« Le business de la guerre »: les employés de Google protestent contre le travail pour le Pentagone

New York Times, Par SCOTT SHANE et DAISUKE WAKABAYASHI, le 4 avril 2018

WASHINGTON – Des milliers d’employés de Google, dont des dizaines d’ingénieurs, ont signé une lettre pour protester contre l’implication de l’entreprise dans un programme du Pentagone utilisant l’intelligence artificielle pour interpréter des images vidéo et améliorer le ciblage des frappes de drones.

La lettre, qui circule au sein de Google et a recueilli plus de 3.100 signatures, reflète un conflit culturel entre la Silicon Valley et le gouvernement fédéral qui est susceptible de s’intensifier à mesure que l’intelligence artificielle de pointe sera de plus en plus utilisée à des fins militaires.

(Lire le texte de la lettre.)

« Nous pensons que Google ne devrait pas être impliqué dans le business de la guerre », indique la lettre adressée à Sundar Pichai, le directeur général de la société. La lettre demande à Google de se retirer du projet pilote du Pentagone, Project Maven, et d’annoncer une politique dans laquelle il ne «construira jamais de technologie de guerre».

Ce genre de position idéaliste, bien que certainement non partagée par tous les employés de Google, vient naturellement à une société dont la devise est «Ne faites pas le mal», une expression invoquée dans la lettre de protestation. Mais cela est clairement étranger à l’énorme industrie de la défense de Washington et certainement au Pentagone, où le secrétaire à la défense, Jim Mattis, a souvent déclaré qu’un objectif central était d’accroître la «létalité» de l’armée américaine.

Dès ses débuts, Google a encouragé les employés à s’exprimer sur les problèmes impliquant l’entreprise. Il fournit des forums de discussion internes et des réseaux sociaux où les travailleurs mettent en question la gestion et se défient les uns les autres sur les produits et les politiques de l’entreprise. Récemment, le débat houleux autour des efforts de Google pour créer une main-d’œuvre plus diversifiée s’est révélé dans la transparence.

Les employés de Google ont fait circuler des pétitions de protestation sur une série de questions, y compris concernant Google Plus, le concurrent à la traîne de la société Facebook, et le parrainage par Google de la Conférence d’action politique conservatrice.

Les employés ont soulevé des questions au sujet de la participation de Google au projet Maven lors d’une récente réunion à l’échelle de l’entreprise. À l’époque, Diane Greene, qui dirige les activités d’infrastructure cloud de Google, a défendu l’accord et a cherché à rassurer les employés concernés. Un porte-parole de l’entreprise a déclaré que la plupart des signatures de la lettre de protestation avaient été recueillies avant que la société ait eu l’occasion d’expliquer la situation.

La compagnie a, par la suite, décrit son travail concernant le projet Maven comme «non offensif» par nature, bien que l’analyse vidéo du Pentagone soit couramment utilisée dans les opérations de contre-insurrection et de contre-terrorisme, et les publications du ministère de la Défense indiquent clairement que le projet soutient ces opérations. Google et le Pentagone ont tous deux déclaré que les produits de la société ne créeraient pas de système d’armes autonomes capable de tirer sans un opérateur humain, une possibilité très controversée utilisant l’intelligence artificielle.

Mais une meilleure analyse de la vidéo des drones pourrait être utilisée pour sélectionner des cibles humaines pour les frappes, tout en identifiant mieux les civils afin de réduire le nombre de victimes innocentes.

Sans se référer directement à la lettre à M. Pichai, Google a déclaré dans un communiqué, mardi, que « toute utilisation militaire de l’apprentissage automatique soulève des préoccupations valables. » Il a ajouté: « Nous sommes activement engagés à travers l’entreprise dans une discussion approfondie de ce sujet important. » L’entreprise a qualifié ces échanges d ‘«extrêmement importants et bénéfiques», bien que plusieurs employés de Google familiers avec la lettre n’en aient parlé que sous couvert d’anonymat, affirmant qu’ils étaient préoccupés par des représailles.

Selon le communiqué, la partie du projet Maven qui visait l’entreprise était « spécifiquement définie pour des buts non-offensifs », bien que les responsables aient refusé de mettre à disposition le langage pertinent du contrat. Le département de la Défense a déclaré que, parce que Google est un sous-traitant du Project Maven pour l’entrepreneur principal, l’ECS Federal, il ne pouvait pas fournir le montant ou la langue du contrat de Google. L’ECS Federal n’a pas répondu aux demandes de renseignements.

Google a déclaré que le Pentagone utilisait un « logiciel de reconnaissance d’objets open-source disponible pour tout client de Google Cloud » et basé sur des données non classifiées. « La technologie est utilisée pour signaler des images à des fins de revue humaine et vise à sauver des vies et à éviter aux gens d’avoir à faire un travail très fastidieux », a déclaré la compagnie.

Certains des plus hauts dirigeants de Google ont des liens importants avec le Pentagone. Eric Schmidt, ancien président exécutif de Google et toujours membre du directoire d’Alphabet, la société mère de Google, est membre d’un organe consultatif du Pentagone, le Defense Innovation Board, ainsi qu’un vice-président de Google, Milo Medin.

Dans une interview en novembre, M. Schmidt a reconnu « une préoccupation générale de la part de la communauté technologique dans une certaine utilisation par le complexe militaro-industriel de leurs trucs pour tuer les gens de manière incorrecte, si vous voulez. » Il a dit qu’il a siégé au conseil « pour au moins permettre que la communication se fasse » et a suggéré que l’armée « utiliserait cette technologie pour assurer la sécurité du pays ».

Lire la suite: https://www.nytimes.com/2018/04/04/technology/google-letter-ceo-pentagon-project.html

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WikiLeaks: Le Gouvernement vous espionne via votre iPhone

FinFisher Trojan via iTunes update

Leander Kahney, 2 Décembre 2011

Votre iPhone est peut-être en train de vous espionner, selon la dernière révélation de documents de WikiLeaks, qui ressemble à ce qui pourrait être encore le plus grand scandale.

Appelé les SpyFiles, c’est une mine de documents sur « l’industrie d’interception de masse » — la communauté de surveillance massive post-11 septembre qui surveille électroniquement des populations entières.

L’industrie vend des logiciels aux agences du gouvernement —certains d’entre eux délivrés avec des chevaux de Troie — qui peuvent s’emparer de votre iPhone. Il peut suivre chacun de ses usages, suivre chacun de vos mouvements (même en veille), reconnaître votre voix, enregistrer des conversations, et même faire une capture vidéo et audio de la pièce où il se trouve.

Ce n’est pas seulement limité aux iPhones, bien sûr. Il y a plusieurs packages de logiciels espions qui fonctionnent sur PC, Android et Blackberry. Les usages sont très étonnants. La CIA, par exemple, utilise un logiciel de repérage téléphonique pour cibler les attaques de drones au Moyen-Orient et en Asie Centrale. Il reconnaît le sujet grâce à leur empreinte vocale, mais le ciblage effectif n’est pas extrêmement précis.

iPhone spywareL’un des packages les plus sophistiqués de l’espionnage — le programme FinFisher, produit par la compagnie britannique Gamma International — est livré via une mise à jour bidon sur iTunes. Le Wall Street Journal possède plus de détails sur le logiciel FinFisher, qui est vendu à la police et aux agences du gouvernement. (Der Spiegel a écrit un article fascinant sur la manière dont il est commercialisé.)

Apple vient de résoudre la vulnérabilité de la mise à jour iTunes 10.5.1. (La vulnérabilité semble venir seulement de Windows, mais ce n’est pas clair. On dit qu’Apple connaissait le problème depuis trois ans).

FinFisher dit que le logiciel espion est légal et que la compagnie ne connaît pas d’abus. Mais il y a des preuves que le spyware a été utilisé pour surveiller les militants politiques en Tunisie, en Egypte et en Libye pendant le Printemps Arabe, selon une grande histoire au sujet de la dernière fuite de WikiLeaks dans le Washington Post:

« Nous voyons un nombre croissant de régimes répressifs mettre la main sur les dernières, et les meilleures technologies occidentales, et les utiliser dans l’espionnage de leurs propres citoyens dans le but de réduire à néant l’opposition politique pacifique ou même des informations qui permettraient aux citoyens de savoir ce qui se passe dans leurs communautés », a dit Michael Posner, secrétaire d’Etat adjoint aux Droits de l’homme, dans un discours le mois dernier en Californie. « Nous surveillons cette issue de très près. »

Le Post [Washington Post] couvre principalement la vente de cette technologie par les compagnies américaine aux régimes répressifs, qui l’utilisent pour espionner les citoyens et causer des difficultés à l’opposition politique. Mais WikiLeaks affirme que les systèmes de surveillance de masse peuvent être largement déployés dans les pays occidentaux:

Les sociétés de surveillance comme SS8 aux Etats-Unis, Hacking Team en Italie et Vupen en France, produisent des virus (chevaux de Troie) qui détournent les ordinateurs et les téléphones personnels (y compris les iPhones, Blackberry et Android), s’emparent du périphérique, enregistrent chacun de ses usages, de ses mouvements, et même les sons et les aperçus de la pièce où il se trouve. D’autres compagnies comme Phoenexia en République Tchèque collaborent avec l’armée pour créer des outils d’analyse de la parole. Ils identifient les individus par genre, par âge et par niveaux de stress, et ils les pistent sur la base des « empreintes vocales ». Blue Coat aux Etats-Unis et Ipoque en Allemagne vendent des outils aux gouvernements dans des pays comme la Chine et l’Iran pour empêcher les opposants de s’organiser en ligne.

Et vous pensiez que Carrier IQ était mauvais?

WikiLeaks a promis de publier des centaines de documents concernant 160 entreprises de renseignement dans l’industrie de la surveillance de masse pendant le reste du mois et de l’année. Ils ont publié 278 documents jeudi. WikiLeaks travaille avec plusieurs organisations de protection des individus et de médias.

Source: http://www.cultofmac.com/132782/if-you-thought-carrier-iq-scandal-was-bad-wait-till-you-see-latest-wikileaks/

Wikileaks, un monde sous surveillance: http://wikileaks.org/Wikileaks-Un-monde-sous.html