« Le business de la guerre »: les employés de Google protestent contre le travail pour le Pentagone

New York Times, Par SCOTT SHANE et DAISUKE WAKABAYASHI, le 4 avril 2018

WASHINGTON – Des milliers d’employés de Google, dont des dizaines d’ingénieurs, ont signé une lettre pour protester contre l’implication de l’entreprise dans un programme du Pentagone utilisant l’intelligence artificielle pour interpréter des images vidéo et améliorer le ciblage des frappes de drones.

La lettre, qui circule au sein de Google et a recueilli plus de 3.100 signatures, reflète un conflit culturel entre la Silicon Valley et le gouvernement fédéral qui est susceptible de s’intensifier à mesure que l’intelligence artificielle de pointe sera de plus en plus utilisée à des fins militaires.

(Lire le texte de la lettre.)

« Nous pensons que Google ne devrait pas être impliqué dans le business de la guerre », indique la lettre adressée à Sundar Pichai, le directeur général de la société. La lettre demande à Google de se retirer du projet pilote du Pentagone, Project Maven, et d’annoncer une politique dans laquelle il ne «construira jamais de technologie de guerre».

Ce genre de position idéaliste, bien que certainement non partagée par tous les employés de Google, vient naturellement à une société dont la devise est «Ne faites pas le mal», une expression invoquée dans la lettre de protestation. Mais cela est clairement étranger à l’énorme industrie de la défense de Washington et certainement au Pentagone, où le secrétaire à la défense, Jim Mattis, a souvent déclaré qu’un objectif central était d’accroître la «létalité» de l’armée américaine.

Dès ses débuts, Google a encouragé les employés à s’exprimer sur les problèmes impliquant l’entreprise. Il fournit des forums de discussion internes et des réseaux sociaux où les travailleurs mettent en question la gestion et se défient les uns les autres sur les produits et les politiques de l’entreprise. Récemment, le débat houleux autour des efforts de Google pour créer une main-d’œuvre plus diversifiée s’est révélé dans la transparence.

Les employés de Google ont fait circuler des pétitions de protestation sur une série de questions, y compris concernant Google Plus, le concurrent à la traîne de la société Facebook, et le parrainage par Google de la Conférence d’action politique conservatrice.

Les employés ont soulevé des questions au sujet de la participation de Google au projet Maven lors d’une récente réunion à l’échelle de l’entreprise. À l’époque, Diane Greene, qui dirige les activités d’infrastructure cloud de Google, a défendu l’accord et a cherché à rassurer les employés concernés. Un porte-parole de l’entreprise a déclaré que la plupart des signatures de la lettre de protestation avaient été recueillies avant que la société ait eu l’occasion d’expliquer la situation.

La compagnie a, par la suite, décrit son travail concernant le projet Maven comme «non offensif» par nature, bien que l’analyse vidéo du Pentagone soit couramment utilisée dans les opérations de contre-insurrection et de contre-terrorisme, et les publications du ministère de la Défense indiquent clairement que le projet soutient ces opérations. Google et le Pentagone ont tous deux déclaré que les produits de la société ne créeraient pas de système d’armes autonomes capable de tirer sans un opérateur humain, une possibilité très controversée utilisant l’intelligence artificielle.

Mais une meilleure analyse de la vidéo des drones pourrait être utilisée pour sélectionner des cibles humaines pour les frappes, tout en identifiant mieux les civils afin de réduire le nombre de victimes innocentes.

Sans se référer directement à la lettre à M. Pichai, Google a déclaré dans un communiqué, mardi, que « toute utilisation militaire de l’apprentissage automatique soulève des préoccupations valables. » Il a ajouté: « Nous sommes activement engagés à travers l’entreprise dans une discussion approfondie de ce sujet important. » L’entreprise a qualifié ces échanges d ‘«extrêmement importants et bénéfiques», bien que plusieurs employés de Google familiers avec la lettre n’en aient parlé que sous couvert d’anonymat, affirmant qu’ils étaient préoccupés par des représailles.

Selon le communiqué, la partie du projet Maven qui visait l’entreprise était « spécifiquement définie pour des buts non-offensifs », bien que les responsables aient refusé de mettre à disposition le langage pertinent du contrat. Le département de la Défense a déclaré que, parce que Google est un sous-traitant du Project Maven pour l’entrepreneur principal, l’ECS Federal, il ne pouvait pas fournir le montant ou la langue du contrat de Google. L’ECS Federal n’a pas répondu aux demandes de renseignements.

Google a déclaré que le Pentagone utilisait un « logiciel de reconnaissance d’objets open-source disponible pour tout client de Google Cloud » et basé sur des données non classifiées. « La technologie est utilisée pour signaler des images à des fins de revue humaine et vise à sauver des vies et à éviter aux gens d’avoir à faire un travail très fastidieux », a déclaré la compagnie.

Certains des plus hauts dirigeants de Google ont des liens importants avec le Pentagone. Eric Schmidt, ancien président exécutif de Google et toujours membre du directoire d’Alphabet, la société mère de Google, est membre d’un organe consultatif du Pentagone, le Defense Innovation Board, ainsi qu’un vice-président de Google, Milo Medin.

Dans une interview en novembre, M. Schmidt a reconnu « une préoccupation générale de la part de la communauté technologique dans une certaine utilisation par le complexe militaro-industriel de leurs trucs pour tuer les gens de manière incorrecte, si vous voulez. » Il a dit qu’il a siégé au conseil « pour au moins permettre que la communication se fasse » et a suggéré que l’armée « utiliserait cette technologie pour assurer la sécurité du pays ».

Lire la suite: https://www.nytimes.com/2018/04/04/technology/google-letter-ceo-pentagon-project.html

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EXCLUSIF: les Emirats arabes unis [EAU] recrutent une « force opérationnelle d’élite » pour un état de surveillance secrète #GCC

MiddleEastEye, Rori Donaghy, 01/07/2016

emirats_arabes_unis_wikiLe chercheur en sécurité, dit avoir reçu une offre de 20 000 $ par mois pour aider le gouvernement des EAU à espionner le public

Les Emirats arabes unis recrutent une équipe internationale d’experts en informatique pour développer un état de surveillance de grande envergure couvrant Abu Dhabi et Dubaï, comme peut le révéler Middle East Eye.

L’expert en sécurité italien, Simone Margaritelli, a divulgué les détails du projet après avoir récemment voyagé à Dubaï pour un entretien professionnel qui se révéla être destiné à ce qu’il décrit comme un système de surveillance « extrêmement opaque ».

Margaritelli est un chercheur de sécurité mobile qui vit à Rome et travaille dans l’équipe de recherche et développement de la société de sécurité mobile Zimperium basée à San Francisco.

Il a été ciblé pour le recrutement par les EAU en partie à cause de son travail sur BetterCap, un outil open source qui espionne les communications en ligne.

Lire la suite: http://www.middleeasteye.net/news/exclusive-uae-elite-task-force-security-secret-surveillance-state-135285760

Les 3 murs pour comprendre les problèmes de liberté d’expression dans nos sociétés

three walls

Le 1er mur, c’est celui de la liberté de penser [Free Thinking]; c’est ce mur intellectuel qui est le 1er barrage vers nos libertés, c’est notre éducation et notre culture qui parfois sont un frein à notre liberté de penser. La culture peut engendrer des réflexes de pensée, des automatismes dans notre manière de percevoir le monde.

Le 2ème mur, c’est celui de la liberté d’expression [Free Speech], notamment quand on vit dans un pays où les médias sont contrôlés par l’Etat et où la conscience d’un pays entier est réduite à ce qui peut être dit dans les relais officiels de la presse, occultant ainsi les opinions réelles de la population dans toute leur diversité.

Le 3ème mur, c’est le mur de la technologie et de l’accès libre [Free Access] aux technologies qui permettent le développement de nos sociétés. Ainsi en est-il des technologies de cryptage qui permettent de protéger l’anonymat et la vie privée des citoyens, ainsi en est-il d’Internet qui est une technologie qui favorise la liberté d’expression et la liberté de penser, etc.

Ce schéma est intéressant, car dans n’importe quel régime autoritaire, on retrouvera une atteinte à l’une ou à plusieurs de ces libertés. En Chine, par exemple, la censure s’applique à travers le contrôle d’Internet et des médias. Tout comme en Arabie Saoudite, où on a affaire à « l’un des environnements médiatiques les plus censurés au monde », selon Freedom House. Mais en Occident, où les pays sont réputés pour leur démocratie, on voit que l’atteinte à la vie privée à travers des technologies de surveillance est en fait une atteinte aux libertés fondamentales, et que ces technologies de surveillance ont un impact sur nos libertés de penser et sur notre liberté d’expression, dans la mesure où ces technologies de surveillance sont intrusives dans nos vies privées, qu’elles conduisent à un espionnage de masse et peuvent favoriser une persécution contre des individus ou des groupes humains (militants politiques, groupes religieux ou autres).

Il y a donc peu de pays, peut-être d’ailleurs aucun, où la liberté d’expression serait totale et où ces 3 murs auraient été intégralement dépassés pour arriver à des démocraties où nous avons à la fois la liberté de penser, la liberté d’expression et la liberté d’accès aux technologies.

Source de l’image: https://www.flickr.com/photos/isaacmao/139714481

La ZAD appelle à une journée Internationale contre la police, le 22 Novembre 2014

rassemblement contre la violence policière

Anonymous, ven 07/11/2014 – 09:28

22 Novembre: une journée internationale contre la violence et la répression policière

La répression qui tombe sur ceux qui s’opposent aux projets de type mafieux des politiciens est de plus en plus violente.

Le parti socialiste arrivé au pouvoir n’a rien changé.

La police, les gendarmes et l’armée blessent et mutilent plus que jamais, peut-être même davantage, surfant sur la vague du fascisme qui se lève sous le couvert d’une crise économique mondiale, et grâce à leurs armes, devenant toujours plus efficaces avec l’accent mis sur les technologies militaires.

Encore plus inquiétant, le fait que les budgets sans cesse croissants de la guerre sont la réticence des flics, des gendarmes, des soldats et de leurs patrons politiciens à prendre leur responsabilité face à la violence. L’omniprésence et l’utilisation effrénée des flashballs, lanceurs de balles de défense, et de grenades explosives sont des exemples concrets.

Le discours est également simplifié, minimisé, et la violence faite pour avoir une apparence banale. Quand nous demandons aux flics en face de nous s’ils sont fiers d’avoir tué, ils sourient ou nous menacent. L’une des autorités de police dans le Tarn a récemment affirmé que ceux qui s’opposent aux « forces de l’ordre » devraient s’attendre à la violence et à des blessures éventuelles.

Et, il y a quelques jours, la police a tué. Encore une fois.

Nous, qui avons été réunis au Testet pour lutter contre ce projet de mort du barrage de Sivens, nous avons perdu un ami. Dans les premières heures du dimanche 26 Octobre, à quelques mètres des soldats de l’Etat, armés et protégés par leurs armes et leurs boucliers, Rémi Fraisse a été assassiné par la branche armée de l’Etat.

Par le tir tendu d’une grenade militaire, probablement dirigée sur sa tête, l’explosif a frappé entre la base de son cou et son épaule. Ceci malgré que même les lois internes des branches armées de l’Etat interdisent les tirs à une certaine distance et interdisent aussi de viser la tête, ou avec certaines armes, de viser tout simplement.

Ce n’était pas un accident. C’est même surprenant qu’un tel drame ne soit pas arrivé plus tôt. La police, les gendarmes et les soldats en train d’attaquer enfreignent leurs propres lois tous les jours (dans les expulsions). Nous avons perdu la trace des genoux, des mains, des ventres et des têtes qui ont été visés. Leur violence extraordinaire et illégale a laissé sa trace sur nous tous, que ce soit physiquement ou émotionnellement. Cette fois, [cette violence] a pris quelqu’un avec elle: Rémi Fraisse.

Mais, même si l’assassinat de Rémi est en tête d’affiche des nouvelles du soir et que cela embarrasse le gouvernement, ne croyez pas que c’est une exception.

À la fin du mois d’août, un migrant «illégal» est mort dans une voiture avec la BAC (une force de police secrète notoirement violente), tout en étant emmené à l’aéroport. C’était il y a près de dix ans que les adolescents Zyed Benna et Bouna Traoré sont morts, cachés dans un transformateur électrique après y avoir été pourchassés par la police. Nous ne faisons même pas mention des morts dans la guerre pour des intérêts économiques, au Mali ou ailleurs…

Nous avons arrêté de compter les accusations portées par les proches de ceux qui ont été assassinés par une branche armée de l’Etat. Aucun de ces procès n’ont abouti à des peines de prison.

Nous voulons une justice rapide et implacable pour les meurtriers des branches armées de l’État.

Nous exigeons que, dès à présent, il y ait une amnistie juridique pour toutes les personnes arrêtées pour leur opposition au barrage de Sivens, que nous considérons presque comme des prisonniers politiques.

Nous exigeons aussi le désarmement total des multiples branches armées de l’État, de mettre fin aux meurtres, aux « erreurs » et à la violence de la police, des gendarmes et des militaires. Ainsi nous nous joignons à l’appel de la ZAD de Notre Dame des Landes pour manifester partout contre la répression policière, le samedi 22 Novembre 2014.

Nous appelons chaque personne et chaque groupe qui se sent concerné par le danger représenté par les forces de police de l’Etat à faire des actions et à protestater, où qu’ils soient.

Faisons du 22 Novembre une journée nationale et internationale contre la violence des branches armées de l’État, mais n’oublions pas que chaque jour, avant et après le 22 [novembre], c’est le bon jour pour s’insurger contre l’existence d’une institution qui mutile et tue pour un Etat « fondé sur le droit » et pour leurs projets rentables, mafieux, et dévastateurs.

Indignons-nous!

Lire la suite: http://anarchistnews.org/content/zad-calls-out-intl-day-against-police-november-22nd

Fichiers divulgués: une société allemande d’espionnage a aidé le Bahreïn à pirater des manifestants du printemps arabe

The Intercept, Par Cora Currier et Morgan Marquis-Boire, 7 août 2014

bahrain_658Une entreprise notoire de technologie de surveillance qui aide les gouvernements à travers le monde à espionner leurs citoyens a vendu un logiciel pour le Bahreïn au cours de la réponse brutale de ce pays au mouvement du printemps arabe, selon des documents internes divulgués cette semaine sur Internet.

Les documents montrent que FinFisher, une société de surveillance allemande, a aidé le Bahreïn à installer des logiciels espions sur 77 ordinateurs, y compris ceux appartenant à des avocats défenseurs des droits de l’homme et un chef de file de l’opposition désormais emprisonné, entre 2010 et 2012, une période qui inclut la répression du Bahreïn sur les manifestants pro-démocratie.
Le logiciel de FinFisher donne aux espions à distance un accès total aux ordinateurs infectés. Certains des ordinateurs qui ont été espionnés semblent avoir été localisés aux États-Unis et au Royaume-Uni, selon un rapport de Bahreïn Watch.

Lire la suite: https://firstlook.org/theintercept/2014/08/07/leaked-files-german-spy-company-helped-bahrain-track-arab-spring-protesters/

Européennes 2014: Les affiches du Parti Pirate lancent l’assaut contre la surveillance de masse

Une bonne nouvelle pour les élections européennes 2014, c’est qu’un parti politique – pointant timidement le bout du nez au niveau des médias – est bien décidé à défendre nos droits à la vie privée et à le faire tout en humour: le Parti Pirate propose en effet plusieurs affiches, dont une en particulier sur le thème de la NSA qui a retenu notre attention sur Twitter et une autre concernant la vidéo-surveillance, deux sujets destinés à sensibiliser les électeurs sur les atteintes à la vie privée et le besoin d’un engagement concret au niveau des partis politiques en France et ailleurs en Europe. Le Parti Pirate est l’un des partis politiques qui montre pour le moment le plus d’originalité à ce sujet et qui n’a pas eu peur de défier le cyber-monstre de la surveillance!

La NSA sait déjà que vous allez voter pour nous-affiche Parti PirateAffiche du Parti Pirate pour les Européennes 2014, mise en ligne sur le blog de campagne.

Voilà ce que nous explique Clément, membre du Parti Pirate, au sujet de cette affiche:

« Issue d’une initiative de la liste SO Pirate, candidat dans les circonscriptions Sud Ouest et Nord Ouest pour le Parti Pirate aux élections européennes 2014, l’affiche dénonce de manière humoristique l’intrusion scandaleuse dans nos vies privées que représentent les « écoutes » de la NSA. La technologie doit garantir le respect des droits fondamentaux et notamment de la vie privée et nous combattrons toute dérive de ces principes. »  Ce slogan, comme le souligne un autre membre du Parti Pirate, « vient de la section Midi-Pyrénées, mais a été repris au niveau national ».

Cette affiche représente l’une des préoccupations majeures du Parti Pirate, à savoir la défense de la vie privée et le respect des droits de l’homme dans un monde où le numérique a pris une place prépondérante qui nécessite une nouvelle réflexion sur les enjeux d’Internet et de toutes les activités qui y sont liées. « La technologie doit garantir le respect des droits fondamentaux et notamment de la vie privée », peut-on lire en slogan au bas des affiches. Ces mêmes préoccupations se retrouvent aussi dans le programme du Parti Pirate, dans le chapitre sur la vie privée. La technologie ne doit pas opprimer les individus, mais au contraire continuer dans ses premiers objectifs qui ont toujours été de faire progresser l’humanité et d’amener les sociétés vers plus de démocratie.

Le récent scandale de la NSA nous montre que ces droits sont loin d’être respectés, y compris dans nos démocraties en Occident. Le Parti Pirate nous propose donc à travers ces affiches une prise de conscience sur des sujets qui ont été trop longtemps occultés par nos gouvernements et qui aujourd’hui posent de vrais problèmes de droit à la vie privée, de liberté d’expression et de transparence dans nos sociétés. C’est pourquoi: « Le 25 mai, votons Pirate! »

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Voir toutes les affiches sur le blog du Parti Pirate Sud-Ouest: www.so-pirate.eu/blog/nos-affiches

Lire le Programme Commun des Partis Pirates Européens pour les Elections du Parlement Européen en mai 2014 (CEEP): www.partipirate.org/spip.php?article488

NSA, Google, Microsoft-affiche Parti PirateAffiche du Parti Pirate pour les Européennes 2014, postée sur Twitter: « All your database are belong to us », expression qui signifie « Toutes vos données nous appartiennent ».

Al-Qaïda, nouveau prétexte à une propagande contre le Moyen-Orient – mais faut-il leur rappeler qu’il y a des solutions pour sortir du terrorisme?

En tant que responsable de ce blog, je voudrais sensibiliser les lecteurs à la continuelle propagande qui est faite contre le monde musulman, et notamment sur les causes du terrorisme international, surnommé Al-Qaïda. Un titre récent m’interpelle: « Al-Qaïda, plus forte et dangereuse que jamais, selon les experts« , peut-on lire dans plusieurs titres de presse. Les médias occidentaux, semble-t-il volontairement ou involontairement, quelques jours après le vote de la LPM [Loi de Programmation Militaire] en France, continuent de relayer une propagande qui vise à effrayer les citoyens du monde entier face à la menace terroriste, à influencer nos esprits pour nous faire croire qu’il existe toujours une guerre de civilisations et que les lois sur l’espionnage sont ainsi justifiées, mais sans pour autant expliquer les vraies raisons du terrorisme et sans expliquer qu’il y a des solutions faciles à trouver pour que tout le monde vive en paix sur cette planète, à l’abri du terrorisme. Nos médias, si intelligents et souvent complices des gouvernements, oublient de mentionner qu’il y a des solutions pour éradiquer le terrorisme, mais que si celui-ci n’est pas éradiqué, c’est que les réseaux terroristes sont utiles parfois aux intérêts des gouvernements pour renverser des régimes et pour évincer du pouvoir les gens qui font obstacle à certains. Les civils, que ce soit en Occident ou au Moyen-Orient, ne veulent plus du terrorisme, et nous ne voulons pas non plus que le terrorisme serve de prétexte aux gouvernements pour censurer l’internet, interdire des manifestations, accroître l’espionnage et réduire les droits à la liberté d’expression, où que ce soit dans le monde.

Al-Qaïda est utilisé aujourd’hui, comme c’était le cas il y a dix ans, avec l’Irak et l’Afghanistan, comme un prétexte pour attiser la haine entre les populations, pour nous faire croire que le Moyen-Orient est un ennemi de l’Occident, au risque de nous faire oublier qu’Al-Qaïda a eu des liens avec les Etats-Unis dans les années 80, comme l’affirmait Hillary Clinton. Au contraire, n’avez-vous pas compris que les seuls ennemis, ce sont les gouvernements qui ne cessent de se livrer des guerres entre eux? Le terrorisme, c’est une affaire d’Etat: ce sont des Etats qui se livrent une guerre pour le pouvoir et qui règlent leurs comptes personnels sur le dos des civils qui meurent et qui sont les victimes de tous ces attentats. Nous ne connaissons même pas les vrais enjeux de tous ces actes terroristes, mais certainement, il n’y a derrière tous ces attentats aucun prétexte religieux, et si les terroristes étaient religieux, ils devraient savoir qu’il n’y a rien de plus précieux que la vie pour un être humain et que la religion donne pour principe d’aimer la vie, et non de la détruire. Ceux qui tuent et commettent des attentats terroristes ne croient pas en la vie, ils ne croient pas en la démocratie et ils ne respectent pas la vie des civils qui meurent aux quatre coins de la planète. Le terrorisme ne sert en fait que l’intérêt des gouvernements et de gens haut placés au sein des gouvernements, et ceci leur permet de manipuler l’opinion publique et de faire passer toutes sortes de lois.

Mais parce que l’Occident persiste à fermer les yeux sur les vraies causes du terrorisme, nous, en tant que citoyens, nous leur disons: Il y a des solutions pour mettre fin à tous ces attentats et tous ces crimes. Et si vos services secrets ne sont pas en mesure de trouver des solutions efficaces pour mettre fin au terrorisme, malgré tous les moyens diplomatiques et technologiques que vous possédez, malgré tout l’argent que vous investissez, alors nous allons vous les donner, ces solutions qui sont pourtant si simples à trouver:

Premièrement, arrêtez d’opprimer les peuples du Moyen-Orient et de les rendre responsables du terrorisme. Traitez-les de manière égale aux peuples occidentaux, car les civils ne sont en rien la cause du terrorisme. Les civils au Moyen-Orient veulent la paix, comme nous voulons aussi la paix ici en Europe et ailleurs. Nous sommes solidaires avec eux, car ils veulent aussi le développement économique et le bien-être de leur société. Ils ne sont pas responsables de ce que des fous islamistes prétendent faire en leur nom ou au nom de la liberté. Que l’Occident traite ces peuples avec respect, et ce n’est pas parce que leur civilisation est moins développée économiquement, que vous avez le droit de les menacer diplomatiquement ou d’envoyer des embargos contre leurs nations.

Deuxièmement, aidez les peuples du Moyen-Orient à développer les droits de l’homme avec des aides économiques, au lieu de consacrer des millions de dollars à financer des armées et le développement militaire de ces pays. Si ces pays ne maîtrisent pas encore clairement le concept des droits de l’homme à la manière de l’Occident, il faut arrêter de leur livrer des armes ou des logiciels d’espionnage de leur population, ces choses ne faisant qu’accroître le manquement aux droits de l’homme et mettant en péril des milliers de civils. Actuellement, l’économie au Moyen-Orient a surtout pour destination l’intérêt des multinationales, le pétrole et les technologies de surveillance, alors que l’intérêt de l’économie devrait être centré sur la promotion des droits de l’homme et de la liberté des citoyens.

Troisièmement, arrêtez d’envoyer des drones sur les civils et de tuer les gens dans des pays qui détiennent des terroristes sur leur territoire. Tout civil a droit à la vie, même s’il est terroriste ou présumé terroriste. Il est préférable d’arrêter un terroriste et de le juger de manière démocratique, pour qu’il puisse faire face aux accusations de manière responsable face à la société. Les Etats-Unis envoient des drones sur des civils, sans même savoir si ceux-ci sont effectivement des terroristes, sans même qu’ils aient été arrêtés ou jugés. Certains sont tués par erreur. Comment voulez-vous que des réseaux comme Al-Qaïda n’exploitent pas la détresse des civils dont les proches ou les enfants ont été tués par erreur par vos armes ou par vos drones? L’Occident ne fait que donner des raisons à Al-Qaïda d’attiser la colère des populations et de recruter encore plus de terroristes, parce que ce sont des politiques inefficaces. La politique du drone est une politique de la violence, qui n’apportera que la violence au sein des populations dans le monde. La promotion de la paix au Moyen-Orient doit se faire dans le dialogue, et non dans le meurtre de la population par des moyens de haute-technologie.

Quatrièmement, incitez les multinationales étrangères à faire la promotion des droits de l’homme et à investir une partie de leurs énormes profits pour développer les droits de l’homme au Moyen-Orient. Incitez les multinationales étrangères à montrer l’exemple et à être digne des valeurs démocratiques de l’Occident. Quand les multinationales sont à l’étranger, leurs dirigeants devraient appliquer et respecter les mêmes droits que ceux qu’ils respectent quand ils sont dans leur pays: ils ne devraient pas chercher à exploiter la population locale, ils devraient appliquer une égalité dans les salaires et accorder des conditions de travail respectables à leurs salariés, respecter l’écologie et au besoin intervenir pour prévenir des catastrophes environnementales. La terre est un bien commun à tous. En Occident ou au Moyen-Orient, les multinationales doivent se rendre responsables de leurs activités face aux populations, afin de permettre le développement au sein de ces pays, et non pas pour freiner les droits et la liberté d’expression des habitants. Moralisez les multinationales internationales, et peut-être que le monde deviendra un peu plus moral et respectueux des droits de l’homme.

Enfin, demandez aux médias internationaux d’arrêter de relayer les propagandes en faveur de la guerre. Les médias ont un poids de conscience dans la construction d’un conflit entre les civilisations de l’Occident et du Moyen-Orient. Les médias propagent la haine entre les cultures du monde, parce qu’ils obéissent aux ordres des gouvernements et parce qu’ils ne comprennent pas l’intérêt de donner une vraie information aux citoyens dans le monde. Les médias ne donnent pas non plus d’informations sur les problèmes, les causes et les origines réelles du terrorisme international, qui fut utilisé et financé par les Etats-Unis comme un instrument de lutte contre l’influence soviétique, notamment en Afghanistan. On veut nous faire croire aujourd’hui que l’Occident est plus sûr, – grâce à vos systèmes d’espionnage qui portent atteinte à notre vie privée -, et l’Orient moins sûr avec Al-Qaïda. Mais les problèmes sont les mêmes partout: il n’y a pas un Moyen-Orient avec ses problèmes particuliers, et un Occident avec d’autres problèmes. Les civils font partout sur terre face aux mêmes problèmes de pauvreté, de logement, de crise et d’austérité, face à des gouvernements qui investissent dans les guerres, au lieu de développer l’éducation et la santé, et face à des gouvernements de plus en plus oppressifs quand aux libertés accordées aux citoyens. Al-Qaïda, encore un prétexte pour attiser le nationalisme en Europe et envoyer des soldats se faire tuer au Moyen-Orient? Les médias devraient nous apporter des solutions pour faire face au terrorisme, au lieu de nous répéter sans cesse qu’il y a des problèmes. Les médias piaillent comme des poules dans un poulailler pour nous alerter sur du vent, mais nous citoyens, nous aimerions entendre parler des êtres humains dotés de conscience et faisant pleinement face aux problèmes et aux défis de la société future. Arrêtez de nous faire peur avec Al-Qaïda, en agitant l’ombre de vos médias, et présentez-nous des vraies solutions, pacifistes et humaines à la fois, pour mettre fin au terrorisme et à l’extrémisme religieux. Les solutions sont à la portée de tous, il ne manque que le courage à ceux qui nous gouvernent pour les appliquer.

La paix peut exister en ce monde, si seulement nous pouvons être gouvernés par des gens intelligents – qui vivent les yeux ouverts sur les problèmes du monde, et non le regard fermé face aux enjeux et aux espoirs de l’avenir -, des gens emplis de sincérité et de courage qui devront nécessairement avoir pour principe premier le respect des droits de l’homme et le droit à la vie de chaque être humain sur la terre. Le droit à la vie est un principe inébranlable dans la construction et la diffusion des valeurs de  la démocratie. Ni peine de mort, ni torture, ni drones, prisons secrètes ou répression politique ne peuvent remplacer cela, de même que l’espionnage mondial ne pourra pas non plus améliorer la démocratie. L’avenir de la démocratie est dans les mains de l’Occident, c’est à nos dirigeants de changer la donne et de redonner un sens à ce mot partout dans le monde.

Des écrivains se mobilisent « Pour une Défense de la Démocratie à l’Ère Numérique »

Pétition de Writers Against Mass Surveillance

Change.org, le mardi 10 décembre

εntropyıng ın-bεtwεεn Camεra▲ObscuraÀ l’occasion de la Journée mondiale des Droits de l’Homme, 562 auteurs, dont 5 lauréats du Prix Nobel, issus de 80 pays, ont lancé conjointement un appel pour la défense des libertés individuelles face à la surveillance organisée par les entreprises et les gouvernements. Les 5 Prix Nobel signataires sont: Orhan Pamuk, J.M. Coetzee, Elfriede Jelinek, Günter Grass et Tomas Tranströmer. Parmi les signataires, se trouvent également Umberto Eco, Margaret Atwood, Don DeLillo, Daniel Kehlmann, Nawal El Saadawi, Arundhati Roy, Henning Mankell, Richard Ford, Javier Marias, Björk, David Grossman, Arnon Grünberg, Angeles Mastretta, Juan Goytisolo, Nuruddin Farah, João Ribeiro, Victor Erofeyev, Liao Yiwu et David Malouf.

Cet appel mondial a été organisé par un collectif indépendant d’écrivains: Juli Zeh, Ilija Trojanow, Eva Menasse, Janne Teller, Priya Basil, Isabel Cole et Josef Haslinger. Le 10 décembre, il a été publié dans 30 journaux à travers le monde: 

Ces derniers mois, l’étendue de la surveillance de masse est devenue notoriété publique. De quelques clics de souris, l’État peut accéder à votre portable, à votre adresse e-mail, à vos réseaux sociaux et à vos recherches sur Internet.

Il peut suivre vos penchants et vos activités politiques et, en partenariat avec des sociétés de l’Internet, il recueille et stocke vos données et il peut donc prédire votre consommation et vos comportements.

Le pilier fondamental de la démocratie est l’intégrité inviolable de l’individu. L’intégrité humaine s’étend bien au-delà du corps physique.  Dans leurs pensées et dans leurs environnements personnels et de communication, tous les êtres humains ont le droit à une intimité sans encombre.

Ce droit fondamental est rendu caduc par l’abus de l’évolution technologique par les États et par les sociétés organisées à des fins de surveillance de masse.

Une personne placée sous surveillance n’est plus libre;  une société sous surveillance n’est plus une démocratie. Pour rester valides, nos droits démocratiques doivent s’appliquer aussi bien dans le virtuel que dans le concret.

* La surveillance viole la sphère privée et compromet la liberté de pensée et d’opinion.

* La surveillance des masses traite chaque citoyen comme un suspect potentiel. Elle remet en question un de nos triomphes historiques : celui de la présomption d’innocence.

* La surveillance rend l’individu transparent, tandis que l’État et la société fonctionnent dans le secret. Comme nous l’avons vu, ce pouvoir est systématiquement abusif.

* La surveillance est un vol. Ces données ne sont pas un bien public: elles nous appartiennent. Quand elles sont utilisées pour prédire notre comportement, nous sommes spoliés d’autre chose : du principe de la libre volonté, essentiel à la liberté démocratique.

NOUS EXIGEONS LE DROIT pour tous les peuples à déterminer, comme citoyens démocratiques, dans quelle mesure leurs données personnelles peuvent être légalement collectées, stockées et traitées et par qui;  d’obtenir des informations sur l’endroit où leurs données sont stockées et comment elles sont utilisées;  d’obtenir la suppression de leurs données si elles ont été illégalement recueillies et stockées.

NOUS APPELONS TOUS LES ÉTATS ET SOCIÉTÉS à respecter ces droits.

NOUS APPELONS TOUS LES CITOYENS à se lever en défense de ces droits.

NOUS APPELONS LES NATIONS UNIES à reconnaître l’importance centrale de la protection des droits civils de l’ère numérique et de créer une Charte internationale des droits numériques.

NOUS APPELONS LES GOUVERNEMENTS à signer et à adhérer à une telle convention.

Écrivains à l’origine de l’appel:

Juli Zeh Allemagne
Ilija Trojanow Allemagne
Eva Menasse Allemagne
Janne Teller Danemark
Priya Basil Royaume-Uni
Isabel Fargo Cole États-Unis
Josef Haslinger Autriche

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WikiLeaks a traqué les vendeurs d’armes de surveillance

Wikileaks:SpyFiles3Voir la carte interactive sur Rue89

Rue89, publié le 4/09/2013

Jean-Marc Manach, journaliste

Selon les révélations de l’unité de contre-espionnage de WikiLeaks, auxquelles Rue89 a eu accès avec 18 médias étrangers, les marchands de surveillance numérique privilégient les pays peu regardants sur les droits de l’homme.

Les marchands d’armes n’aiment guère la publicité. Problème: les télécommunications, ça laisse des traces, opportunément exploitées par la NSA (entre autres), comme Edward Snowden l’a amplement démontré.

WikiLeaks a décidé de rendre publique la liste des pays visités par les principaux marchands d’armes de surveillance numérique, dont trois « sociétés ennemies d’Internet » – pointées du doigt par Reporters sans frontières pour avoir vendu des logiciels espions à des pays eux aussi considérés par RSF comme des « ennemis d’Internet ».

En 2011, WikiLeaks avait rendu publics, avec ses « SpyFiles », des centaines de documents internes révélant l’ampleur du business des logiciels et systèmes d’espionnage et de surveillance des télécommunications.

Dans une nouvelle série de révélations, intitulée « SpyFiles 3 », à laquelle Rue89 a eu accès en partenariat avec dix-huit autres médias étrangers, WikiLeaks révèle que la WLCIU (pour WikiLeaks Counter Intelligence Unit), son « unité de contre-espionnage » (sic), a recensé les pays d’où se sont connectés les téléphones portables de dix-neuf employés ou responsables de onze marchands d’armes de surveillance numérique.

Surveillés depuis des mois par WikiLeaks

Du 4 au 6 juin derniers, le gotha de la surveillance des télécommunications se réunissait au Clarion Congress Hotel de Prague, à l’invitation d’ISS World. L’entrée de ce salon itinérant, interdit aux journalistes mais organisé sur les cinq continents, facturée entre 995 et 2 295 dollars (entre 755 et 1 742 euros), est réservée aux représentants de services de renseignement, forces de l’ordre et gouvernements.

issworldISS World, le supermarché des marchands d’armes de surveillance numérique

Les participants viennent y découvrir les dernières nouveautés en matière de surveillance et d’interception des télécommunications, assister à des démonstrations « live » de logiciels espions, et à des dizaines de conférences où les marchands d’armes expliquent comment leurs systèmes et logiciels peuvent aider les autorités à surveiller et combattre « les activités criminelles conduites sur les réseaux de télécommunication, l’Internet et les réseaux sociaux ».

Du 7 au 9 juillet, plusieurs de ces marchands d’armes se retrouvaient à Lyon, au forum Technology Against Crime, qui se targue de vouloir devenir le « Davos de la sécurité » puis, du 22 au 25, au Brésil, pour l’édition sud-américaine du salon ISS.

Ce qu’ils ne savaient pas, c’est que plusieurs d’entre eux étaient surveillés, depuis des mois et pour certains des années, par l’unité de contre-espionnage de WikiLeaks.

Et force est de constater que, lorsqu’ils sont en voyage d’affaires, ces mercenaires du numérique ont une furieuse tendance à privilégier les pays peu regardants en matière de droits de l’homme. (Dans la carte ci-dessus, cliquez sur les pays en rouge pour connaître leur rang au classement RSF de la liberté de la presse, et découvrir quels marchands d’armes les ont visités.)

Droits de l’homme et bord de mer

L’allemand Trovicor, ex-Nokia Siemens Networks, est l’un des plus gros fournisseurs de solutions légales d’interception dans le monde. Plus de 100 pays utiliseraient ses technologies, et c’est le principal sponsor du salon ISS. Son code de bonne conduite précise, au chapitre « business ethics » que l’objectif de l’entreprise est de faire partie des industries leaders en matière de responsabilité sociale et de respect des droits de l’homme.

Elle n’en a pas moins fourni des systèmes d’interception à l’Iran, au Bahreïn et en Syrie, ce qui en a fait l’un des principaux « ennemis d’Internet » pour RSF. Sur ses 170 employés, un seul était surveillé par la WLCIU, qui avance que, depuis janvier, il a été deux fois aux Emirats arabes unis (où Trovicor a une filiale), ainsi qu’en Bulgarie, Serbie, et en Thaïlande, l’un des quatorze pays placés « sous surveillance » par RSF en 2012, en raison de ses velléités de contrôle, de filtrage et de censure d’Internet.

Contactée, la responsable communication de Trovicor à répondu à Rue89 que la liste de ces pays lui fait penser à l’itinéraire de quelqu’un qui apprécierait particulièrement les pays en bord de mer, et que son employeur s’interdit par ailleurs de vendre ses solutions à tout pays en guerre civile…

Mr Q. au Turkménistan

Elaman, elle aussi allemande, se présente comme spécialiste des « solutions de sécurité gouvernementale ». Son catalogue, que WikiLeaks avait rendu public à l’occasion des Spy Files, est un inventaire de tout ce dont aurait rêvé le Mr Q. de James Bond.

Sur la page d’accueil de son site web, Elaman avance que « la confidentialité est essentielle dans le business de la sécurité ». Elle aurait donc probablement préféré que l’on ne sache pas que, du 21 au 24 janvier dernier, puis les 12 et 13 juin, son responsable commercial, Holger Rumscheidt, était au Turkménistan, 177e (sur 179) au classement RSF de la liberté de la presse, un des douze pays considérés par l’ONG, en 2012, comme faisant partie des « ennemis d’Internet ».

Décrit par RSF comme « l’un des plus fermés au monde », le Turkménistan est aussi l’« un des pays les plus hostiles à la liberté d’expression ». Facebook, Twitter, YouTube et Gmail y sont bloqués et « les possesseurs d’antennes paraboliques ou de téléphones portables sont considérés comme des ennemis en puissance ».

La liste des pays d’où Rumscheidt s’est connecté au réseau téléphonique indique qu’il a aussi visité l’Azerbaïdjan (156e du classement RSF) en février 2012, la Jordanie (134e) en avril dernier, et multiplié les déplacements au Liban (101e), au sultanat d’Oman (141e) et aux Emirats arabes unis (114e), par ailleurs placés « sous surveillance » par RSF en 2012, suite aux « arrestations arbitraires » de plusieurs blogueurs qui avaient osé demander aux autorités de procéder à des réformes, ce qui leur avait valu des condamnations de deux à trois années de prison.

Les logiciels espions des Printemps arabes

Le groupe britannique Gamma, une des cinq sociétés classées « ennemies d’Internet » par RSF, n’est pas en reste : entre les 2 et 10 mars 2013, pas moins de quatre de ses principaux responsables se rendaient ainsi aux Emirats arabes unis, en compagnie d’Holger Rumscheidt (Gamma a noué une alliance de sécurité avec Elaman). Au total, huit des onze entreprises surveillées par la WLCIU ont visité les Emirats l’an passé.

La liste de WikiLeaks révèle que les employés de Gamma placés sous surveillance auraient par ailleurs visité le sultanat d’Oman, le Liban, l’Ouganda (104e au classement RSF), le Qatar (110e), le Nigéria (115e), Brunei (122e), l’Ethiopie (137e), l’Indonésie (139e) et la Guinée Equatoriale (166e), ainsi que deux des douze pays placés « sous surveillance » par RSF à l’occasion de son rapport sur les « ennemis d’Internet »: la Malaisie (145e) et le Kazakhstan (160e).

L’employé de Gamma dont le téléphone portable était, du 9 au 12 juin dernier, localisé au Kazakhstan, est un « usual suspect »: Martin Münch, né en 1981, est le responsable de FinFisher, une suite de logiciels espions (ou « chevaux de Troie ») qui ont beaucoup fait parler d’eux depuis que, Printemps arabes aidant, on a découvert qu’ils avaient été utilisés en Egypte, pour espionner des dissidents au Bahrein, ainsi que, comme l’ont révélé des chercheurs américains au printemps dernier, dans au moins 35 pays, dont quinze des pays visités par les employés de Gamma et de ses filiales l’an passé (Brunei, Nigeria, Afrique du Sud, République tchèque, Ethiopie, Indonésie, Malaisie, Mexique, Qatar, Serbie, Singapour, Turkménistan, Royaume-Uni, Etats-Unis, Emirats arabes unis).

Finfisher Spying & Monitoring Tools
Par Guillaume Dasquié

25 200 euros le « kit d’intrusion »

WikiLeaks publie par ailleurs une dizaine de documents révélant comment FinFisher et une entreprise suisse, DreamLab, ont vendu un « proxy d’infection » afin de pouvoir infecter les ordinateurs des citoyens ou résidents d’Oman et du Turkménistan (à la demande de leur gouvernement), ainsi qu’une fiche confidentielle révélant combien sont facturés ces logiciels espion.

Comptez 25 200 euros le « kit d’intrusion », ou bien 100 000 euros la licence de FinSpy, sa solution complète d’intrusion à distance, si vous voulez espionner de une à dix cibles, mais 250 000 euros si vous voulez en surveiller plusieurs centaines, plus 9 500 euros de licence (par client). Le support technique, et les mises à jour, sont facturés 255 338 euros la première année, ou 308 960 euros pour trois ans. Les formations, elles, sont facturées 22 500 euros, les cinq jours. Un juteux business qui a d’ailleurs conduit Gamma à ouvrir un compte « offshore » aux Iles vierges britanniques…

Interviewé par un journaliste de Bloomberg, Martin Münch déplorait l’an passé la publicité faite par les nombreux articles expliquant comment les logiciels espions de FinFisher étaient utilisés pour espionner des défenseurs des droits de l’homme et cyberdissidents, et expliquait avoir abandonné toute forme de vie sociale : « Si je rencontre une fille et qu’elle tape mon nom dans Google, je suis sûr qu’elle ne me rappelera jamais »…

Le blog du « voyageur au Moyen-Orient »

D’autres employés n’ont pas ces pudeurs de jeunes filles : Nelson Brydon, qui se présente sur son compte Twitter (@Brydon_N, désormais indisponible) comme « voyageur au Moyen-Orient » a ouvert un blog (désormais indisponible aussi) où il narre ses nombreux voyages en avion entre le Qatar et Dubaï, l’Ouganda, l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et Munich – siège social d’Elaman, révélant incidemment la liste des pays où sont donc probablement installés des logiciels ou systèmes espions de Gamma, son employeur.

Sur ce blog, Nelson Brydon ne parle pas de son métier mais, une fois par an, il rédige un (très) long billet où il explique ce que cela fait de prendre l’avion, et compare les compagnies aériennes, les stewards, hôtels…

Le dernier billet se conclut par un « rendez-vous en 2013 ». Sans trahir de secret professionnel, la liste de WikiLeaks indique que, rien qu’entre février et août, il a déjà été cette année sept fois au Qatar, ainsi qu’aux Emirats arabes unis, à Oman, en Malaisie, qu’il était à Chypre du 8 au 29 juillet (en vacances ?), et qu’il était de nouveau au Qatar du 18 au 22 août derniers.

Les petits secrets d’Hacking Team

L’unité de contre-espionnage de WikiLeaks s’est également intéressée au principal concurrent de FinFisher, Hacking Team, une entreprise italienne elle aussi placée dans la liste des « ennemis d’Internet » de RSF. Elle s’était en effet fait connaître après que des journalistes marocains, et un blogueur des Emirats arabes unis, ont reçu des e-mails infectés par « Da Vinci », son logiciel espion.

En avril dernier, une étude de Kaspersky Lab avait révélé que le cheval de Troie d’Hacking Team était particulièrement utilisé au Mexique, en Italie, au Vietnam, aux Emirats arabes unis, en Irak, au Liban et au Maroc. La WLCIU révèle aujourd’hui que les deux employés de Hacking Team qu’elle a surveillé ont multiplié les courts séjours (de deux jours) au Maroc en 2011, 2012 et 2013, ainsi qu’aux Emirats arabes unis, à Singapour, en Serbie, en Espagne, Egypte, Arabie saoudite, au Qatar, Liban, en Malaisie et à Oman.

Eric Rabe, conseiller juridique de Hacking Team, a refusé de commenter la liste des pays visités, mais a tenu à préciser que son employeur avait constitué un panel d’experts indépendants habilité à opposer un veto à tout contrat, qu’il vérifie systématiquement si leurs nouveaux clients pourraient se servir de leurs logiciels espions pour commettre des violations des droits de l’homme, et qu’Hacking Team se réserve le droit de refuser ou suspendre tout contrat en pareil cas, ce qui serait déjà arrivé.

Interrogé sur les soupçons d’utilisation de leur cheval de troie pour espionner des opposants marocains et émiratis, Eric Rabe refuse de rendre publiques les conclusions de leur contre-enquête, ni d’éventuelles mesures prises depuis. Il refuse également de révéler l’identité des experts indépendants, non plus que de leur permettre de répondre aux questions des journalistes, afin d’éviter qu’ils ne fassent l’objet de « pressions pouvant influencer leurs décisions »…

Julian Assange : « Surveiller les surveillants »

Et c’est précisément, explique le fondateur Julian Assange, pour « mettre en lumière cette industrie secrète de la surveillance, qui travaille main dans la main avec les gouvernements de par le monde pour autoriser l’espionnage illégitime de citoyens » que WikiLeaks a lancé ces « SpyFiles 3 », qui permet de doubler le nombre de documents, brochures, plaquettes et autres portfolios émanant des marchands d’armes de surveillance numérique contenus dans la base de données de l’ONG.

Interrogé sur ce qui lui avait permis de mener l’opération de « location tracking » (sic), Julian Assange oppose un « no comment » ferme et définitif. Tout juste consent-il à expliquer que « le rôle de la WLCIU est de protéger les actifs, personnels et sources de WikiLeaks de toute opération d’espionnage hostile, et de révéler la nature des menaces en terme d’espionnage qui pèsent sur les journalistes et leurs sources »:

« Cela comprend des mesures de contre-espionnage incluant, par exemple, la détection de mesures de surveillance mais également le fait de recevoir des informations émanant de sources internes aux organisations susceptibles de menacer la sécurité des journalistes.

Les données collectées par la WLCIU et révélées dans ces SpyFiles 3 permettent aux journalistes et citoyens d’aller plus loin dans leurs recherches portant sur l’industrie de la surveillance, et de surveiller les surveillants. »

Les révélations de la WLCIU ont permis au magazine espagnol Publico de découvrir que la Guardia Civil et l’armée espagnole avaient passé un contrat avec Gamma. En février dernier, plusieurs ONG, dont Reporters sans frontières et Privacy International, portaient plainte contre Gamma et Trovicor, qui auraient violé onze des principes directeurs de l’OCDE, censés garantir la responsabilité sociale des multinationales, en fournissant des armes de surveillance numérique au Bahreïn.

Les nouvelles révélations de WikiLeaks, et la liste des pays, pourraient donner de nouveaux arguments à ceux qui plaident pour un contrôle à l’exportation des systèmes et outils de surveillance et d’interception des télécommunications qui, à ce jour, ne sont pas considérés comme des « armes », et peuvent donc être vendus à des pays connus pour bafouer les droits de l’homme, en toute légalité.

Source: http://www.rue89.com/2013/09/04/nouvelles-revelations-lunite-contre-espionnage-wikileaks-245374

Wikileaks: Spy Files 3, nouveaux documents sur l’industrie de la surveillance

spyfiles

Communiqué de Wikileaks, 4 septembre 2013

Aujourd’hui, mercredi 4 septembre 2013, à 16:00 UTC, WikiLeaks publie ‘les SpyFiles, volume 3‘ – 249 documents de 92 sociétés privées du renseignement. Ces documents révèlent comment, en même temps que se privatisataient les milieux du renseignement, les USA, l’Union Européenne et les agences de renseignement des pays développés ont dépensé des millions à la hâte, afin d’acquérir des technologies de surveillance de masse de dernière génération, ciblant des communautés, des groupes, voire des populations entières.

Comme l’annonce Julian Assange, directeur de la publication de WikiLeaks: « Les SpyFiles, volume 3, sont la suite de notre engagement ininterrompu à mettre au jour l’industrie secrète de la surveillance de masse. Cette publication double le volume actuel de la base de données SpyFiles de WikiLeaks. Ces SpyFiles sont une ressource de valeur pour les journalistes tout comme les citoyens, détaillant et expliquant à quel point les agences de renseignement d’état font corps avec le monde des entreprises dans leur pari de récolter toutes les communications électroniques de l’humanité »

Le groupe de travail de contre-espionnage de WikiLeaks surveille les surveillants. Le WLCIU (WikiLeaks’ Counter Intelligence Unit) a collecté des données sur les mouvements des acteurs majeurs de l’industrie de la surveillance, y compris les dirigeants de Gamma, des groupes de hackeurs et d’autres, lors de leurs voyages en Azerbaidjan, Bahrain, Brésil, Espagne, Mexique, et autres pays.

« Le groupe de travail de contre-espionnage a pour but de défendre les contacts, l’équipe et les sources de WikiLeaks, et plus généralement de lutter contre les menaces faites aux journalistes d’investigation, et le droit du public à savoir. » confirme Julian Assange, directeur de la publication de WikiLeaks.

Les documents de ce volume 3 des SpyFiles contiennent des prospectus commerciaux et présentations utilisés pour courtiser les agences nationales de renseignement, et les amener à acheter des technologies et services de surveillance de masse. Les SpyFiles volume 3 contiennent également des contrats et plans de déploiement, illustrant en détails comment certains systèmes sont installés et opérés.

Les technologies d’espionnage sur Internet actuellement vendues sur le marché sont capables de détecter les services chiffrés et masqués tels que Skype, BitTorrent, VPN, SSH et SSL. Les documents révèlent comment les contractants travaillent avec les services de renseignement et de maintien de l’ordre pour obtenir les clés de chiffrement employées.

Les documents détaillent également les méthodes d’interception brute des communications par voix, SMS, MMS, email, fax et téléphone par satellite. Les documents publiés montrent aussi que les contractants du renseignement proposent l’analyse en temps-réel des interceptions web et mobiles.

Les contrats et plans de déploiement dévoilés dans cette série prouvent que ces technologies sont utilisées pour infecter les ordinateurs d’utilisateurs à Oman avec un logiciel espion permettant la prise de contrôle à distance, et ce sans discrimination. Le logiciel FinFly ‘iProxy’ de Dreamlab montre comment une source est identifiée, et un malware silencieusement installé en parallèle d’un téléchargement légitime, tout en faisant en sorte que le téléchargement fonctionne comme prévu. Le mode d’identification de la cible a pour conséquence que toute personne utilisant la même connexion réseau sera systématiquement et automatiquement interceptée et infectée, y compris des cibles involontaires.

Organisations à contacter pour toute question:

Source: http://wikileaks.org/spyfiles3pf.html