Les données transmises par la NSA à Israël peuvent-elles mettre en danger la vie des gens qui militent pour la cause palestinienne?

Territoires PalestiniensL’affinité du gouvernement américain et de l’Etat d’Israël est connue de tout le monde, et de nombreux articles mentionnent dans la presse et dans les médias l’influence des lobbys israéliens dans la politique américaine, et notamment en ce qui concerne la politique étrangère au Moyen-Orient. Le lobby israélien aurait eu, par exemple, une influence dans la décision de Bush pour mener la guerre en Irak. Récemment, le journal Le Monde a aussi pointé dans un article du 12 septembre 2013 les liens particuliers entre les Etats-Unis et Israël, à savoir les liens entre la NSA et les services secrets israéliens: « La NSA aurait transmis des données à Israël« , peut-on lire comme titre. Le document original, transmis par Edward Snowden et publié sur le site du Guardian, met en évidence les accords passés entre la NSA et l’ISNU [Israeli SIGINT National Unit], une unité du renseignement israélien.

Si ce partage des données existe certainement avec d’autres pays partenaires de la NSA, comme c’est le cas en France, dont les services secrets ont « des liens extrêmement étroits noués » avec la NSA, on peut néanmoins se demander si le partage des informations avec l’Etat d’Israël ne pourrait pas constituer un danger évident pour les militants de la cause palestinienne, qu’ils vivent en Palestine ou bien dans d’autres pays à travers le monde. Est-ce que la NSA mesure véritablement le poids de ce partage des données avec Israël, un pays doté d’une armée puissante qui maltraite et brutalise le peuple palestinien? Comment être sûrs que les données transmises par la NSA à Israël ne seront pas utilisées contre l’intérêt des militants palestiniens et de la cause palestinienne? Comment être sûrs que ces informations ne seront pas utilisées pour censurer des militants, pour faire pression sur eux et sur leur entourage, pour discréditer leur combat ou porter atteinte à leurs droits?

Mais pour aller plus loin, imaginons, en France ou ailleurs, que des citoyens non-palestiniens également favorables à la cause palestinienne voient leurs données personnelles transmises par la NSA à destination des services secrets israéliens. Alors, ne pensez-vous pas que cela peut constituer un grave danger pour votre vie privée et pour la liberté d’expression? Sans le savoir, vous êtes peut-être fichés en Israël pour vos opinions en faveur de l’indépendance des Palestiniens. Vous serez alors peut-être considérés comme un « ennemi d’Israël », on cherchera peut-être à nuire à vos intérêts personnels et à vous empêcher de continuer votre combat politique pour ceux qui seront engagés activement dans la cause palestinienne. Bien sûr, ce n’est certainement pas le cas de tout le monde. Mais vous comprenez certainement que le danger est réel.

Il y a peut-être des choses que la NSA devrait prendre en compte dans le partage des informations avec d’autres pays: c’est que potentiellement, la NSA met en danger la vie de certains citoyens en divulguant toutes sortes de données personnelles, de tous genres et de toute nature. Au premier abord, certaines données semblent innocentes et sans importance. Mais si certaines données sur vos goûts, les lieux que vous fréquentez, les achats que vous effectuez, se retrouvent dans les mains de personnes peu scrupuleuses au sein des services secrets, alors on peut aussi imaginer que toutes ces informations peuvent servir à infiltrer votre entourage ou à vous nuire personnellement.

Les services secrets israéliens, notamment le Mossad, ont dans le passé organisé toutes sortes d’assassinats et de complots. C’est pourquoi il faut toujours rester vigilant sur la nature des informations partagées par la NSA. Les services secrets israéliens n’ont peut-être assassiner personne grâce à ces échanges d’informations, peut-être qu’il s’agissait juste de sécuriser le pays, mais on ne peut pas exclure le fait que cela est toujours possible, tant qu’il n’y a aucune preuve pour démontrer le contraire. Rappelez-vous, il y a quelques années, en 2008, l’assassinat d’Imad Mughniyeh, un assassinat qui a été attribué au Mossad israélien: est-ce que la NSA a joué un rôle dans son assassinat? La NSA a-t-elle aidé Israël à localiser ce terroriste qui était recherché aussi bien par les Etats-Unis, que par le Mossad? Personne ne pourra jamais vous le dire.

Mais qu’arrivera-t-il le jour où ces mêmes services secrets, qui prétendent lutter contre le terrorisme, s’attaqueront à votre propre vie, parce que vous défendez les palestiniens, parce que vous avez participé à une manifestation de soutien à la Palestine, ou parce que vous avez tenu des propos contre Israël, des propos qui auront eux-mêmes été enregistrés par la NSA? Beaucoup de gens disent naïvement: « Je n’ai aucun problème si la NSA stocke mes données. Je n’ai rien à me reprocher. » C’est une erreur de penser ainsi. Car vous ne savez pas quelles sortes de données sont stockées à votre sujet, et surtout, vous ne savez pas à qui la NSA revend ou avec qui elle partage ces données. C’est pourquoi tout le monde doit se sentir concerné par l’espionnage massif pratiqué par la NSA et ses partenaires, parce que tous, à un moment donné ou un autre de notre vie, nous pouvons être victimes de ce système.

Gilles Munier: « Le Mossad a mis l’Elysée sur écoute »

France-Irak-Actualité.com, 27 octobre 2013

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Gilles Munier

NSA ou Mossad… qui écoutait Nicolas Sarkozy ? Qui écoute François Hollande ? Les deux, sans aucun doute. Après les révélations d’Edward Snowden sur l’attaque informatique dont l’Elysée a été victime en mai 2012 – entre les deux tours de l’élection présidentielle – deux hauts responsables des services français se sont rendu aux Etats-Unis pour demander des « explications » à la NSA. Selon un expert, l’attaque relevait d’une « volonté de s’installer à demeure sans se faire voir au cœur de la présidence ». L’agence étatsunienne a nié être à l’origine du piratage des ordinateurs de l’Elysée et a laissé entendre, insidieusement, que ce pourrait être le Mossad (Le Monde – 25/10/13).

C’est bien connu, la NSA partage ses informations avec les services secrets de pays alliés, du moins en leur donnant ce que bon lui semble. L’ISNU israélienne (Israeli Sigint National Unit) – la fameuse Unité combattante 8200 – reçoit donc sa part de « secrets », mais on sait moins qu’elle se sert aussi, directement et sans contrôle sérieux, dans les données brutes stockées par la NSA (1).

Lors de sa conférence de presse du 25 octobre, François Hollande a déclaré que les services français suivaient maintenant « plusieurs pistes ». Il suffit de lire les ouvrages sur les activités de la NSA publiés par James Bamford, ancien analyste de Marine américaine, pour savoir qu’une des plus sérieuses conduit à l’Unité 8200 ; ou d’ouvrir le quotidien londonien The Guardian du 11 septembre dernier pour connaître la nature de ses relations avec l’agence américaine (2).

François Hollande doit se rendre prochainement en visite officielle en Israël. Osera-t-il demander des « explications » à Shimon Peres ou à Benjamin Netanyahou sur les écoutes du PRISM israélien en France ? S’il en reçoit, s’en satisfera-t-il ? Oui, certainement, car il n’est pas dans sa nature de faire un esclandre. Alors, à quoi bon se plaindre… disons-le tout net : l’affaire des écoutes de l’Elysée par le Mossad est enterrée. Sous sa présidence, les cyber-guerriers israéliens poursuivront leur sale petit boulot en France, en toute impunité.

(1) Sur le même sujet, lire aussi :

Scandale NSA : l’Israeli Connection, par Gilles Munier

(Afrique Asie – octobre 2013)

http://0z.fr/kiOLv

(2)L’accord NSA – Unité 8200 :

http://www.theguardian.com/world/interactive/2013/sep/11/nsa-israel-intelligence-memorandum-understanding-document

Source: http://www.france-irak-actualite.com/categorie-12543497.html

  • Creative Commons

    Ce blog est mis à disposition selon les termes de la Licence CC-BY-SA 4.0, sauf pour les contenus traduits depuis d'autres sites internet et qui restent la propriété des médias qui les ont publiés à l'origine.
  • Articles récents

  • Catégories

  • Archives