Derrière WikiLeaks, une enquête secrète sur les attentats du 11 septembre?

Attentat du 11 septembre - Tours jumellesQuand Julian Assange affirmait dans un article du Belfast Telegraph, le 19 juillet 2011, être « constamment ennuyé que les gens soient distraits par de fausses conspirations telles que le 11 septembre », beaucoup de gens lui en ont voulu de ne pas avoir eu le courage de remettre en cause l’un des événements les plus marquants de l’histoire moderne, l’un des événements les plus obscurs et les plus tragiques pour l’histoire des Etats-Unis, et pour lequel le gouvernement américain a eu tant de réticences à établir une enquête véritablement fiable aux yeux du public. Aujourd’hui, il reste encore tant de zones d’ombre sur la possibilité qu’une attaque de cette ampleur ait pu avoir lieu dans le pays qui se considérait comme le plus sûr au monde et dans les endroits les plus surveillés des Etats-Unis, comme l’étaient le World Trade Center et le Pentagone. Pour beaucoup de personnes, le 11 septembre 2001 n’aurait jamais pu avoir lieu sans l’implication du gouvernement américain et de hauts-responsables politiques.

Le silence de Julian Assange face à la théorie du complot du 11 septembre peut paraître gênant pour une organisation qui prétend défendre la transparence politique au sein des gouvernements. Mais d’abord, il faudrait traduire l’intégralité de la déclaration de Julian Assange au sujet du 11 septembre, ce qui apporte déjà une première nuance par rapport aux reproches qui lui sont faits et ce qui permet de mieux comprendre son positionnement autour de l’affaire. Voici ce qu’il déclare en 2011:

Je crois dans les faits au sujet des conspirations (…). Chaque fois que des gens qui ont le pouvoir planifient en secret, ils mènent une conspiration. Donc il y a des complots partout. Il y a aussi de folles théories de la conspiration. C’est important de ne pas confondre les deux. Généralement, quand il y a suffisamment de faits sur un complot, nous appelons tout simplement cela des informations. Qu’en est-il du 11/9? Je suis constamment ennuyé que les gens soient distraits par de fausses conspirations telles que le 11/9, quand tout autour nous fournissons des preuves de conspirations réelles, pour la guerre ou la fraude financière massive. Qu’en est-il de la conférence Bilderberg? C’est vaguement conspirateur, dans un sens de mise en réseau. Nous avons publié leurs notes de réunion.

Comme on le voit à la lecture de la citation intégrale parue dans le Belfast Telegraph, Julian Assange ne nie pas l’existence de conspirations au niveau politique. Il parle, par exemple, de la conférence Bilderberg. Il dit même: « il y a des complots partout ». Cependant, il rappelle l’importance d’avoir des preuves et d’apporter des « faits » pour appuyer la théorie des conspirations. Sans preuves, une conspiration ne pourra jamais être prouvée et toute personne qui veut dénoncer un complot ne sera jamais traitée sérieusement si elle ne peut jamais prouver ce qu’elle affirme. Il en est de même pour le 11 septembre. Quand Julian Assange affirme qu’il est « ennuyé » par tous ceux qui trouvent une distraction dans la théorie du complot du 11 septembre, il pense sans doute à toutes ces personnes qui lancent des rumeurs sans jamais vérifier l’information concernant les attentats. Plus il y a de rumeurs, et plus il y a de théories contradictoires autour du 11 septembre — autant de théories qui finissent par détourner notre attention et qui nous empêchent au final d’y comprendre quelque chose. Les propos de Julian Assange ne veulent donc pas dire qu’il ne croit pas à un complot du 11 septembre, mais peut-être simplement que les théories apportées par le public n’ont pas suffisamment de preuves et ne sont pas suffisamment crédibles à ses yeux.

Personne ne s’est également penché sur les raisons qui auraient pu expliquer le refus de Julian Assange de commenter la question du 11 septembre. Remettre en cause la vérité officielle est souvent une nécessité quand on milite pour la transparence politique, mais cela peut aussi être un danger. Comme on le sait, les services secrets n’hésitent pas à assassiner des témoins et des personnes pouvant révéler des crimes, des actes de corruption, etc. Se hisser contre les vérités établies par les gouvernements, c’est parfois une question de vie ou de mort. Il y a donc plusieurs raisons évidentes qui peuvent expliquer le silence de Julian Assange au sujet du 11 septembre. Nous avons essayé d’y voir un peu plus clair et d’analyser chacune de ces raisons possibles.

1ère raison possible: Julian Assange a refusé d’admettre la théorie du complot dans les attentats du 11 septembre, par peur des conséquences pour sa vie personnelle et pour son travail de publication qui aurait peut-être été interrompu s’il avait été sous la pression de gouvernements qui auraient cherché à le faire taire. Il a peut-être reçu des menaces contre son organisation et il a choisi de ne pas partager son opinion dans les médias.

2ème raison possible: Julian Assange a été témoin de l’affaire Susan Lindauer, lanceur d’alerte du 11 septembre, qui a subi des pressions politiques énormes de la part du gouvernement américain pour avoir remis en cause la vérité officielle autour des attentats. Arrêtée en 2004, « Susan Lindauer a été la seconde personne d’origine américaine à avoir été poursuivie en vertu du Patriot Act aux États-Unis » (Wikipedia). Son procès s’est terminé en 2009, après l’abandon des charges. L’exemple de Susan Lindauer, ex-agent de la CIA, qui est arrêtée 2 ans avant la création de WikiLeaks en 2006, a tout à fait pu inciter Julian Assange à se taire à ce sujet, par peur de subir le même sort et les mêmes poursuites que ce qu’elle a elle-même vécu. Cela ne veut pas dire que Julian Assange n’a pas d’avis personnel sur la conspiration du 11 septembre.

3ème raison possible: WikiLeaks n’était pas forcément en possession de documents sur le 11 septembre et n’a pas voulu donner un avis précis sur une possible conspiration venant du gouvernement américain, par peur d’être décrédibilisé par la suite, s’il avançait une opinion qui aurait pu être contredite par de vrais documents.

4ème raison possible: WikiLeaks est une enquête secrète sur les attentats du 11 septembre. L’organisation aurait pu être secrètement créée par le gouvernement américain pour trouver les vrais responsables qui, au sein du gouvernement américain, ont permis aux terroristes de mener leurs actes jusqu’à leur terme, impliquant une complicité au plus haut niveau du gouvernement des Etats-Unis. L’enquête sur le 11 septembre est toujours en cours, et on peut très bien imaginer que WikiLeaks a pu servir à infiltrer toutes sortes d’organisations anti-américaines susceptibles d’être impliquées dans l’organisation des attentats. Une autre coïncidence qui pourrait indiquer que WikiLeaks pourrait avoir été créé par le gouvernement des Etats-Unis, c’est que l’organisation a été fondée en 2006, soit la même année que la dissolution du PNAC, le think-tank néoconservateur soupçonné d’avoir eu une implication dans les attentats du 11 septembre et dans la guerre en Irak, une théorie que l’on peut lire sur de nombreux sites soutenant l’idée d’une conspiration orchestrée par le gouvernement américain pour justifier l’invasion du Moyen-Orient, une idée qui serait apparue à l’origine parmi les membres du PNAC et qui aurait été reprise par l’administration Bush. WikiLeaks enquête peut-être secrètement à ce niveau, afin de révéler l’implication de l’administration Bush dans les attentats du 11 septembre.

5ème raison possible: WikiLeaks possède des documents sur le 11 septembre, mais attend le moment le plus propice pour les publier et les révéler au grand public. En attendant le moment de cette publication, Julian Assange a préféré se taire et ne pas donner d’avis sur le 11 septembre, pour ne pas éveiller les soupçons politiques et médiatiques, et afin de pouvoir continuer à travailler sur les publications actuelles de son organisation. Il est aussi possible que WikiLeaks travaille avec des services secrets et d’autres gouvernements dans l’élucidation des attentats du 11 septembre. Des documents sont peut-être en attente de publication.

Articles consultés pour la rédaction de cet article:

Recherché par la CIA: Julian Assange – fondateur de WikiLeaks (Belfast Telegraph)

L’élite mondiale a orchestré le 11/9: voici la preuve (911truthseeker)

PNAC, Project for the New American Century (Wikipedia)

« Bush et Cheney étaient au courant du 11 septembre, des mois avant que cela arrive » (interview de Susan Lindauer)

Susan Lindauer (Wikipedia)

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« Bush et Cheney étaient au courant du 11 septembre, des mois avant que cela arrive »

« Bush et Cheney étaient au courant du 11 septembre, des mois avant que cela arrive » selon Susan Lindauer, lanceur d’alerte accusée sous le Patriot Act

En dehors des lanceurs d’alerte célèbres, comme Bradley Manning et Edward Snowden, la présentatrice de Russia Today évoque le nom « d’autres lanceurs d’alerte plus ou moins connus qui ont aussi exposé des aspects inquiétants de l’Etat de surveillance, parmi lesquels Susan Lindauer, ex-agent de la CIA et auteur du livre Extrême Préjudice, l’histoire terrifiante du Patriot Act et des dissimulations du 11 septembre et de l’Irak ».

Susan Lindauer vient parler de son expérience en tant que lanceur d’alerte, des pressions qu’elle a elle-même subies de la part du gouvernement américain quand elle a voulu dénoncer la dissimulation d’informations sur les attentats du 11 septembre, alors qu’elle voulait témoigner via des voies légales et appropriées devant le Congrès américain, et elle vient donner son avis sur l’affaire Snowden et les menaces réelles auxquelles font face tous les autres lanceurs d’alerte qui veulent révéler des faits impliquant le gouvernement américain.

« Mon histoire est une mise en garde à l’ère d’Edward Snowden et Julian Assange. Ces deux hommes ont vraiment raison d’avoir peur des cours de justice américaines. Il y a des considérations spéciales que la Russie et l’Equateur doivent prendre en compte en considérant de leur accorder ou pas l’asile politique, ou bien s’il faut les renvoyer aux Etats-Unis. Et mon cas l’illustre. J’étais l’agent en chef de la CIA couvrant l’Irak et la Libye aux Nations-Unies de 1995 à 2003. J’ai donné des avertissements à l’avance au sujet du 11 septembre, et il y avait une option de paix avec l’Irak, sur la table, que les Etats-Unis voulaient supprimer. 30 jours après que j’aie voulu témoigner au Capitol Hill [Congrès américain] – je suis allée au Congrès et ai demandé à témoigner via des voies légales et appropriées -, j’ai vu le FBI frapper à ma porte avec un landat d’arrêt sous le Patriot Act. » A ce moment-là, Susan Lindauer est accusée d’être un espion au service de l’Irak et des services secrets irakiens: « C’était une information incorrecte, il n’y avait aucune preuve pour appuyer cela. Après que le gouvernement américain a lancé l’accusation, ils ont invoqué le Patriot Act pour me priver du droit à un procès. Ils ont même refusé ma demande pour une audition, j’ai fait face à des accusations secrètes, des preuves secrètes, un témoignage secret du grand jury. Je n’ai jamais été autorisée à savoir qui m’a accusée de quel crime; le gouvernement n’avait aucune obligation à apporter aucune preuve démontrant que le crime soit jamais arrivé. »

Susan Lindauer revient sur les informations dissimulées par le gouvernement américain au sujet du 11 septembre: « J’étais une couverture-arrière secrète à l’ambassade d’Irak, et mon supérieur à la CIA, Dr. Richard Fuisz, m’a instruit de passer un message, en avril 2001, aux diplomates irakiens et aux ambassadeurs irakiens, que les Etats-Unis cherchaient toute menace de renseignement, concernant le détournement d’avions et une frappe connue sur le World Trade Center, et que les Etats-Unis menaçaient d’une guerre avec l’Irak, au plus niveau du gouvernement, en citant ‘au-dessus du Secrétaire d’Etat et au-dessus du directeur de la CIA’. Maintenant, il n’y a que 3 personnes à ce niveau: le Président des Etats-Unis, le Vice-Président et le Ministre de la Défense. Cela signifie que tous ces 3 individus étaient déjà au courant du 11 septembre en avril 2001. »

Concernant les révélations sur la NSA et réagissant à l’affirmation de Daniel Ellsberg, selon lequel les informations publiées par Edward Snowden sont les plus importantes de l’histoire américaine, Susan Lindauer précise néanmoins que « beaucoup de tout ce qu’il a révélé est déjà connu de tous ceux qui sont à l’intérieur de la communauté du renseignement, mais ce n’est pas connu du grand public, et il a imposé ce sujet dans le domaine public où les Américains ordinaires confrontent maintenant l’extrême surveillance qui a lieu. » Quand la présentatrice de Russia Today lui demande pourquoi elle n’est pas traitée de la même manière que tous ces célèbres lanceurs d’alerte que sont Edward Snowden, John Kiriakou, Bradley Manning, qui ont subi de vraies punitions du gouvernement américain, Susan répond avec un sourire: « J’ai été détenue en prison à la base Carswell Air Force pendant un an, j’ai été retenue sous accusation pendant cinq ans sans procès, j’ai été forcée d’aller à la cour sans la présence d’un avocat, de lutter contre la révocation de caution qui n’avait pas de justification. J’ai dit ‘si vous avez une preuve, accusez-moi; vous pensez que vous avez une preuve? je demande à être présentée à un jury de mes pairs’. Ils ont dit ‘c’est hors de question’, parce qu’ils n’y avait aucune preuve. Il n’y avait rien. Je n’ai jamais pris d’argent des Irakiens. »

Concernant l’avenir de la liberté d’expression aux Etats-Unis et le sort des lanceurs d’alerte, les craintes de Susan Lindauer reposent surtout dans le fait que le Patriot Act puisse être appliqué à beaucoup d’autres personnes et à beaucoup d’autres situations, y compris « pour des cas que nous n’avons jamais imaginés », autrement dit pour des personnes n’étant pas forcément des lanceurs d’alerte, des espions, etc. « Mais une fois que le gouvernement s’accorde le pouvoir, il ne révoque jamais son pouvoir », conclut Susan Lindauer, ce qui ne présage donc pas d’un changement radical face aux lois de surveillance aux Etats-Unis.