Pas seulement la Russie: l’Italie et d’autres européens ont vendu beaucoup d’armes à la Syrie

Tanks in Azaz, Syria

Par Francesco Grignetti, 06/09/2013

ROME – Retour en 1998, Bill Clinton a parié sur le jeune Assad. Il devait être le successeur de son père, et les États-Unis estimaient que le jeune Bachar al-Assad, une fois qu’il aurait atteint le pouvoir, serait la personne qui ferait revenir la Syrie au sein des nations civilisées du monde.

Et ainsi le gouvernement Clinton, en dépit de la controverse que cela a provoqué, a pris des décisions très importantes: la Syrie a été retirée de la liste noire des pays producteurs de stupéfiants, les sanctions ont été levées, et l’embargo sur les armes a été assoupli. Les alliés de l’Amérique ont rapidement suivi, et l’Italie a été le pays le plus rapide à rétablir des liens avec Damas. Résultat: un ordre massif de ce qui était alors un jour de paie de 400 milliards de lires (206 millions d’euros) pour l’industrie militaire italienne.

Le gouvernement italien a autorisé cet ordre-monstre comme on le voit dans le rapport d’armement présenté au Parlement le 31 Mars 1999, par le gouvernement du Premier ministre Massimo D’Alema: « En 1998, l’important total d’exportation provient principalement d’un seul pays de destination, et dans la pratique, venant d’une seule commande. Parmi les principaux pays, la Syrie était la première destination avec 21,79% des exportations d’armes, équivalant à 400,64 milliards de lires avec une autorisation unique. « Avec un seul achat, Damas a de loin dépensé plus que la France et les Etats-Unis dans sa son shopping militaire en Italie.

Ce que cet ordre impliquait effectivement apparut clairement au cours des années suivantes: des viseurs à vision nocturne pour les blindés avec des capacités thermiques et laser, appelés « Turms », produits par une société à l’intérieur du conglomérat italien Finmeccanica. Cela permettrait aux Syriens de moderniser les vieux chars soviétiques T72 qui ont été équipés avec des viseurs plutôt rudimentaires.

La société, Galileo Avionica [SELEX Galileo], a empoché 229 millions de dollars, en échange de 500 pièces Turms. Comme le veut la procédure, l’ordre a été établi par les entreprises, puis autorisé par le gouvernement. La provision a été étalée sur plusieurs années; ce genre d’équipement n’est pas tenu dans un entrepôt prêt à être emporté, mais produit et livré en lots.

Les faveurs du dictateur

Il n’est pas surprenant que les statistiques européennes montrent un flot impressionnant d’exportations de l’Italie vers la Syrie à travers la première décennie du nouveau millénaire [années 2000]. Le taux était si élevé que l’Italie est devenue le leader européen de la vente d’armes. Mais elle n’était pas seule. Toujours en 1998, un navire marchand a mis la voile depuis le Danemark avec 12 chars T72 à bord et 186 tonnes de munitions. Et en Allemagne, un scandale venait récemment d’éclater autour de Telemit Electronics, soupçonné d’avoir soudoyé le ministre des Affaires étrangères Hans-Dietrich Genscher du parti libéral en échange d’autorisations gouvernementales pour exporter vers la Syrie, la Jordanie, l’Arabie Saoudite et l’Irak.

Sans perdre le sens des proportions, cependant, il faut se rappeler que pour les 10 dernières années, la Russie de Vladimir Poutine est le marchand d’armes de réference de la Syrie: 78% des armes dans l’armée d’Assad viennent de Moscou.

« Et nous ne parlons que des ventes officielles ici, » avertit le vice-président de l’archive du désarmement de l’Italie [Archivio Disarmo], Maurizio Simoncelli, « pas des marchés gris ou au noir. Les statistiques, comme on pouvait s’y attendre, n’enregistrent que les contrats enregistrés. Ensuite, il y a tout le reste. « 

« Tout le reste » est tout ce qui est transporté secrètement. Sinon, il serait impossible d’expliquer comment il y a encore tant d’armes en Syrie, alors qu’un embargo sur les armes a été mis en place sur le régime pendant deux ans et que presque personne n’admettra avoir fourni les rebelles. Selon l’Observatoire permanent sur les « armes légères » (une définition vague comprenant généralement des pistolets, des fusils, cartouches, et même des bombes manuelles, mitrailleuses et lance-missiles) et le réseau du désarmement en Italie, la forte hausse des exportations d’armes légères vers la Turquie est très suspecte.

Selon une enquête récente sur le site Wired, les commandes de Galileo Avionica ont continué pendant 10 ans, avec un pic en 2002 et 2003. Et étant donné que 500 viseurs de blindés est un nombre énorme, même pour la vaste armée d’Assad, on pense qu’un certain nombre de ces pièces ont été transmises à Saddam Hussein « sous le comptoir ».

C’était la veille de la deuxième guerre du Golfe, après tout. Le Secrétaire américain à la Défense, Donald Rumsfeld, a accusé le régime d’Assad de fournir des armes à Saddam et de contourner ainsi l’embargo qui était en place. Qui plus est, c’est la même période où le régime irakien a déménagé son arsenal chimique en Syrie. Voilà quelques-unes des mêmes armes chimiques que Saddam avait utilisé contre les rebelles kurdes, et qu’Assad utilise aujourd’hui. Un échange de faveurs d’un dictateur à l’autre.

Source: http://www.worldcrunch.com/syria-crisis/not-just-russia-italy-other-europeans-sold-plenty-of-weapons-to-syria/arms-syria-italy-weapons-embargo/c13s13307/#.VHg0lIc3fxw

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Al-Qaïda, nouveau prétexte à une propagande contre le Moyen-Orient – mais faut-il leur rappeler qu’il y a des solutions pour sortir du terrorisme?

En tant que responsable de ce blog, je voudrais sensibiliser les lecteurs à la continuelle propagande qui est faite contre le monde musulman, et notamment sur les causes du terrorisme international, surnommé Al-Qaïda. Un titre récent m’interpelle: « Al-Qaïda, plus forte et dangereuse que jamais, selon les experts« , peut-on lire dans plusieurs titres de presse. Les médias occidentaux, semble-t-il volontairement ou involontairement, quelques jours après le vote de la LPM [Loi de Programmation Militaire] en France, continuent de relayer une propagande qui vise à effrayer les citoyens du monde entier face à la menace terroriste, à influencer nos esprits pour nous faire croire qu’il existe toujours une guerre de civilisations et que les lois sur l’espionnage sont ainsi justifiées, mais sans pour autant expliquer les vraies raisons du terrorisme et sans expliquer qu’il y a des solutions faciles à trouver pour que tout le monde vive en paix sur cette planète, à l’abri du terrorisme. Nos médias, si intelligents et souvent complices des gouvernements, oublient de mentionner qu’il y a des solutions pour éradiquer le terrorisme, mais que si celui-ci n’est pas éradiqué, c’est que les réseaux terroristes sont utiles parfois aux intérêts des gouvernements pour renverser des régimes et pour évincer du pouvoir les gens qui font obstacle à certains. Les civils, que ce soit en Occident ou au Moyen-Orient, ne veulent plus du terrorisme, et nous ne voulons pas non plus que le terrorisme serve de prétexte aux gouvernements pour censurer l’internet, interdire des manifestations, accroître l’espionnage et réduire les droits à la liberté d’expression, où que ce soit dans le monde.

Al-Qaïda est utilisé aujourd’hui, comme c’était le cas il y a dix ans, avec l’Irak et l’Afghanistan, comme un prétexte pour attiser la haine entre les populations, pour nous faire croire que le Moyen-Orient est un ennemi de l’Occident, au risque de nous faire oublier qu’Al-Qaïda a eu des liens avec les Etats-Unis dans les années 80, comme l’affirmait Hillary Clinton. Au contraire, n’avez-vous pas compris que les seuls ennemis, ce sont les gouvernements qui ne cessent de se livrer des guerres entre eux? Le terrorisme, c’est une affaire d’Etat: ce sont des Etats qui se livrent une guerre pour le pouvoir et qui règlent leurs comptes personnels sur le dos des civils qui meurent et qui sont les victimes de tous ces attentats. Nous ne connaissons même pas les vrais enjeux de tous ces actes terroristes, mais certainement, il n’y a derrière tous ces attentats aucun prétexte religieux, et si les terroristes étaient religieux, ils devraient savoir qu’il n’y a rien de plus précieux que la vie pour un être humain et que la religion donne pour principe d’aimer la vie, et non de la détruire. Ceux qui tuent et commettent des attentats terroristes ne croient pas en la vie, ils ne croient pas en la démocratie et ils ne respectent pas la vie des civils qui meurent aux quatre coins de la planète. Le terrorisme ne sert en fait que l’intérêt des gouvernements et de gens haut placés au sein des gouvernements, et ceci leur permet de manipuler l’opinion publique et de faire passer toutes sortes de lois.

Mais parce que l’Occident persiste à fermer les yeux sur les vraies causes du terrorisme, nous, en tant que citoyens, nous leur disons: Il y a des solutions pour mettre fin à tous ces attentats et tous ces crimes. Et si vos services secrets ne sont pas en mesure de trouver des solutions efficaces pour mettre fin au terrorisme, malgré tous les moyens diplomatiques et technologiques que vous possédez, malgré tout l’argent que vous investissez, alors nous allons vous les donner, ces solutions qui sont pourtant si simples à trouver:

Premièrement, arrêtez d’opprimer les peuples du Moyen-Orient et de les rendre responsables du terrorisme. Traitez-les de manière égale aux peuples occidentaux, car les civils ne sont en rien la cause du terrorisme. Les civils au Moyen-Orient veulent la paix, comme nous voulons aussi la paix ici en Europe et ailleurs. Nous sommes solidaires avec eux, car ils veulent aussi le développement économique et le bien-être de leur société. Ils ne sont pas responsables de ce que des fous islamistes prétendent faire en leur nom ou au nom de la liberté. Que l’Occident traite ces peuples avec respect, et ce n’est pas parce que leur civilisation est moins développée économiquement, que vous avez le droit de les menacer diplomatiquement ou d’envoyer des embargos contre leurs nations.

Deuxièmement, aidez les peuples du Moyen-Orient à développer les droits de l’homme avec des aides économiques, au lieu de consacrer des millions de dollars à financer des armées et le développement militaire de ces pays. Si ces pays ne maîtrisent pas encore clairement le concept des droits de l’homme à la manière de l’Occident, il faut arrêter de leur livrer des armes ou des logiciels d’espionnage de leur population, ces choses ne faisant qu’accroître le manquement aux droits de l’homme et mettant en péril des milliers de civils. Actuellement, l’économie au Moyen-Orient a surtout pour destination l’intérêt des multinationales, le pétrole et les technologies de surveillance, alors que l’intérêt de l’économie devrait être centré sur la promotion des droits de l’homme et de la liberté des citoyens.

Troisièmement, arrêtez d’envoyer des drones sur les civils et de tuer les gens dans des pays qui détiennent des terroristes sur leur territoire. Tout civil a droit à la vie, même s’il est terroriste ou présumé terroriste. Il est préférable d’arrêter un terroriste et de le juger de manière démocratique, pour qu’il puisse faire face aux accusations de manière responsable face à la société. Les Etats-Unis envoient des drones sur des civils, sans même savoir si ceux-ci sont effectivement des terroristes, sans même qu’ils aient été arrêtés ou jugés. Certains sont tués par erreur. Comment voulez-vous que des réseaux comme Al-Qaïda n’exploitent pas la détresse des civils dont les proches ou les enfants ont été tués par erreur par vos armes ou par vos drones? L’Occident ne fait que donner des raisons à Al-Qaïda d’attiser la colère des populations et de recruter encore plus de terroristes, parce que ce sont des politiques inefficaces. La politique du drone est une politique de la violence, qui n’apportera que la violence au sein des populations dans le monde. La promotion de la paix au Moyen-Orient doit se faire dans le dialogue, et non dans le meurtre de la population par des moyens de haute-technologie.

Quatrièmement, incitez les multinationales étrangères à faire la promotion des droits de l’homme et à investir une partie de leurs énormes profits pour développer les droits de l’homme au Moyen-Orient. Incitez les multinationales étrangères à montrer l’exemple et à être digne des valeurs démocratiques de l’Occident. Quand les multinationales sont à l’étranger, leurs dirigeants devraient appliquer et respecter les mêmes droits que ceux qu’ils respectent quand ils sont dans leur pays: ils ne devraient pas chercher à exploiter la population locale, ils devraient appliquer une égalité dans les salaires et accorder des conditions de travail respectables à leurs salariés, respecter l’écologie et au besoin intervenir pour prévenir des catastrophes environnementales. La terre est un bien commun à tous. En Occident ou au Moyen-Orient, les multinationales doivent se rendre responsables de leurs activités face aux populations, afin de permettre le développement au sein de ces pays, et non pas pour freiner les droits et la liberté d’expression des habitants. Moralisez les multinationales internationales, et peut-être que le monde deviendra un peu plus moral et respectueux des droits de l’homme.

Enfin, demandez aux médias internationaux d’arrêter de relayer les propagandes en faveur de la guerre. Les médias ont un poids de conscience dans la construction d’un conflit entre les civilisations de l’Occident et du Moyen-Orient. Les médias propagent la haine entre les cultures du monde, parce qu’ils obéissent aux ordres des gouvernements et parce qu’ils ne comprennent pas l’intérêt de donner une vraie information aux citoyens dans le monde. Les médias ne donnent pas non plus d’informations sur les problèmes, les causes et les origines réelles du terrorisme international, qui fut utilisé et financé par les Etats-Unis comme un instrument de lutte contre l’influence soviétique, notamment en Afghanistan. On veut nous faire croire aujourd’hui que l’Occident est plus sûr, – grâce à vos systèmes d’espionnage qui portent atteinte à notre vie privée -, et l’Orient moins sûr avec Al-Qaïda. Mais les problèmes sont les mêmes partout: il n’y a pas un Moyen-Orient avec ses problèmes particuliers, et un Occident avec d’autres problèmes. Les civils font partout sur terre face aux mêmes problèmes de pauvreté, de logement, de crise et d’austérité, face à des gouvernements qui investissent dans les guerres, au lieu de développer l’éducation et la santé, et face à des gouvernements de plus en plus oppressifs quand aux libertés accordées aux citoyens. Al-Qaïda, encore un prétexte pour attiser le nationalisme en Europe et envoyer des soldats se faire tuer au Moyen-Orient? Les médias devraient nous apporter des solutions pour faire face au terrorisme, au lieu de nous répéter sans cesse qu’il y a des problèmes. Les médias piaillent comme des poules dans un poulailler pour nous alerter sur du vent, mais nous citoyens, nous aimerions entendre parler des êtres humains dotés de conscience et faisant pleinement face aux problèmes et aux défis de la société future. Arrêtez de nous faire peur avec Al-Qaïda, en agitant l’ombre de vos médias, et présentez-nous des vraies solutions, pacifistes et humaines à la fois, pour mettre fin au terrorisme et à l’extrémisme religieux. Les solutions sont à la portée de tous, il ne manque que le courage à ceux qui nous gouvernent pour les appliquer.

La paix peut exister en ce monde, si seulement nous pouvons être gouvernés par des gens intelligents – qui vivent les yeux ouverts sur les problèmes du monde, et non le regard fermé face aux enjeux et aux espoirs de l’avenir -, des gens emplis de sincérité et de courage qui devront nécessairement avoir pour principe premier le respect des droits de l’homme et le droit à la vie de chaque être humain sur la terre. Le droit à la vie est un principe inébranlable dans la construction et la diffusion des valeurs de  la démocratie. Ni peine de mort, ni torture, ni drones, prisons secrètes ou répression politique ne peuvent remplacer cela, de même que l’espionnage mondial ne pourra pas non plus améliorer la démocratie. L’avenir de la démocratie est dans les mains de l’Occident, c’est à nos dirigeants de changer la donne et de redonner un sens à ce mot partout dans le monde.

WikiLeaks a traqué les vendeurs d’armes de surveillance

Wikileaks:SpyFiles3Voir la carte interactive sur Rue89

Rue89, publié le 4/09/2013

Jean-Marc Manach, journaliste

Selon les révélations de l’unité de contre-espionnage de WikiLeaks, auxquelles Rue89 a eu accès avec 18 médias étrangers, les marchands de surveillance numérique privilégient les pays peu regardants sur les droits de l’homme.

Les marchands d’armes n’aiment guère la publicité. Problème: les télécommunications, ça laisse des traces, opportunément exploitées par la NSA (entre autres), comme Edward Snowden l’a amplement démontré.

WikiLeaks a décidé de rendre publique la liste des pays visités par les principaux marchands d’armes de surveillance numérique, dont trois « sociétés ennemies d’Internet » – pointées du doigt par Reporters sans frontières pour avoir vendu des logiciels espions à des pays eux aussi considérés par RSF comme des « ennemis d’Internet ».

En 2011, WikiLeaks avait rendu publics, avec ses « SpyFiles », des centaines de documents internes révélant l’ampleur du business des logiciels et systèmes d’espionnage et de surveillance des télécommunications.

Dans une nouvelle série de révélations, intitulée « SpyFiles 3 », à laquelle Rue89 a eu accès en partenariat avec dix-huit autres médias étrangers, WikiLeaks révèle que la WLCIU (pour WikiLeaks Counter Intelligence Unit), son « unité de contre-espionnage » (sic), a recensé les pays d’où se sont connectés les téléphones portables de dix-neuf employés ou responsables de onze marchands d’armes de surveillance numérique.

Surveillés depuis des mois par WikiLeaks

Du 4 au 6 juin derniers, le gotha de la surveillance des télécommunications se réunissait au Clarion Congress Hotel de Prague, à l’invitation d’ISS World. L’entrée de ce salon itinérant, interdit aux journalistes mais organisé sur les cinq continents, facturée entre 995 et 2 295 dollars (entre 755 et 1 742 euros), est réservée aux représentants de services de renseignement, forces de l’ordre et gouvernements.

issworldISS World, le supermarché des marchands d’armes de surveillance numérique

Les participants viennent y découvrir les dernières nouveautés en matière de surveillance et d’interception des télécommunications, assister à des démonstrations « live » de logiciels espions, et à des dizaines de conférences où les marchands d’armes expliquent comment leurs systèmes et logiciels peuvent aider les autorités à surveiller et combattre « les activités criminelles conduites sur les réseaux de télécommunication, l’Internet et les réseaux sociaux ».

Du 7 au 9 juillet, plusieurs de ces marchands d’armes se retrouvaient à Lyon, au forum Technology Against Crime, qui se targue de vouloir devenir le « Davos de la sécurité » puis, du 22 au 25, au Brésil, pour l’édition sud-américaine du salon ISS.

Ce qu’ils ne savaient pas, c’est que plusieurs d’entre eux étaient surveillés, depuis des mois et pour certains des années, par l’unité de contre-espionnage de WikiLeaks.

Et force est de constater que, lorsqu’ils sont en voyage d’affaires, ces mercenaires du numérique ont une furieuse tendance à privilégier les pays peu regardants en matière de droits de l’homme. (Dans la carte ci-dessus, cliquez sur les pays en rouge pour connaître leur rang au classement RSF de la liberté de la presse, et découvrir quels marchands d’armes les ont visités.)

Droits de l’homme et bord de mer

L’allemand Trovicor, ex-Nokia Siemens Networks, est l’un des plus gros fournisseurs de solutions légales d’interception dans le monde. Plus de 100 pays utiliseraient ses technologies, et c’est le principal sponsor du salon ISS. Son code de bonne conduite précise, au chapitre « business ethics » que l’objectif de l’entreprise est de faire partie des industries leaders en matière de responsabilité sociale et de respect des droits de l’homme.

Elle n’en a pas moins fourni des systèmes d’interception à l’Iran, au Bahreïn et en Syrie, ce qui en a fait l’un des principaux « ennemis d’Internet » pour RSF. Sur ses 170 employés, un seul était surveillé par la WLCIU, qui avance que, depuis janvier, il a été deux fois aux Emirats arabes unis (où Trovicor a une filiale), ainsi qu’en Bulgarie, Serbie, et en Thaïlande, l’un des quatorze pays placés « sous surveillance » par RSF en 2012, en raison de ses velléités de contrôle, de filtrage et de censure d’Internet.

Contactée, la responsable communication de Trovicor à répondu à Rue89 que la liste de ces pays lui fait penser à l’itinéraire de quelqu’un qui apprécierait particulièrement les pays en bord de mer, et que son employeur s’interdit par ailleurs de vendre ses solutions à tout pays en guerre civile…

Mr Q. au Turkménistan

Elaman, elle aussi allemande, se présente comme spécialiste des « solutions de sécurité gouvernementale ». Son catalogue, que WikiLeaks avait rendu public à l’occasion des Spy Files, est un inventaire de tout ce dont aurait rêvé le Mr Q. de James Bond.

Sur la page d’accueil de son site web, Elaman avance que « la confidentialité est essentielle dans le business de la sécurité ». Elle aurait donc probablement préféré que l’on ne sache pas que, du 21 au 24 janvier dernier, puis les 12 et 13 juin, son responsable commercial, Holger Rumscheidt, était au Turkménistan, 177e (sur 179) au classement RSF de la liberté de la presse, un des douze pays considérés par l’ONG, en 2012, comme faisant partie des « ennemis d’Internet ».

Décrit par RSF comme « l’un des plus fermés au monde », le Turkménistan est aussi l’« un des pays les plus hostiles à la liberté d’expression ». Facebook, Twitter, YouTube et Gmail y sont bloqués et « les possesseurs d’antennes paraboliques ou de téléphones portables sont considérés comme des ennemis en puissance ».

La liste des pays d’où Rumscheidt s’est connecté au réseau téléphonique indique qu’il a aussi visité l’Azerbaïdjan (156e du classement RSF) en février 2012, la Jordanie (134e) en avril dernier, et multiplié les déplacements au Liban (101e), au sultanat d’Oman (141e) et aux Emirats arabes unis (114e), par ailleurs placés « sous surveillance » par RSF en 2012, suite aux « arrestations arbitraires » de plusieurs blogueurs qui avaient osé demander aux autorités de procéder à des réformes, ce qui leur avait valu des condamnations de deux à trois années de prison.

Les logiciels espions des Printemps arabes

Le groupe britannique Gamma, une des cinq sociétés classées « ennemies d’Internet » par RSF, n’est pas en reste : entre les 2 et 10 mars 2013, pas moins de quatre de ses principaux responsables se rendaient ainsi aux Emirats arabes unis, en compagnie d’Holger Rumscheidt (Gamma a noué une alliance de sécurité avec Elaman). Au total, huit des onze entreprises surveillées par la WLCIU ont visité les Emirats l’an passé.

La liste de WikiLeaks révèle que les employés de Gamma placés sous surveillance auraient par ailleurs visité le sultanat d’Oman, le Liban, l’Ouganda (104e au classement RSF), le Qatar (110e), le Nigéria (115e), Brunei (122e), l’Ethiopie (137e), l’Indonésie (139e) et la Guinée Equatoriale (166e), ainsi que deux des douze pays placés « sous surveillance » par RSF à l’occasion de son rapport sur les « ennemis d’Internet »: la Malaisie (145e) et le Kazakhstan (160e).

L’employé de Gamma dont le téléphone portable était, du 9 au 12 juin dernier, localisé au Kazakhstan, est un « usual suspect »: Martin Münch, né en 1981, est le responsable de FinFisher, une suite de logiciels espions (ou « chevaux de Troie ») qui ont beaucoup fait parler d’eux depuis que, Printemps arabes aidant, on a découvert qu’ils avaient été utilisés en Egypte, pour espionner des dissidents au Bahrein, ainsi que, comme l’ont révélé des chercheurs américains au printemps dernier, dans au moins 35 pays, dont quinze des pays visités par les employés de Gamma et de ses filiales l’an passé (Brunei, Nigeria, Afrique du Sud, République tchèque, Ethiopie, Indonésie, Malaisie, Mexique, Qatar, Serbie, Singapour, Turkménistan, Royaume-Uni, Etats-Unis, Emirats arabes unis).

Finfisher Spying & Monitoring Tools
Par Guillaume Dasquié

25 200 euros le « kit d’intrusion »

WikiLeaks publie par ailleurs une dizaine de documents révélant comment FinFisher et une entreprise suisse, DreamLab, ont vendu un « proxy d’infection » afin de pouvoir infecter les ordinateurs des citoyens ou résidents d’Oman et du Turkménistan (à la demande de leur gouvernement), ainsi qu’une fiche confidentielle révélant combien sont facturés ces logiciels espion.

Comptez 25 200 euros le « kit d’intrusion », ou bien 100 000 euros la licence de FinSpy, sa solution complète d’intrusion à distance, si vous voulez espionner de une à dix cibles, mais 250 000 euros si vous voulez en surveiller plusieurs centaines, plus 9 500 euros de licence (par client). Le support technique, et les mises à jour, sont facturés 255 338 euros la première année, ou 308 960 euros pour trois ans. Les formations, elles, sont facturées 22 500 euros, les cinq jours. Un juteux business qui a d’ailleurs conduit Gamma à ouvrir un compte « offshore » aux Iles vierges britanniques…

Interviewé par un journaliste de Bloomberg, Martin Münch déplorait l’an passé la publicité faite par les nombreux articles expliquant comment les logiciels espions de FinFisher étaient utilisés pour espionner des défenseurs des droits de l’homme et cyberdissidents, et expliquait avoir abandonné toute forme de vie sociale : « Si je rencontre une fille et qu’elle tape mon nom dans Google, je suis sûr qu’elle ne me rappelera jamais »…

Le blog du « voyageur au Moyen-Orient »

D’autres employés n’ont pas ces pudeurs de jeunes filles : Nelson Brydon, qui se présente sur son compte Twitter (@Brydon_N, désormais indisponible) comme « voyageur au Moyen-Orient » a ouvert un blog (désormais indisponible aussi) où il narre ses nombreux voyages en avion entre le Qatar et Dubaï, l’Ouganda, l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et Munich – siège social d’Elaman, révélant incidemment la liste des pays où sont donc probablement installés des logiciels ou systèmes espions de Gamma, son employeur.

Sur ce blog, Nelson Brydon ne parle pas de son métier mais, une fois par an, il rédige un (très) long billet où il explique ce que cela fait de prendre l’avion, et compare les compagnies aériennes, les stewards, hôtels…

Le dernier billet se conclut par un « rendez-vous en 2013 ». Sans trahir de secret professionnel, la liste de WikiLeaks indique que, rien qu’entre février et août, il a déjà été cette année sept fois au Qatar, ainsi qu’aux Emirats arabes unis, à Oman, en Malaisie, qu’il était à Chypre du 8 au 29 juillet (en vacances ?), et qu’il était de nouveau au Qatar du 18 au 22 août derniers.

Les petits secrets d’Hacking Team

L’unité de contre-espionnage de WikiLeaks s’est également intéressée au principal concurrent de FinFisher, Hacking Team, une entreprise italienne elle aussi placée dans la liste des « ennemis d’Internet » de RSF. Elle s’était en effet fait connaître après que des journalistes marocains, et un blogueur des Emirats arabes unis, ont reçu des e-mails infectés par « Da Vinci », son logiciel espion.

En avril dernier, une étude de Kaspersky Lab avait révélé que le cheval de Troie d’Hacking Team était particulièrement utilisé au Mexique, en Italie, au Vietnam, aux Emirats arabes unis, en Irak, au Liban et au Maroc. La WLCIU révèle aujourd’hui que les deux employés de Hacking Team qu’elle a surveillé ont multiplié les courts séjours (de deux jours) au Maroc en 2011, 2012 et 2013, ainsi qu’aux Emirats arabes unis, à Singapour, en Serbie, en Espagne, Egypte, Arabie saoudite, au Qatar, Liban, en Malaisie et à Oman.

Eric Rabe, conseiller juridique de Hacking Team, a refusé de commenter la liste des pays visités, mais a tenu à préciser que son employeur avait constitué un panel d’experts indépendants habilité à opposer un veto à tout contrat, qu’il vérifie systématiquement si leurs nouveaux clients pourraient se servir de leurs logiciels espions pour commettre des violations des droits de l’homme, et qu’Hacking Team se réserve le droit de refuser ou suspendre tout contrat en pareil cas, ce qui serait déjà arrivé.

Interrogé sur les soupçons d’utilisation de leur cheval de troie pour espionner des opposants marocains et émiratis, Eric Rabe refuse de rendre publiques les conclusions de leur contre-enquête, ni d’éventuelles mesures prises depuis. Il refuse également de révéler l’identité des experts indépendants, non plus que de leur permettre de répondre aux questions des journalistes, afin d’éviter qu’ils ne fassent l’objet de « pressions pouvant influencer leurs décisions »…

Julian Assange : « Surveiller les surveillants »

Et c’est précisément, explique le fondateur Julian Assange, pour « mettre en lumière cette industrie secrète de la surveillance, qui travaille main dans la main avec les gouvernements de par le monde pour autoriser l’espionnage illégitime de citoyens » que WikiLeaks a lancé ces « SpyFiles 3 », qui permet de doubler le nombre de documents, brochures, plaquettes et autres portfolios émanant des marchands d’armes de surveillance numérique contenus dans la base de données de l’ONG.

Interrogé sur ce qui lui avait permis de mener l’opération de « location tracking » (sic), Julian Assange oppose un « no comment » ferme et définitif. Tout juste consent-il à expliquer que « le rôle de la WLCIU est de protéger les actifs, personnels et sources de WikiLeaks de toute opération d’espionnage hostile, et de révéler la nature des menaces en terme d’espionnage qui pèsent sur les journalistes et leurs sources »:

« Cela comprend des mesures de contre-espionnage incluant, par exemple, la détection de mesures de surveillance mais également le fait de recevoir des informations émanant de sources internes aux organisations susceptibles de menacer la sécurité des journalistes.

Les données collectées par la WLCIU et révélées dans ces SpyFiles 3 permettent aux journalistes et citoyens d’aller plus loin dans leurs recherches portant sur l’industrie de la surveillance, et de surveiller les surveillants. »

Les révélations de la WLCIU ont permis au magazine espagnol Publico de découvrir que la Guardia Civil et l’armée espagnole avaient passé un contrat avec Gamma. En février dernier, plusieurs ONG, dont Reporters sans frontières et Privacy International, portaient plainte contre Gamma et Trovicor, qui auraient violé onze des principes directeurs de l’OCDE, censés garantir la responsabilité sociale des multinationales, en fournissant des armes de surveillance numérique au Bahreïn.

Les nouvelles révélations de WikiLeaks, et la liste des pays, pourraient donner de nouveaux arguments à ceux qui plaident pour un contrôle à l’exportation des systèmes et outils de surveillance et d’interception des télécommunications qui, à ce jour, ne sont pas considérés comme des « armes », et peuvent donc être vendus à des pays connus pour bafouer les droits de l’homme, en toute légalité.

Source: http://www.rue89.com/2013/09/04/nouvelles-revelations-lunite-contre-espionnage-wikileaks-245374

Wikileaks: Spy Files 3, nouveaux documents sur l’industrie de la surveillance

spyfiles

Communiqué de Wikileaks, 4 septembre 2013

Aujourd’hui, mercredi 4 septembre 2013, à 16:00 UTC, WikiLeaks publie ‘les SpyFiles, volume 3‘ – 249 documents de 92 sociétés privées du renseignement. Ces documents révèlent comment, en même temps que se privatisataient les milieux du renseignement, les USA, l’Union Européenne et les agences de renseignement des pays développés ont dépensé des millions à la hâte, afin d’acquérir des technologies de surveillance de masse de dernière génération, ciblant des communautés, des groupes, voire des populations entières.

Comme l’annonce Julian Assange, directeur de la publication de WikiLeaks: « Les SpyFiles, volume 3, sont la suite de notre engagement ininterrompu à mettre au jour l’industrie secrète de la surveillance de masse. Cette publication double le volume actuel de la base de données SpyFiles de WikiLeaks. Ces SpyFiles sont une ressource de valeur pour les journalistes tout comme les citoyens, détaillant et expliquant à quel point les agences de renseignement d’état font corps avec le monde des entreprises dans leur pari de récolter toutes les communications électroniques de l’humanité »

Le groupe de travail de contre-espionnage de WikiLeaks surveille les surveillants. Le WLCIU (WikiLeaks’ Counter Intelligence Unit) a collecté des données sur les mouvements des acteurs majeurs de l’industrie de la surveillance, y compris les dirigeants de Gamma, des groupes de hackeurs et d’autres, lors de leurs voyages en Azerbaidjan, Bahrain, Brésil, Espagne, Mexique, et autres pays.

« Le groupe de travail de contre-espionnage a pour but de défendre les contacts, l’équipe et les sources de WikiLeaks, et plus généralement de lutter contre les menaces faites aux journalistes d’investigation, et le droit du public à savoir. » confirme Julian Assange, directeur de la publication de WikiLeaks.

Les documents de ce volume 3 des SpyFiles contiennent des prospectus commerciaux et présentations utilisés pour courtiser les agences nationales de renseignement, et les amener à acheter des technologies et services de surveillance de masse. Les SpyFiles volume 3 contiennent également des contrats et plans de déploiement, illustrant en détails comment certains systèmes sont installés et opérés.

Les technologies d’espionnage sur Internet actuellement vendues sur le marché sont capables de détecter les services chiffrés et masqués tels que Skype, BitTorrent, VPN, SSH et SSL. Les documents révèlent comment les contractants travaillent avec les services de renseignement et de maintien de l’ordre pour obtenir les clés de chiffrement employées.

Les documents détaillent également les méthodes d’interception brute des communications par voix, SMS, MMS, email, fax et téléphone par satellite. Les documents publiés montrent aussi que les contractants du renseignement proposent l’analyse en temps-réel des interceptions web et mobiles.

Les contrats et plans de déploiement dévoilés dans cette série prouvent que ces technologies sont utilisées pour infecter les ordinateurs d’utilisateurs à Oman avec un logiciel espion permettant la prise de contrôle à distance, et ce sans discrimination. Le logiciel FinFly ‘iProxy’ de Dreamlab montre comment une source est identifiée, et un malware silencieusement installé en parallèle d’un téléchargement légitime, tout en faisant en sorte que le téléchargement fonctionne comme prévu. Le mode d’identification de la cible a pour conséquence que toute personne utilisant la même connexion réseau sera systématiquement et automatiquement interceptée et infectée, y compris des cibles involontaires.

Organisations à contacter pour toute question:

Source: http://wikileaks.org/spyfiles3pf.html

Amesys n’est pas la seule entreprise à avoir vendu des logiciels de surveillance à Kadhafi

Une salle du centre de surveillance en Libye, explorée par le Wall Street Journal

FRANCE/LIBYE – L’entreprise française a aidé Kadhafi à espionner l’opposition: rapport

Publié le 12-03-2013 00h00 GMT

Email-ID 4119800
Date 2011-08-30 18:47:10
From yaroslav.primachenko@stratfor.com
To os@stratfor.com

L’entreprise française a aidé Kadhafi à espionner l’opposition: rapport

30/08/11

http://www.france24.com/en/20110830-french-firm-helped-kadhafi-spy-opposition-report

AFP – Une filiale de l’entreprise IT française Bull a aidé le régime de Mouammar Kadhafi à espionner les e-mails et les messages instantanés d’opposants de l’homme fort déchu de la Jamahiriya, selon un rapport de mardi.

Amesys, qui se décrit lui-même sur son site comme « un acteur-clé dans le domaine de la sécurité et des systèmes critiques au niveau national et international », a installé un centre de surveillance à Tripoli en 2009, selon le Wall Street Journal.

Le journal, citant des personnes proches du dossier, a déclaré que l’entreprise a équipé le centre avec une technologie d' »Inspection Approfondie des Paquets » pour espionner les activités en ligne des ennemis de Kadhafi.

Le régime libyen, au début de cette année, a eu des entretiens avec Amesys et d’autres entreprises, y compris l’unité Narus de Boeing, un fabricant de produits de surveillance du trafic internet, alors qu’ils cherchaient à accroître l’appareil de surveillance du régime, dit le Journal.

L’entreprise de télécommunications chinoise ZTE a également fourni de la technologie pour l’opération de surveillance, indique le rapport.

Bull a dit qu’il n’avait aucun commentaire à faire sur le rapport, lorsqu’il a été contacté par l’AFP.

Narus a déclaré au Wall Street Journal: « Il n’y a pas eu de ventes ou de déploiements de la technologie Narus en Libye », tandis que ZTE a refusé de commenter lorsqu’il a été sollicité par le quotidien.

Le Journal a dit que ses journalistes avaient fait le tour du centre de surveillance et trouvé des fichiers sur place qui incluent des e-mails écrits aussi récemment qu’en février, après le coup d’envoi du soulèvement libyen.


Yaroslav Primatchenko
Surveillance mondiale
Stratfor

Source: http://search.wikileaks.org/gifiles/?viewemailid=4119800

« La vie sous le regard des espions de Kadhafi » (Wall Street Journal): http://online.wsj.com/article/SB10001424052970203764804577056230832805896.html

Photos du centre de surveillance en Libye (Wall Street Journal): http://online.wsj.com/article/SB10001424052970203764804577056230832805896.html#slide/1

Articles OWNI sur Amesys: http://owni.fr/tag/amesys/

Articles Reflets.info sur Amesys: http://reflets.info/?s=amesys

Révolution et Libertés: « Stoppons le marché de l’armement! »

Stoppons le marché de l'armement!

Posté le 19 juillet 2013

Un peu partout dans le monde, les marchands d’armes prolifèrent là où les conflits s’enlisent et font des bilans très lourds. Les marchands d’armes ne sont pas les amis des peuples, au contraire leur richesse se compte au nombre de crânes posés dans le cimetière ou la fosse commune pour les plus démunis. Les marchands de mort dans certaines régions sont considérés comme des libérateurs, alors qu’ils sont responsables de tous les crimes contre l’Humanité avec la collaboration de ceux qui les dictent.

L’Homme tue, les armes tuent, mais dans tous les cas, il y a un décès et un deuil à faire pour une famille. De plus, il a été démontré que dans les régions où il y a le plus de tueries par armes à feu, cela entraîne la création d’une véritable richesse pour les vendeurs d’armes.

Mais à cela, il faut comprendre que les armes sont un outil encore plus grand dans la création de génocide (crime contre l’humanité tendant à la destruction totale ou partielle d’un groupe national, ethnique, racial ou religieux). Or, nous savons que dans le cadre d’une extermination de masse, les armes à feu sont un moyen très efficace sur une population sans défense. Aussi dans les armes, il y est intégré les engins lourds, tels que les véhicules blindés, armés avec des gros calibres, ou encore des véhicules de guerre comme les Tanks. De plus, ces dernières années, les crimes contre l’Humanité (actes tels que le meurtre, l’extermination, le viol, la persécution et tous autres actes inhumains de caractère analogue causant intentionnellement de grandes souffrances, ou des atteintes graves à l’intégrité physique, ou à la santé physique ou mentale, sont commis « dans le cadre d’une attaque généralisée ou systématique lancée contre toute population civile et en connaissance de cette attaque ») sont en hausse. Ainsi, pour faire face à la recrudescence de ces formes d’atteinte à la vie, il est nécessaire de trouver des solutions concrètes. L’une d’entre elles permet d’orienter l’humanité vers d’autres principes que la guerre, car la guerre n’est pas la paix, elle est un drame. L’Homme a trop fait la guerre, trop enduré de souffrance.

Dans un processus de paix mondiale, il reste toujours un absent qui continue à entraver l’action pacifiste afin de soutenir les massacres et à alimenter le nombre de morts. Les marchands d’armes, qu’ils soient dans la légalité ou l’illégalité — là n’est pas le problème. Ils doivent répondre de leurs actes dans le rôle des guerres. Tant qu’ils n’auront pas été jugés, alors il n’y aura pas de justice et de paix pour les victimes et donc aucune résolution durable des conflits. Mettre un pansement sur une plaie cache la plaie, mais ne la guérit pas.

Il est nécessaire de traiter une partie de l’infection, si nous voulons être guéris des marchés de l’armement. Nous devons nous attaquer également aux outils financiers et aux banques qui investissent en masse pour faire du profit des corps qui sont enterrés. La logique de l’armement est une logique qui se base sur le « business de la mort ».

Avant tout, le débat sur l’armement est un débat citoyen. Un débat qui agit dans le progrès de l’être humain. En effet, nous ne pouvons laisser les notes devenir de la chaire à billet.

PLB

Source: http://revolutionetlibertes.wordpress.com/2013/07/19/stoppons-le-marche-de-larmement/

Révélation sur les ventes chimiques du Royaume-Uni à la Syrie

Révélation sur les ventes chimiques du Royaume-Uni à la Syrie

17 Juillet 2013, 7h18

Le Royaume-Uni a vendu des matériaux industriels en Syrie qui auraient pu être utilisés pour fabriquer des armes chimiques, selon un nouveau rapport publié par les députés sur les ventes d’armes.

Les Comités Communs sur le Contrôle des Exportations d’Armes [Committees on Arms Export Controls] (CAEC) a dit que c’était juste un exemple parmi de nombreuses transactions douteuses entre les entrepreneurs du Royaume-Uni et les pays que le Ministère des Affaires étrangères [Foreign & Commonwealth Office] (FCO) estime avoir de mauvais antécédents en matière de droits de l’homme.

Le CAEC [Committees on Arms Export Controls] a déclaré que des fournitures de fluorure de sodium, qui pourraient être utilisées pour fabriquer des armes chimiques, ont été envoyées en Syrie dans les deux dernières années.

Le fluorure de sodium est une composante légitime d’un certain nombre de produits civils, y compris la pâte dentifrice, mais il n’y a aucun moyen de savoir comment il a été utilisé au final.

Les députés ont tiré un coup de semonce à travers les arcs du gouvernement, remettant en cause les contrôles effectués sur plus de 3.000 licences d’exportation d’une valeur de plus de 12 milliards de £ [13,78 milliards d’euros] à 27 pays sur la propre liste du FCO [Foreign & Commonwealth Office] des pays concernés par les questions de droits de l’homme.

Alors que le CAEC [Committees on Arms Export Controls] a reconnu que la plupart des licences ont été pour des biens à double usage (civil ou militaire), ou pour d’autres équipements qui ne pouvaient pas facilement être utilisés pour la « répression interne », les députés ont dit que les chiffres étaient encore « étonnamment élevés ».

Le plus gros morceau des 12 milliards de £ [13,78 milliards d’euros] provient d’Israël, qui représente 7,8 milliards de £ [8,95 milliards d’euros].

Les Saoudiens sont les suivants, avec près de 1,9 milliard de £ [2,18 milliards d’euros], et la Chine est troisième, avec près de 1,4 milliard de £ [1,6 milliard d’euros].

Le Royaume-Uni a également permis de vendre des armes à l’Iran, à l’Egypte et à la Syrie parmi beaucoup d’autres.

« L’ampleur des licences stratégiques existantes dans 27 pays concernés par des préoccupations sur les droits de l’homme listés par le Ministère des Affaires étrangères [Foreign & Commonwealth Office, FCO] place dans un relief saisissant le conflit inhérent entre les exportations d’armes du Gouvernement et les politiques de droits de l’homme », a déclaré le président du CAEC, Sir John Stanley.

« Les comités adhèrent à leur précédente recommandation selon laquelle le Gouvernement devrait appliquer de manière significative des jugements beaucoup plus prudents quand il prend en considération les demandes de licence pour l’export d’armes pour des produits destinés à des régimes autoritaires ‘qui pourraient être utilisés pour faciliter la répression interne’ en violation de la politique officielle du gouvernement. »

Le député travailliste Richard Burden, qui préside le Groupe Parlementaire Multipartite Royaume-Uni-Palestine [Britain-Palestine All Party Parliamentary Group], a déclaré que la quantité allant vers Israël était « déconcertante ».

« Ce qui est le plus frappant, c’est que plus de la moitié du total va à Israël et aux Territoires Occupés Palestiniens », a-t-il dit.

« Regardez d’un peu plus près et vous verrez que la quasi-totalité de ces exportations vont vers Israël, avec seulement 5539 £ [6363 euros] à destination des Territoires Occupés. »

« Regardez de plus près encore, et vous voyez quelque chose de tout à fait déconcertant – 380 licences différentes ont été accordées pour les exportations d’armes et de matériel militaire à Israël. »

« Cependant, 7 765 450 000 de £ de la valeur des 7,8 milliards de £ d’équipements exportés vers Israël est couvert par une seule approbation de licence – pour les équipements utilisant la cryptographie et les logiciels pour les équipements utilisant la cryptographie. »

« C’est bizarre, d’autant plus qu’il y a des dizaines d’autres licences accordées pour l’exportation du matériel de cryptographie et pour des logiciels qui ont une valeur considérable – mais cela s’ajoute seulement à une infime fraction de ce montant. »

« Je mets à plat des questions au ministre aujourd’hui, pour savoir au juste sur quoi repose exactement toute cette autorisation. Est-ce qu’une seule entreprise est juste impliquée? Pourquoi l’ampleur de cette licence éclipse toutes les autres avec des titres similaires? Qu’est-ce que le contact implique réellement? »

Le Premier ministre David Cameron n’a montré aucun secret sur son désir de pousser les ventes de la défense britannique et il a conduit des missions en Inde, dans le Golfe et l’Arabie saoudite, pour tenter de rapporter des contrats de plusieurs millions de pounds, même si l’Arabie saoudite se situe dans les pays de la liste des préoccupations du Ministère des Affaires étrangères.

Tout comme l’Arabie saoudite, la liste des préoccupations du FCO [Foreign & Commonwealth Office] comprend l’Afghanistan, le Bélarus, la Birmanie, la Chine, la Colombie, Cuba, la Corée du Nord, la République Démocratique du Congo, l’Érythrée, Fidji, l’Iran, l’Irak, Israël et les Territoires Occupés Palestiniens, la Libye, le Pakistan, la Russie, la Somalie, le Soudan du Sud, le Sri Lanka, le Soudan, la Syrie, le Turkménistan, l’Ouzbékistan, le Vietnam, le Yémen et le Zimbabwe.

L’Argentine est l’un des cinq pays supplémentaires au sujet duquel le CAEC [Committees on Arms Export Controls] a montré de l’inquiétude – les autres sont le Bahreïn, l’Egypte, Madagascar et la Tunisie.

Le commerce des armes permet aux nations d’acheter de l’influence diplomatique et politique, en vendant des armes et de la technologie, tout en protégeant dans le même temps des centaines de milliers d’emplois à la maison.

Mais le problème, semble-t-il, d’après ce dernier rapport, est de s’assurer que l’on sait qui est en train de mettre la main sur cette technologie en dernier lieu.

Un porte-parole du Ministère de l’Economie, de l’Innovation et des Compétences [Department for Business, Innovation and Skills] a déclaré que le Gouvernement « exploite l’un des régimes les plus rigoureux en matière de contrôle des exportations d’armes dans le monde ».

« Une licence d’exportation ne serait pas accordée si nous évaluions qu’il existe un risque évident que les produits puissent être utilisés pour la répression interne, pour provoquer ou prolonger des conflits au sein d’un pays, pour être utilisés de manière agressive contre un autre pays ou présenter un risque pour notre sécurité nationale », a-t-il dit.

« Toutes les licences mises en évidence dans le rapport des comités ont été pleinement évaluées par rapport à un ensemble de critères rigoureux convenus au niveau international, et qui tiennent compte de la situation au moment où la demande de licence a été faite. »

« Lorsque les circonstances changent ou que de nouvelles informations apparaissent au grand jour, nous pouvons – et nous le faisons – en révoquant les autorisations existantes où la proposition d’exportation n’est plus compatible avec les critères. »

L’expert d’Amnesty International en matière de contrôle des armes, Oliver Sprague, a appelé à une plus grande transparence.

« En les regardant, les propres chiffres du Gouvernement, il serait difficile de ne pas conclure que les pratiques de vente d’armes du gouvernement britannique sont en contradiction avec sa politique déclarée de ne pas envoyer des armes là où cela pose un risque clair qu’elles pourraient être utilisées pour des violations des droits de l’homme », a-t-il dit.

« Ce qui est nécessaire maintenant, c’est une explication urgente de ce à quoi ces licences étaient réellement destinées, qui allait les utiliser et quelles garanties étaient en place pour s’assurer qu’elles n’allaient pas être utilisées pour des violations des droits de l’homme. »

« Tant qu’il n’y aura pas une plus grande transparence sur ce que nous vendons exactement et à qui, il sera impossible pour le Parlement ou pour le public d’avoir confiance dans les politiques de ventes d’armes du Royaume-Uni. »

Source: http://web.orange.co.uk/article/news/britain_s_chemical_sales_to_syria_revealed

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