WikiLeaks: Quand le Kazachstan considérait la scientologie comme un « instrument des Etats-Unis »

Kazachstan

Un câble diplomatique américain publié par le site WikiLeaks démontre la peur qu’ont certains gouvernements face à l’Eglise de Scientologie, reconnue comme religion ou comme secte selon les pays. Ici, il s’agit du Kazachstan. Le câble WikiLeaks 09ASTANA818, daté du 8 mai 2009, évoque la rencontre entre un conseiller de l’USAID [Agence des États-Unis pour le développement international] et des représentants de la scientologie et des témoins de Jéhovah à Almaty, au Kazachstan. Le principe même de la rencontre pose question, puisqu’on peut se demander pourquoi une agence travaillant pour les Etats-Unis défendrait ou s’inquiéterait de la « liberté de religion » de mouvements accusés d’être des sectes dans d’autres pays.

Pour cela, il faut essayer de comprendre en quoi il y aurait un avantage pour les Etats-Unis à vouloir défendre la liberté de religion de ce genre de mouvements: il peut s’agir essentiellement d’un enjeu politique, dans des régions du monde dominées par l’islam ou d’autres religions majoritaires. Dans le cas du Kazachstan, les musulmans représentent 70% de la population, 26% pour le christianisme. L’intérêt des Etats-Unis pour ces mouvements sectaires pourrait révéler des intentions politiques cachées (par exemple: étendre l’influence américaine, limiter la propagation de l’islam, etc), notamment quand on considère que des bouleversements religieux peuvent conduire à des changements politiques importants — comme on le constate aujourd’hui au Moyen-Orient avec l’Etat Islamique.

Kazachstan: Les scientologues, témoins de Jéhovah ont des vues contrastées sur la liberté de religion (09ASTANA818)

2. Résumé: Le 22 Avril [2009], le conseiller d’Etat et de la société de l’USAID a rencontré des représentants de l’Église de Scientologie et des Témoins de Jéhovah à Almaty. Les deux organisations ont offert des vues contrastées sur le progrès de la liberté de religion et l’ingérence du gouvernement dans leurs activités. FIN DU RÉSUMÉ.

3. L’Église de Scientologie a commencé ses activités au Kazakhstan en 1996, à Almaty. L’Eglise revendique 10.000 membres à Almaty, et environ 15 000 membres supplémentaires à l’échelle nationale. L’Eglise prétend également avoir une composition ethnique d’environ 50 pour cent de Russes ethniques et 50 pour cent de membres d’autres nationalités. La membre de l’Eglise Anastasia Minayeva et d’autres membres du personnel que le conseiller de l’USAID a rencontré ont prétendu que l’Eglise est sous forte pression du gouvernement du Kazakhstan. L’an dernier, l’Église a reçu la visite de procureurs, des autorités fiscales, et, éventuellement, du Comité pour la sécurité nationale (KNB). Les procureurs ont ouvert une procédure contre l’Eglise en raison de son utilisation de suppléments de vitamines en conjonction avec une thérapie de sauna. Selon l’Eglise, la pratique vitamines/sauna est commune en Scientologie et est utilisée pour « détoxifier » le corps.

4. L’examen par le bureau du procureur a conduit à un raid sur l’Église de Scientologie, le 8 octobre, ont dit les scientologues. Les membres de la Scientologie ont affirmé que tous leurs fichiers « confessionnels » ont été pris. Les fichiers confessionnels sont les observations écrites d’un membre de l’Eglise en « audit » d’un autre membre de l’église. Il s’agit de l’enregistrement des réponses aux questions posées par un membre de l’Église, qui sont conservées dans un dossier confidentiel. Les membres ne peuvent pas poursuivre leurs confessionnaux sans les fichiers confisqués, et l’information doit également être analysée par un membre plus élevé de l’Église, de sorte que le progrès et la santé spirituelle des membres de l’église puissent être suivis. Minayeva a déclaré qu’elle soupçonnait que les raids ont eu lieu, parce que le gouvernement du Kazakhstan estime qu’ils sont un instrument des États-Unis, et peut-être une organisation subversive. (COMMENTAIRE: Il y a des indications selon lesquelles le gouvernement pourrait croire que l’Eglise est engagée dans des activités commerciales lucratives incompatibles avec son statut d’organisation religieuse FIN DE COMMENTAIRE..) Minayeva a déclaré que l’Eglise est entièrement financée par des dons et des revenus provenant de sources originaires du Kazakhstan, et l’Église ne reçoit aucun financement de sources étrangères.

Voir l’intégralité du document: http://www.wikileaks.org/plusd/cables/09ASTANA818_a.html

Quand WikiLeaks accuse Google et l’USAID de faire du changement de régime pour le compte des Etats-Unis…

Renversement du Totum Arabe (Sherif Arafa)Caricature: Sherif Arafa (Cartoon Movement)

Quand WikiLeaks accuse Google et l’USAID de faire du changement de régimes pour le compte des Etats-Unis… peut-on le croire sincère? Alors que l’organisation WikiLeaks oeuvre plus ou moins à la même chose, en ayant par exemple directement influencé les événements du Printemps Arabe, notamment en Egypte et en Tunisie, où Julian Assange a affirmé en personne que les révélations diplomatiques ont eu un impact sur le changement de régime et les révolutions dans ces deux pays — comment peut-on interpréter les tweets de @wikileaks dénonçant l’action de Google et de l’USAID vis-à-vis des changements de régimes dans d’autres régions du monde, que ce soit en Amérique Latine, en Afrique, au Moyen-Orient ou même en Europe?

@wikileaks, 6 avril 2014: « Le bureau de l’USAID des « Initiatives de Transition » gère les programmes de changement de régime, ainsi en est-il de Google ».

Peut-être que Wikileaks aurait dû ajouter à ce tweet: « Ainsi est-il de l’organisation @wikileaks ». Politiquement parlant, WikiLeaks, Google et l’USAID fonctionnent dans un but relativement semblable en ce qui concerne la transition démocratique et l’effort pour rendre plus transparents des gouvernements étrangers où manquent certains principes de la liberté d’expression et des droits de l’homme, mais tout cela se fait, semble-t-il, avec des moyens et des méthodes différentes. L’USAID (Agence des États-Unis pour le développement international) dépend directement des Etats-Unis, Google est une société privée, mais avec le récent scandale de la NSA, on apprend aussi qu’en tant que géant d’Internet, Google dépend aussi du gouvernement des Etats-Unis, tandis que WikiLeaks est une organisation à part, une organisation secrète qui se dit indépendante des gouvernements, mais qui affirme en même temps avoir affaire à des services secrets, et on imagine mal comment Wikileaks pourrait publier des documents sensibles sans avoir un certain réseau de soutien au sein même des gouvernements.

En même temps, rien n’a jamais permis de dire si Wikileaks a été créé ou pas par le gouvernement américain, mais beaucoup de personnes pensent que cela aurait pu être un outil très utile pour servir l’agenda des Etats-Unis dans les efforts de transition démocratique dans plusieurs pays du monde, notamment au Moyen-Orient. De plus, dans l’article cité par @wikileaks dans ce tweet, il est question du changement de régime au Vénézuela: 

Un câble WikiLeaks publié en 2013 décrit la stratégie des États-Unis pour saper le gouvernement de Chavez par «pénétrer la base politique de Chavez», «en divisant le chavisme» et «en isolant Chavez internationalement. » (blog foreign policy)

Quand Wikileaks tweete le lien de cet article, cela ne veut aucunement dire qu’il est contre la stratégie américaine qui a consisté à déstabiliser un gouvernement au Vénézuela, alors qu’on sait que l’Amérique Latine rencontre beaucoup de problèmes de corruption, de pauvreté et d’injustice de manière générale, et qu’il en est de même au Vénézuela. Autrement dit, l’organisation Wikileaks pourrait très bien soutenir l’idée d’un changement de régime au Vénézuela et d’une ouverture démocratique, tout en pointant du doigt l’implication du gouvernement américain dans cette transition politique. C’est là tout l’art de Wikileaks, de ne jamais dévoiler les vrais enjeux de l’organisation.

D’autre part, on trouve aussi sur le site de l’USAID de nombreux projets et des articles liés à la transparence politique, le concept même défendu par Wikileaks et qui est une idée lancée par le gouvernement des Etats-Unis. On peut trouver également, en faisant une simple recherche avec le mot-clé « wikileaks », un document intitulé « TRANSPARENCY AND INTEGRITY PROJECT » qui prend même les câbles Wikileaks pour appui dans une analyse politique (p. 46), précisant que le câble Wikileaks a donné « un détail pertinent ». On voit donc à quel point la fuite des câbles diplomatiques a pu servir le gouvernement des Etats-Unis et leurs services secrets pour justifier les accusations de corruption d’un régime en place, pour authentifier des propos ou des rumeurs, et pouvoir ainsi continuer leur politique de changement de régime, grâce à une organisation comme Wikileaks où personne ne peut pour autant prouver si elle dépend ou non du gouvernement américain.

Nous avons déjà longuement analysé les liens possibles de Wikileaks et du gouvernement américain, ou d’autres services secrets occidentaux, mais aussi les liens possibles avec l’ONU. Quand Wikileaks s’attaque à Google, ou à d’autres sociétés ou organismes dépendants du gouvernement américain, on ne sait pas très bien s’il cherche effectivement à dénoncer l’influence négative que les services secrets américains ont pu avoir dans certains pays, ou si, au contraire, Julian Assange fait déjà de la promotion pour des projets de transparence politique, ou bien s’il s’agit de faire la promotion d’un dernier livre qui parle encore de Google… En dehors de ça, toute ressemblance entre Google, l’USAID et Wikileaks serait donc fortuite.

Voir le tweet de @wikileaks: https://twitter.com/wikileaks/status/452625240854904832

Un câble Wikileaks de 2009 montre que l’armée israélienne a visé les infrastructures civiles, avant de viser le Hamas

Bombardements à Gaza

Voici un extrait du câble diplomatique 09JERUSALEM17, daté du 2 janvier 2009, où on apprend, grâce au témoignage d’une collaboratrice de l’USAID, Manal al-Bashti, que les raids israéliens ont visé, d’après ce qu’elle dit, à détruire les infrastructures civiles et gouvernementales des palestiniens, plutôt que de lutter contre le Hamas et les ennemis présumés de l’armée israélienne. Son témoignage offre un autre regard sur la situation du conflit israélo-palestinien:

7. (C) Manal al-Bashti, gestionnaire de programme d’un projet de société civile/démocratie financé par l’USAID [Agence des États-Unis pour le développement international], a dit au personnel de l’USAID que des frappes aériennes israéliennes ont fréquemment visé des institutions gouvernementales, telles que le bâtiment du Ministère de l’Enseignement du PA [Autorité Palestinienne] et le siège du PLC [Conseil Législatif Palestinien], qui n’ont aucun lien avec les forces militaires ou les roquettes du Hamas. Elle a indiqué que la campagne militaire israélienne semblait plus dirigée à détruire l’infrastructure civile palestinienne, plutôt que dégrader les capacités du Hamas à attaquer Israël. Elle a dit que les modérés et les civils souffrent le plus des combats.

Source: http://www.wikileaks.org/plusd/cables/09JERUSALEM17_a.html

Pour retrouver la citation dans le câble original: http://www.wikileaks.org/plusd/cables/09JERUSALEM17_a.html#efmBfrBoc

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