Un volontaire de WikiLeaks était un informateur payé par le FBI

Thordarson avec Julian Assange

Par Kevin Poulsen, 27 juin 2013

Un jour de la semaine, en août 2011, un islandais de 18 ans à l’aspect chérubin, nommé Sigurdur « Siggi » Thordarson, franchit les portes majestueuses de l’ambassade américaine à Reykjavik, la poche de sa veste dissimulant sa carte de visite: une photocopie froissée d’un passeport australien. La photo du passeport montrait un homme avec une tignasse indisciplinée de cheveux blond platine et le nom Julian Paul Assange.

Thordarson a été un bénévole de longue durée pour WikiLeaks, avec un accès direct à Assange et une position-clé en tant qu’organisateur dans le groupe. Avec son entrée dans l’ambassade, faite dans un style de Guerre froide, il est devenu autre chose: le premier informateur connu du FBI au sein de WikiLeaks. Pendant les trois mois qui ont suivi, Thordarson a servi deux maîtres, travaillant pour le site déverseur de secrets et déversant simultanément ses secrets au gouvernement américain en échange, dit-il, d’un total d’environ 5000 $. Le FBI lui a fait prendre des vols quatre fois à l’échelle internationale pour des débriefings, dont un voyage à Washington DC, et il a obtenu lors de la dernière rencontre huit disques durs de Thordarson remplis de chat-logs, vidéos et autres données de WikiLeaks.

La relation fournit un rare aperçu de l’enquête d’application de la loi américaine à l’égard de WikiLeaks, le groupe de transparence récemment rejeté à l’avant de la notoriété internationale, avec son aide au lanceur d’alerte de la NSA, Edward Snowden. La double-vie de Thordarson illustre les efforts que le gouvernement souhaitait déployer dans sa poursuite de Julian Assange, en approchant WikiLeaks avec des techniques aiguisées utilisées dans le travail du FBI contre le crime organisé et le piratage informatique — ou, plus obscurément, l’infiltration du bureau dans les groupes de droits civils, pendant l’ère Hoover.

« C’est un signe que le FBI voit WikiLeaks comme une organisation criminelle présumée, plutôt que comme un organisme d’informations », explique Stephen Aftergood, de la Fédération du Projet des Scientifiques Américains sur le Secret Gouvernemental [Federation of American Scientists’ Project on Government Secrecy]. « WikiLeaks était quelque chose de nouveau, je pense donc que le FBI a dû faire un choix à un certain moment quant à la manière de l’évaluer: Est-ce que c’est le New York Times, ou est-ce que c’est autre chose? Et ils ont clairement décidé que c’était autre chose. »

Le FBI a refusé de commenter.

Thordarson avait 17 ans et il était encore au lycée quand il a rejoint WikiLeaks en février 2010. Il faisait partie d’un large contingent de volontaires islandais qui ont afflué vers la cause de Julian Assange, après que WikiLeaks ait publié des documents bancaires internes relatifs à la crise financière de ce pays.

Quand une révolte du personnel, en septembre 2010, a laissé l’organisation démunie d’aide, Assange a placé Thordarson en tant que responsable de la salle de discussion en ligne de WikiLeaks, faisant de Thordarson le premier point de contact pour les nouveaux bénévoles, les journalistes, les sources potentielles, et les groupes extérieurs qui exigeaient de rentrer en contact avec WikiLeaks, au pic de sa notoriété.

Dans ce rôle, Thordarson était l’homme intermédiaire dans les négociations avec le Fonds de Défense de Bradley Manning, qui a amené WikiLeaks à faire un don de 15 000 $ à la défense de sa source principale. Il a accueilli et pris en charge un nouveau volontaire qui a commencé à télécharger et à organiser un vaste trésor de câbles diplomatiques des années 1970 depuis l’Administration des Archives Nationales et des Enregistrements [National Archives and Record Administration], pour ce qui est devenu la collection des « Câbles Kissinger » de WikiLeaks en avril dernier. Et il a disputé des dizaines de volontaires et de supporters qui ont tout fait, depuis la refonte graphique des sites internet de WikiLeaks jusqu’aux shootings vidéos rendant hommage à Assange.

Il a accumulé des milliers de pages de chat-logs de son époque chez WikiLeaks, qui sont, dit-il, maintenant aux mains du FBI.

La trahison de WikiLeaks par Thordarson a aussi été une trahison personnelle de son fondateur, Julian Assange, qui, comme disent d’anciens collègues, a pris Thordarson sous son aile et l’a préservé face à la critique et à la controverse juridique.

« Quand Julian l’a rencontré pour la première ou deuxième fois, j’étais là », dit Birgitta Jonsdottir, un membre du Parlement islandais qui a travaillé avec WikiLeaks sur Collateral Murder, la publication de WikiLeaks d’une séquence montrant l’attaque d’un hélicoptère américain en Irak. « Et j’ai prévenu Julian dès le premier jour, il y a quelque chose qui ne va pas chez ce type… Je lui ai demandé de ne pas l’avoir comme membre de l’équipe de Collateral Murder. »

En janvier 2011, Thordarson a été impliqué dans un scandale politique bizarre dans lequel un mystérieux « ordinateur portable espion » a été trouvé en marche, sans surveillance, dans un bureau vide du bâtiment parlementaire. « Si tu as fait ça, ne me le dis pas », a déclaré Julian Assange à Thordarson, selon les chat-logs non-authentifiés fournis par Thordarson.

« Je te défendrai contre toutes accusations, bruits et injustices, et je te soutiendrai, comme je l’ai fait », lui a dit Assange dans un autre chat le mois suivant. « Mais j’attends une totale loyauté en retour. »

Au lieu de cela, Thordarson a utilisé sa proximité à Assange pour ses propres fins. L’acte le plus conséquent est survenu en juin 2011, lors de sa troisième visite à Ellingham Hall — le manoir anglais où Assange était alors en résidence surveillée, pendant qu’il luttait contre l’extradition vers la Suède.

Pour des raisons qui restent obscures, Thordarson a décidé d’approcher les membres du gang de piratage LulzSec et les a sollicités pour pirater les systèmes du gouvernement islandais, comme un service rendu à WikiLeaks. Pour établir sa bonne foi en tant que représentant de WikiLeaks, il a pris et téléchargé une vidéo de 40 secondes sur son téléphone portable qui s’ouvre sur un écran IRC avec une conversation en cours, puis flotte à travers la pièce pour capturer Assange au travail avec une associée. (Cet échange a, dans un premier temps, été rapporté par Parmy Olson dans son livre sur Anonymous).

Malheureusement pour Thordarson, le FBI a fait tomber le leader de LulzSec, Hector Xavier Monsegur, alias Sabu, une semaine plus tôt, et assuré sa coopération comme informateur. Le 20 juin, le FBI a mis en garde le gouvernement islandais. « Une énorme équipe du FBI est venue en Islande et a demandé aux autorités islandaises de les aider », dit Jonsdottir. « Ils pensaient qu’il y avait une attaque imminente de LulzSec en Islande. »

Le FBI ne pouvait peut-être pas savoir à ce stade qui était Thordarson au-delà de son nom d’écran. Le bureau et les agences d’application de la loi au Royaume-Uni et en Australie ont continué à rassembler des accusations sans liens apparents sur des membres présumés de LulzSec.

Après avoir esquivé ce coup, on ne sait pas clairement ce qui a incité Thordarson à aborder le FBI deux mois plus tard. Quand je lui ai directement posé la question la semaine dernière, il a répondu: « Je suppose que j’ai coopéré parce que je ne voulais pas participer à un piratage d’Anonymous et LulzSec pour WikiLeaks, car alors tu enfreins certainement un bon nombre de lois. »

Cette réponse ne fait pas beaucoup de sens, car c’est Thordarson, et non Assange, qui a demandé à LulzSec de pirater l’Islande. Il n’y a aucune preuve qu’un autre membre du personnel de WikiLeaks soit impliqué. Il a donné une deuxième raison qu’il avoue être plus véridique: « La deuxième raison était l’aventure. »

L’équivoque de Thordarson met en lumière un obstacle dans les rapports qui le concernent: il est enclin à mentir. Jonsdottir le qualifie de « pathologique ». Il admet m’avoir menti dans le passé. Pour cette histoire, Thordarson a alimenté son récit en fournissant des e-mails qui semblent être entre lui et ses chefs du FBI, des enregistrements de vols pour certains de ses voyages, et un reçu du FBI indiquant qu’il leur a donné huit disques durs. Le Ministère islandais de l’Intérieur a auparavant confirmé que le FBI est venu en Islande pour interroger Thordarson. Thordarson a également témoigné à ce sujet lors d’une session au Parlement islandais, en présence de Jonsdottir.

Finalement, il m’a donné un important sous-ensemble de chat-logs qu’il dit avoir remis au FBI, s’élevant à environ 2000 pages, ce qui prouve, à tout le moins, qu’il a gardé les logs et qu’il est prêt à les remettre à un journaliste détesté par Julian Assange.

« L’aventure » de Thordarson a commencé le 23 août 2011, quand il a envoyé un e-mail sur la boîte de réception générale de l’ambassade américaine de Reykjavik « Au sujet de l’enquête criminelle en cours aux Etats-Unis ».

« La nature du renseignement qui peut être mis en évidence dans cette enquête ne sera pas prononcé dans une conversation e-mail », écrit-il de manière énigmatique.

Un agent de sécurité de l’ambassade l’a appelé le même jour. « Il a dit ‘Quelle enquête?’ J’ai dit celle de WikiLeaks », répond Thordarson. « Il a nié qu’il y avait une telle enquête, alors je lui ai juste dit que nous savions tous les deux qu’il y en a une. » Thordarson a été invité à l’ambassade, où il a présenté une copie du passeport d’Assange, le passeport du numéro deux d’Assange, Kristinn Hrafnsson, et un extrait d’une conversation privée en ligne entre Thordarson et Assange. Le représentant de l’ambassade a été évasif. Il a dit à Thordarson qu’ils seraient peut-être en contact, mais que cela prendrait au moins une semaine.

Cela est arrivé beaucoup plus vite.

Thordarson et Julian Assange

Des agents du FBI et deux procureurs fédéraux ont débarqué dans un gulfstream privé le jour suivant, le 24 août, et Thordarson a été convoqué de nouveau à l’ambassade.

Il a été accueilli par le même représentant de l’ambassade qui a pris ses clés et son téléphone portable, puis s’est dirigé avec lui sur une route sinueuse à travers les rues du centre de Reykjavik, pour se retrouver à la fin à l’hôtel Reykjavik Centrum, raconte Thordarson. Là, Thordarson a passé deux heures dans une salle de conférence d’hôtel à parler à deux agents du FBI. Puis, ils l’ont raccompagné à l’ambassade afin qu’il qu’il puisse mettre de l’argent dans son parcmètre, et ils sont revenus à l’hôtel pour plus de débriefing.

Les agents lui ont posé des questions sur ses interactions avec LulzSec, mais ils étaient surtout intéressés par ce qu’il pouvait leur donner au sujet de WikiLeaks. L’un d’eux lui a demandé s’il pouvait porter un dispositif d’enregistrement lors de sa prochaine visite à Londres et pousser Assange à dire quelque chose d’incriminant, ou parler de Bradley Manning.

« Ils m’ont demandé ce que j’utilise tous les jours, ce que j’ai toujours sur moi », dit-il. « J’ai dit, ma montre. Alors, ils ont dit qu’ils pourraient changer cela en une sorte de montre d’enregistrement. »

Thordarson dit qu’il a refusé. « J’aime bien Assange, je le considère même comme un ami », dit-il. « C’est juste que je ne voulais pas m’engager sur ce chemin. »

En tout, Thordarson a passé 20 heures avec les agents sur environ cinq jours. Ensuite, le gouvernement islandais a ordonné au FBI de plier bagages et de rentrer à la maison.

Il apparaît que le FBI avait trompé les autorités locales sur son but dans le pays. Selon une chronologie (.pdf) publiée par la suite par le Commissaire National de la Police Islandaise, le FBI a contacté l’agence d’application de la loi islandaise pour informer de la venue de Thordarson à l’ambassade, et demandé la permission de venir dans le pays pour un suivi. Mais le bureau a présenté la demande comme une extension de son enquête préliminaire concernant LulzSec, et a omis de dire que son véritable objectif était WikiLeaks.

WikiLeaks est bien considéré en Islande, et l’incident est intervenu dans un sujet politique chaud, quand il a fait surface ici, cette année, avec les conservateurs argumentant que l’Islande aurait dû coopérer avec le FBI, et les libéraux se plaignant, pour commencer, des agents autorisés à entrer dans le pays. « C’est devenu une controverse énorme », déclare Jonsdottir. « Et puis, aucun d’eux ne savait quel genre de personne était Siggi ».

En dehors de la politique, le FBI n’en avait pas fini avec Thordarson.

Les agents ont persuadé Thordarson de prendre un vol pour Copenhague avec eux, dit-il, pour une autre journée d’interrogations. En octobre, il a fait un second voyage au Danemark pour un autre débriefing. Entre les rencontres, Thordarson est resté en contact avec ses responsables à travers des comptes de messagerie jetables.

En novembre 2011, Thordarson a été renvoyé de WikiLeaks. L’organisation a découvert qu’il avait créé en ligne un magasin de t-shirts WikiLeaks et s’était arrangé pour que les opérations aillent sur son propre compte bancaire. WikiLeaks a déclaré que le détournement de fonds s’élève à environ 50 000 $.

Thordarson en a parlé au FBI dans un e-mail succinct du 8 novembre. « Plus chez WikiLeaks — donc je sais pas comment je peux vous aider davantage. »

« Nous aimerions encore te parler en personne », a répondu l’un des responsables. « Je peux imaginer quelques moyens simples pour que tu puisses aider. »

« Vous pouvez m’aider, les gars, avec de l’argent? » a répondu aussitôt Thordarson.

fbi-drive-receipt-2-660x880Pendant les mois qui ont suivi, Thordarson a prié le FBI de lui donner de l’argent, tandis que le FBI l’a alternativement ignoré et l’a courtisé pour plus d’assistance. En fin de compte, explique Thordarson, le FBI a accepté de l’indemniser pour le travail où il a été absent quand il a rencontré des agents (il dit qu’il a travaillé dans une école de formation de gardes du corps), pour un montant total d’environ 5000 $.

Une fois l’argent réglé, le FBI a commencé à le préparer à un voyage pour les Etats-Unis. « Je voulais vous parler de choses futures que nous pouvons faire », écrit son responsable en février. Le FBI voulait qu’il rétablisse le contact avec certains de ses anciens associés de WikiLeaks. « Nous parlerons des objectifs spécifiques pour les conversations en ligne, mais vous pouvez avoir une longueur d’avance sur notre rencontre en entrant juste en contact avec eux et en les rattrapant. Si vous avez besoin de savoir qui précisément, nous pouvons discuter au téléphone. »

Le voyage de trois jours à [Washington] D.C.  a eu lieu en février de l’année dernière. Thordarson dit qu’il a pris le vol 631 sur Air Iceland pour l’Aéroport International de Logan, le 22 février, et a été transféré à Boston sur le vol JetBlue 686 pour l’Aéroport International de Dulles, où il a été accueilli par un fonctionnaire des douanes américaines, « puis a été escorté hors du terminal de Dulles jusqu’aux mains du FBI. »

Il est resté dans un hôtel à Arlington, en Virginie, où est centrée l’enquête du Ministère de la Justice concernant WikiLeaks, et il y a rencontré ses deux contacts habituels du FBI, et trois ou quatre autres hommes en costumes qui ne se sont pas identifiés.

E-mails de Thordarson avec le FBI« Le dernier jour, nous sommes allés dans un resto-grill et nous avons mangé, tous ensemble », dit-il. « Où ils ont servi du Coca-Cola dans des bouteilles en verre, venu du Mexique. »

Le 18 mars 2012, il a eu une autre réunion avec le FBI au Danemark. Lors de ce voyage, il a apporté avec lui huit disques durs personnels, contenant les renseignements qu’il avait compilés en étant chez WikiLeaks, ce qui inclut ses connexions de conversations en ligne, ses photos et vidéos prises à Ellington Hall. Le FBI lui a donné un reçu signé pour le matériel informatique.

Puis ils l’ont laissé tomber.

Aujourd’hui, Thordarson, âgé de 20 ans, a de nouveaux problèmes. Il fait face à des accusations criminelles en Islande pour des crimes financiers et fiscaux indépendants. En outre, WikiLeaks a déposé un rapport de police pour le détournement de fonds du magasin de t-shirts.

L’héritage de sa coopération avec le FBI reste obscur. Un dépôt à la cour, révélé la semaine dernière, montre que dans les mois qui ont suivi le dernier débriefing de Thordarson, les fonctionnaires du Ministère de la Justice à Arlington, en Virginie, ont commencé à recevoir des ordonnances judiciaires visant les deux anciens collègues de Thordarson, des collègues de WikiLeaks en Islande: Smari McCarthy et Herbert Snorrason.

Snorrason, qui s’est occupé de la salle de conversations en ligne, en 2010, avant que Thordarson en prenne possession, a vu tous les contenus de son compte Gmail remis au gouvernement, en vertu d’un mandat de perquisition secret, délivré en octobre 2011.

La preuve utilisée pour obtenir le mandat reste sous scellés. « Je me demande », dit Thordarson, « si je suis quelque part là-dedans. »

Source: http://www.wired.com/threatlevel/2013/06/wikileaks-mole/

Le premier entretien avec Julian Assange à l’ambassade équatorienne


Une entrevue avec Julian Assange sur ABC Radio National Breakfast, le 21 Juin 2012. Ceci est son premier entretien mené depuis qu’il a demandé l’asile politique en Équateur. Au moment de cette entrevue, M. Assange était à l’ambassade de l’Équateur depuis trois jours. L’audio complet est disponible sur le site Web de Radio ABC.

Fran Kelly: Et nous allons tout droit en Grande-Bretagne où Julian Assange s’apprête à passer sa troisième nuit réfugié dans l’ambassade de l’Équateur à Londres, alors qu’il attend une décision sur sa candidature à l’asile politique. L’australien de quarante ans est entré dans l’ambassade mardi dans une tentative spectaculaire d’éviter l’extradition vers la Suède pour être interrogé à propos des allégations d’agression sexuelle. Même s’il lui est accordé l’asile en Équateur, la police britannique dit qu’ils vont l’arrêter dès qu’il met le pied à l’extérieur de l’ambassade, l’accusant d’être en violation de ses conditions de libération sous caution. Julian Assange nous rejoint en live maintenant de l’ambassade de l’Équateur à Londres. Julian, bienvenue à RN Breakfast.

Julian Assange: B’jour Fran. Content de vous voir.

FK: Julian Assange, pourquoi êtes vous entré à l’ambassade de l’Équateur?

JA: Bien, je viens de remarquer, dans votre introduction, Fran, que vous avez dit « une tentative spectaculaire d’éviter une extradition vers la Suède »…

FK: Pour éviter une extradition vers la Suède pour répondre aux questions?

JA: Ouais, et c’est… je ne sais pas d’où vous tenez ça. Nous n’avons jamais dit que c’était le cas, et ce n’est tout simplement pas le cas. Le problème est qu’il y a une très sérieuse question avec les US, et une annonce a été faite par les Suédois, le gouvernement Suédois, comme quoi je serais emprisonné, sans mise en examen, en Suède, immédiatement après mon extradition. Ils ont tenté de faire annuler les 14 jours que j’avais ici pour faire appel à la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH). Ainsi mes possibilités de faire jouer mon droit d’asile une fois aux US étaient  dans une impasse. Et ce n’est pas une question d’extradition ultérieure depuis la Suède vers les US. La situation ici pour moi, au Royaume-Uni, a été extrêmement précaire. Et le refus de la procureure Suédoise a conduit à un souci technique… le refus de la procureure Suédoise de venir au Royaume-Uni pendant les 18 derniers mois, bien que ce soit une procédure parfaitement normale, et son refus de s’expliquer devant les Tribunaux Britanniques m’a pris au piège au Royaume-Uni, alors que les États-Unis ont préparé un procès contre moi. Nous avons maintenant des renseignements, des documents publics, comme quoi les fichiers du FBI sur ce procès en préparation remplit maintenant 48135 pages.

FK: Bon, nous allons décomposer ceci un peu, juste pour être complètement précis Julian. Oui, j’ai bien dit que vous aviez demandé l’asile politique en Équateur pour éviter l’extradition. Ce que vous dites est que vous l’avez fait parce que le gouvernement suédois avait fait une tentative de tronquer votre liberté restreinte comme elle l’est déjà au Royaume-Uni, mais que vous n’êtes pas prêt à aller en Suède selon les conditions que vous croyez que vous auriez là-bas. C’est ça que vous dites?

JA: C’est vrai. Ma capacité à exercer un droit d’asile serait à sa fin, et même ma capacité pour exercer les droits d’appel serait effectivement terminée parce que les Suédois ont annoncé publiquement qu’ils me retiendraient en prison sans inculpation pendant qu’ils continuaient leur soi-disant enquête, sans inculpation. Donc nous avions entendu dire que les Equatoriens avaient une réaction positive à propos de mes luttes et des luttes de l’organisation avec les États-Unis. Et la capacité d’exercer cette option était arrivée à sa fin effective, et nous avons eu les nouvelles étonnantes que le Crown Prosecution Service ici s’est soudainement opposé aux 14 jours que nous étions censés avoir à déposer un appel de l’UE et ont demandé pour zéro jours.

FK: Bien, je vais revenir à ces questions plus importantes. Mais juste dans le court terme, les gens – je pense – sont très intéressés par quelles indications vous recevez à partir des Equatoriens là en termes de succès de cette demande d’asile politique.

JA: Hé bien, les Equatoriens semblent assez m’accorder leur soutien. J’ai vu que l’ambassadeur de l’Équateur en Australie a fait des commentaires positifs. L’Équateur, en 2010, a suggéré que peut-être je pourrais y aller et me voir accorder le droit d’y résider. Donc ils ont une attitude bienveillante depuis assez longtemps. Donc nous espérons que la demande d’asile sera examinée favorablement. Maintenant, il nous faut rassembler des genres de preuves de ce qui se passerait aux US et les soumettre avec une demande d’asile formelle. Il y a des équatoriens hors de l’ambassade, ensemble avec des Londoniens, qui manifestent dans la rue, demandant que l’Équateur accepte la demande d’asile.

FK: Vous avez une idée du temps que ça va prendre?

JA: Nous n’avons aucune indication là-dessus.

FK: Quand c’est arrivé, cela a pris tout le monde par surprise, y compris beaucoup de vos supporters, et pour beaucoup de gens, je crois, cela vous a fait apparaître plus coupable, cela fait croire que vous êtes en fuite, essayant désespérément d’éviter les questions sur ces allégations d’agression sexuelle.

JA: Bon, cette procureure Suédoise, si son intention est réellement de procéder aux investigations techniques de cette affaire, elle est parfaitement habilitée à venir à l’ambassade, les Equatoriens ont dit qu’elle pouvait venir, elle pourrait décrocher son téléphone, comme elle aurait pu le faire tout au long des derniers 18 mois, si c’est réellement ça qui lui tient à coeur.

FK: Et avez-vous eu des conseils juridiques suggérant que vous pourriez demander asile dans un autre pays, en plus de l’Équateur?

JA: J’ai parlé à différents juristes de la situation. Mais en relation avec le système des cautions, et les autres supporters, et à cause des contraintes légales ici, et pour leur propre sécurité, je n’ai pas pu leur en parler avant que je doive le faire.

FK: Donc, votre position est que vous ne croyez pas que les preuves suggèrent que les Suédois veulent réellement vous avoir chez eux pour vous poser des questions, parce qu’ils auraient pu venir en Grande-Bretagne pour vous interroger, et cela a été votre position tout le temps. Donc, vous êtes plus inquiet, dites-vous, par ce qui pourrait se passer aux US. Qu’est ce qui vous inquiète autant avec les américains, alors qu’ils ont dit à plusieurs reprises qu’ils n’ont aucune intention de vous extrader?

JA: Bon, ils sont très très prudents dans leurs mots, Fran. Ils ont maintenant un fichier du FBI de 48135 pages, il y a des déclarations officielles, produites devant un tribunal au cours de l’accusation de Bradley Manning, la prochaine date qui est lundi, disant que les fondateurs et les dirigeants de WikiLeaks sont parmi les sujets étudiés par le grand jury, lequel poursuit ses travaux depuis 2010. Leurs déclarations prudentes font voir que le Ministère de la Justice n’est pas capable de confirmer formellement ou de nier l’existence du grand jury, ce qui est la politique de tous les grands jurys. Mais il y a des citations à comparaître, de partout, il y a des témoins qui ont rendu public le fait qu’ils ont été amenés devant le grand jury, nous avons reçu des assignations, et elles mentionnent mon nom, dans les derniers mois, des gens ont été retenus dans des aéroports US par des fonctionnaires US et interrogés par le FBI, on leur a posé des questions sur moi et sur l’organisation, on leur a demandé de devenir des informateurs… Un de ceux qui l’a rendu public est un militant important de la liberté d’expression en France, Jérémie Zimmermann, et l’autre, Smári McCarthy qui a travaillé avec moi en Islande. Il y a une forte investigation en cours. Et ça, c’était il y a deux semaines.

FK: Il est six heures et quart sur Breakfast, notre invité ce matin est Julian Assange. Il est actuellement dans l’ambassade de l’Équateur à Londres, où il est arrivé il y a trois jours en demandant l’asile politique. En termes de déclaration publique, le gouvernement Australien dit qu’ils n’ont reçu aucune indication comme quoi les US demanderaient votre extradition depuis la Suède, si vous étiez amené là-bas. Puis-je vous faire écouter, nous avons parlé avec l’attorney général Nicola Roxon de ce sujet hier, écoutons ce qu’elle dit.

Nicola Roxon (enregistrement): Nous avons, je me suis fait clair que j’ai fait des représentations… [Kelly: Et la réponse a été?] Permettez-moi de dire à vos auditeurs pour qui ces représentations ont été faites – car il ne s’agit pas seulement de l’ambassadeur – le ministre de la Sécurité intérieure, le sous-procureur général des États-Unis; nous n’avons de toutes ces conversations aucune indication disant qu’ils sont sur le point de prendre des mesures, et nous avons également dit que nous ne croyons pas, ayant maintenant pris conseil auprès de la police fédérale, que nous avons aucune preuve que M. Assange ait commis une infraction qui serait contraire à la loi Australienne.

FK: Voilà donc la procureur général Nicola Roxon qui nous parlait hier, aucune indication que les Américains sont sur le point de prendre des mesures juridiques. Cela ne vous rassure pas? Et c’est ce que le gouvernement Australien vous dit?

JA: Mais ils sont en train d’intenter des poursuites judiciaires. Il y a eu neuf procureurs qui travaillent dans cette affaire, la preuve est partout, ils ont délivré des assignations à nos fournisseurs de services d’Internet (ISPs), aux gens que j’ai rencontrés, etc. C’est une question de déclaration publique. Ils prennent des mesures juridiques. Ils ont pris des mesures contre Twitter. Nous avons lutté contre un cas juridique dans le domaine public en ce qui concerne les assignations de Twitter depuis plus d’un an maintenant, il implique l’ACLU (L’Union américaine pour les libertés civiles), etc, etc. Donc, ils jouent avec les mots ici. Le jeu sur lequel ils jouent, c’est que le grand jury doit arriver à une conclusion. Sur la conclusion du processus du grand jury, ils… Le grand jury est un dispositif, un dispositif judiciaire, si vous voulez – il ne semble pas faire partie de l’exécutif – et donc ils peuvent dire qu’ils ne vont pas m’extrader, parce que le grand jury n’a pas encore conclu. Sur la conclusion du grand jury, le Ministère de la Justice prendra les inculpations du grand jury et poursuivra l’affaire. Ils sont certainement en train de dépenser des grandes quantités de ressources; je veux dire, juste aujourd’hui, il a été découvert qu’un contrat lancé par le Ministère de la Justice de un à deux millions de dollars pour maintenir les systèmes informatiques de WikiLeaks, que le Ministère de la Justice est en cours d’exécution – un à deux million de dollars contractés à MANTEC comme une question de déclaration publique, a été découvert juste aujourd’hui.

FK: Bien, vous êtes clairement inquiet, ce qui est compréhensible si vous pensez que les US préparent cet accord d’extradition à votre encontre. Par conséquent, votre futur est vraiment laissé en suspens, vous attendez de savoir si le gouvernement équatorien va vous accorder sa protection. Vous sentez-vous encerclé? Parce que la police Britannique a dit que si vous posiez le pied hors de l’ambassade, vous seriez arrêté.

JA: Bien, il y a, je crois, une question importante, c’est pourquoi ne suis-je pas à l’ambassade d’Australie?

FK: Pourquoi n’avez vous pas cherché refuge à l’ambassade d’Australie?

JA: Parce que, Nicola Roxon, après des demandes très raisonnables faites par ma juriste Jennifer Robinson au cours d’une réunion d’une demi-heure avec elle, suivies de demandes non moins raisonnables faites par l’un des plus célèbres juriste des Droits de l’Homme qui me représente au Royaume-Uni Garreth Pierce, où il lui a été demandé de poser de toutes simples questions aux Suédois – du genre, si j’étais emprisonné aux US est-ce que je pourrais effectuer ma sentence en Australie, eh bien, elle a refusé toutes ces demandes. Elle a refusé de consulter les US sur l’extradition, refusé de s’impliquer dans aucune de ces discussions, refusé de demander aux Suédois de venir régler cette affaire en venant simplement me parler au Royaume-Uni, etc. Ainsi, il y a eu une vraie déclaration d’abandon ; ce n’est pas une simple question de préoccupation en vertu de laquelle le gouvernement australien, représenté par le procureur général, demanderait aux autres gouvernements d’être raisonnable ou juste, dans ce cas.

FK: Là encore, j’ai posé la question hier au procureur général. Voulez-vous l’écouter? Ecoutons sa réponse.

Nicola Roxon (enregistrement): Je réfute totalement qu’il ait été abandonné par le gouvernement. Nous lui avons offert notre soutien à travers les services consulaires et nous avons fait des communications auprès du gouvernement Britannique, du gouvernement Suédois, et du gouvernement Américain.

FK: C’est ce que le procureur général a dit hier sur le sujet… et le gouvernement a aussi dit que vous aviez reçu plus ou moins autant de soutien consulaire que n’importe qui d’autre dans des affaires comme celle-là.

JA: Ça ne se passe pas du tout comme ça, et tout le monde le sait. Mais vous savez, peut-être que c’est lié avec ce cas récent en Lybie, peut-être que c’est vrai au fond. Le gouvernement Australien, tout simplement, ne soutient pas ses ressortissants. Il y a un journaliste, Austin Mackell, qui a été arrêté en Égypte et on lui a fait les mêmes reproches que moi. Ce sont des mots vides de sens. Quand vous entendez ces mots « assistance consulaire »… Je n’ai rencontré personne de la Haute Commission Australienne depuis Décembre 2010. De quoi parlent-ils?

FK: Alors, vous n’avez eu aucun contact consulaire avec la Haute Commission Australienne depuis 2010?

JA: Bon, ils envoient des SMS. « M. Assange a-t-il des préoccupations? ». Mais nous savons que c’est juste pour pouvoir restituer une activité. Et oui, nous avons formellement fait part de nos préoccupations au procureur général et la réponse a été un rejet, dans tous les domaines.

FK: Avez-vous formellement eu recours au gouvernement Australien, pour leur demander de chercher à obtenir l’assurance des US à propos de n’importe quel plan d’extradition à votre égard, et quelles ont été les réponses?

JA: Oui, nous avons formellement déposé des requêtes auprès de Nicola Roxon et du DFAT (Le ministère australien des Affaires étrangères et du Commerce) pour qu’ils demandent aux États-Unis… Je ne me souviens pas des termes exacts, mais cela portait par exemple sur les accords de transfert de prisonniers, etc. Et elle a tout rejeté, dans tous les domaines. C’est à rapprocher de la rhétorique prétendument sensée qui est utilisée en ce moment, quand ils disent qu’il n’y a pas… »nous n’avons pas obtenu de preuve que les États-Unis ont planifié d’extradition » – naturellement non. Actuellement l’affaire est devant le grand jury, et jusqu’à ce qu’elle soit traitée par lui, il n’y aura pas de preuve apportée. Et quand vous regardez les autres questions de Gillard, par exemple, avec la question suivante… Pardon pardon, au Ministre des Affaires Étrangères : « Y a-t-il une indication ou une preuve que les US essayeront d’extrader M. Assange? » et le ministre répond « oh non, non, bien sûr que non ». Question suivante « Avez-vous demandé une preuve? ». Non!

FK: Bien, Julian Assange, voyons ce qui vous attend. Si l’Équateur ne vous accorde pas l’asile, quel est le plan B?

JA: Bien, nous sommes en position d’attirer l’attention sur ce qui se passe. Vous savez, le Ministère de la Justice des États-Unis joue à un petit jeu, qui est de refuser de confirmer ou de nier l’existence d’un grand jury. Et en conséquence de ça, la presse suit. »Oh bon, ils ne confirment pas, donc on ne peut réellement pas en parler ». Ce n’est pas vrai. Il y a des comptes-rendus partout, il y a des témoins partout, il y a des témoignages devant les juridictions militaires sur l’existence de ce qui figure dans ces 48000 pages, et que les fondateurs et dirigeants de WikiLeaks sont parmi les sujets abordés. Donc nous espérons que ce que je fais maintenant attirera l’attention sur ce qui se passe en coulisses. Dans un cas où la vérité est de votre côté, ce qui vous nuit le plus est l’absence d’investigation. Donc vous voyez, j’appelle de mes voeux à des investigations. Les gens devraient aller sur http://justice4assange.com/ et ils pourront se renseigner et lire sur quelques-uns de ces faits. De bons journalistes en Australie, Comme Philip Dorling qui a été héroïque dans son exploration du trafic FOI (la liberté d’information) entre l’Australie et les US, montrent également qu’il y a là des faits sérieux, et qu’ils sont cachés par des figures de rhétorique vaseuses de la part de l’ambassadeur US en Australie, de la part de Gillard, et de la part du Ministre des Affaires Étrangères. Et il faut que ça cesse.

FK: Est-ce que ce sont les investigations qui vous préoccupent réellement, plutôt que l’éventualité d’une vie et d’un futur en Équateur? Qu’est-ce qui se passe si on vous accorde l’asile politique? Et aussi, je reviens à ma question initiale, pensez-vous qu’on vous laissera faire ça, avec la police Britannique qui menace de vous appréhender dès que vous mettrez un pied hors de l’ambassade?

JA: Hé bien, une vie en Équateur, …je veux dire, ce sont des gens amicaux et généreux, c’est beaucoup mieux qu’une vie derrière des barreaux aux États-Unis, sous des restrictions SAMS qui sont des restrictions comparables à celles de Guantanamo Bay, qu’ils appliquent habituellement aux gens qui sont accusés d’espionnage. Vous ne pouvez pas parler, vous ne pouvez pas communiquer parce que vous pourriez donner un mot de passe ou quelque chose comme ça. Et ce sont des mesures de sécurité de routine, applicables pour tous ces types de cas.

FK: Et en termes d’une vie en Équateur, parmi des personnes qui sont plus qu’amicaux – cela ne fait aucun doute qu’ils le sont – mais le système judiciaire de l’Équateur et les informations que l’on a sur la liberté d’expression ont été critiqués par Human Rights Watch, Reporters sans Frontières, Amnesty International… Vous savez, il semble ironique, vraiment, que vous, le fondateur de WikiLeaks, soyez en quête de protection dans un pays qui est critiqué comme limitant la liberté d’expression.

JA: Bien, ces questions sur la liberté d’expression ne sont probablement pas pires qu’au Royaume-Uni. Je veux dire, c’est un pays avec des centaines d’ordres de bâillons, donc mettons les choses en perspective. Je veux dire, j’aimerais bien militer pour les droits des journalistes en Équateur.

FK: Pensez-vous que vous aurez la liberté de faire ça? Je veux dire Human Right Watch dit que des journalistes ont été emprisonnés pour avoir fait ça.

JA: Bon, écoutez, Human Rights Watch est basé à New York. L’Équateur a un souci avec Chevron qui est une compagnie Américaine, et tout ça. Il y a pas mal de prises de bec entre les US et l’Équateur, ce qui est une des raisons pour lesquelles l’Équateur, je suppose, serait heureux de m’accorder l’asile, parce qu’ils comprennent la difficulté à se cadrer avec les États-Unis.

FK: Julian Assange, merci beaucoup de nous avoir rejoints pour notre émission Breakfast.

JA: Merci Fran. Au revoir.

FK: Julian Assange est le fondateur de WikiLeaks. Il a actuellement trouvé refuge, cherché refuge, à l’ambassade de l’Équateur à Londres, où il a fait une demande d’asile politique, et il attend comme nous l’avons entendu, la décision de l’Equateur. Et pendant qu’il attend, le monde regarde.

Source: http://wlcentral.org/node/2676

Traduit sur WikiLeaks par Irien et Arduenna Silva

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