Qui croire? La crise de crédibilité des médias européens

en.ejo.ch, Michael Haller, 27 octobre 2015

Capture-newspaper-hat-300x214Permettez-moi de vous ramener au 3 Décembre 2013: Alan Rusbridger, rédacteur en chef du Guardian, témoigne devant le Comité des affaires intérieures de la Chambre des communes. Cela allait devenir un interrogatoire tendu de 78 minutes sur la décision de son journal de publier les documents top-secrets de la NSA fuités par le lanceur d’alerte Edward Snowden.

Rusbridger parlait d’une voix faible. Bien que confus à certains moments, son message était très clair: les journalistes du Guardian avaient scrupuleusement vérifié les documents confidentiels qu’ils avaient reçus de Snowden. Ils avaient noirci tous les noms dans les documents, et avaient demandé l’avis d’experts. Seulement après ces précautions, le journal a publié les histoires – pas contre la démocratie, mais pour la promouvoir. Dans un pays démocratique, avec la liberté de la presse, les journalistes ont l’obligation de révéler de telles pratiques sinistres pour le bien de l’intérêt public, avait-il déclaré. Les interrogateurs du Comité n’ont présenté aucun contre-argument convaincant.

À cette époque, il y a deux ans, le Guardian a publié de nombreux rapports d’enquête. Cela a grandement bénéficié à la réputation du journal. Dans l’année des révélations d’Edward Snowden, la population britannique a considéré le Guardian comme « le journal le plus digne de confiance, le plus exact et le plus fiable au Royaume-Uni ».

Voilà pour les bonnes nouvelles. Les nouvelles pas-si-bonnes que ça sont que: même le Guardian est en train de perdre des lecteurs. Le journal ainsi que son site web fonctionnent à perte, et de plus en plus. Les réalisations des journalistes du Guardian ne sont possibles que parce que le propriétaire du journal – la Fondation Scott Trust – fait intervenir environ 50 millions £ pour soutenir ses faibles finances. Où est-ce que cela se produit ailleurs dans le monde?

Le journalisme en Europe de l’Ouest: une crise de crédibilité

En effet, l’image plus large du journalisme en Europe est plutôt sombre: le journalisme en Europe occidentale souffre d’une «crise de crédibilité». Dans cet article, je présente cinq thèses sur ce phénomène.

Thèse 1: Une baisse de la capacité de recherche

Thèse 2: Un manque de professionnalisme

Thèse 3: La course pour les revenus sur la publicité

Thèse 4: Trop d’opinion; Trop peu de faits

Thèse 5: Le contenu des informations est devenu «conventionnel»

Lire l’intégralité de l’article: http://en.ejo.ch/ethics-quality/who-to-believe-european-medias-credibility-crisis

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Non, David [Cameron], vous n’êtes pas Charlie!

Le jour où le Guardian a dû détruire des ordinateurs contenant les documents Snowden, sous la pression du gouvernement britannique

Par Paul Bernal, 12 janvier 2015

Avec tant d’autres dirigeants du monde, David Cameron a fait un grand point de montrer sa solidarité avec les Français face aux atrocités de Charlie Hebdo, prétendant défendre la liberté d’expression – mais toute personne qui a suivi ou étudié la façon dont son gouvernement traite la presse et même la liberté d’expression sait généralement qu’il est loin d’être un champion de la liberté d’expression.

En effet, plutôt que de défendre la liberté d’expression, le gouvernement Cameron a été activement hostile. Le sien est un gouvernement qui a envoyé des agents au bureau d’un journal national pour les forcer à détruire des ordinateurs – un acte qui pourrait difficilement être interprété autrement que comme de l’intimidation brutale. C’est un gouvernement sous les auspices duquel la police a secrètement surveillé les communications entre les journalistes et leurs sources.

Lire la suite: https://paulbernal.wordpress.com/2015/01/12/non-david-vous-netes-pas-charlie/

Edward Snowden: « Si je finis à Guantanamo, je peux vivre avec »

Interview des journalistes du Guardian avec Edward Snowden, à Moscou, le 10 juillet 2014

Edward Snowden, le lanceur d’alerte de la NSA, parle exclusivement avec Alan Rusbridger, rédacteur en chef du Guardian, et le journaliste Ewen MacAskill à Moscou. L’ancien analyste du renseignement, âgé de 31 ans, répond à la question de savoir s’il est un espion russe, sur son destin probable s’il retourne aux États-Unis et sur la pertinence du [roman] 1984 de George Orwell à l’ère de Google.

Lire la transcription intégrale de l’interview d’Edward Snowden à Moscou: http://www.theguardian.com/world/2014/jul/18/-sp-edward-snowden-nsa-whistleblower-interview-transcript

Source: http://www.theguardian.com/world/video/2014/jul/17/edward-snowden-video-interview

Photos pornographiques, la NSA les stocke et se les échange

Par Jérôme Gianoli, 19/07/2014

De nouvelles révélations d’Edward Snowden autour des agissements de la NSA évoquent des pratiques honteuses. Les agents s’échangeraient les images interceptées par les programmes de surveillance surtout si elles ont un caractère pornographique.

Dans une interview accordée à The Gardian, Edward Snowden continue de dévoiler des informations sur le programme de surveillance américain aux mains de la NSA. Selon lui, les agissements des agents et leur comportement sont honteux bafouant toutes les règles autour de la confidentialité des données personnelles, en partie celles touchant à la vie privée, aux photos surtout, si elles se dévoilent sous un caractère sexuel.

Photos pornographiques, les agents de la NSA se les échangent.

Les agents de la NSA sont présentés comme des adolescents de 15 ans qui s’échangent ces clichés. Snowden avance que ce n’est pas un épisode malencontreux, mais d’une pratique courante considérée comme une « routine » et un « avantage en nature » lié à leur travail de surveillance.

Il demande alors:

« Vous avez de jeunes gars de 18-22 ans. Ils ont été soudainement plongés dans une position de responsabilité extraordinaire où ils ont accès à tous vos dossiers privés. Au cours de leur travail, ils tombent sur quelque chose qui est complètement étranger à leur travail, par exemple, une photo nue intime de quelqu’un dans une situation compromettante sexuellement. Alors, que font-ils? »

Selon sa déclaration, ils tournent autour de leurs chaises et montrent à leur collègue qui l’envoie alors vers un autre et ainsi de suite.

Lire la suite: http://www.ginjfo.com/actualites/politique-et-economie/photos-pornographiques-nsa-les-stocke-se-les-echange-20140719

Lire la transcription intégrale de l’interview d’Edward Snowden avec The Guardian [« Sur la culture de la NSA, le partage de documents sexuellement compromettants »]: http://www.theguardian.com/world/2014/jul/18/-sp-edward-snowden-nsa-whistleblower-interview-transcript

Le chef de la NSA était au courant de la destruction des fichiers Snowden par le Guardian au Royaume-Uni

General Keith Alexander, NSA director at the time the Guardian destroyed files from Edward SnowdenThe Guardian, 11 juillet 2014, par James Ball

La révélation contraste fortement avec les efforts de la Maison Blanche de se distancer de la pression du gouvernement britannique pour détruire les disques.

Le Général Keith Alexander, alors directeur de la NSA, a été informé que le Guardian était prêt à faire un acte essentiellement symbolique de destruction des documents d’Edward Snowden en juillet dernier, comme le révèlent de nouveaux documents.

La révélation qu’Alexander et le directeur du renseignement national d’Obama, James Clapper, ont été informés de la destruction de plusieurs disques durs et ordinateurs portables du Guardian contraste nettement avec les déclarations publiques de la Maison Blanche qui ont distancé les Etats-Unis de la décision.

Les emails de la Maison Blanche et de la NSA obtenus par l’Associated Press sous la loi de liberté de l’information montrent combien heureux étaient Alexander et ses collègues face aux développements de l’affaire. Parfois, la correspondance prend un ton célébratoire, avec un officiel décrivant la destruction prévue comme de «bonnes nouvelles».

Lire la suite: http://www.theguardian.com/world/2014/jul/11/nsa-chief-knew-snowden-file-destruction-guardian-uk

Les programmes de la NSA visent la « mine d’or à exploiter » des SMS

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Publié par Kiergaard le 16 Janvier 2014

L’Agence Nationale de Sécurité (NSA) déploie des techniques très avancées pour aspirer et exploiter les métadonnées provenant des échanges de textos et des appels (même manqués). Ces métadonnées permettent d’extraire des données concernant le contenu du message ainsi que l’emplacement, les réseaux de contacts et les détails relatifs aux cartes bancaires, selon des documents top-secrets en date de 2011 révélés par le Guardian. Des documents du GCHQ britanniques montrent une coopération des deux agences sur ce programme. La manière dont le contenu dérive des métadonnées affaiblit encore un peu plus la rhétorique officielle selon laquelle « métadata » est différent de « data ».

Une enquête du Guardian et de Channel 4 sur la base de documents fournis par Edward Snowden permet de lever le voile sur les programmes de l’agence américaine en matière de collecte et de décryptage des informations contenues dans les échanges de SMS et les appels manqués. Le document de référence est malheureusement incomplet suite à un probable choix éditorial qu’on pourra discuter (d’autant plus qu’il est indiqué dans la présentation qu’allait être abordée les prochaines étapes du programme).

Ces documents font état de deux programmes. Le programme DISHFIRE est un programme de collecte qui recueille « à peu près tout ce qu’il peut » selon des documents annexes du GCHQ (non dévoilés). Il a la particularité de recueillir des métadonnées de manière indéterminée, non ciblée. Le second programme, PREFER, identifie les types de messages envoyés et extrait des informations de ces messages quotidiennement et automatiquement.

Lire la suite: http://www.points-de-vue-alternatifs.com/2014/01/les-programmes-de-la-nsa-visent-la-mine-d-or-%C3%A0-exploiter-des-sms.html

Affaire Snowden : « The Guardian ne se laissera pas intimider »


Vidéo: Alan Rusbridger témoigne devant la Commission parlementaire (voir l’intégralité de la vidéo)

Le Monde.fr | 03.12.2013 à 21h14

Le rédacteur en chef du quotidien britannique The Guardian, Alan Rusbridger, a défendu mardi 3 décembre devant une commission parlementaire, la publication de révélations d’Edward Snowden, l’ex-consultant de l’Agence nationale de renseignement américaine (NSA), et a démenti avoir mis en danger la sécurité de son pays.

Il a par ailleurs affirmé que The Guardian avait été victime de pression et d’intimidation concertées dans le but d’empêcher la publication d’articles qu’il considère d’intérêt public. « Cette affaire peut être politiquement embarrassante, mais il n’y a rien ici qui représente un risque pour la sécurité nationale », s’est défendu le rédacteur en chef du Guardian.

« Il est important de garder à l’esprit que les rédacteurs en chef des journaux probablement les plus importants aux Etats-Unis, The Washington Post et The New York Times, ont pris des décisions quasiment identiques » en publiant des informations obtenues par Edward Snowden, a-t-il noté pendant son audition retransmise en direct à la télévision. Il a déclaré que « The Guardian ne se laissera pas intimider, mais ne se comportera pas non plus de manière imprudente ».

M. Rusbridger a aussi précisé que seul environ 1 % des 58 000 documents secrets confiés par Edward Snowden au Guardian et à d’autres journaux avaient été publiés. Le reste est en lieu « sûr », a-t-il ajouté, refusant de révéler en public où ils étaient conservés, mais se disant prêt à le faire, par écrit, à la commission.

« Aimez-vous votre pays? »

Voir le tweet d’Alan Rusbridger en réponse à ce sujet

Le rédacteur en chef s’est dit « surpris » par une question du président de la commission, Keith Vaz : « Aimez-vous ce pays ? » « Nous sommes patriotes, et l’une des choses qui font que l’on est patriote est la démocratie et la liberté de notre presse », a réagi M. Rusbridger. Une question qui a suscité de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux, mais aussi au sein de plusieurs médias britanniques et européens.

Glenn Greenwald, l’un des deux journalistes à l’origine de l’affaire, a notamment décrit cette scène comme l’une des plus « effrayantes depuis longtemps ».

Treize médias, dont le New York Times, le Washington Post, la World Association of Newspapers and News Publishers et l’agence de presse AP, ont signé une lettre ouverte diffusée dans la soirée sur le compte twitter de M. Rusbridger, dans laquelle ils apportent leur soutien au journal et à la liberté de la presse en général. Peu avant son audition, Alan Rusbridger avait aussi publié une lettre de Carl Bernstein, le journaliste américain qui a contribué à la révélation du scandale du Watergate. Selon ce dernier, l’audition du rédacteur en chef du Guardian apparaît comme « une tentative des plus hautes autorités britanniques de déplacer le problème » mis en lumière par Edward Snowden, pour dénoncer « l’attitude de la presse ».

Des révélations embarrassantes

Des articles publiés depuis juin par plusieurs journaux, dont The Guardian, à partir des révélations de l’ex-consultant de la NSA, ont révélé l’ampleur du système de surveillance aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, provoquant l’ire de Washington et l’embarras de Londres.

En août, The Guardian avait affirmé avoir été contraint, sous la pression du gouvernement britannique, de détruire deux disques durs contenant des informations obtenues par Edward Snowden.

Deux mois plus tard, le premier ministre britannique, David Cameron, déclarait que la publication des documents secrets sur les programmes de surveillance des Etats-Unis et du Royaume-Uni avaient porté atteinte à la « sécurité nationale », avant que les chefs du renseignement britannique ne surrenchérissent quelque temps plus tard, affirmant que les fuites d’Edward Snowden avaient ravi le réseau Al-Qaida.

Greenwald: les documents à venir de Snowden vont « choquer »

Le journaliste Glenn Greenwald, porte-voix des révélations d’Edward Snowden sur le système de surveillance cybernétique américain, déclare, dans un entretien à l’hebdomadaire Télérama à paraître mercredi, que plusieurs documents secrets en sa possession, et prochainement publiés, vont « choquer ».

Alors qu’Alan Rusbridger, rédacteur en chef du Guardian, affirmait rester « prudent » sur la publication des 58 000 document livrés par l’ancien agent de la NSA, Glenn Greenwald « compte bien publier ces documents jusqu’au dernier », prévient dans cette interview le reporter de l’affaire Snowden, interrogé à Rio de Janeiro.

Source: http://www.lemonde.fr/europe/article/2013/12/03/affaire-snowden-the-guardian-ne-se-laissera-pas-intimider_3524830_3214.html

Le cinquième pouvoir: un film malhonnête sur WikiLeaks et Julian Assange

IRIB, 24 novembre 2013

Le Cinquième Pouvoir [titre original The Fifth Estate] est la deuxième sortie majeure cette année portant sur le sujet du site de lanceurs d’alertes WikiLeaks.

Capture d’écran de la vidéo "Collateral Murder"Ce film n’est pas une amélioration par rapport au premier, le dérisoire documentaire d’Alex Gibney, We Steal Secrets: The story of WikiLeaks. Ce n’est pas une mauvaise direction ou la faiblesse du jeu d’acteurs qui posent problème dans Le Cinquième Pouvoir. C’est plutôt que le scénario de ce film commandé et produit par DreamWorks et écrit par Josh Singer est basé sur deux livres très tendancieux, tous deux hostiles à WikiLeaks et à son fondateur, Julian Assange.

En s’appuyant sur des sources politiquement suspectes et erronées, le projet était irrémédiablement condamné à ne pas représenter la réalité. Même si le réalisateur et d’autres personnes impliquées dans le tournage du film Le Cinquième Pouvoir déclarent qu’il ne s’agit pas d’une attaque contre Assange, cela n’empêche pas qu’il s’agit d’une œuvre tendancieuse qui a adopté une orientation politique bien précise.

Une œuvre faisant un portrait honnête de WikiLeaks, cette organisation qui a des ennemis jurés aux plus hauts échelons de l’élite américaine, aurait les plus grandes difficultés à obtenir un financement suffisant et serait plutôt tuée dans l’oeuf. Les responsables du film Le Cinquième Pouvoir n’ont rencontré aucun de ces problèmes, le film a été financé à hauteur de 30 millions de dollars par DreamWorks et Disney en a assuré la distribution.

L’histoire est en grande partie racontée à travers les yeux de Daniel Domscheit-Berg, un ex-volontaire allemand de WikiLeaks qui a été suspendu de l’organisation en août 2010. Il a raconté son histoire dans Inside WikiLeaks : My Time with Julian Assange at the World’s Most Dangerous Website [article en anglais], livre publié en 2011 et applaudi dans les médias précisément parce qu’il s’acharnait contre Assange.

Les circonstances qui entourent l’exclusion de Domscheit-Berg de WikiLeaks sont remarquables pour dire le moins. Sa première action a été de saboter la plateforme qui permettait aux lanceurs d’alerte de contacter WikiLeaks, la rendant inutilisable, ce qui l’a fait fermer pour un long moment. Domscheit-Berg est également parti avec une quantité de documents non publiés qui, d’après WikiLeaks, «comprenaient des preuves que plus de 60 femmes et enfants avaient été massacrés en Afghanistan par des forces américaines.»

Domscheit-Berg a admis avoir détruit 3000 documents soumis par des lanceurs d’alertes concernant les activités de Bank of America. Peu après il a créé son propre projet «OpenLeaks», qui n’a jamais publié un seul document.

Domscheit-Berg a affirmé, comme le fait le film, qu’il a perdu ses illusions sur Assange en grande partie parce que ce dernier ne voulait pas travailler en équipe et était «imprudent» en ce qui concerne la protection des sources. Ces commentaires ne sont pas sincères. En réalité, son départ de WikiLeaks a coïncidé avec la chasse aux sorcières mondiale contre Assange qui a commencé à la mi-2010.

C’était après que WikiLeaks ait déjà rendu publique la vidéo «Meurtre collatéral», qui montre l’armée américaine en train de tuer des civils innocents en Irak depuis un hélicoptère, ainsi que les «fichiers de la guerre d’Afghanistan», sur les meurtres de civils et les autres violences des forces spéciales américaines et alliées. L’élite dirigeante était unie dans sa détermination à stopper WikiLeaks et son fondateur. C’était la base de l’invention d’accusations de violences sexuelles contre Assange, pour des motifs politiques, durant son voyage en août 2010.

Domscheit-Berg a été suspendu de WikiLeaks le 26 août 2010. Le 25 août, en suivant ses directives, des techniciens responsables de la maintenance du site Web avaient fermé son moteur de publication, et changé le mot de passe du système d’e-mails et du compte Twitter. Ces événements ont eu lieu quelques jours seulement après que deux femmes ont déposé plainte contre Assange en Suède le 20 août.

Domscheit-Berg a déclaré à Der Spiegel le 27 septembre 2010 que l’offensive judiciaire contre Assange était «une attaque personnelle contre lui, mais qu’elles [les accusations] n’ont rien à voir avec WikiLeaks directement.»

Domscheit-Berg était expressément hostile aux révélations par WikiLeaks des crimes commis par les États-Unis et d’autres grandes puissances impérialistes. Il a déclaré au Times le mois suivant, «L’objectif de la plateforme quand elle a commencée en 2006 était d’informer des gens intelligents et de leur fournir un socle de faits solides pour prendre des décisions intelligentes. Mais c’est devenu un problème dès que nous avons commencé à prendre parti.»

La deuxième source du film, WikiLeaks: Inside Julian Assange’s War on Secrecy [article en anglais], a été publié en février 2011 par le Guardian et écrit par les journalistes David Leigh et Luke Harding. Ce livre venait couronner la campagne du Guardian contre Assange qui a débuté en novembre 2010. Le quotidien britannique avait dans un premier temps passé un accord avec Assange pour l’aider à publier les communications diplomatiques secrètes.

Le soutien du Guardian à l’extradition d’Assange vers la Suède, et la description de ce dernier comme un égocentrique en ont rapidement fait la version «officielle» de l’histoire de WikiLeaks.

Assange n’a jamais été approché par quelqu’un de DreamWorks ni autorisé à présenter sa propre version des faits. Il a refusé une demande de l’acteur Benedict Cumberbatch de le rencontrer pour l’aider à incarner son personnage dans le film. Comme il l’a expliqué dans une longue lettre [en anglais] à Cumberbatch, «DreamWorks a construit toute sa production sur les deux livres les plus discrédités disponibles sur le marché […] Pour se justifier, on va affirmer que le film est une œuvre de fiction, mais ce n’est pas une fiction. C’est une vérité déformée sur des gens vivants qui se battent contre des adversaires titanesques. C’est une œuvre d’opportunisme politique, d’influence, de revanche, et surtout, de lâcheté.»

Cumberbatch a dit que la lettre d’Assange l’avait au moins forcé à réfléchir à sa participation au film. Il a déclaré, «je voulais faire un portrait en trois dimensions d’un homme bien plus diffamé dans la presse tabloïde qu’il ne l’est dans notre film.»

Un article paru dans Vogue notait qu’après avoir lu un des premiers scripts, «Cumberbatch a réalisé que certaines des craintes d’Assange étaient justifiées. “Sur une bonne partie de la direction d’acteurs, nous avons été en confrontation parce que Bill [Condon] semblait vouloir le présenter comme ce mégalomane antisocial.”»

L’histoire du film Le Cinquième Pouvoir manque de cohérence. Par moments, elle semble changer de sujet au gré de la bande-son qui est parfois assourdissante.

Les crimes de grande ampleur révélés par WikiLeaks semblent largement sans importance aux producteurs du film Le Cinquième Pouvoir. Il passe des activités actuelles d’Assange en divers endroits aux images d’un Assange solitaire dans son enfance. Une scène prétend de manière mensongère qu’il a fait partie d’un «culte» dans son enfance dans lequel «les enfants se teignaient les cheveux en blanc.»

Le contenu réel des révélations de WikiLeaks, en particulier à partir de «Meurtre collatéral», est traité brièvement et d’une manière désordonnée. Un certain nombre d’histoires mineures sont introduites, dans le but de prouver, faussement, que WikiLeaks mettait des vies en danger de manière inutile avec ses révélations.

Vers la fin du film, le personnage de Domscheit-Berg rencontre le journaliste Nick Davies du Guardian (David Thewlis), le lien original entre le journal et Assange.

Davies, consultant pour le film, pontifie sur les origines de la presse libre en Grande-Bretagne et la manière dont le «quatrième pouvoir» – les grands médias – a émergé au détriment de ceux qu’il a martyrisés. Il dit à Domscheit-Berg que «la révolution de l’information» lance un nouveau «cinquième pouvoir,» déterminé à «détruire son prédécesseur». C’est un plaidoyer pour un journalisme «responsable», c’est-à-dire politiquement compromis et favorable à l’élite dirigeante qui n’oublie pas de faire une mise en garde sur les dangereux individus du genre d’Assange qu’il faut mettre à l’écart.

«Daniel, vous et Julian nous avez donné un échantillon de ce que pourrait être le futur,» déclare Davies. C’est à vomir. Davies a beaucoup fait pour légitimer la campagne sans précédent pour «attrapper Assange» afin d’écraser WikiLeaks, avec son article calomnieux paru en décembre 2010 dans le Guardian, « 10 days in Sweden: the full allegations against Julian Assange.»

Assange s’est vu refuser ses droits fondamentaux durant plus de trois ans. Il a été contraint à demander l’asile à l’ambassade de l’Équateur à Londres. Sa vie et sa liberté sont toujours menacées par des ennemis immensément puissants. Il est la victime, celui que l’on persécute. Tout cela est simplement négligé. Condon a épuré les trois dernières années de son histoire de WikiLeaks. Tout ce qui suit la détention d’Assange en décembre 2010 à Londres est couvert en moins de cinq minutes, réduit à quelques intertitres, en alternance avec le personnage d’Assange s’exprimant depuis l’ambassade équatorienne. Le Cinquième Pouvoir est un projet malhonnête, et tous ceux qui y sont impliqués, artistiquement ou financièrement, devraient en avoir honte.

Robert Stevens

Source: http://french.irib.ir/info/item/293540-le-cinqui%C3%A8me-pouvoir-un-film-malhonn%C3%AAte-sur-wikileaks-et-julian-assange?

La NSA accusée d’espionner les pratiques pornographiques de prédicateurs musulmans

La NSA espionne les pratiques pornographiques des prédicateurs musulmansPhoto: Document de la NSA (source: HuffPost)

Films pornographiques, messageries coquines, sites de rencontres… Une enquête du Huffington Post accuse l’agence américaine d’espionner le comportement sur Internet de ses cibles pour pouvoir ensuite les discréditer publiquement.

France 24, le 27 novembre 2013

Par Anne-Diandra LOUARN (texte)

Malgré sa récente démission du quotidien britannique “The Guardian”, Glenn Greenwald a encore frappé. Dans un article pour le Huffington Post rédigé à six mains, le journaliste – auteur des articles à l’origine du scandale Prism de juin 2013 – révèle, mardi 26 novembre, de nouvelles informations préjudiciables sur l’Agence nationale de sécurité américaine (NSA).

Selon un document datant du 3 octobre 2012 que s’est procuré Glenn Greenwald via l’ex-consultant de la NSA, Edward Snowden, l’agence américaine a développé un programme de surveillance des pratiques sexuelles et pornographiques auxquelles plusieurs de ses cibles s’adonnent sur Internet.

Au nombre de six, lesdites cibles – des musulmans plus ou moins célèbres considérés comme influents – sont accusées de propagande djihadiste et de pousser à la radicalisation. Les données collectées par la NSA sur leurs habitudes en ligne visent à les “décrédibiliser” ainsi qu’à “nuire à leur réputation et à leur influence” auprès du public. Des informations particulièrement “compromettantes” ont d’ailleurs déjà été relevées pour deux des six concernés.

Discréditer les cibles plutôt que de les bombarder

À Washington, cette pratique ne semble pas déranger. “Cela ne devrait pas surprendre que le gouvernement américain use d’outils légaux pour empêcher les cibles terroristes de radicaliser les autres et de faire du mal à la Nation”, assure au Huffington Post Shawn Turner du bureau National Intelligence, organe de conseil au président.

Ancien de la NSA et proche du président Bush, Stewart Baker, pour sa part, va même jusqu’à légitimer ce genre de pratique. “Si des personnes essaient d’en embrigader d’autres dans le but de tuer des citoyens américains et que nous pouvons les discréditer, alors il vaut mieux le faire”, exprime-t-il, ajoutant qu’il était, selon lui, “plus juste et plus humain” de les décrédibiliser que de les bombarder directement.

Reste qu’à y regarder de plus près, aucune des six cibles dont il est question dans le document de la NSA n’a formellement été accusée de terrorisme et aucun lien direct avec des groupuscules djihadiste n’a pu être établi.

Tweet de Glenn Greenwald, un des auteurs de l’article du Huffington Post

https://twitter.com/ggreenwald/statuses/405682203163492352

Traduction du tweet:

« Deux faits essentiels à propos de l’article sur l’espionnage porno: 1/ Aucune des cibles n’est formellement accusée de terrorisme. 2/ Parmi les cibles, on compte une personne avec des liens aux États-Unis [citoyenneté américaine ou résident permanent, NDLR]. »

Une méthode déjà utilisée contre Martin Luther King

On ignore si les informations récoltées par les agents ont été utilisées contre les cibles mais ces nouvelles révélations ont provoqué une levée de boucliers du côté des associations de défense des libertés qui accusent la NSA d’abus sur des citoyens. “Où que vous vous trouviez, la NSA collecte des informations sur vos opinions politiques, votre santé, vos relations intimes et vos activités sur le Web […] même s’ils affirment qu’il n’y a pas d’abus dans l’exploitation des informations personnelles, ces documents prouvent que la NSA a sa propre définition du mot ‘abus’’’, dénonce Jameel Jaffer de l’American Civil Liberties Union.

Journaliste spécialiste de la NSA, James Bamford rappelle, quant à lui, que l’exploitation d’informations compromettantes a déjà conduit à de nombreux scandales par le passé aux États-Unis. “Cette opération de la NSA est similaire à celle menée par le FBI dans les années 1960 sous J. Edgar Hoover [l’emblématique directeur du FBI connu pour son obsession sur l’homosexualité, NDLR] contre de nombreuses personnalités politiques.” À l’époque, le chantage était légion pour le FBI qui n’hésitait pas à se servir des informations croustillantes récoltées par la NSA pour arriver à ses fins. Leaders politiques, journalistes d’influence et autres célèbres activistes comme Martin Luther King en ont fait les frais, rappelle le Huffington Post.

Autant de précédents qui laissent craindre, selon Jameel Jaffer, que l’exploitation de la vie intime à des fins dommageables a encore de beaux jours devant elle à Washington.

Source: http://www.france24.com/fr/20131127-nsa-accusee-espionner-pratiques-pornographiques-predicateurs-musulmans-internet-etats-unis-greenwald-snowden

La NSA espionne l’humanité, mais le terrorisme international est-il vraiment la cible?

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Dans ce gigantesque système de surveillance des communications personnelles, le plus irritant est la tyrannie, l’arrogance et le manque de retenue des agences américaines.

Mark Gordon, 7 novembre 2013

Les questions soulevées par la violation du droit des citoyens à la vie privée par les agences de renseignement américaines ont fait la une des journaux depuis le déclenchement de la  « guerre contre le terrorisme»  à la suite des attaques terroristes du 11 Septembre 2001.

Pendant les premières années de l’administration Bush, la polémique s’est focalisée sur l’écoute électronique sans mandat,  pratique de l’Agence nationale de sécurité (NSA) consistant à écouter des appels sur le téléphone intercontinental spécifique, sans l’autorisation de la Cour de surveillance du renseignement extérieur (FISC).

Mais l’agence s’étant développée (plus de 30 000 employés, des contrats avec quelque 500 sociétés privées) – de nouvelles inquiétudes sont apparues à propos de la collecte de masse de données personnelles des citoyens.
Et Barack Obama qui, à son arrivée au pouvoir avait promis de réduire les effectifs du renseignement, semble plutôt être devenu son principal instigateur.

En mai dernier, Edward Snowden, 29 ans,  analyste réseau américain chez  Booz Allen Hamilton – entrepreneur de la  NSA -–  a quitté son poste en emportant une mine de documents secrets du gouvernement, qu’il  a partagés avec Glenn Greenwald, journaliste américain du journal britannique The Guardian. Détracteur de longue date de la communauté du renseignement américain, Greenwald a commencé à publier des articles basés sur les informations contenues dans les documents de Snowden.

ll est vite devenu évident que ce que l’on pensait savoir ou qu’on imaginait sur les activités de la NSA (et leurs incidences sur le droit au respect de la vie privée) n’est rien comparé à la réalité. Les révélations de Snowden incluent des informations sur un programme américain de surveillance baptisé PRISM, dans lequel la NSA a collecté des données à caractère privé sur les utilisateurs via des serveurs de sociétés de réseaux comme Google, Facebook, Apple, AOL, Yahoo, et autres. Y compris les copies de chats et emails via des sociétés comme Skype et Hotmail.

L’agence a procédé à cette collecte grâce à l’installation de “séparateurs à fibre optique” sur les “backbones » d’information de ces sociétés, essentiellement en créant un miroir de tout ce qui est passé par ceux-ci.

Au printemps dernier, selon de nouvelles révélations,  la NSA a demandé et obtenu une ordonnance secrète de la  Cour de surveillance du renseignement extérieur (FISC) pour s’engager dans la collecte en vrac de «métadonnées» d’appels de millions d’utilisateurs de téléphones portables Verizon.
Les métadonnées d’appels téléphoniques comprennent les numéros de téléphone de la personne passant l’appel et du destinataire de l’appel, ainsi que tout autre information sur les parties impliquées. Des arrangements pour le partage de métadonnées similaires ont été signalés entre la NSA et d’autres entreprises de téléphonie cellulaire aux États-Unis, y compris ATT et Sprint.
Il s’avère que la NSA a effectivement payé ces entreprises des centaines de millions de dollars en échange du droit de passer au peigne fin leurs dossiers. Selon USA Today, l’espoir de la NSA était «de créer une vaste banque de données de tous les appels comme jamais auparavant » dans le pays.

L’argument de la NSA  est que ces données sont essentielles pour des enquêtes sur le terrorisme international. Des partisans de la liberté civile rétorquent que ce même modèle peut être appliqué à la vie privée de citoyens innocents, en particulier depuis que le gouvernement n’est pas obligé de détruire les données une fois qu’il les a analysées. Cela, disent-ils, est réalisé en flagrante violation de la vie privée.

À la mi- été, un autre programme de la NSA a vu le jour, celui-ci visant le contenu de divers types de communications. Baptisé XKeyscore, le programme permet de filtrer et d’analyser tous les courriels et autres. Selon  Greenwald du Guardian, XKeyscore permet à n’importe quel employé de la  NSA « d’avoir accès au contenu des courriels d’une personne, à l’historique des sites qu’elle a visités, à tous les appels téléphoniques, à l’historique de navigation, aux documents Microsoft Word. Et tout cela se fait sans avoir besoin d’aucune autorisation préalable d’un juge ou d’un supérieur ».

Selon d’autres révélations plus récentes, des millions de portables européens ont été placés  sur écoute au cours de la dernière décennie, notamment le portable de la chancelière allemande, Angela Merkel. Les appels téléphoniques de la chancelière auraient été enregistrés depuis au moins 2001, quand elle était une étoile montante du Parti démocrate-chrétien.
Le programme  prévoyait des surveillances téléphoniques d’une grande ampleur en France;  on constate que sur une période de trente jours, se terminant en décembre dernier, 70 millions d’enregistrements de données téléphoniques des citoyens français ont été effectués par la NSA.

La réaction sur le Continent a été rapide et prévisible. Merkel a affirmé que la confiance était rompue, et que « s’espionner entre amis n’est pas du tout acceptable ». En France, le président François Hollande a transmis à l’ambassadeur américain une plainte officielle. Les Allemands et les Français ont dit qu’ils appuieraient une nouvelle série d’accords internationaux visant à fixer des limites à l’espionnage américain de données.

Les catholiques ont dressé l’oreille quand un journal italien a rapporté que la NSA avait même surveillé les appels entrant et sortant de la Maison Sainte-Marthe, dans les jours et semaines précédant le conclave qui a abouti à l’élection du Pape François. Bien entendu, le cardinal Jorge Mario Bergoglio a séjourné à la  résidence Sainte-Marthe avant le conclave, aussi on peut supposer que même ses conversations auraient été écoutées.

La NSA  a fermement démenti le rapport de l’hebdomadaire italien Panorama, et pour sa part, le Vatican a refusé de prendre au sérieux l’affaire. “Nous n’avons aucune information à ce sujet et de toute façon nous n’avons aucune inquiétude« , a réagi le porte-parole du Vatican, le père Federico Lombardi.

La tension entre les droits individuels, y compris la vie privée, et la tendance du gouvernement à amplifier sans cesse sa collecte de données a longtemps été une caractéristique de la république américaine

Une chose est sûre, c’est que les gouvernements n’ont pas seulement le droit mais la responsabilité de recueillir des renseignements secrets, afin de défendre le corps politique contre ceux qui voudraient lui faire du mal. C’est très clairement le cas quand il s’agit de renseignement étranger.

Le mois dernier, Angela Merkel a bien tenté de faire valoir qu’on ne doit pas s’espionner entre amis. Elle a oublié, ce qui l’arrangeait, le truisme attribué à Lord Palmerston, à savoir que  « les pays n’ont pas d’amis, ils ont des intérêts ». La relation entre les deux nations, si étroite soit-elle, n’est tout simplement pas similaire à une véritable amitié entre deux personnes. Au mieux, ces relations, comme celle entre les États-Unis et l’Allemagne, sont des amitiés, des alliances d’utilité pratique dans la poursuite d’objectifs communs.

Certes, les gouvernements ont la responsabilité d’adopter un comportement éthique les uns envers les autres, et ils devraient toujours fonctionner conformément aux règles du droit international. Mais rien ne dit que l’espionnage américain sur Angela Merkel ait constitué une violation ni de l’éthique ni du droit.

Dans son témoignage donné devant le Congrès, James Clapper, directeur national du renseignement américain, a fait remarquer que « les intentions de leadership sont une sorte de principe de base de ce que nous collectons et analysons ». En effet, si le terme « renseignement étranger » signifie quelque chose, il signifie que, même la perspective de la NSA d’écouter des délibérations pré-conclave est prévisible.

Le Vatican est une cité-Etat indépendant, et le Successeur de Pierre détient un pouvoir normatif considérable. Par conséquent, en plus d’être une importante cérémonie religieuse, un conclave papal est un événement politique significatif. On s’attendrait à ce que des gouvernements, y compris les Etats-Unis, auraient intérêt à lire les augures papaux.

Ce qui est différent et dérangeant en ce qui concerne ​​les programmes NSA révélés par Edward Snowden, c’est le degré de contrôle exercé sur les données privées et personnelles des citoyens américains qui, à la différence des dirigeants étrangers, attendent de leur gouvernement qu’il agisse avec une retenue constitutionnelle…

Certains diront que les gens sont protégés par de bonnes intentions, même si les méthodes actuelles peuvent contourner certaines dispositions constitutionnelles. Mais l’histoire est truffée d’exemples de bonnes intentions transformées en tyrannie. En outre, les données effectivement collectées peuvent créer de nouvelles possibilités d’abus en étant à disposition des autorités gouvernementales. « Le mal qui est dans le monde,” écrivait Albert Camus, «  vient presque toujours de l’ignorance, et la bonne volonté peut faire autant de dégâts que la méchanceté, si elle n’est pas éclairée ».

D’autres prétendront que ces programmes sont justifiés  en raison de leur efficacité pour déraciner les complots terroristes. Laissant de côté la question de savoir s’ils ont réellement produit les résultats escomptés, il s’agit là d’un argument conséquentialiste classique : la fin justifie les moyens. Mais la loi et l’éthique existent précisément pour réguler ces moyens…

Benjamin Franklin aurait dit: « Ceux qui abandonneraient la liberté essentielle pour acheter une peu de sécurité provisoire ne méritent ni la liberté ni la sécurité »…

En fin de compte, ce que beaucoup trouvent si irritant dans la collecte en masse par la NSA  des données privée set personnelles des citoyens américains, c’ est le côté déréglé  de tout cela, l’orgueil démesuré et le manque de retenue

Ainsi, écrivez un mail à un ami au Pakistan, appelez votre sœur à Vancouver, ou publiez juste un statut  sur Facebook en incluant le mot “terrorisme”, et la  NSA s’intéressera à vous.

Dans les années 1970, le “United States Senate Select Committee” chargé d’étudier les opérations gouvernementales en matière d’activités de renseignement, présidé par le sénateur Frank Church, a mené des enquêtes et auditions qui ont mis en lumière l’histoire sordide de la CIA  de l’après-guerre.

Des changements importants ont été apportés dans la façon de travailler de la communauté du renseignement. Ces changements ont inclus l’adoption de la Loi sur la surveillance du renseignement étranger (FISA), qui a établi le FISC.

Quelque chose de semblable se prépare peut-être aujourd’hui avec, qui sait, la NSA  sur le banc des accusés. Nous pourrions avoir à réapprendre les leçons tirées du travail de la Commission Church (ndt: du nom du sénateur Church): à savoir que seules des protections clairement définies par la Constitution, le contrôle énergique et impartial par des organismes comptables de leurs actions devant le peuple, et le recrutement de professionnels sérieux possédant de solides valeurs éthiques peuvent prévenir les types d’abus de pouvoir que les révélations de Snowden laissent seulement soupçonner.

Traduit de l’anglais par Elisabeth de Lavigne

(NB de l’éditeur français: Deux remarques: 1°) on peut aussi trouver désagréable que des citoyens non-américains mais tout aussi innocents soient massivement espionnés ; 2°) l’espionnage économique et industriel, qui n’est certes pas une exclusivité américaine, occupe très probablement une place majeure dans ces écoutes.)