PRISM, Tempora: Les programmes de surveillance internet guettent la Tunisie

HuffPost Maghreb, 3 juillet 2013

Le 7 juin 2013, de nombreux détails des programmes de surveillance internet PRISM et Tempora, dirigés par l’américaine NSA (National Security Agency) et la britannique GCHQ (Government Communications Headquarters), sont portés au grand jour. A l’origine de ces révélations initialement publiées par le quotidien britannique The Guardian: Edward Snowden, ex-consultant pour la NSA et la CIA.

De quoi sont capables ces programmes de surveillance ?

Les allégations, fondées sur une série de documents classés top-secret et fournis par le jeune informaticien de 30 ans, concernent l’existence d’une back-door chez plusieurs géants de l’internet. Des multinationales comme Facebook, Microsoft ou encore Google auraient fourni un accès direct à leur système aux agences de sécurité gouvernementales.

Les gouvernements auraient ainsi accès, entre autre, au contenu de mails et de live chats, ainsi qu’aux conversations audiovisuelles via un accord avec Skype. Toujours, selon The Guardian, les multinationales mises en cause auraient, pour celles qui ont répondu, réfuté ces accusations.

Etant donné le caractère multinational de ces entreprises, de nombreux États craignent pour la protection des données privées de leurs consommateurs ainsi que celle de leurs institutions. La France a annoncé ne pas pouvoir « accepter ce comportement » qui doit cesser « immédiatement ». Un responsable européen a souligné une possible « rupture de confiance » au cas où les faits seraient avérés (AFP), tandis que The Guardian, révélait que l’Italie, la France ou encore la Grèce seraient parmi les 38 cibles privilégiées de la NSA.

La NSA défend les programmes de surveillance

Qu’en est-il de la Tunisie ?

Près d’un tiers des tunisiens sont utilisateurs de Facebook et nombre d’entre eux sont adeptes du service de boîte électronique de Google ou encore du logiciel de communication audiovisuelle Skype. Les risques constatés dans d’autres pays devraient donc également s’appliquer en Tunisie.

Selon le directeur de l’Agence tunisienne d’Internet (ATI), Moez Chakchouk, joint par le HuffPost Maghreb, les récentes révélations ne changent que peu l’état des choses, car les autorités « se doutaient probablement de l’existence de tels comportements » de la part des multinationales. Mais alors que la Commission nationale de l’informatique et des libertés française (CNIL) et son équivalente espagnol AEPD leur ont déjà promis des sanctions au cas où ces comportements persisteraient, le sujet reste étrangement absent des débats en Tunisie.

Moez Chakchouk admet que malgré « son nombre comparativement réduit d’internautes, la Tunisie, comme tout autre pays, est bien sûr concernée par ces révélations, surtout que l’usage des réseaux sociaux a atteint son apogée, notamment depuis la révolution et l’ouverture totale de l’Internet ». Mais il analyse également que les tunisiens « sont encore très sensibles au sujet de la censure du net » et ne se préoccupent donc pas de la protection de leurs données. Un débat en efface un autre.

Lors de la conférence 2013 de la Freedom Online Coalition (FOC), qui regroupe 21 pays et avait lieu à Tunis le 17 et 18 juin, les enjeux des libertés en ligne devaient être abordés sous tous leurs aspects. Mais les participants tunisiens « se sont peu intéressés pour les sujets de protection, et bien plus pour ceux de la censure », indique Moez Chakchouk. En revanche, un évènement annexe, hébergé par Nawaat, a été dédié exclusivement à une discussion autour de la surveillance internet, comme le rappelle Jillian C. York, directrice de l’EFF.

Même s’il identifie des risques non moins importants liés à la protection de données personnelles et à la garantie de la liberté d’expression sur internet, M. Chakchouk pense que les enjeux de ces révélations sont autre part.

« Moi aussi, je veux! »

Des « rapports de transparence » publiés par Google, Microsoft et bientôt Facebook font état de nombreuses demandes d’accès aux données personnelles de la part de plusieurs gouvernements. Pour le moment, « ces rapports ne mentionnent pas la Tunisie », précise Moez Chakchouk, « mais il y a là un véritable risque de contagion ». Ayant constaté l’accès privilégié offert aux américains par ces multinationales, il est en effet plausible que certains gouvernements songent alors à réclamer les mêmes privilèges. A titre personnel, il ne pense pas que « Google ou Facebook agiront dans ce sens, surtout dans les pays où il n’existe aucun garde-fou juridique pour garantir les droits de l’homme sur internet ». Quant à l’espionnage d’État tant craint par les grandes puissances, Moez Chakchouk ne croit pas que la Tunisie soit concernée, les « intérêts commerciaux y étant relativement faibles ».

Pour le directeur de l’ATI, il faut avant tout agir « à échelle internationale », notamment via l’adhésion à la convention 185 du Conseil de l’Europe sur la cybercriminalité mais aussi à la convention 108 relative à la protection des données personnelles. La Tunisie, en attendant, a d’autres priorités : « l’emploi, la croissance économique, la démocratie, etc… ». Et en ce but, « c’est dans le sens économique qu’il faut coopérer avec ces multinationales pour promouvoir l’innovation, avant de poser toute question liée à la sécurité nationale et les risques relatifs à l’usage d’internet ».

[…]

Source: http://www.huffpostmaghreb.com/2013/07/03/prism-tempora-surveillanc_n_3539309.html

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Tunisie: Pourquoi Marzouki collabore-t-il avec Google?

Tunisie Numérique, 24 septembre, 2013 à 14:56

Lundi 23 septembre, Moncef Marzouki a donné une conférence à New York sur la constitution tunisienne. Il était invité par Google Ideas, une filiale du géant de la communication Google, à exposer l’expérience tunisienne en matière de démocratie.

Pour relater la conférence, le communiqué de presse officiel de la présidence de la république, désigne Google Ideas sous le nom de « fondation ». Or il serait fallacieux de dire que Google Ideas est seulement une fondation ou une société. C’est surtout un think tank créée par Google, c’est à dire un cercle de réflexion politique affilié à Google ou plus clairement un lobby à travers lequel Google veut influer sur les politiques internationales.

Le dirigeant de Google Ideas, Jared Cohen, élu par le magazine Times comme l’une des 100 personnalités les plus influentes du monde, est un ancien conseiller de l’ex-secrétaire d’état de Geoges .W. Bush: Condoleezza Rice. Il est soupçonné par le biais de  révélations de messages Wikileaks de collaborer avec la maison blanche dans un travail à la fois politique et technologique de Google Ideas à travers le monde, pour manipuler certains soulèvements et renverser des régimes opposés aux États-Unis.

Officiellement Google Ideas va créer un nouveau portail qui recense les constitutions du monde entier afin de permettre la comparaison entre elles, dans le but d’aider notamment les pays en transition politique. D’après un article du Figaro, « présent aux côtés des représentants de Google, le président tunisien Moncef Marzouki s’est dit « fasciné » par l’initiative, qui sera « extrêmement utile » pour des pays comme le sien, qui ont du mal à se doter d’une constitution ou d’une loi électorale. »

Mais cette fascination béate devrait être plus nuancée.

Premièrement parce que la crise politique en Tunisie qui a débouché sur le blocage de la rédaction de la constitution, a été provoquée par les agissements de la Troïka et son refus de l’aide des experts en droit constitutionnel. Les experts de la commission de Venise avaient d’ailleurs signalé toutes les fautes et les incohérences du projet de constitution rédigé par des députés sur lesquelles domine une Troïka majoritaire.  La Troïka dont fait partie le parti du président Marzouki, a toujours été contre l’intervention d’experts dans la rédaction.

Deuxièmement, parce que cette initiative a l’air d’être une façade pseudo-démocratique de ce think tank pro-américain appelé Google Ideas. Julian Assange n’a-t-il pas dit dans un article publié au New York Times, très critique envers un livre coécrit par Jarred Cohen et le patron de Google Eric Schmidt: « l’avancée des technologies de l’information incarnée par Google porte en elle la mort de la vie privée de la plupart des gens et conduit le monde à l’autoritarisme ».

Alors les question qu’on peut se poser sont:   Moncef Marzouki a-t-il lu l’article en question de Julian Assange avant de déclarer sa fascination ? Sait-il, lui l’anti-impérialiste, que des preuves comme ceux d’Edward Snowden accusent Google d’avoir collaboré à une gigantesque entreprise d’espionnage montée par les États-Unis ? D’autant plus que Marzouki s’était laissé interviewer avec enthousiasme par Assange, en 2012. A cette occasion, notre président, surfant sans doute sur la notoriété du fondateur de Wikileaks, avait déclaré qu’il « admirait son travail » et qu’il l’invitait à d’installer en Tunisie en cas de problème.

Peut-être sait-il tout cela mais tend-il simplement à concrétiser son projet personnel d’une cour constitutionnelle internationale. Seulement un président d’une république a-t-il le droit de côtoyer et de collaborer avec les dirigeants d’une grande entreprise privée, même pour des buts nobles?

Quoi qu’il en soit, en collaborant avec « la fondation » de Jarred Cohen, Marzouki, le défenseur des droits de l’homme et des libertés individuelles, se contredit sur plusieurs plans: sur le plan idéologique et sur le plan politique. Cette contradiction connote soit une naïveté face aux enjeux profonds de certaines entreprises qui le dépassent soit un machiavélisme visant à internationaliser des projets personnels soit une implication dans des consignes parachevées par la récente rencontre avec Barack Obama.

Un communiqué de la présidence se doit de répondre à ces questions sans langue de bois.

Source: http://www.tunisienumerique.com/tunisie-pourquoi-marzouki-collabore-t-il-avec-google/193707

Entretien avec Gilbert Achcar sur le Printemps Arabe: “Toute la région est en ébullition”

Protestation au Maroc, en 2011

Il y a beaucoup de choses à discuter. Le Moyen-Orient fait la une que ce soit pour l’attaque contre Gaza ou la situation en Tunisie, la prise du pouvoir de Morsi en Egypte ou les menaces contre l’Iran, un grand nombre d’événements. Je commencerai par une question portant sur une appréciation générale du Printemps arabe, de ce que l’on a appelé le Printemps arabe, qui a commencé il y a deux ans, presque jour pour jour, le 17 décembre 2010 en Tunisie. Peux-tu nous indiquer des éléments d’une compréhension générale de ce que cela a signifié pour la région?

Gilbert Achcar: Le commentaire le plus général que je puisse faire est que, pour la première fois dans l’histoire de la région, les choses sont vraiment en train de bouger et de changer, et cela à un rythme très rapide de surcroît, de sorte que la région est entrée dans ce que j’appelle un processus révolutionnaire à long terme. Il s’agit là d’un changement énorme dans l’histoire de la région. Des blocages de toutes sortes sont en train d’exploser. Je pense que cette situation se maintiendra pour de nombreuses années à venir.

Tu mentionnes des blocages, songes-tu en partie à l’existence des régimes dictatoriaux sclérosés et vieillissants? Le premier serait la Tunisie. Peux-tu nous dire quelque chose à ce sujet ainsi que sur la situation présente dans ce pays?

Gilbert Achcar: Oui, mais je dois dire qu’il s’agit de bien plus que des seuls régimes dictatoriaux. Bien entendu, ceux-ci constituent la partie la plus visible du blocage, celle qui a été le plus directement touchée par les soulèvements dans les pays où ils ont obtenu des victoires jusqu’ici. Mais il ne s’agit que d’une partie seulement d’un blocage plus général qui comprend un blocage économique. La région reste à la traîne par rapport au reste du monde en termes de croissance économique et, plus généralement, de développement, malgré le fait qu’elle est dotée de ressources naturelles très importantes. Elle détient le record mondial des taux de chômage et cela depuis des décennies. Nous sommes ainsi en présence d’un blocage social, sans même parler du blocage très évident lié à la condition des femmes. Il y a donc tout un ensemble de blocages et je n’en ai mentionné jusqu’ici que quelques-uns, les plus frappants. Tout cela est en train d’éclater en une gigantesque explosion qui a débuté en Tunisie.

Tout a commencé en Tunisie le 17 décembre 2010. C’est la date à laquelle Mohamed Bouazizi s’est immolé par le feu, mettant ainsi le feu à l’ensemble du pays, puis à toute la région.

Le fait que cela ait commencé en Tunisie est lié aux luttes qui se sont déroulées dans ce pays au cours des années 2000, luttes qui sont elles-mêmes liées à l’existence d’une importante tradition de gauche, principalement active dans la centrale syndicale du pays, l’UGTT [Union générale tunisienne du travail]. C’est cette situation spécifique qui explique pourquoi c’est dans ce pays avant les autres que l’explosion a eu lieu, mais cela ne signifie pas que les conditions étaient plus mûres en Tunisie que partout ailleurs, comme l’atteste le fait que l’explosion en Tunisie a déclenché une série d’autres dans différents pays. Il n’y a presque aucun pays de langue arabe qui n’a pas été touché par le soulèvement, de la Mauritanie et du Maroc à l’ouest de la région jusqu’à la Syrie et l’Irak à l’est.

Carte du Printemps ArabeIl est apparu, à un certain moment, sans doute en raison des résultats électoraux en Egypte et, auparavant, en Tunisie, que les vainqueurs immédiats du Printemps arabe ont été des organisations islamistes telles que les Frères Musulmans en Egypte. Peux-tu dire quelque chose à ce sujet, tout d’abord par rapport à la Tunisie et, ensuite, à propos de l’Egypte?

Gilbert Achcar: Oui. C’était tout à fait prévisible. La prévision la mieux partagée au sujet de la région était qu’il y aurait ou qu’il y aura des explosions sociales, des explosions politiques: en lisant les rapports des ambassades des Etats-Unis dans la région, rendus publics par Wikileaks, on peut voir que les Etats-Unis eux-mêmes ne se faisaient pas beaucoup d’illusions. On savait à quel point la situation était tendue et dangereuse. En rapport avec cela, la prévision la plus commune était que ces explosions propulseraient le mouvement intégriste islamique au-devant de la scène à une époque où – vu depuis Washington – cela était considéré comme une menace pour les intérêts américains. Mais une fois que le soulèvement a commencé, il y a eu tendance à prendre des désirs pour des réalités et croire que, par quelque miracle, de nouvelles forces émergentes seraient capables de diriger et conduire l’ensemble du processus, en poussant les forces islamiques à l’arrière-plan.

Il est vrai que de nouvelles forces ont émergé, en particulier parmi la nouvelle génération, parmi les jeunes. Il est vrai que de nouveaux réseaux de jeunes, utilisant toutes les ressources fournies par l’Internet, ont joué un rôle clé en façonnant, organisant et coordonnant tous ces soulèvements; il n’y a pas de doute à ce sujet. Mais avec des insurrections appelant à des élections libres – une revendication normale pour un peuple assoiffé de démocratie, comme c’est le cas – il était toutefois évident que des élections à court terme seraient remportées par ceux qui ont les moyens de les gagner. On ne peut gagner des élections par le seul moyen de l’Internet, comme vous le savez bien aux Etats-Unis. Il faut des appareils politiques, de l’argent, des organisations implantées à la base, là où se trouvent les masses d’électeurs, comme dans les régions rurales, etc. Cela ne peut pas s’inventer ou s’improviser en quelques semaines. Et c’est pourquoi il était tout à fait prévisible que les forces intégristes islamiques, en particulier les Frères musulmans avec leurs diverses branches et organisations, remporteraient les élections. Ces forces disposaient d’un potentiel accumulé au cours de nombreuses années consacrées à la construction de réseaux, en particulier dans des pays comme l’Egypte où ils pouvaient agir ouvertement. Ce n’était pas le cas en Tunisie, mais cela a été compensé par le fait que ces forces bénéficiaient de la manne des pays pétroliers et de l’impact de la télévision. Plusieurs chaînes de télévision dans la région servent ces types de groupes, que ce soit au travers de programmes religieux – il y a de nombreuses chaînes religieuses –  ou par le biais du rôle politique spécifique joué par la principale chaîne satellitaire de la région qui est Al Jazeera. Al Jazeera agit de façon tout à fait manifeste pour le compte des Frères Musulmans, lesquels ont une présence notable dans son équipe de journalistes et sont sponsorisés par le gouvernement du Qatar, qui possède et gère Al Jazeera. Ils disposaient donc de ces ressources cruciales, ainsi que, bien entendu, de beaucoup d’argent en provenance des monarchies du Golfe.

Il était tout à fait prévisible que les Frères Musulmans obtiendraient la plus grande part des votes, ce n’était donc pas une surprise. Les gens qui prennent facilement leurs désirs pour des réalités ont réagi à ces élections en abandonnant les visions idylliques auxquelles ils avaient adhéré pour adopter une vision très sombre de la situation, avec des commentaires du type «le printemps se transforme en hiver». Le plus surprenant, en vérité, a été la faiblesse des victoires électorales des forces religieuses. Le cas le plus frappant est, bien sûr, l’Egypte, où l’on a pu voir combien la chute de l’influence et des scores électoraux des Frères Musulmans a été rapide. Il n’y a qu’à considérer le nombre de votes dont les Frères Musulmans ont bénéficié aux élections parlementaires puis à l’élection présidentielle, au premier tour de la présidentielle, et enfin au référendum sur la Constitution: il est évident qu’ils perdent de l’influence à très grande vitesse. Ils perdent du terrain, et c’est cela qui est le plus surprenant.

On peut dire la même chose à propos de la Tunisie, malgré le problème des divisions au sein de la gauche – laquelle était ridiculement fractionnée en un nombre incroyable de groupes et d’organisations: des douzaines de listes de la gauche et de la gauche radicale se sont affrontées lors des élections dans la capitale. Si l’on additionne les voix portées sur les diverses listes de gauche, on obtient un résultat qui se serait traduit par un nombre important de sièges au parlement, si les votes avaient été combinés. En dépit de tout cela, les Frères Musulmans tunisiens du mouvement Ennahda ont obtenu 40% des votes avec une participation électorale inférieure à la moitié, ce qui signifie en fait qu’ils ont obtenu 20% des votes des inscrits. Il ne s’agit pas précisément d’un raz-de-marée. La Tunisie a connu, depuis lors, une détérioration des conditions sociales et la coalition qui a accédé au pouvoir, menée par la force islamique dominante, a perdu du terrain. Elle est de plus en plus discréditée à cause de son incapacité à apporter un quelconque début de solution aux problèmes réels auxquels le pays fait face, à savoir ceux que j’ai déjà mentionnés : chômage, problèmes économiques, problèmes sociaux, etc.

Nous avons assisté aussi bien en Tunisie qu’en Egypte à une montée des luttes sociales, des luttes des travailleuses et des travailleurs, avec des affrontements croissants entre ces luttes sociales et les gouvernements dominés par les Frères Musulmans dans les deux pays.

Ce phénomène a atteint des niveaux dramatiques en Tunisie avec un affrontement entre l’UGTT et le gouvernement qui est devenu violent. Le pays se dirige vers de nouvelles élections mais, avant même ce nouveau tour électoral, les affrontements sociaux et politiques font rage, de sorte que la situation d’ensemble a atteint le point d’ébullition. Tout change à très grande vitesse. Tant la tendance à prendre ses désirs pour des réalités au début que les commentaires catastrophistes par la suite sont impressionnistes et erronés. La réalité est que nous faisons face à un bouleversement révolutionnaire à long terme, un processus révolutionnaire au long cours qui a débuté en décembre 2010 et va se poursuivre tant dans les deux pays qui ont vu le soulèvement aboutir à de premières victoires que dans ceux qui n’ont pas encore été affectés à un niveau majeur. Toute la région est en ébullition.

Que s’est-il passé avec l’appel de l’UGTT pour une grève générale, début décembre? Je crois qu’il a été annulé?

Gilbert Achcar: En effet, il a été annulé à la suite d’un compromis. Dans le fond, la direction de l’UGTT a craint que la confrontation tourne mal parce qu’il n’y a eu qu’un seul appel précédent à la grève générale dans le pays, en 1978, qui a mené à un affrontement très dur. Il y avait donc quelques craintes vis-à-vis de ce qui pouvait se produire. C’est pourquoi ils ont accepté de se replier sur un compromis avec lequel aucune des deux parties n’a perdu la face. Mais l’avertissement a toutefois été émis et l’UGTT n’a pas mâché ses mots dans ses attaques contre le gouvernement, dans ses critiques de la manière dont ils se comportent au pouvoir. Elle continue d’exiger la dissolution des milices contrôlées par le parti islamique. Les Frères Musulmans, tant en Egypte qu’en Tunisie, se sont montrés plus efficaces même que Moubarak dans le recours à ce type d’organisation de casseurs.

Voilà donc comment la situation se présente. La perspective en Tunisie est très intéressante parce que c’est le seul pays de la région dans lequel un mouvement organisé de travailleurs dirige réellement le processus. Il se trouvait déjà à la tête du soulèvement de décembre 2010/janvier 2011. Ben Ali a fui le pays le jour où la grève générale a touché la capitale, le 14 janvier 2010. Ce sont les syndicalistes qui ont dirigé la lutte, de Sidi Bouzid, la ville où tout a débuté après le suicide de Bouazizi, jusqu’au jour où le soulèvement a culminé dans la capitale. Les militants syndicaux de base et cadres intermédiaires ont été la direction véritable de la lutte. Toutefois, après la chute de la dictature, il y a eu à la direction de l’UGTT un changement qui a placé la gauche, y compris la gauche radicale, à la barre. La gauche tunisienne a finalement tiré les leçons de son expérience récente et est parvenue à s’unifier dans ce qu’ils ont appelé Front populaire. Le fait que cette coalition des forces de gauche soit dominante au sein de l’UGTT est extrêmement important: cela place la Tunisie à un stade de la lutte plus avancé que dans n’importe quel autre pays de la région.

Si nous pouvons passer de la Tunisie à l’Egypte où, depuis l’élection de Morsi comme président l’été dernier, il y a eu une tentative d’unifier l’opposition contre les Frères Musulmans. Peux-tu nous dire quelque chose au sujet des forces de gauche depuis la révolution?

Gilbert Achcar: Oui, mais il y a une différence majeure entre l’Egypte et la Tunisie. Elle tient dans le fait que le rôle de la gauche en Tunisie est beaucoup plus important parce que la gauche y a été très active, pour une durée beaucoup plus longue, plusieurs décennies, au sein du mouvement syndical, dans la fédération syndicale, l’UGTT. Et cela même si, la plupart du temps, la direction bureaucratique du syndicat a été sous le contrôle ou l’influence du gouvernement. La gauche est constamment restée très active dans les sections syndicales locales; les militants syndicaux les plus connus appartiennent à la gauche.

Une telle situation n’existe malheureusement pas dans d’autres pays de la région, et cela comprend l’Egypte. En Egypte, l’opposition s’est organisée en une coalition de la gauche et des forces libérales, y compris certains restes de l’ancien régime. Bien sûr, cela pourrait se produire en Tunisie aussi dans la mesure où certains à gauche ou dans le syndicat pourraient être tentés par une alliance avec des restes de l’ancien régime dans la confrontation avec les Frères Musulmans, les forces intégristes islamiques. C’est déjà le cas, cependant, en Egypte, où Amr Moussa fait partie de la coalition. Moussa, il faut dire, représente la fraction libérale de l’ancien régime. Il n’est pas comme Ahmed Chafik, l’ancien candidat présidentiel, qui était perçu comme le représentant officiel de la continuité du régime Moubarak. Moussa, en fait, s’est porté candidat contre Ahmed Chafik à l’élection présidentielle. Ce que nous voyons en Egypte est donc une coalition gauche-libéraux. Dans la mesure où il s’agit d’un front uni autour de revendications démocratiques, l’alliance peut être perçue comme légitime. Le problème, toutefois, est qu’elle va bien au-delà de cela, en se transformant en alliance électorale.

La gauche large elle-même est surtout représentée par Hamdin Sabahi, le candidat qui a surpris tout le monde lors du premier tour de la présidentielle en arrivant en troisième position et en emportant même l’élection au Caire et à Alexandrie, les deux plus importantes concentrations urbaines. Ce fut une très grande surprise. Sabahi est parvenu à représenter ceux qui cherchent une alternative de gauche tant à l’ancien régime qu’aux forces islamiques. Il a fondé après les élections le Courant populaire, que la plupart des groupes de la gauche radicale ont rejoint. Le Courant populaire a, malheureusement, été éclipsé à présent par la coalition large plutôt que de développer le potentiel de gauche réuni autour de Sabahi lors du premier tour des présidentielles.

Protestation au MarocEn Egypte, l’affrontement avec le régime dirigé par les Frères Musulmans pose la question du rôle de l’armée. Pourrais-tu nous faire part de tes réflexions à ce sujet? C’est-à-dire autant sur le rapport des forces que sur les développements probables au regard des problèmes économiques et politiques non résolus et un régime qui perd son soutien électoral ainsi que, en quelque sorte, sa légitimité électorale et politique?

Gilbert Achcar: La rapidité avec laquelle Morsi perd du terrain et sa légitimité sont la véritable surprise. J’ai toujours estimé – et je ne suis pas le seul à l’avoir pensé – que les gens avaient besoin de passer par une expérience avec ces types au pouvoir de façon à comprendre ce qu’ils sont réellement et cessent d’être dupes de slogans creux tels que «l’islam est la solution», qui masquent l’absence de programmes alternatifs concrets. Mais cela se passe encore plus rapidement que prévu.

Une raison en est la façon très maladroite dont les Frères musulmans font face à la situation. Ils ont fait preuve de beaucoup d’arrogance, croyant qu’avec l’aide de Dieu leur jour était arrivé et qu’ils avaient les choses fermement en main. C’est là une très grande myopie politique. S’ils avaient été plus intelligents, ils auraient compris que c’était en réalité contraire à leurs intérêts de gouverner à ce stade. Quiconque essaye de diriger le pays avec le type de programme qu’ils ont – qui n’est rien d’autre que la poursuite du programme du régime précédent – est condamné à un échec cuisant. L’événement le plus significatif qui s’est déroulé dernièrement en Egypte a été le moment où Morsi a signé l’accord avec le FMI. Il a signé un accord qui comprend des conditionnalités considérées comme fondamentales par tous les bailleurs de fonds potentiels de l’Egypte. Ils ont signé l’accord parce qu’il correspond à leurs propres vues néolibérales, bien entendu, lesquelles ne sont pas différentes de celles de l’ancien régime. La signature de l’accord est intervenue au plus mauvais moment. Alors même que les Frères Musulmans commençaient leur affrontement avec l’opposition, le gouvernement Morsi a décidé d’augmenter les prix des aliments de base et de modifier le système des impôts d’une façon qui n’affecte pas les plus riches. Cela a suscité un tel tollé que Morsi a dû annuler ces mesures quelques jours plus tard – sur sa page Facebook! C’est devenu une blague. Cela montre à quel point ces types n’ont pas la moindre idée quant à une solution réelle aux problèmes sociaux et économiques profonds du pays.

J’en viens maintenant à l’armée. Il y a eu beaucoup d’agitation autour du «coup d’Etat révolutionnaire» qu’aurait été l’écartement par Morsi de Tantaoui et de son adjoint à la tête du Conseil suprême des forces armées, le CSFA. Le fait est toutefois que cela a été fait en plein accord avec la hiérarchie militaire, qui tenait vraiment à se débarrasser de ces types qui se trouvaient en poste uniquement parce qu’ils avaient été imposés par Moubarak contre la volonté des militaires. Il n’a qu’à voir l’âge de Tantaoui, bien supérieur à la limite d’âge pour un poste dans l’armée. Nous savons, sur la base des rapports diplomatiques américains publiés par Wikileaks, que les officiers appelaient Tantaoui le «caniche de Moubarak». Le fait de l’envoyer à la retraite n’avait donc absolument rien de «révolutionnaire». Les deux officiers ont reçu des médailles et obtenu de généreuses sinécures, ainsi qu’une immunité les dispensant de rendre compte de ce qu’ils ont fait lorsqu’ils étaient à la tête du CSFA. La conviction selon laquelle la position de l’armée a été affaiblie est donc bien erronée.

Pensons à ce que s’est produit récemment lorsque l’affrontement entre Morsi et l’opposition a paru culminer. Le nouveau chef de l’armée a pris l’initiative de se présenter ouvertement comme arbitre de la situation et a appelé à une conférence qui aurait réuni, d’un côté, le président et le gouvernement et, de l’autre, l’opposition. Avant cela l’armée avait fait des commentaires qui sont la réplique exacte de ceux qu’elle avait faits lors de l’insurrection contre Moubarak en disant qu’ils ne réprimeraient pas le peuple. Le message était le suivant: «Nous n’avons pas accepté d’être utilisé politiquement par Moubarak et nous n’accepterons pas de l’être par Morsi.» L’armée joue donc ce jeu. On peut supposer que Washington lui conseille instamment de rester en dehors de la querelle, de se maintenir en position d’arbitre de sorte à ce qu’elle puisse jouer le rôle des «sauveurs» si la situation en venait à dégénérer complètement, avec la répétition de la séquence traditionnelle révolution, chaos, coup d’Etat. Le peuple égyptien est toutefois, à ce stade en tout cas, trop critique envers l’armée pour que quelque chose de ce type se produise à brève échéance. Mais personne ne peut prédire ce qui se passera à long terme.

Avant de te poser une question sur la Syrie, je voudrais juste te demander quel rôle est joué par la question des Palestiniens et de Gaza dans cette situation? La façon dont Morsi a aidé à la négociation d’un accord a été interprétée comme un bon coup pour lui. Le magazine Time, comme tu le sais, a baptisé Morsi l’homme le plus important du Moyen-Orient avant de le critiquer une semaine plus tard. L’ensemble de la question d’Israël et des Palestiniens occupe une place plus importante dans ce tableau. Peux-tu nous dire quelque chose à ce sujet?

Gilbert Achcar: Cette question porte en effet sur un point important. J’ai mentionné la morgue et l’arrogance des Frères Musulmans. Or, un élément clé qui explique leur attitude est le soutien dont ils disposent de la part de Washington. C’est un élément central dans leur conviction qu’ils sont aux commandes, qu’ils peuvent diriger. Washington a été en fait pris de court par le soulèvement à un moment où les Etats-Unis se trouvaient – et demeurent – à leur point le plus bas depuis l’apogée de leur influence en 1991, sous Bush père, lorsqu’un demi-million de soldats états-uniens furent déployés dans le Golfe lors de la première guerre dirigée par les Etats-Unis contre l’Irak. A cette époque, cet apogée de l’hégémonie des Etats-Unis a également conduit au soi-disant processus de paix entre Israël et les Etats arabes, puis à l’accord d’Oslo de 1993. Tout cela se trouve désormais derrière nous. Le facteur principal dans ce résultat est la politique menée par l’administration de George W. Bush et la catastrophe majeure pour l’Empire américain en général, pour l’impérialisme des Etats-Unis, que l’occupation de l’Irak s’est avérée être. Elle a tourné au désastre. Les forces armées des Etats-Unis ont dû se retirer d’Irak sans avoir atteint ne serait-ce qu’un seul des objectifs fondamentaux qu’ils s’étaient fixés en occupant le pays. Ils ont dû le quitter sans même y maintenir une seule base, rien, sans même exercer un contrôle sur le gouvernement, qui est bien plus sous l’influence de l’Iran. La première chose que le gouvernement irakien a faite à la suite du départ des troupes américaines a été de négocier un accord d’armement avec nulle autre que la Russie. L’Irak a été un désastre pour les Etats-Unis.

Ils se trouvent donc vraiment dans une position de grande faiblesse. Les Etats-Unis se sentent bien faibles dans la région et sont restés au deuxième rang lors des opérations de l’OTAN en Libye, gardant profil bas, contrairement à n’importe quelle opération précédente, qu’elle ait été menée par l’OTAN (comme au Kosovo ou en Afghanistan) ou non (comme en Irak). On peut constater très clairement l’impuissance de Washington dans le cas de la Syrie. Dans cette situation, la seule force sur laquelle ils pouvaient miser est constituée par les Frères Musulmans.

C’est l’émir du Qatar, en vertu de sa position de principal sponsor des Frères Musulmans depuis le milieu des années 1990, qui a arrangé l’entente. Washington en est venu à miser sur les Frères Musulmans parce qu’il a perdu ses alliés habituels tels que Moubarak et Ben Ali. Comme nous entrons dans une nouvelle phase dans l’histoire de la région, Washington a besoin désormais d’une force disposant d’une réelle base populaire. La seule force disponible qu’ils ont trouvée est celle des Frères Musulmans, envers lesquels ils sont d’autant mieux disposés qu’ils ont avec eux une longue histoire de collaboration. Au cours des années 1950, 60 et 80 et jusqu’aux années 1990, les Frères Musulmans étaient alignés en fait sur les Etats-Unis, en particulier durant les années 1950 et 1960, lorsqu’ils étaient vus dans l’ensemble de la région comme des collaborateurs de la CIA. C’est le rôle qu’ils ont joué en réalité, travaillant contre le président égyptien Nasser ainsi que contre l’influence soviétique en étroite collaboration avec la CIA, avec les Etats-Unis ainsi qu’avec le royaume saoudien. Ils étaient alors sponsorisés par les Saoudiens avant qu’ils ne passent au Qatar au cours des années 1990.

Washington mise donc à nouveau sur eux. Le rôle joué par Morsi dans l’épisode de Gaza n’est en fait que la poursuite du rôle que jouait le régime Moubarak par le passé avec toutefois une efficacité plus grande du fait que le Hamas constitue la branche palestinienne des Frères Musulmans. Ils disposent donc d’une plus grande influence sur le Hamas et ont pu, par conséquent, négocier cet accord et obtenir les félicitations des Etats-Unis. Washington mise sur ces types, que cela soit en Tunisie, en Egypte ou à l’avenir en Syrie, lorsque le régime tombera. Il n’y a pas un pays de la région dans lequel les Frères Musulmans ne sont pas présents et ne jouent un rôle important. C’est pour cela que Washington mise sur eux et s’est montré extrêmement réservé dans ses commentaires sur ce qui se passe en Egypte. L’administration Obama s’est montrée en fait plus dure dans ces critiques contre Moubarak que dans celles qu’elle adresse aux Frères Musulmans.

Peux-tu dire quelque chose au sujet de la Syrie? En ce moment précis l’ensemble du processus est incroyablement difficile et violent du côté du gouvernement et il n’existe pas d’unanimité au sein de l’opposition, ni même au sein de la gauche opposée au régime dans la mesure où des segments de la gauche semblent soutenir le régime. Peux-tu commenter les développements en Syrie?

Gilbert Achcar: La Syrie ne fait pas exception par rapport à l’ensemble des soulèvements de la région en ce sens que nous nous trouvons face à un régime dictatorial, en réalité l’un des plus despotiques de la région (aux côtés de la Libye de Kadhafi et du Royaume saoudien). D’autre part, il s’agit d’un pays dans lequel la crise socio-économique a été très profonde, avec un taux de chômage très élevé, un taux de pauvreté s’élevant à 30%, et, en outre, une famille régnante concentrant le pouvoir et la richesse à un degré incroyable. Le cousin du président syrien contrôle 60% de l’économie du pays. Sa richesse personnelle est estimée à 6 milliards de dollars. Les ingrédients d’un cocktail explosif étaient réunis. Et il a explosé.

A gauche, il y a les communistes qui participent au gouvernement syrien. C’est une tradition qui existe depuis le temps de l’Union soviétique, qui entretenait des relations étroites avec le régime syrien – des relations qui se sont poursuivies avec la Russie de Poutine. La majorité de la gauche, pour ne pas dire toute la gauche au sens vrai du terme, est contre le régime. Le parti de gauche le plus important est représenté au sein du Conseil national syrien: il s’agit de l’aile dissidente des communistes, qui a scissionné dans les années 1970 et s’est opposée à la collaboration avec le régime.

Croire que le régime syrien est «de gauche» ou, pire, qu’Assad est « un socialiste, un humaniste et un pacifiste », ainsi que Chavez l’a déclaré de manière si embarrassante, est au mieux de l’ignorance. Quiconque se réclame de la gauche ne devrait pas avoir la moindre hésitation à soutenir complètement le peuple syrien dans sa lutte contre cette dictature brutale, exploiteuse et corrompue. Au-delà de cela, en Syrie comme dans n’importe quel pays de la région, on trouve parmi les forces qui luttent contre le régime des intégristes islamiques. C’était le cas aussi bien en Tunisie qu’en Egypte. Cela ne doit pas être pris comme prétexte pour dénigrer l’ensemble du soulèvement. En Syrie, comme partout ailleurs, la gauche doit soutenir sans hésitation le mouvement populaire contre la dictature et, ce faisant, encore plus lorsque les dictatures sont renversées, elle doit soutenir les forces les plus progressistes au sein du mouvement, en suivant ce processus de radicalisation au sein même de la révolution que Marx a nommé « révolution permanente ». (Traduction A l’Encontre, révisée par G. Achcar; entretien initial publié dans International Socialist Review, revue de l’ISO, Etats-Unis, entretien effectué en décembre 2012)

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Gilbert AchcarGilbert Achcar est professeur au SOAS-Université de Londres. Dans les jours qui viennent va paraître son dernier ouvrage, aux éditions Acte Sud, Sinbad, intitulé : « Le peuple veut. Une exploration radicale du soulèvement arabe. » Il est présenté ainsi: «La première étude de fond sur les soulèvements populaires dans le monde arabe, inaugurés par la révolution tunisienne en décembre 2010. L’auteur analyse les conditions économiques, sociales, politiques et idéologiques qui expliquent ces soulèvements et qui ont déterminé les formes particulières qu’ils ont revêtues dans chaque pays.»

Source: http://alencontre.org/laune/toute-la-region-est-en-ebullition.html

Images: http://commons.wikimedia.org/wiki/File:2011_Moroccan_protests_1.jpg
commons.wikimedia.org/wiki/File:2011_Moroccan_protests_2.jpg
commons.wikimedia.org/wiki/File:Arab_Spring_map_new_version_2.png

Les relations entre les USA et les islamistes tunisiens remontent à 2004

Publié le 25 décembre 2012 sur tunisie-secret.com

Tunisie: On ne remerciera jamais Wikileaks. Dans les documents suivants, on découvre la servilité des Nahdaoui à l’égard des Américains et la naïveté de ces derniers à l’égard des islamistes. C’est sous la présidence de George W.Bush, le criminel de guerre en Irak, que les relations de maître à esclave entre certains hauts dirigeants d’Ennahda et les Services de l’ambassade américaine en Tunisie se sont renforcées. Mais elles existaient depuis le début des années 80, lorsque les Américains ont décidé d’écarter Bourguiba et de placer leurs pions islamistes, aussi bien en Tunisie qu’en Algérie. Ils ont raté leur coup en 1987, mais pas en janvier 2011. Ce qui est étonnant dans ces documents, c’est que Ben Ali était au courant des tractations islamo-impérialistes, mais il laissait faire. Pourquoi n’a-t-il pas réagi ? Pourquoi n’a-t-il pas remis en prison ces traîtres ? Pourquoi a-t-il manqué de fermeté ? Autant de questions auxquelles il va falloir un jour répondre. A la lecture de ces documents de Wikileaks, on comprend que, ce n’est pas parce qu’ils sont majoritaires ou populaires que les islamistes sont arrivés au pouvoir, mais parce qu’ils ont vendu leur âme à l’Oncle Sam. Merci aux USA d’avoir imposé ces obscurantistes à un peuple qui voulait la démocratie.
Explosif : les relations entre les Américains et les islamistes tunisiens remontent à 2004

Des documents émanant de l’ambassade américaine à Tunis et faisant partie des récents documents qui ont filtré et ont été révélés récemment par Wikileaks attestent des très bonnes relations entre les membres du parti islamiste tunisien Ennahda et la mission diplomatique américaine à Tunis du temps du président déchu Ben Ali. Echange de visites entre les deux parties et insistance des dirigeants d’Ennahda sur le fait qu’ils représentent l’islam modéré, ce qui est à leur avis la solution pour la démocratie dans la région et précisément en Tunisie. Mais il semble qu’il y a une grande différence entre ce que déclarent (pour la consommation locale) les Nahdaouis à propos de la politique des Etats-Unis et ce que révèlent ces documents à propos de leurs cordiales relations avec eux. Le fait est que de nombreux sympathisants de ce parti écrivent sur de nombreux sites internet que le pouvoir du président déchu Ben Ali les pourchassait et les réprimait pour satisfaire à la demande des Etats-Unis qui ne veulent pas qu’ils accèdent au pouvoir bien qu’ils représentent « l’Islam modéré qui va réaliser la Justice, l’Egalité et la Démocratie ». Or, une série de télégrammes de l’ambassade américaine à Tunis démontre que les relations entre le parti islamiste et l’ambassade américaine étaient très étroites.

Selon ces documents, l’intérêt américain pour les faits et gestes des islamistes était permanent et les fonctionnaires de l’ambassade ne rataient jamais une occasion pour demander à leurs hôtes tunisiens des informations sur les activistes islamistes sur la scène politique ainsi que sur leur force réelle sur le terrain et la réalité de leurs projets.

Dans un document en date du 23 mai 2006, traitant de la situation dans le pays après les élections municipales tenues au début du même mois, un membre du parti Ettajdid (ancien parti communiste) a affirmé que le parti Ennahda demeure actif en marge de l’opposition et il vise tout particulièrement les jeunes fréquentant les mosquées. L’ambassadeur américain William Hudson, auteur du télégramme, écrit « que l’opposition laïque a compris l’importance d’une telle situation et a pris contact avec les islamistes dont des membres du parti Ennahdha restés dans le pays. Le président du parti démocratique progressiste d’alors, Néjib Chebbi, a reconnu devant l’ambassadeur qu’il avait rencontré récemment des membres d’Ennahdha à l’étranger. Mohamed Harmel, qui était alors président du Parti Ettajdid a révélé pour sa part qu’il n’est pas exclu qu’il prendrait des arrangements avec les islamistes pour renforcer les activités de son parti ».

Toutefois, l’opportunisme de Chebbi et de Harmel les a poussés à décourager l’ambassade de prendre quelque contact que ce soit avec les islamistes, quels qu’ils soient « aussi bien en Irak ou n’importe où ailleurs ». Ils ont critiqué « les avantages politiques obtenus par les chiites en Irak ».
Cette position de mise en garde est partagée également par l’association tunisienne des femmes démocrates, ATFD, dont deux membres, Ilhem Belhaj et Hafidha Chkir, avaient averti, au cours d’une réunion tenue le 9 février 2006 à l’ambassade, un des fonctionnaires de cette l’ambassade, que l’acceptation d’un gouvernement islamique correspondrait à la «substitution d’une dictature par une autre ». Elles ont affirmé que cela valait aussi bien pour ceux qui se faisaient appeler « musulmans modérés ».

Dans un autre document en date du 29 novembre 2005, intitulé « dualisme de l’islam en Tunisie », l’ambassadeur Wiliam Hudson traite de la situation de l’islam en Tunisie. Il expose la croissance de l’observance religieuse en Tunisie et l’histoire des rapports entre les autorités et les mouvements islamiques. Il transparaît de ce document que les relations entre l’ambassade et des membres du parti islamique Ennahda dissous sont bonnes, puisque l’ambassade les sollicite pour son information. Selon le document cité, l’ambassadeur dit qu’un ancien membre d’Ennahda s’est plaint à un fonctionnaire politique de l’ambassade que les groupes politiques islamiques ne s’intéressaient qu’aux activités politiques et aux alliances, ajoutant que Dieu et la religion n’avaient pas d’importance pour ces derniers, c’est-à-dire qu’ils ne sont pas meilleurs que le pouvoir politique actuel.

L’intérêt américain pour l’islam en Tunisie apparaît aussi dans un document datant du 22 mars 2006 qui relate les actes d’une table de discussion tenue le 8 mars avec un certains membres de la société civile où l’on revient toujours à la situation des islamistes!

Selon certains documents, quelqu’un comme Ziad Doulatli, aujourd’hui membre du conseil d’Ennahdha, était l’ami de l’ambassade et figurait sur la liste de ses visiteurs permanents. Un visiteur qui faisait la promotion de son parti et la sienne et pour se présenter comme le représentant d’un islam modéré.

Le 15 août 2006, s’est tenue une réunion entre des islamistes tunisiens « modérés » d’une part, et les conseillers politiques et économiques ainsi que l’officier politique de l’ambassade, d’autre part. En date du 21 août, l’adjoint au chef de la mission, David Ballard, a envoyé un télégramme donnant les détails de ce qui s’était passé au cours de cette réunion qu’il a organisée à la demande des tunisiens : Radwan Masmoudi (1), un américain d’origine tunisienne qui préside le Centre d’Etudes de l’islam et de la démocratie à Washington, Saïda Akermi (2), secrétaire générale de l’association internationale de soutien aux prisonniers politiques, Salah Eddine Jourchi (3), journaliste et activiste de la société civile et ancien membre d’Ennahda et Ziad Doulatli, membre fondateur du parti qui a passé quinze années en prison. Le télégramme explique que les islamistes modérés tel que les désigne l’ambassade (mais avec certaines réserves puisqu’elle met cela entre guillemets renvoyant la responsabilité de cette appellation à d’autres), ont voulu rencontrer des représentants de l’ambassade afin « de renouer le dialogue sur des problèmes communs ». Nous découvrons ainsi que les relations entre les deux parties et le dialogue entre eux datait des années 1980 et qu’il s’arrêta suite à la campagne gouvernementale contre ce parti, sa dissolution et l’emprisonnement de ses dirigeants. Ce vieux dialogue avait comporté des rencontres avec des membres du Congrès en visite en Tunisie.

A l’instar de Ziad Doulatli, d’autres anciens membres du parti tentent de se présenter comme les représentants de l’islam modéré que recherche l’Amérique dans la région. Dans un document datant du 18 août 2006 traitant des réactions tunisiennes à la guerre israélienne de juillet 2006 contre le Liban, le conseiller politique auprès de l’ambassade a rencontré Ziad Doulatli, ainsi que l’activiste de la société civile Salah Eddine Jourchi, (qui dit avoir quitté Ennahda suite à un différend avec eux). Ces deux derniers ont déclaré au conseiller que la guerre du Liban et le soutien des USA à Israël ont renforcé le Hezbollah et d’autres groupes extrémistes. Ils ont aussi poussé la jeunesse tunisienne à s’identifier aux idées des groupes djihadistes tels qu’Al-Qaïda, au lieu de s’identifier à des groupes « non violents et modérés tels qu’Ennahda ». L’ambassadeur d’ajouter que les deux personnalités se présentent sous l’appellation de « musulmans modérés ».

L’intérêt des américains pour l’Islam en Tunisie apparaît aussi à travers un document datant du 22 mars 2006 qui relate une rencontre tenue le 8 mars avec des activistes de la société civile où l’on revient toujours, sur la situation des islamistes et leur force.

Il apparaît, à travers certains documents, qu’un homme comme Ziad Doulatli, qui est aujourd’hui, membre du Conseil constitutif d’Ennahda, était un ami de l’ambassade et figurait sur la liste des visiteurs permanents ; un visiteur qui fait tout ce qui est en son pouvoir pour promouvoir son parti et lui-même comme représentants de l’islam modéré.

Les dialoguistes islamistes ont estimé que la Tunisie était susceptible de devenir un exemple de réforme démocratique au Moyen Orient. Doulatli a dit qu’ « étant donné que 90% des tunisiens sont laïcs, cela encourage à une évolution vers une démocratisation réelle ». Les auteurs de télégramme ont raillé l’allégation de Ziad Doulatli, que son parti aurait obtenu 60% des voix des suffrages exprimés (élections de 1989), alors qu’en réalité cette proportion, selon Balard qui est l’auteur du télégramme, n’avait pas dépassé les 30% dans le meilleur des cas.
Les Tunisiens ont essayé de convaincre les fonctionnaires de l’ambassade que la collaboration avec eux contribuait directement aux intérêts de Washington afin de recouvrer par cela la confiance et l’amitié au Moyen Orient, les Etats Unis ont besoin d’un modèle réussi de démocratie dans la région. A ce qu’il paraît, Doulatli a semblé être le plus enthousiaste pour la coopération avec Washington, il a essayé de promouvoir l’idée que son pays était le mieux préparé pour concrétiser ce modèle et non point l’Irak ; il a déclaré qu’il faudrait qu’il y ait une alternative au « Ben Ladisme ».

Le groupe qui espérait sûrement la reconnaissance de la plus grande puissance impérialiste du monde, a demandé quelques menus « services » à l’ambassade. Le plus important de ces services était qu’un représentant de l’ambassade aille rendre visite à Hammadi Jebali, un des dirigeants du parti Ennahdha, un « islamiste modéré » comme ils ont dit, assigné à résidence dans le gouvernorat de Sousse. Le groupe demanda aussi que certains noms d’islamistes modérés soient introduits sur les listes des invités de l’ambassade et des voyages organisés de temps à autre aux Etats-Unis. Dans son télégramme, Ballard dit que l’ambassade était heureuse de l’initiative du groupe de prendre contact avec elle, mais qu’elle ne partageait pas leur optimisme quant à des changements importants dans l’avenir. Il dit qu’elle (la mission américaine) était consciente des motifs ayant incité le groupe à prendre contact avec elle, surtout après les déclarations de Doulatli concernant les 60% (de voix obtenues).

L’ambassade a favorablement répondu à certains des services demandés et a rendu visite à Jebali dans sa résidence surveillée. Un fonctionnaire politique de l’ambassade a rendu visite à Jebali, à son domicile à Sousse, le 31 août 2006, pendant plus de deux heures. Ce qui a attiré l’attention du fonctionnaire c’est que contrairement à tous ceux qu’il rencontrait de la société civile ou de l’opposition politique, Jebali ne s’était pas plaint des politiques américaines au Liban, en Israël et en Irak. Jebali qui a dit que Rached Ghannouchi était le chef d’Ennahda, a confirmé que ce parti était le même en Tunisie ou en Europe. Jebali a dit que comme tous les partis islamistes ils sont suivis (avec inquiétude) par les américains. Jebali a affirmé qu’Ennahda en tant que parti politique voudrait participer graduellement à la vie politique tunisienne et qu’il ne voulait pas d’un Etat islamique. Et puis comme l’ont fait tous les autres, Jebali a critiqué les autres partis islamiques qui « croient qu’ils détenaient la vérité divine et n’acceptaient pas la critique » En réponse à l’envoyé de l’ambassade qui lui a fait remarquer qu’il paraissait laïc, Jebali répondit qu’il distinguait entre sa pratique religieuse et la vie publique. Il a rajouté que tous les musulmans modérés pensaient comme lui et refusaient la violence. Les répliques de l’américain étaient prêtes pour lui rappeler que des partisans du parti avaient perpétré des charges explosives dans certains hôtels pendant les années 1980 (4). L’envoyé de l’ambassade n’a pas cru Jebali quand il lui a dit qu’il lui était interdit de travailler et qu’il faisait l’objet de nombreuses restrictions de droits et ce, au vu du bel ameublement de sa maison et de l’apparat avec lequel il recevait ses invités. Jebali a aussi évoqué l’actuel extrémisme islamiste en comparant les membres d’Ennahda ouverts à tout, aux jeunes tunisiens pratiquants et très extrémistes, comme résultat de la répression et de l’interdiction pour Ennahda dans la propagation de ses idées modérées.

Il se peut que tous les membres actifs du parti Ennahda (5), avant sa dissolution et qui sont demeurés fidèles à sa ligne politique après sa dissolution, ne soient pas tous des amis de l’ambassade américaine à Tunis, mais il est sûr que des membres influents de ce parti, dont ses symboles parmi les plus importants et ses porte parole, ont « collaboré » avec les américains pendant de nombreuses années en espérant leur reconnaissance et peut être aussi avec l’espoir de reproduire l’expérience irakienne. Si Washington avait décidé un jour de renverser le régime Ben Ali, les Nahdhaouis étaient prêts, comme toujours et à jamais, à bénir cela et à gouverner le pays, surtout qu’ils se disent être, comme ils l’ont répété, des « modérés », qu’ils sont « le type d’islamistes » qu’aiment le mieux les américains et qu’ils veilleront aux intérêts des américains dans toute la région.

1. Radwan Masmoudi est l’un des principaux agents américains qui a rendu beaucoup de services aux USA en Irak et qui a joué un rôle clef dans le rapprochement entre les islamistes tunisiens et les différentes agences de renseignement américain.
2. Saida Akermi, avocate, est l’épouse de l’avocat Noureddine B’hri, 3ème dans la liste des nouveaux fondateurs d’Ennahdha, nouvelle formule. Noureddine B’hiri était déjà un haut dirigeant de ce mouvement dans les années 1980 et avait signé en son nom le Pacte National en novembre 1988. A la suite de l’acte terroriste perpétré par un commando d’Ennahdha contre le local du RCD à Bab Souika, à Tunis, en 1991, Noureddine B’hiri, quitta le mouvement en même temps que Abdelfettah Mourou, Fadhel Beldi et Ben Aissa Demni. Des quatre, il est le seul à avoir été réadmis dans ce mouvement.
3. Salah Eddine Jourchi : Il n’a jamais été dans le mouvement Ennahdha ou son ancêtre le MTI. Par contre il a été dans la Jamaâ islamya, première organisation islamiste de tendance Frères musulmans, fondée au début des années 1970, qu’il quitta en 1979, en même temps que H’Mida Enneifer et d’autres pour fonder le « mouvement des islamistes de gauche ».
4. Allusion aux actes perpétrés dans trois hôtels de Sousse et Monastir, dans la nuit du 2 au 3 août 1987, veille de l’anniversaire du président Habib Bourguiba et qui déclenchèrent une vague de répression qui ouvrît la voie à l’arrivée du général Ben Ali au pouvoir.
5. Ennahdha n’a jamais été dissous parce qu’il n’a jamais été légalisé. Sous son appellation de MTI, il a été toléré longtemps sous le règne de Bourguiba, et jusqu’en 1991 sous le règne de Ben Ali.

http://www.tunisie-secret.com

Source: http://www.tunisie-secret.com/Explosif-les-relations-entre-les-Americains-et-les-islamistes-tunisiens-remontent-a-2004_a252.html

Republié par willsummer

Assange s’adresse aux Nations Unies: « Il est temps pour les Etats-Unis d’arrêter la persécution contre WikiLeaks »

Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks, a appelé les Etats-Unis à passer des mots à l’action, et à mettre un terme à leur persécution à l’égard de WikiLeaks, de leurs personnes et de leurs sources. Il a fait la déclaration pendant un discours adressé à une commission de délégués des Nations Unies.

En s’adressant aux représentants des pays membres des Nations Unies, le fondateur de WikiLeaks a évoqué la différence entre les mots et les actions, félicitant le président Barack Obama de ses mots.

« Nous admettons et nous sommes en accord avec les mots selon lesquels la paix peut être réalisée… Mais le temps des mots touche à sa fin. Il est temps pour les Etats-Unis d’arrêter la persécution contre WikiLeaks, contre nos personnes et contre nos sources. »

Assange a été hautement critique à l’égard de l’implication des Etats-Unis dans le Printemps Arabe, dénonçant l’audace d’Obama qui s’en est servi. Il a ajouté que c’est «irrespectueux pour les morts » d’affirmer que les Etats-Unis ont soutenu les forces du changement.

« N’est-il pas audacieux d’entendre le président des Etats-Unis dire que son pays a soutenu les forces du changement dans le Printemps Arabe ? L’histoire de la Tunisie n’a pas commencé en décembre 2010, et Mohamed Bouazizi ne s’est pas immolé par le feu pour que Barack Obama puisse être réélu », a dit Assange à la commission.

« Le monde savait, après la lecture de WikiLeaks, que Ben Ali et son gouvernement ont pendant de longues années apprécié l’indifférence, voire le soutien, des Etats-Unis, en toute conscience de leurs excès et de leurs crimes. Cela devrait donc être une surprise pour les Tunisiens de savoir que les Etats-Unis ont soutenu les forces du changement dans leur pays, et cela devrait être une surprise pour les adolescents égyptiens de savoir que l’administration des Etats-Unis a soutenu le changement en Egypte, eux qui ont lavé leurs yeux des larmes causées par les gaz américains. »

Julian Assange a aussi longuement parlé de Bradley Manning, le citoyen américain accusé d’avoir fourni des centaines de câbles diplomatiques militaires sensibles. Assange a accusé le gouvernement des Etats-Unis de détenir Manning sans charge et de le maltraiter, essayant même de faire pression sur lui en échange du témoignage de Manning contre Assange. Le fondateur de WikiLeaks a dit à la commission des Nations Unies que Bradley Manning, accusés de « crimes passibles de peines de mort », a subi « des traitements dégradants, a été maltraité et torturé psychologiquement. »

Il a ajouté que le FBI a produit 42 135 pages relatives à l’activité de WikiLeaks, dont pas moins de 8000 concernent Bradley Manning, rappelant qu’il croit que le citoyen des Etats-Unis est détenu de manière absurde.

Julian Assange a fait sa déclaration depuis l’ambassade d’Equateur à Londres, où il a trouvé refuge depuis le mois de juin, après avoir perdu une bataille juridique contre l’extradition en Suède. Le fondateur de WikiLeakscraint que la Suède, qui veut l’interroger pour des allégations d’agression sexuelle, permette son extradition vers les Etats-Unis, pour son rôle dans la fuite de milliers de câbles secrets diplomatiques et militaires.

Le Ministère des Affaires étrangères du Royaume-Uni maintient qu’il a l’obligation formelle d’arrêter Assange une fois qu’il quittera le territoire de l’ambassade. Le ministre des Affaires étrangères de l’Equateur, Ricardo Patino, a pendant ce temps affirmé que transférer Assange dans l’ambassade de leur pays en Suède serait un compromis acceptable pour toutes les parties engagées, étant donné qu’ « il resterait sous notre protection, tout en satisfaisant les demandes du système juridique suédois. »

Le ministre des Affaires étrangères de l’Equateur a aussi dit que le droit à la liberté d’Assange devait être respecté.

« Je ne connais aucun cas dans l’histoire où l’asile diplomatique n’ait pas fini par la liberté de la personne. J’espère que cela ne sera pas une exception dans l’histoire. Chaque pays doit respecter le droit d’un pays à accorder l’asile politique et respecter la personne à qui il a été accordé. »

Julian Assange a dit aux journalistes présents à l’Assemblée Générale de la commission des Nations Unies que « le Royaume-Uni et la Suède ont tous deux refusé d’offrir des garanties » qu’il ne serait pas extradé vers les Etats-Unis, où lui-même et WikiLeaks ont tous deux été déclarés « ennemis de l’Etat » par l’armée, et classés dans la même catégorie qu’Al-Qaïda et les Talibans.

Le Royaume-Uni et la Suède ont gardé le silence sur la possibilité d’un compromis, bien que tous deux aient affirmé publiquement qu’Assange ne devrait pas faire face à un traitement spécial, en mieux ou en moins bien par rapport à la normale, sous le coup de leur système juridique.

Traduit par kimono

Source:

http://rt.com/news/assange-addresses-un-human-rights-069/

WikiLeaks – Contrat entre Microsoft & le Gouvernement Tunisien: L’arrière boutique des négociations

Identifiant du Câble diplomatique: 06TUNIS2424
Origine: Ambassade de Tunis
Créé: 2006-09-22 10:44:00

1. (SBU) Résumé : Durant le Microsoft Government Leaders Forum s’étant tenu en Afrique du Sud les 11 et 12 Juillet, le Gouvernement Tunisien et Microsoft Corporation ont signé un accord de partenariat qui prévoit des investissements de Microsoft en matière de formation, de recherche et de développement, mais engage également le Gouvernement Tunisien à utiliser des logiciels Microsoft sous licence. Selon Salwa Smaoui, Directeur Général de Microsoft Tunisie, il s’agit d’un contrat gagnant-gagnant à la fois pour le Gouvernement Tunisien et pour Microsoft. Le processus de négociation et de l’accord consenti en lui-même illustrent les priorités du GT et le coût de faire des affaires en Tunisie. Fin du Résumé.

2. (SBU) L’accord entre Microsoft et GT a été signé en Juillet lors du Microsoft Government Leaders Forum tenu en Afrique du Sud. Bien que signé en Juillet, nous n’avons encore reçu aucune information en provenance du GT ni de Microsoft et, en dépit de nos demandes répétées, Microsoft ne nous a pas encore fourni une copie de l’accord final. Lors d’une Réunion tenue en septembre avec EconOffs, Salwa Smaoui – Directeur Général de Microsoft Tunisie – a fourni un aperçu des principaux points. L’accord final décrit une coopération avec le GT en matière de e-gouvernance, cyber-sécurité, droits de propriété intellectuelle et développement des capacités pour les programmes de technologies de l’information en Tunisie. Microsoft mettra en place un Centre d’Innovation Microsoft en Tunisie pour développer la capacité de production locale de logiciels en fournissant des services de formation et de conseil aux développeurs de logiciels. L’expansion du secteur TI tunisien est devenu une priorité pour le GT comme moyen d’absorber le nombre croissant de diplômés universitaires au chômage. Selon Smaoui, le GT investit environ un pour cent du PIB en recherche et développement dans le secteur des TI. Microsoft a également accepté de fournir une formation aux Tunisiens handicapés afin de leur permettre de rechercher un emploi dans le secteur des TI par le biais du télétravail. (Note : L’épouse du Président Ben Ali, Leila Ben Ali, gère une association caritative pour les Tunisiens handicapés. Fin de la Note.).

3. (U) Dans le cadre de l’accord, Microsoft aidera le GT à améliorer et moderniser ses ordinateurs et ses capacités réseaux. À son tour, le GT a accepté d’acheter douze mille licences pour la mise à jour des ordinateurs du gouvernement avec des logiciels Microsoft sous licence, plutôt que les versions piratées couramment utilisées jusqu’ici, selon un employé de Microsoft. Depuis 2001, le GT a adopté une politique de logiciels libres, utilisant uniquement des logiciels libres. En outre, les futurs appels d’offres pour les équipements TI du Gouvernement préciseront que les équipements doivent être compatibles avec Microsoft, ce qui est actuellement interdit par la politique des logiciels libres en Tunisie.

4. (SBU) L’accord porte également sur la sécurité Internet. Grâce à un programme sur la cybercriminalité, Microsoft formera les représentants du gouvernement au sein des ministères de la Justice et de l’Intérieur à l’utilisation des ordinateurs et d’internet pour lutter contre la criminalité. Dans le cadre de ce programme, Microsoft fournira au GT les codes source originaux de ses programmes. Interrogée par EconOff par rapport à d’éventuelles préoccupations que pourrait avoir Microsoft en fournissant ses codes sources, Smaoui a répondu que les codes source ne seront disponibles que pour un petit nombre de fonctionnaires. Néanmoins, l’accord contient un langage indiquant que Microsoft et le GT travailleront conjointement sur les droits de propriété intellectuelle. Cet accord prévoit également un accord séparé à signer pour l’instauration d’un programme de coopération sécuritaire qui fournira au public davantage de formation en matière de sécurité Internet générale.

5. (C) Selon Smaoui, l’accord est l’aboutissement d’un processus de négociation de cinq ans. Smaoui a été nommée Directeur général de Microsoft Tunisie il y a environ un an et, bien qu’encore hésitante quant à la divulgation intégrale des détails de l’accord final, a fourni des mises à jour fréquentes concernant l’avancement des négociations. Elle a signalé que, parfois, les soupçons du Gouvernement concernant Microsoft en raison de son «américanité» semblaient l’emporter sur l’évaluation technique de la proposition. Elle a rapporté que certains ministres du GT lui avaient demandé à plusieurs reprises pourquoi, en tant que Tunisienne, elle «travaillait pour les Américains», et que des soupçons frôlant souvent l’hostilité posaient sur les négociations. Smaoui a également noté que le Gouvernement Tunisien souhaitait un accord « sur mesure » plutôt qu’un programme préemballé qui serait «imposé» à la Tunisie. Cette attitude lors du processus de négociation imposait à Microsoft de se concentrer attentivement autant sur la forme que sur le fond.

6. (C) Dans un appel DCM, quelques jours avant le Forum de l’Afrique du Sud Forum, Smaoui s’inquiétait de se rendre au Forum sans un accord signé en main et ne pouvait même pas confirmer que le Représentant du Gouvernement s’y rendra. Elle appréhendait d’être amenée à avouer à Bill Gates qu’elle n’avait aucune raison de se rendre au Forum. Durant l’évènement, Khedija Ghariani, Secrétaire d’Etat pour l’Informatique, Internet, et les Logiciels Libres a assisté et signé l’accord au nom du GT. Malgré les négociations de longue haleine, Smaoui a déclaré que parvenir à un accord était «vital» pour Microsoft. Le fait que le gouvernement se soit appuyé sur les logiciels open source limitait drastiquement les affaires en Tunisie et empêchait Microsoft de participer aux appels d’offres du Gouvernement Tunisien. En outre, l’accord renforce un objectif commun à Microsoft et au GT – l’établissement d’une société de la connaissance. Smaoui a déclaré que même si Microsoft investissait en Tunisie, le montant de l’investissement sera inférieur au coût des achats du GT.

7. (C) Commentaire : Bien que l’accord ait été salué comme un triomphe pour les droits de propriété intellectuelle, les négociations et l’accord consenti révèlent une réalité plus compliquée. Microsoft a réussi à négocier l’accord final en séduisant les sensibilités du GT en matière de chômage ainsi qu’en s’adaptant aux réalités des affaires en Tunisie. Même si l’objectif de l’élargissement des possibilités d’emploi pour les Tunisiens handicapés constitue un objectif digne, l’affiliation du programme à l’association caritative de Leila Ben Ali est révélatrice des manoeuvres d’arrière-boutique parfois nécessaires pour finaliser un accord. La réticence de Microsoft quant à la divulgation intégrale des détails de l’accord met l’accent sur le fait que le GT fait prévaloir le secret à la transparence. En théorie, augmenter la capacité du gouvernement à appliquer la loi à travers la formation en TI est positif, mais étant donné la lourde interférence du GT en matière d’Internet, il est à se demander si cela ne va pas accroître la capacité du GT en matière de surveillance de ses propres citoyens. Finalement, pour Microsoft les bénéfices l’emportent sur les coûts. Fin du Commentaire.
BALLARD

Source: http://tobegoodagain.canalblog.com/archives/2011/09/04/21933939.html

Câble original: http://wikileaks.org/cable/2006/09/06TUNIS2424.html#

Les espions de Stratfor en Tunisie

Par | 1 mars, 2012

Traduit de l’arabe par Farhat Othman.

Petits papiers du renseignement mondial

Nawaat a été le premier site à publier les documents diplomatiques de WikiLeaks concernant la Tunisie, mis en ligne deux semaines avant le déclenchement de la Révolution tunisienne sur le site TuniLeaks. Aujourd’hui, Nawat ouvre avec WikiLeaks le dossier de STRATEGIC FORECASTING ou STRATFOR, l’une des sociétés privées américaines de renseignement les plus en vue au monde.

Wikileaks a entamé, lundi 27 février 2012, en coopération avec 25 médias dont Nawaat, la publication de ce que le site appelle Petits papiers du renseignement mondial (The Global Intelligence Files) ou les petits papiers du renseignement mondial, comprenant un peu plus de cinq millions de messages électroniques (ou courriels) de la société américaine STRATFOR spécialisée dans le renseignement et l’analyse stratégique et dont le siège est au Texas aux États-Unis. Ces courriels entre les informateurs et les analystes de l’agence du renseignement s’étalent sur une période allant de juillet 2004 à fin décembre 2011.

Ces correspondances, dont Nawaat a eu une copie intégrale, lèvent le voile sur l’activité de renseignement tous azimuts de cette société qui se vend comme étant un «éditeur du renseignement» alors qu’elle loue ses services stratégiques à un nombre important d’appareils privés du renseignement secret, aux entreprises multinationales géantes ainsi qu’à un certain nombre d’agences gouvernementales américaines, y compris le Département américain de la Sécurité intérieure (DHS), les Marines, l’Agence du renseignement pour la défense (DIA) et d’autres agences et organes spécialisés. Cette société a, entre autres objectifs, d’« apprendre aux institutions américaines du renseignement à acquérir sa manière de fonctionner ».

Le site de WikiLeaks avait publié une annonce assurant que les messages électroniques dévoilent le recours de STRATFOR «à un réseau d’informateurs, à une infrastructure pour financer des dessous-de-table, à des techniques de blanchiment d’argent et à des méthodes psychologiques de manipulation». Cette annonce ajoute aussi que « les documents démontrent le type de fonctionnement d’une agence privée du renseignement et comment elle prend pour cible des individus les manipulant pour le compte de ses clients privés et gouvernementaux ».

STRATFOR, qu’on appelle la CIA privée (The Private CIA) ou la CIA de l’ombre (Shadow CIA), a été fondée en 1996 et est devenue célèbre au cours de la guerre du Kosovo en 1999 puis à la suite des événements du 11 septembre 2001 et ce qui s’en suivit comme « guerre contre le terrorisme ».

STRATFOR se définit comme étant « le fournisseur à ses abonnés d’un service d’analyses géopolitiques (…) leur permettant la compréhension des relations internationales, de ce qui se passe dans le monde aujourd’hui et de ce qui se passera après ».

C’est après la guerre contre l’Irak en 2003 que STRATFOR a commencé à s’intéresser au Moyen-Orient en s’employant à mettre en place un réseau d’agents, d’informateurs et d’analystes dans la région. Le rythme d’activité de l’agence s’est accéléré et son réseau s’est étendu avec la précipitation des événements du Printemps arabe et la vague de révolutions qui a secoué la région. Témoin en est la correspondance secrète reproduite en fin d’article évoquant la revalorisation du salaire des espions dans la région arabe à partir du mois d’octobre 2011.

C’est le groupe de hackers Anonymous, lors d’une attaque de LulzXmas en décembre dernier, qui a réussi à pirater la messagerie de la société, mettant la main sur la liste des contacts et des millions de correspondances secrètes entre les agents, les responsables et les analystes de la société et qui les a remis à WikiLeaks.

Comment fonctionne STRATFOR ?

STRATFOR recueille les informations auprès d’un certain nombre de sources ouvertes comme les articles publiés sur Internet, dans les magazines, les sites sociaux et de chat ainsi que les études universitaires et gouvernementales non classées confidentielles. À cela s’ajoute un réseau de ressources humaines composé d’informateurs répartis autour du monde et ayant des antécédents dans le milieu sécuritaire, militaire, économique, informationnel ou académique. STRATFOR diffuse ses rapports sous forme de correspondances auprès de 300.000 abonnées et un peu plus de deux millions agents de courriels qui reçoivent gratuitement les «mises à jour» de la société.

Dans son activité du renseignement, STRATFOR compte sur un groupe d’agents appelés «sources» dont le travail consiste à recueillir les informations et à mobiliser d’autres agents. La «source» obtient un salaire modulable selon l’importance de l’information obtenue. Et ces «sources» travaillent selon la pratique traditionnelle du renseignement, soit sous couverture diplomatique, journalistique ou académique. Les rapports de la «source» sont envoyés périodiquement par le courrier électronique au secteur des «Analystes» qui procèdent à l’évaluation de l’information, son analyse et sa classification puis son envoi par courrier électronique à d’autres listes d’adresses selon la catégorie de l’information (économique, politique, sécuritaire, terrorisme, etc.), la localisation géographique (Moyen-Orient, Asie Centrale, Amérique Latine, etc.) et son importance (L’importance de l’information se classe entre des notes allant A à F, la note A représentant l’information importante et la note F l’information sans intérêt). Les sources sont, elles aussi, classées selon une gradation préétablie de conditions comme sa crédibilité et son degré d’investissement à servir la société en informations.

Le deuxième flux d’informations est véhiculé par les «Contrôleurs» (Monitors) qui compilent les articles et les études publiées sur les journaux et sur internet et les envoient à l’«Officier de contrôle».

Le travail de cet «Officier de contrôle» est central puisqu’il procède au filtrage et à la catégorisation des informations en provenance des «Contrôleurs» par le biais du groupe des «Analystes» et à partir des «sources». Par la suite, il se charge de les envoyer à un certain nombre de listings de courriels en vue d’évaluation et d’analyse. Certains de ces listings de messagerie sont confidentiels, réservés aux analystes et directeurs de la société, d’autres ne le sont pas, en ce sens qu’elles atterrissent chez tous les employés de la société en tant qu’information.

Ensuite vient le tour des analystes qui procèdent à la collecte de tous ces renseignements et informations puis les envoient au service de la rédaction se chargeant de la mission de mettre en forme les rapports de renseignement avant de les vendre aux clients de la société.

Cas de la Tunisie

Grâce à la coopération existant entre les sites Nawaat et WikiLeaks, Nawaat procédera les prochaines semaines, en partenariat avec le site de Julian Assange et 25 médias internationaux, à la publication de ce qui pourrait se révéler d’intérêt concernant l’activité de renseignement de cette société en Tunisie ainsi que la nature des sujets ayant retenu son attention et celui de ses espions dans notre pays.

Selon une première investigation dans le contenu de ces correspondances secrètes, Nawaat est parvenu à dénombrer quelque 5000 courriels ayant trait à la Tunisie parmi les cinq millions de courriels que comprend le corpus documentaire.

Le groupe Nawaat est aussi parvenu à identifier le principal agent des informateurs de cette société en Tunisie, un jeune d’origine européenne, apparemment de nationalité allemande, gérant son activité de renseignement à partir de la capitale et ayant le grade d’«Officier de contrôle» (Watch Officer).

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Augmentation du salaire de ME1
Date 17-10-2011 21:22:41
De: holly.sparkman@stratfor.com
À: bassetti@stratfor.com
Autres MessageId: <297576380.226029.1318879361850.JavaMail.root@core.stratfor.com>
En réponse à : 4E9C5652.3060306@stratfor.com
Texte
Est-ce que Don a eu ces e-mails? Il devrait.

De: “Rob Bassetti”
À: “payroll”
Envoyé le: Lundi, 17 octobre, 2011 11:22:42 AM
Objet: Augmentation du salaire de ME1

Vient juste recevoir un mot de Meredith pour augmentation salaire de ME1 à $6000 par mois, moitié imputée sur actuel département, moitié imputée sur 570 (Stratcap).

Source: http://nawaat.org/portail/2012/03/01/les-espions-de-stratfor-en-tunisie/
http://www.wikileaks-forum.com/index.php/topic,11578.0.html

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