quand Fred Barton, le patron de Stratfor, disait de Julian Assange: « Assange sera un beau gibier en prison. Bousillez le terroriste. Il bouffera à jamais de la pâtée pour chien », je sais qu’il ne veut pas du bien à mon ami. Je sais aussi que je n’en voudrais pas comme ami, car je n’ai pas de plaisir à penser au mal, ou à le commettre. Ainsi les parties en présence sont définies, et c’est ma plus intime conviction que nous triompherons de ces êtres malfaisants, dont Fred Barton n’est qu’un des molosses, dans le domaine de la collecte de renseignements.

Dès demain, avec le conseil des anges et de sa bonne conscience, l’Equateur devra se prononcer en faveur ou non de son soutien à Julian Assange. Ce n’est pas un acte sans conséquences que d’accorder l’asile politique à l’homme le plus recherché des services secrets des USA, ils ne seront pas contents… J’ai bon espoir que l’Equateur accède à la requête du fondateur de WikiLeaks. Correa, le président de l’Equateur, est un homme qui comprend bien l’importance, à son niveau, d’actes en accord avec les justes aspirations des peuples; l’Equateur, comme beaucoup de nations latino-américaines, a beaucoup souffert des ingérences états-uniennes.

Par willsummer

Stratfor Files: Re: APERCU – VENEZUELA – CANVAS monte en puissance

La chute de Salto Angel, au Vénézuela

N° de mail 1116408
Date 12-01-2010 22.51.02

De reva.bhalla@stratfor.com

A marko.papic@stratfor.com, secure@stratfor.com

Hé, j’aime le guide « comment procéder », vendons-le à Chavez

Le 12 Janv 2010 à 15h 49, Marko Papic a écrit:
CODE de la SOURCE : SR 501
PUBLICATION : NON
DESCRIPTION de la SOURCE : Dirigeant de CANVAS
ATTRIBUTION : Pas encore, pas avant qu’ils nous laissent publier
FIABILITE de la SOURCE : A
CREDIBILITE de l’OBJET : 5
TRAITEMENT SPECIAL :
DISTRIBUTION : Sécurisée
RESPONSABLE de la SOURCE : Marko

Voir le document en pièce jointe. C’est la stratégie de CANVAS pour le Vénézuéla. Ils sont en train de monter en puissance leur travail là-bas. Très actifs. Le document m’est parvenu avec le mail suivant:

« Cette année nous augmentons franchement notre activité au Vénézuéla. Ils ont des élections en Septembre, et nous sommes en étroite relation avec des militants de là-bas et avec des gens prêts à les aider (S’il vous plaît gardez cela pour vous pour le moment, pas de publication).
La première phase de notre préparation est en cours.
Conformément au « Plan Format » de CANVAS (que les militants appliquent dans des ateliers), il y a quatre étapes pour une stratégie réussie:

1. Analyse de la situation (que nous faisons maintenant)
2. Conception de l’opération (à faire)
3. Phase d’exécution (Comment diable allons-nous réussir à gagner cette guerre?)
4. Opérations technologiques (administration, logistique, coordination et communication)

C’est la ligne directrice, en fait, que nous avons présentée à George au Colorado, et c’est la base de notre « graphique directeur ».
Tel est le fondement de notre brouillon d’analyse sur ce que nous prévoyons de faire au Vénézuéla, qui est attaché en pièce jointe. »

http://wikileaks.org/gifiles/docs/1116408_re-insight-venezuela-canvas-ramping-up-.html

http://www.wikileaks-forum.com/index.php/topic,12561.0.html (anglais)

http://www.wikileaks-forum.com/index.php/topic,12784.0.html (français)

Traduit sur WikiLeaks par Irien

Qaddafi a cherché refuge en Algérie avant de se faire rattraper en route

L’email ayant l’ID 120909 rendu public ce lundi 24 juillet 2012 par WikiLeaks, daté du premier septembre 2011 et échangé entre l’Officier de contrôle (Watch officer) Ben Preisler et les services de la société de renseignement privée Stratfor, reflète un peu de lumière sur les derniers jours du dictateur libyen déchu, Mouammar Qaddafi.

Selon des informations recueillies par un des agents de Stratfor auprès d’un diplomate algérien, le guide libyen Mouammar Qaddafi a tenté de trouver refuge en Algérie ; l’email daté du 1 septembre 2011, soit deux jours après l’arrivée la famille Qaddafi en Algérie, nous révèle que le président algérien Abdelaziz Bouteflika a refusé de répondre aux appels répétés de Qaddafi, la source diplomatique algérienne avait affirmé aussi que les services de renseignements algériens ont localisé l’emplacement du guide libyen et ils l’ont transmis à l’intelligence britannique, cette information a permis à des unités spéciales britanniques de l’attraper et de l’exécuter.

Le document original du site WikiLeaks est accessible ici :
http://wikileaks.org/gifiles/docs/120909_-alpha-insight-libya-algeria-q-seeking-refuge-in-algeria-me1.html

Email-ID : 120909
Date : 2011-09-01 17:07:49
De : ben.preisler@stratfor.com
A : alpha@stratfor.com
Liste-Nom : alpha@stratfor.com

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SOURCE : Sous-source via ME1 (Middle East 1)
ATTRIBUTION: STRATFOR source
SOURCE DESCRIPTION: Diplomate algérien via ME1
PUBLICATION: Oui
FIABILITÉ DE LA SOURCE: C
CRÉDIBILITÉ DE L’ÉLÉMENT: Pourrait être un cover-up (un camouflage) puisque l’Algérie été sous pression pour avoir soutenu Q (Qaddafi)
TRAITEMENT SPÉCIAL : Alpha
GESTIONNAIRE DE SOURCE : Reva
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La source confirme des nouvelles sur les tentative de Mouammar Qaddafi a cherché refuge en Algérie. Le président algérien Abdulaziz Boutafliqa a refusé de répondre aux appels répétés de Qaddafi. La fille et la première épouse de Qaddafi ont été autorisés à rentrer en Algérie après que le conseil provisoire libyen avait renoncé à son opposition à l’affaire. Les services de renseignements algériens ont déterminé la localisation du Qaddafii dans la ville de Bani Walid, qui se trouve à environ 100 miles (160 kilomètres) au sud-ouest de Tripoli. Il (La source) dit que les Algériens ont transmis l’information à l’intelligence britannique. La tâche de chasser Qaddafi a été confiée à des unités spéciales britanniques. Il (la source) est convaincu que les britanniques finiront par l’attraper (Qaddafi).

Qaddafi sera abattu tôt ou tard. La question en cours est la sécurisation de l’approbation des anciens de la tribu Warfala (une tribu libyenne) qui fournit un sanctuaire au Qaddafi. Le problème avec Warfala devra être résolu pacifiquement, car elle est la plus grande tribu de la Libye et aussi parce que beaucoup de ses jeunes hommes ont combattu aux côtés des forces du Conseil provisoire. L’Algérie a un intérêt direct dans l’élimination de Qaddafi afin de l’empêcher de s’allier avec Al-Qaeda au Maghreb.


Benjamin Preisler
+216 22 73 23 19

Source: https://operationleakspin.wordpress.com/2012/07/26/the-the-gifiles-alpha-insight-libyealgerie-q-qaddafi-a-cherche-refuge-en-algerie-me1/
http://www.wikileaks-forum.com/index.php/topic,13286.0.html

Publié par W sur WikiLeaks

WikiLeaks : le Big Brother américain surveille l’Afrique

12/03/2012 à 15h:31 Par Jeune Afrique

Stratfor travaille notamment comme sous-traitant de la CIA.

Déploiements de troupes angolaises au Cabinda, état exact des ressources aurifères du Mali, achats d’armes du Tchad, relations entre Kinshasa et la province du Katanga… Depuis le 27 février, le site WikiLeaks publie les télégrammes de l’agence privée de renseignements Stratfor, qui travaille entre autres pour le compte d’agences fédérales américaines.

Diffusés sur le site WikiLeaks depuis le 27 février, les télégrammes secrets de l’agence privée de renseignements texane Stratfor contiennent quelques indications intéressantes concernant les préoccupations américaines en Afrique. Stratfor, qui travaille comme sous-traitant pour le compte, entre autres, de la CIA et de la DIA (un des services de renseignements), donne ainsi une série de « consignes de surveillance » (monitor guidance) à ses agents sur le terrain – lesquels sont souvent des membres, passés ou en fonction, des services de sécurité locaux. Exemples : les déploiements de troupes angolaises au Cabinda, l’état exact des ressources aurifères du Mali, les achats d’armes du Tchad, les relations entre Kinshasa et la province du Katanga. Les rapports « de rivalité et de compétition » entre l’Angola et l’Afrique du Sud sont également scrutés avec attention. Parfois, la requête frôle le cynisme commercial. Stratfor demande ainsi à ses agents en Guinée équatoriale de voir dans quelle mesure les ennuis judiciaires en Europe du pouvoir en place à Malabo pourraient profiter aux sociétés pétrolières américaines.

Source: http://www.jeuneafrique.com/Article/JA2669p008-009.xml8/usa-angola-tchad-kinshasawikileaks-le-big-brother-americain-surveille-l-afrique.html

http://www.wikileaks-forum.com/index.php/topic,9472.0.html

APERCU – VENEZUELA: Canvas encourage les révolutions

N° de mail 1116312
Date 13-01-2010 23.49.39
De marko.papic@stratfor.com
A secure@stratfor.com

CODE de la SOURCE: SR501
PUBLICATION: NON
DESCRIPTION de la SOURCE: Dirigeant de CANVAS
ATTRIBUTION: Pas encore, pas avant qu’ils nous laissent publier
FIABILITE de la SOURCE :A
CREDIBILITE de l’OBJET: 5
TRAITEMENT SPECIAL:
DISTRIBUTION/ Sécurisée
RESPONSABLE de la SOURCE : Marko

Traduit depuis la source:

Pour expliquer le plan d’action que nous avons envoyé, c’est un guide pour savoir comment procéder à la révolution, de toute évidence. Tout est expliqué dans notre Guide de la Révolution (l’encyclopédie du chaos (sic) ) au chapitre « Comment programmer des campagnes ».
Quand quelqu’un nous demande de l’aide, comme dans le cas du Véné, nous posons généralement la question « Et comment feriez-vous? ». Cela signifie que la première chose à faire est de procéder à une analyse de la situation (le doc word que je vous ai envoyé), et après cela vient la phase d’ « exposé de la mission » (encore à faire) et puis celle de la « Conception d’Opérations », qui est le plan établi pour la campagne. Pour ce cas précis, nous avons trois campagnes : l’unification de l’opposition, une campagne pour les élections de Septembre, et en parallèle, une campagne « Sortez voter ».

Dans des circonstances NORMALES, les militants viennent nous voir et travaillent dans des ateliers sur le format exact de ces lignes directrices. Nous ne faisons que les guider. C’est ainsi que nos stratégies sont si efficaces au final, parce que les militants eux-mêmes les ont créées et elles leur appartiennent absolument, elles sont authentiques. On ne leur donne que les outils pour les utiliser. Dans le cas du Vénézuela, à cause de la situation désastreuse du pays, à cause de la méfiance entre les groupes d’opposition et la désorganisation, nous devons faire l’analyse initiale. Qu’ils passent ou non à une autre étape dépend entièrement d’eux, ou en d’autres termes, dépend s’ils vont se rendre compte qu’un défaut d’UNITE peut leur faire perdre la bataille avant même de l’avoir commencée.

En tout état de cause, la culture de la sécurité du Vénézuela est inexistante. Ils sont retardés et ne disent que des conneries. C’est une farce incroyable.

http://wikileaks.org/gifiles/docs/1116312_insight-venezuela-canvas-fostering-revolutions-.html

http://www.wikileaks-forum.com/index.php/topic,12559.0.html

Traduit sur WikiLeaks par Irien

Espions des sables

Le 6 mars 2012

Fin 2011, des unités d’élite occidentales, comptant des Français, auraient été déployées en Syrie. En partenariat avec OWNI, l’organisation WikiLeaks poursuit la publication des cinq millions d’emails de Stratfor, la société de renseignement privé proche des états-majors américains. Avec aujourd’hui des centaines de messages sur le Moyen-Orient.

WikiLeaks avait entamé, le 27 février, la publication progressive de cinq millions de messages internes de l’entreprise de renseignement privée américaine Stratfor. Aujourd’hui, le site dévoile des emails indiquant la présence de forces spéciales occidentales en Syrie, notamment françaises, ainsi que des emails détaillant des aspects opérationnels, jusque-là ignorés, de la guerre en Libye. Créée en 1996 à Austin, au Texas, l’agence passait jusqu’ici pour une “CIA privée”, une réputation quelque peu exagérée.

En réalité, Stratfor développe ses analyses depuis des bureaux aux États-Unis, qu’elle vend aux entreprises, en entretenant des contacts avec quantité d’officiers supérieurs et d’agents de renseignement, en particulier américains.

Forces spéciales en Syrie

En Syrie, sujet abondamment traité par Stratfor, le compte-rendu d’une réunion, daté du 6 décembre 2011 laisse entendre que des forces spéciales occidentales auraient été présentes sur le terrain dès la fin de l’année 2011. Le message évoque quatre “gars, niveau lieutenant colonel dont un représentant français et un britannique” :

Après deux heures de discussion environ, ils ont dit sans le dire que des équipes de SOF [Special Operation Forces ou forces spéciales, NDLR] (sans doute des Etats-Unis, de Grande-Bretagne, de France, de Jordanie et de Turquie) étaient déjà sur le terrain, travaillant principalement à des missions de reconnaissance et à l’entraînement des forces de l’opposition.

Les participants rejettent l’hypothèse d’une opération aérienne sur le modèle libyen, affirmant que “l’idée ‘hypothétiquement’ serait de commettre des attaques de guérilla, des campagnes d’assassinats, d’essayer de venir à bout des forces des Alaouites [le groupe confessionnel, minoritaire en Syrie, auquel appartient le président syrien Bachar al-Assad, NDLR], de provoquer un effondrement de l’intérieur.”

La situation syrienne est jugée beaucoup plus complexe que la Libye. “Les informations connues sur l’OrBat syrien [l’ordre de bataille, soit la composition des armées, NDLR] sont les meilleures qu’elles ne l’ont jamais été depuis 2001″ détaille un membre des services de renseignement de l’US Air Force, selon l’analyste de Stratfor. Les membres présents à cette réunion insistent sur les difficultés militaires d’une intervention directe :

Les défense aériennes syriennes sont bien plus robustes et denses, particulièrement autour de Damas et le long des frontières israélienne et turque. [Les participants] s’inquiètent des systèmes de défense aériens mobiles, en particulier les SA-17 [missiles sol-air, NDLR] qu’ils ont obtenus récemment. L’opération serait faisable, mais ne serait pas facile.

À ce moment de la réflexion stratégique, l’opération serait conduite depuis les bases de l’Otan à Chypre. Mais une telle campagne n’était alors pas encore entièrement d’actualité. “[Les représentants des services de renseignement] ne pensent pas qu’une intervention aérienne aurait lieu tant qu’aucun massacre, comme celui par Kadhafi à Benghazi [en Libye, NDLR], ne retiendra l’attention des médias. Ils pensent que les États-Unis auront une forte tolérance aux meurtres tant qu’ils n’atteindront pas l’opinion publique.”

Des troupes égyptiennes au sol en Libye

Parmi les centaines de milliers d’emails consacrés au Moyen-Orient, un grand nombre porte sur la guerre en Libye, sur la base de correspondance avec des militaires de haut rang. Ainsi, dans un message daté du 18 mars 2011, soit la veille du début des bombardements de la Libye par les forces de l’Otan, l’analyste Reva Bhalla partage avec force détails un “rendez-vous privé” avec “quelques colonels américains de l’US Air Force, un homologue français et un Britannique”. Le ton est donné d’entrée :

Ils sautent pratiquement de joie à l’idée de faire cette opération [le bombardement de la Libye, NDLR] — une opération de rêve comme ils l’appellent – terrain plat, proche des côtes, cibles faciles. Aucun prob.

Les militaires gradés réunis affirment alors que “les Égyptiens sont déjà positionnés au sol, qu’ils arment et entraînent les rebelles.” Un sujet pour le moins tabou. A cette date, le 18 mars, deux résolutions ont été votées par le Conseil de sécurité des Nations Unies. La première à l’unanimité le 26 février, prévoit la mise en place de sanctions économiques et financières contre le régime libyen, doublées d’un embargo sur les armes.

Le 17 mars, un jour avant le “rendez-vous privé” relaté, le Conseil de sécurité adopte la résolution 1973 qui met en place une zone d’exclusion aérienne. Le texte est adopté à l’arraché : l’Allemagne, la Chine, la Russie, le Brésil et l’Inde s’abstiennent. Selon les participants, la résolution a été “presque entièrement rédigée par les Brits [les Britanniques, NDLR]“. A ce stade, il n’est nullement question de troupes présentes au sol, ni d’en envoyer dans le futur. Des enquêtes ultérieures démontrent que des forces spéciales occidentales ont bien participé aux opérations, sur le sol libyen.

Le pétrole de la gloire

Au lendemain du blanc-seing du Conseil de sécurité, les militaires analysent les motivations de chaque participant. “De leur point de vue, l’opération entière est menée par le tandem franco-britannique. Par bien des aspects, les États-Unis ont été forcés de les suivre” écrit l’analyste de Stratfor. Côté britannique, les motifs de l’entrée en guerre sont assez prosaïques et plutôt éloignés des raisons humanitaires officiellement invoquées :

Le gars britannique dit que la Grande-Bretagne est guidée par des intérêts énergétiques dans cette campagne. Depuis la marée noire [dans le Golfe du Mexique, NDLR], BP souffre aux États-Unis . Les autres options sont d’aller vers la Sibérie (problèmes avec la Russie), le Vietnam et… la Libye. Selon eux, le renversement de Kadhafi est le meilleur moyen de remplir ces objectifs énergétiques.

Côté français, la situation est moins claire pour les intervenants de l’armée et pour les analystes de Stratfor. Le gradé français affirme que “la France a entendu parler de menaces d’AQMI [Al-Qaïda au Maghreb islamique, NDLR], soutenues par Kadhafi, contre des cibles françaises. Ça les a soûlés. Sarkozy s’est mis dans une impasse” conclut-il. Surtout, la France voulait prouver qu’elle “pouvait très bien” conduire ce genre d’opérations, “prouver sa pertinence.”

Entre Français et Britanniques, la coordination est d’abord passée par le Pentagone, rapporte la même analyste de Stratfor dans un message daté du 19 mai 2011. La veille, elle a assisté à un“briefing avec le groupe stratégique de l’US Air Force [pour] aider à préparer le séjour du chef d’État major de l’USAF en Turquie la première semaine de juin”. À cette réunion assistent deux colonels des services de renseignement américain et français, un capitaine britannique et un représentant du Département d’État. Reva Bhalla écrit:

Au début de la campagne en Libye, la France se coordonnait encore avec la Grande-Bretagne par l’intermédiaire du colonel des services de renseignement de liaison au sein du Pentagone, et non pas directement avec la Grande-Bretagne. Maintenant, les Britanniques ont enfin installé un bureau de commandement à Paris pour la coordination.

Lors de la même réunion, les participants estiment le coût de la guerre à 1,3 million “par mois”, ce qu’un expert de Stratfor corrige dans un mail en réponse : “1,3 million par jour”. “Un coût, mais pas une opération coûteuse” estiment-ils de concert.


Illustrations et couverture par Loguy pour OWNI.

Source: http://owni.fr/2012/03/06/guerre-libye-syrie-gi-files-wikileaks/
http://www.wikileaks-forum.com/index.php/topic,11554.0.html

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